300px|thumb| Représentation du «maître d'école d'Esslingen», dans le Codex Manesse ().|alt=
Durant les derniers siècles de l’empire, l’école publique romaine est prise en charge par les ou par le gouvernement impérial. On y enseigne les sept « arts libéraux » qui comprennent du et du . Si durant l’Antiquité l’éducation vise à former les élites politiques et administratives des cités, l’école médiévale occidentale, elle, a pour mission d’enseigner la vérité chrétienne. L'effondrement de l'empire d'Occident oblige l'Église à prendre en main cette formation, qui est, dans un premier temps, réservée aux futurs clercs. Ce n’est pas pour autant qu’il y ait un rejet drastique de la culture antique. Selon Riché, « Pendant le catastrophique Romains païens, chrétiens continuent à faire confiance au système pédagogique classique romain ». Donc, ni les Germains ni l'Église ne détruisent l'institution scolaire. On peut distinguer plusieurs phases dans le passage de l'éducation antique à l'éducation médiévale. L’Empire d’Orient, quant à lui, continue à développer son propre système éducatif.
Haut Moyen Âge occidental (s) thumb|Centres d'études carolingiens entre le .
L'enseignement durant le Haut Moyen Âge
Plutôt qu’une rupture brutale, entre les , il y a une lente transformation. Durant les , le christianisme, religion d’État, conserve le modèle éducatif païen. Puis à partir du milieu du et du début du , il y a des disparités entre les différentes régions de l'Occident chrétien. Tandis que des régions entières connaissent une absence totale ou presque d'enseignement, d'autres comme l'Irlande, ou l'Espagne, innovent et mettent en place ce qui deviendra le système éducatif médiéval, fondé sur le savoir religieux, enseigné dans les monastères, les écoles épiscopales et paroissiales. Puis à la fin du et au début du , le nouveau modèle scolaire se diffuse grâce aux moines irlandais. La culture devient chrétienne, ce qui marque la fin de la paideia antique, y compris dans l'aristocratie du Haut Moyen Âge. Finalement, sous le règne des Carolingiens, au et au début du , on assiste à un renouveau culturel, où le savoir antique occupe une place substantielle au côté de la pensée chrétienne. Cette école nouvelle associe l'instruction littéraire et l'éducation religieuse. Selon Durkheim, c'est la véritable naissance de l'école, c'est-à-dire d'un milieu moral organisé, voué autant à façonner les idées et les sentiments de l'élève qu'à la transmission des connaissances. Cette transformation fera dire à Bernard, maître de l’École de Chartres : « Nous sommes comme des nains sur des épaules de géants. Nous voyons mieux et plus loin qu’eux, non que notre vue soit plus perçante ou notre taille plus élevée, mais parce que nous sommes portés et soulevés par leur stature gigantesque ».
L'éducation romaine Contexte Alors que l'Empire romain périclite et est conquis par les peuples barbares, l'Église chrétienne joue un rôle de plus en plus grand dans les institutions, notamment dans l'éducation. En l'absence d'école chrétienne et conscients que sans instruction les études religieuses sont impossibles, les chrétiens du confient leurs enfants à l'école classique. Cela même si les idées qui y sont transmises vont à l'encontre des valeurs de l'Église. Saint Augustin, lui-même, condamne la culture antique « en tant qu’idéal indépendant, rival de la révélation chrétienne ». Selon lui, l'étude des arts libéraux n'est qu'une préparation aux études bibliques.
À partir du , les monastères deviennent les uniques centres du « Savoir ». L'instruction dispensée est entièrement vouée au service de Dieu.
Les écoles monastiques Selon H.-I. Marrou, « Le monachisme a ravivé, dans la tradition chrétienne, le « primat des simples », s’opposant à l’orgueil intellectuel que véhiculait la culture antique et qui, l’exemple des gnostiques et des alexandrins le prouve assez, menaçait d’étouffer la simplicité évangélique ». L'éducation dispensée dans les monastères est plus spirituelle qu'intellectuelle. Elle vise à atteindre la véritable méditation, qui est la contemplation de Dieu.
Les enfants et les adolescents confiés au monastère apprennent à lire et à écrire. Après quoi, ils étudient les textes bibliques. Afin de pouvoir participer aux cérémonies religieuses, ils apprennent par cœur le psautier. Tout l'apprentissage gravite autour de la parole de Dieu. On peut comme l'écrit Riché, « […] imaginer les écoles monastiques à la façon des écoles coraniques ou des écoles juives. Les enfants en se balançant suivant la technique que le père Jousse a appelée le « rythme pédagogique » s’imprègnent de la parole divine et l’écrivent en même temps. Connaissant son psautier, le jeune moine peut participer activement aux offices liturgiques ».
La majorité des monastères n'admettent que la culture biblique. Néanmoins, d'autres tel le monastère de Vivarium fondé par Cassiodore incluent la culture antique.
À la fin du , sous l'influence des monastères, certains clercs se demandent à quoi sert d'étudier les discours latins, d'user de rhétorique si la majorité ne peut les comprendre. Les religieux, tout spécialement les évêques, ressentent l'incompatibilité entre culture profane et culture chrétienne.
