William Harvey, né à Folkestone (Kent) le et mort à Roehampton à Londres le , est un médecin anglais. On lui attribue la découverte et la démonstration de la circulation sanguine générale, dans son ouvrage majeur de Motu Cordis (1628).

Biographie Jeunesse et formation vignette|La King's School de Cantorbery, lithographie de 1851. Folkestone était un port marchand très actif en 1578. William est le fils d'un yeoman aisé du Kent, Thomas Harvey, riche commerçant importateur du Moyen-Orient, et plusieurs fois maire de la ville.

Aîné d'une famille de neuf enfants, dont 7 garçons, William Harvey reçoit sa première instruction à l'âge de dix ans à la de Cantorbéry, puis étudie au Gonville and Caius College (Cambridge), dont il est reçu licencié des arts en 1597.

Tous ses frères deviennent marchands importateurs comme son père, sauf son frère John qui est un serviteur du roi Jacques . William préfère la médecine et la philosophie naturelle. Il part à l'âge de 20 ans pour l'Italie à l'université de Padoue suivre, pendant cinq ans, des études d'anatomie et de physiologie.

Il est l'élève du philosophe aristotélicien Cesare Cremonini et du professeur Fabrizi d'Acquapendente () de 1600 à 1603. La découverte par ce dernier des valvules veineuses oriente sa réflexion sur la circulation du sang . À l'âge de 24 ans, le , il est diplômé docteur en médecine.

De retour en Angleterre en 1603, ce diplôme lui permet d'obtenir la licence de l'université de Cambridge et il épouse la fille de Lancelot Browne, un médecin londonien réputé. Le couple n'a pas d'enfant.

Carrière Il officie au de Londres de 1609 à 1643 et est élu membre du Collège royal de médecine, où il donne des conférences d'anatomie et de chirurgie à partir du mois d'.

Il est plusieurs fois censeur du Collège des médecins qui comportait alors quatre censeurs nommés pour un an, et chargés de poursuivre les praticiens illégaux (non licenciés)..

Sa réputation grandit au point qu'il devient le médecin de nombreux aristocrates et personnalités d'Angleterre. Dès 1618, il est l'un des médecins du roi Jacques (James I Stuart en anglais), puis celui de Charles en 1630, ou encore celui du scientifique et philosophe Francis Bacon. Cette pratique très lucrative des consultations lui permet d'accéder à une belle aisance financière et de mieux se consacrer à ses recherches.

De 1631 à 1636, il effectue plusieurs voyages en Europe pour accompagner diplomates et grands personnages.

Ayant servi le parti du roi pendant la première guerre civile anglaise, son logement de Londres est pillé par les troupes parlementaires en 1642. La plupart de ses manuscrits ont été perdus à cette occasion, et les historiens disposent de très peu de sources sur la pratique médicale de Harvey ou pour reconstituer sa biographie intellectuelle. Cependant les notes dont il s'est servi pour ses cours et conférences d'anatomie ont été préservées et sont aujourd'hui conservées au British Museum.

Au cours de sa carrière, il réalise plus de 40 dissections complètes sur des criminels exécutés. Faute de cadavres, il dissèque son propre père, puis sa sœur, ainsi que de nombreux amis. Il rédige ainsi les « histoires anatomiques » de plusieurs de ses patients privés, mais ce recueil de texte a été perdu durant la guerre civile. Harvey est convaincu de l'importance de l'anatomie pathologique, en écrivant dans sa première lettre à Jean Riolan .

Retraite vignette|alt=Tableau représentant une dissection par William Harvey |Sur demande du roi, William Harvey effectue une dissection sur un sujet réputé plus que centenaire, Thomas Parr.. Lorsqu'il cesse de pratiquer la médecine au St Bartholomew's Hospital, il s'établit à Oxford, où il avait été nommé Directeur (Warden) du Merton College. Il s'engage progressivement dans une retraite studieuse, malgré des accès de goutte et d'athérosclérose.

