Le journalisme () est l'activité qui consiste à recueillir, vérifier et éventuellement commenter des faits pour les porter à l'attention du public dans les médias, dans le respect d'un cadre déontologique défini.

Histoire du journalisme Dans de nombreux pays, une forme de « journalisme citoyen » est apparue avec le développement d'Internet et de la photographie numérique, permettant à des amateurs de diffuser textes et images sans passer par le filtre des médias.

Information journalistique En théorie, dans une société démocratique, l'« information de presse » doit présenter trois caractéristiques : être d’actualité et d’intérêt général ; avoir été sélectionnée et mise en forme par une conscience libre, formée à la recherche intéressée de la vérité et soucieuse du bien commun ; être diffusée par un média garantissant l’indépendance du journaliste par rapport à tout pouvoir (politique, idéologique ou économique, y compris par rapport aux intérêts de l’entreprise qui l’emploie).

Selon Vincent Quivy, le journalisme d'actualité traite d'événements en cours, ce qui fait d'une certaine manière du journaliste d'actualité un historien du présent. Lorsqu'il aborde le passé, il s'efforce, à l'inverse de l'historien, de donner au public des leçons pour le présent et des comparaisons avec l'actualité..

Éthique du journalisme

Chartes de déontologie professionnelle Lors de sa création en juillet 1918, le Syndicat national des journalistes a rédigé une Charte d’éthique professionnelle des journalistes, qu'il a révisée en 1938 puis en 2011. La version de 2011 s'appelle « Charte d’éthique professionnelle des journalistes », car elle renvoie à un ensemble de droits et devoirs, alors que le texte de 1918/1938 était simplement une charte des devoirs. Elle dit par exemple que le journaliste . Une version très proche, comportant cinq droits et dix devoirs, la charte de Munich, a été entretemps adoptée en 1971 à l'échelle européenne par l'ensemble des syndicats de journalistes.

Dans les deux cas, en 1971 comme en 2011, la révision de la charte a renforcé le principe de protection des sources d'information. Il était contenu dans la simple formule , dans la version de 1918/1938. La version 2011 a ajouté : .. Dès 1971, la Charte de Munich avait ajouté : .

Un débat a eu lieu récemment concernant l'émission Les Infiltrés, sur France 2, certains journalistesAndré Rouillan, Les infiltrés : journalisme déboussolé, Paris Art , 18 décembre 2008. opposant à celle-ci un article de la Charte des devoirs professionnels des journalistes français, selon laquelle .

Le journalisme d'investigation doit parfois recourir à la méthode de la caméra cachée, mais celle-ci doit rester loyale, ce qui n'était pas le cas pour cette émission tournée dans une maison de retraite, sans véritable recoupements, alors que des témoignages pouvaient être obtenus par le consentement. Pour prendre en compte ce débat récent, la version 2011 de la « Charte d’éthique professionnelle des journalistes » du Syndicat national des journalistesCharte d’éthique professionnelle des journalistes (SNJ, 1918/38/2011). a réécrit l'article concerné, en choisissant cette formulation :

Dès 1971, la Charte de Munich avait retenu une formule à la fois plus simple, plus claire et plus concise : , qui peuvent être des documents télévisés.

Chartes déclaratives Les journalistes ont le droit et le devoir d'interroger des spécialistes de différents horizons (scientifiques, syndicalistes, experts) pour faire émerger la vérité sur un fait d'actualité, en leur assurant la protection des sources d'information. Sur l'environnement et le réchauffement climatique, un expert comme Jean-Marc Jancovici regrette que les journalistes ne travaillent pas davantage à sensibiliser l'opinion publique..

Selon Sabrina Lavric, professeur à l'université de Nancy, les chartes éthiques, uniquement déclaratives, ne prévoient pas d'autre sanction que morale en cas de non-respect. (voir Une charte déclarative).

Les syndicats de journalistes constatent de leur côté qu'il existe bien un pouvoir de sanction (licenciement, mutation, blâme), mais abandonné au bon vouloir des employeurs. Pour qu'il prenne plus en compte la déontologie, ils proposent d'annexer. la charte de déontologie à la convention collective, ce qui lui donnerait force de loi. Dans l'audiovisuel public, le droit de sanctionner appartient à des commissions paritaires, composées pour moitié de journalistes professionnels. Elles ont plusieurs fois sanctionné des journalistes effectuant des « ménages », comme animateurs au service d'entreprises hors-médias. Dans l'audiovisuel privé, le pouvoir de sanction de l'employeur est encadré par la commission arbitrale, prévue par la Loi Brachard, composée pour moitié des journalistes professionnels. Lorsque TF1 a licencié un journaliste qui avait annoncé par erreur la mort d'un enfant, la commission arbitrale a estimé que la hiérarchie de TF1 était également responsable, ayant commis une erreur dans la supervision du reportage. Elle a condamné la chaîne, déjà pénalisée par le départ de ce journaliste expérimenté, à lui verser de lourdes indemnités.

Journalisme engagé En théorie toujours, un média peut être « engagé », à condition de respecter les faits, viser l’intérêt général et exposer clairement les termes de son parti pris. Le journalisme est parfois appelé « quatrième pouvoir » en raison du rôle crucial qu'il joue, au sein d'une démocratie, dans la mise en œuvre de différentes libertés publiques, dont la liberté d'expression.

Principes et pratiques du journalisme

La poursuite désintéressée de la vérité est le premier des principes du journalisme et ce qui le distingue de tout autres formes de communication.. Il constitue le premier devoir énoncé dans la Charte de déontologie de Munich. Selon les journalistes américains Bill Kovach et Tom Rosenstiel, il ne s'agit pas de la vérité au sens absolu ou philosophique du terme, « la vérité journalistique » est « plus que la simple relation fidèle des faits. C'est l'aboutissement d'un passage au crible du fait brut sous l'interaction du public et des journalistes »..