En 1651, William Harvey fait un don au collège pour construire et provisionner une bibliothèque, qui est inaugurée en 1654.

En 1656, il crée un fonds pour rémunérer un bibliothécaire et dire une prière chaque année, cérémonie qui a subsisté jusqu'à aujourd'hui en son honneur. Harvey lègue également un fonds pour la création d'une école de garçons dans sa ville natale (Folkestone), la , qui ouvre ses portes en 1674, et existe encore aujourd'hui.

Son corps est inhumé à Hempstead.

La circulation sanguine selon Harvey Précurseurs La recherche des précurseurs débute dès la fin du , dans des passages énigmatiques des anciens textes médicaux grecs, en remontant à la médecine égyptienne ou chinoise. Selon Grmek, .

Ibn al-Nafis (1210-1288), dans un commentaire du canon d'Avicenne, en se basant sur des dissections de cœur d'animaux montrant que le septum cardiaque est imperméable, émit l'hypothèse de l'existence d'une petite circulation (circulation pulmonaire du cœur droit vers le cœur gauche via les poumons). Sa découverte n'a pas eu d'influence dans le monde scientifique de langue arabeMazliak Paul, Avicenne et Averroes, Médecine et Biologie dans la civilisation de l'Islam, Vuibert/Adapt, 2004, pp. 67-69.. Elle n'est pas présentée dans la traduction latine d'Andrea Alpago imprimée à Venise en 1527, mais une transmission orale reste possible.

L'idée d'une « petite circulation pulmonaire » a été reprise par Michel Servet en 1533 dans son livre Christianismi restituto, mais les exemplaires ont été détruits. Après Servet, plusieurs anatomistes de l'université de Padoue poursuivent des travaux sur la circulation pulmonaire, dont Realdo Colombo (1510-1559) et Andrea Cesalpino (1519-1603) qui est le premier à utiliser le terme de circulatio .

De Motu Cordis

William Harvey commence à parler de ces problèmes dans ses cours d'anatomie dès 1616. Ses principales sources sont alors le Theatrum Anatomicum de Gaspard Bauhin (1560-1604) qui a aussi étudié à Padoue, et Historia Anatomica d'André du Laurens (1558-1609). Harvey reproduit et confirme les travaux de Realdo Colombo sur la traversée des poumons par le sang. Il vérifie les données de ses prédécesseurs et fait ses propres observations. vignette| Il rend publique ses conclusions en 1628 dans son livre Exercitatio Anatomica de Motu Cordis et Sanguinis in Animalibus (Exercice Anatomique sur le Mouvement du Cœur et du Sang sur les Animaux).

Observations Évoluant au-delà du cadre typique de la Renaissance basé sur l'idée d'Aristote d'un lien entre macrocosme et microcosme (), Harvey constate par ses observations à Padoue que : ainsi que l'avait montré Ibn al-Nafis, il n'existe pas de passage entre les deux ventricules, ni de circulation à double sens dans la veine pulmonaire ; l'hypothèse de Jean Fernel sur le lien entre la systole et l'éjection du sang est exacte.

Par vivisections chez l'animal, il démontre que la phase de contraction commence aux oreillettes pour se propager aux ventricules ; que le sang pénètre les ventricules par la systole des oreillettes et non par l'attraction provoquée par la diastole des ventricules ; que les ventricules ne se contractent pas simultanément, mais successivement. Le pouls artériel est attribué à la systole ventriculaire.

Hypothèses et démonstrations Pour prouver son hypothèse de circulation avec retour du sang sur lui-même, Harvey recourt à un raisonnement quantitatif (il est ainsi le premier à introduire la méthode quantitative en médecine) :

il étudie des cœurs de toutes sortes, et il mesure, en moyenne, quelle quantité de liquide peut être contenue dans les cavités d'un cœur : un cœur contient deux onces. il mesure également la fréquence des battements cardiaques par unité de temps : 72 battements par minute il calcule donc que le cœur brasse 8.640 onces par heure, soit 259 kg de sang apportés à la périphérie, soit beaucoup plus que la quantité de sang contenue dans le corps, ce qui implique qu'un même sang retourne sur lui-même.

Il prouve cette théorie par l'expérience du garrot : on peut ainsi observer le flux du sang dans les veines au fur et à mesure qu'on desserre le garrot. La structure dans laquelle se fait ce retour, ce sont les veines superficielles : dans lesquelles on fait aujourd'hui les prises de sang. Il s'agit d'un retour progressif.

Cette expérience est très reproductible, et réalisable sur un être humain dans n'importe quelle condition de la vie quotidienne. L'idée de la répétition constitue ici une preuve ; en effet, Harvey prouve ainsi sa théorie à ses contemporains.

Critiques Ce qui manque à cette théorie pour être complète et expliquer la circulation du sang dans son ensemble, c'est la notion des capillaires. Harvey ne dispose alors, comme instrument d'observation, que de la loupe. Dans sa première lettre à Jean Riolan (1649), il explique qu'il a longuement cherché les anastomoses entre artères et veines, sans y parvenir. Il pense donc que le sang sort des plus petites artères, imprègne la chair, pour être réabsorbé par les plus petites veines.

Les capillaires seront décrits en 1661 par Marcello Malpighi, grâce à des observations au microscope. Nous sommes à ce moment-là au tout début de la microscopie.

Le professeur d'anatomie français Jean Riolan (1577-1657) refuse cette découverte qui remet en cause les principes d'Aristote et de Galien, Il se joint à Gui Patin pour le surnommer « circulator » (terme latin qui signifie circulateur – médecin itinérant de foire en foire – et charlatan au Moyen Âge)William HARVEY. Médecin et physiologiste anglais sur medarus.org. La circulation du sang remet en question la saignée, car on localisait les points de saignée en fonction de la partie malade du corps, ce qui n'avait plus de sens, si le même sang circule dans tout le corps.

Interprétations Les travaux d'Harvey ont fait l'objet de plusieurs interprétations, selon divers points de vue. Pour Mirko Grmek, l'histoire de toute découverte scientifique, comme celle de la circulation du sang, comporte trois aspects : aspects logique (ou épistémologique), psychologique et sociologique. L'idéal serait de les synthétiser, ou au moins, si c'est trop difficile ou irréalisable, ne pas considérer comme satisfaisante une approche unilatérale.

Approche logique C'est l'approche classique et dominante, développée ci-dessus. Elle consiste à sélectionner tous les aspects modernes que l'on peut trouver dans De Motu Cordis, c'est-à-dire à reconstruire la pensée et la démarche d'Harvey à la lumière du développement scientifique postérieur.

Harvey apparait alors comme un personnage moderne, qui expérimente et quantifie, et qui remplace les qualités d'Aristote et les éléments de Galien, par des formes et des mouvements mesurables. Harvey peut être présenté comme un « moderne » face aux « anciens », ou un « révolutionnaire » face à des « conservateurs ».

Approche psycho-sociologique Elle consiste à considérer De Motu Cordis dans sa totalité, et la vie réelle de Harvey dans son époque. Malgré son origine anglaise, Harvey en tant que chercheur est un disciple de l'école italienne de Padoue. C'est là qu'il s'imprègne des méthodes de Galilée et de Vésale transmises par ses professeurs qui ont leur propre manière d'utiliser les œuvres d'Aristote et de Galien.

Harvey conservateur vignette|upright=1.5|Harvey présente le cœur battant d'un petit animal pour exposer sa théorie de la circulation devant le roi Charles , par Ernest Board. Harvey était fondamentalement un conservateur : royaliste en politique, et péripatéticien en philosophie, comme le montre sa carrière professionnelle. En cherchant à comprendre les aspects quantitatifs des manifestations vitales, il cherche la vérité de nouveaux détails pour sauvegarder l'ensemble.