Distinction entre faits et commentaires Rapporté tel quel, un fait n'est pas toujours suffisant. L'enseignement dans les écoles de journalisme prend l'exemple de la marche de César sur Rome le en 49 avant Jésus-Christ : fallait-il écrire : « César et ses légions ont franchi le Rubicon » ou « César et ses légions ont franchi le Rubicon, la République est en danger » ?.

Une autre anecdote attribuait à un rédacteur en chef les consignes suivantes : , Georges Clemenceau..

Les agences de presse comme l'AFP sont chargées de collecter les informations brutes, de vérifier les faits pour être au plus près de l'évènement. Les équipes éditoriales consultent les dépêches d'agences de presse, les publient telles quelles ou les commentent en ajoutant leur point de vue..

Différentes formes de subjectivité

Le principe d'objectivité consiste à imposer une distance critique entre les faits et sa propre interprétation des faits. Pour André Gorz, journaliste à L'Express et au Nouvel Observateur, André Gorz, "'Je n'existe pas'. Note sur le journalisme", in Christophe Fourel, Alain Caillé (eds.), Le moment Gorz, Le Bord de l'eau, 2017, ; sur sa conception du journalisme, voir Willy Gianinazzi, "Michel Bosquet ou le journalisme comme compromis", ibid., .. Mais le journalisme engagé invoque souvent l'impossibilité d'aboutir à une objectivité totale. Il met plutôt en avant la dimension éthique d'une prise de position subjective, assumée, réfléchie et divulguée.

La problématique spécifique de l'objectivité en journalisme est dominée par l'urgence de la publication, le caractère immédiat des faits relatés par le journaliste. Cette urgence, combinée à la complexité des faits traités, et à une économie des médias souvent fragile, privant le journaliste des moyens suffisants, lui rend la tâche difficile. Plus le travail est précipité, moins le journaliste a le temps d'identifier sa propre subjectivité pour la neutraliser.

Séparation à l'anglo-saxonne, avantages et inconvénients

Cette problématique de l'objectivité a conduit une partie de la presse anglo-saxonne à pratiquer la séparation entre les faits et les commentaires. L'article factuel se borne à rapporter les faits, citations et détails. Il est complété par un article de commentaire, identifié comme tel, et souvent plus court. Le tout est encadré par un éditorial, dans lequel une plume reconnue par la profession ou par le grand public, propose une analyse ou une interprétation des faits qui n'engage que son journal. Certains titres comme le Wall Street Journal affichent un pluralisme d'éditorialistes.

En pratique, cette distinction est parfois peu claire. D'une part, elle ne se manifeste pas toujours aux yeux du lecteur par des choix assez affirmés de typographie ou de localisation dans le journal. Cette séparation peu claire caractérise souvent le journalisme en ligne.

D'autre part, on reproche souvent aux articles factuels une objectivité insuffisante, voire une subjectivité masquée. L'apparence de relation des faits bruts peut masquer, voire faciliter, une orientation subjective, partisane, ou philosophique, consciente ou inconsciente. Le choix des aspects traités ou passés sous silence, l'ordre adopté dans la succession des informations, la sélection et la hiérarchisation des faits, le choix des sources d'information, le recours à un énoncé explicite ou implicite, sont autant de procédés rédactionnels susceptibles d'influer sur l'interprétation du lecteur.

Pour fonctionner, la séparation entre commentaire et information nécessite une certaine prudence. Trop catégorique, trop moralisateur ou trop méprisant, le commentaire expose le média concerné aux critiques l'accusant de dissimuler ensuite les faits ne validant plus ses commentaires. Ce risque pèse aussi sur les médias associant dans le même article des faits à des commentaires catégoriques.

En deçà du commentaire : le billet, l'analyse et l'enquête

Les quotidiens Le Monde et Le Figaro se sont longtemps joués de ce risque en publiant en première page un « billet » subjectif d'une quinzaine de lignes, confié à un artiste du genre comme Bruno Frappat, Henry Montant, Claude Sarraute ou André Frossard.. Coups de griffe acérés, mais non appuyés, ton léger et distancié, humour, la recette a payé. Le Financial Times anglais a également eu du succès avec sa Lex Column. Son créateur Hugo Dixon a fondé en 1999 sa propre société (rachetée en 2009 par Reuters) pour proposer au Wall Street Journal et à d'autres titres un billet au ton assez proche, intitulé Breaking views, mélange de billet et d'analyse, qui se garde de tout commentaire trop appuyé.

La distinction binaire entre faits et commentaires ne rend pas compte de la variété des types d'articles. De nombreux journaux proposent, au-delà des faits mais en deçà du commentaire, des analyses. Elles visent à situer les faits dans un contexte plus large, en les mettant en perspective, grâce à des éléments d'enquête et de recoupement. Le parti pris du journal ou de l'émission de télévision, divulgué par le choix du thème de l'enquête ou de l'analyse, est assumé, et tente de se faire oublier par une enquête brillant d'abord par sa rigueur, son honnêteté et son équilibre dans le choix des sources interrogées.

Objectivation de Roland Barthes Plus que d'objectivité totale, on parle de pôle d'objectivation. Analysant la photographie, Roland Barthes montrait ainsi que si celle-ci se donne à voir comme pure présentation du fait, ou pure « dénotation », elle est en fait toujours déjà connotée, c'est-à-dire interprétée : il n'y a que des faits interprétés. Barthes écrit ainsi :

Neutralité, indépendance et transparence : les approches modernes

Alors que la quête de l'objectivité est une idée ancienne, les approches modernes tentent de lui donner des moteurs auxiliaires plus solides :