L'école chrétienne : caractéristiques et particularités Au , tout comme au et , la culture des chrétiens tant clercs que laïcs demeure analogue à la culture classique, malgré quelques inflexions: Grégoire de Tours se voit contraint d'étudier par lui-même les arts libéraux, n'ayant reçu de ses oncles évêques de Lyon et de Langres qu'une éducation religieuse. Il convient aussi de tenir compte d'importantes disparités géographiques, et politiques : le souverain de chaque regnum peut influencer comme il l'entend la culture, à l'instar de Chilpéric de Neustrie, auteur d'un hymne liturgique à saint Médard, à qui l'on doit l'ajout de deux lettres à l'alphabet latin.
À partir du , au moment où s'opère une reprise de l'évangélisation, on peut constater une opposition de plus en plus grande face à la culture antique. Celle-ci, loin d'un idéal religieux, forme les jeunes gens qui accèdent à une fonction au sein de l'administration. Cette éducation élitiste va à l'encontre des principes des clercs qui désirent que le plus grand nombre de personnes soient instruites, afin d'avoir accès aux textes sacrés. La maxime « L’Évangile prêché aux prêcheurs et non aux rhéteurs » est bien d'actualité. Riché cite Césaire, moine du monastère de Lérins, qui écrit : « Je demande humblement que les oreilles des lettrés se contentent de supporter sans se plaindre des expressions rustiques, afin que tout le troupeau du Seigneur puisse recevoir la nourriture céleste dans un langage simple et terre à terre. Puisque les ignorants et les simples ne peuvent s’élever à la hauteur des lettrés, que les lettrés daignent s’abaisser jusqu'à leur ignorance ! Les hommes instruits peuvent comprendre ce qui a été dit aux simples, tandis que les simples ne sont pas capables de profiter de ce qui aurait été dit aux savants ».
Les monastères ne sont plus les seuls à éduquer les jeunes gens. En 529, les participants au concile de Vaison ont décidé d'inciter les évêques à bâtir des écoles rattachées aux cathédrales, ainsi qu'aux principales églises de leur diocèse. Il s'agit là d'un indice « de la volonté de l’Église à reprendre en main le système scolaire laissé à l’abandon par les autorités laïques ».
Selon Grégoire de Tours, l'étude des lettres a disparu. Les monastères sont dorénavant gardiens de la culture antique. C'est entre leurs murs que les moines recopient et conservent les manuscrits anciens. L'Espagne est aussi un important lieu de conservation. Sous l'impulsion de son archevêque Léandre, Séville devient un centre culturel influent. La bibliothèque épiscopale comporte des manuscrits variés provenant de Rome, de Constantinople, ou d'Afrique. La collecte de documents permet l'accessibilité à la culture tant profane que sacrée. Les recherches récentes d'Anita Guerreau-Jalabert ont cependant incité à nuancer la place des classiques dans l'éducation monastique.
Renaissance carolingienne : éducation Contexte La renaissance dite carolingienne débute par la réforme religieuse engagée par Pépin le Bref. Celle-ci comprenait la réforme de l'Église franque avec l'imposition à tous de la règle de saint Benoît et l'expansion missionnaire. La réforme est poursuivie par Charlemagne qui lui fait réviser les Livres saints, afin d'unifier la liturgie.
Le renouveau culturel : caractéristiques et particularités Selon Folz et Heitz, Charlemagne « préoccupé de relever le niveau intellectuel et moral de son peuple »FOLZ R., Carol HEITZ, « Carolingiens », Encyclopædia Universalis [https://www.universalis.fr/encyclopedie/carolingiens/] a besoin d'un clergé instruit et donc de nouvelles écoles. Il émet des capitulaires, afin d'organiser les écoles monastiques, épiscopales et paroissiales.
Tous les élèves étudient dans une même classe, mais selon la fonction à laquelle aspire l'étudiant, la formation est différente. Contrairement aux siècles précédents, les moines ont accès à la culture profane. L'approche monastique reste cependant prédominante. La méthode de base consiste en l'apprentissage de l'alphabet puis des monosyllabes et des dissyllabes inscrits dans de petits syllabaires. Le chant est une part importante de la méthode pédagogique. Il est à la fois une discipline que doit maîtriser un moine et un moyen de mémorisation. Ainsi, c'est par l'étude des textes classiques que les élèves apprennent les déclinaisons et les conjugaisons. Tout comme les écoles chrétiennes des , les écoles carolingiennes misent sur la mémoire pour un bon apprentissage. Les élèves s'exercent en recourant à la répétition de petits textes et de dialogues, afin que l'étude du latin en soit facilitée, lequel, devenu langue savante, n'est plus une langue naturelle.
Ces écoles sont ouvertes aussi bien aux clercs qu'aux laïcs, si l'on suit les directives de l'Admonitio generalis de 789. Mais cette politique est infléchie sous le règne de Louis le Pieux, puisqu'un capitulaire de 817 réserve les écoles aux oblats, c'est-à-dire aux enfants destinés à la cléricature. Faute d'enseignants capables de dispenser des leçons de qualité en Gaule franque, des étrangers sont sollicités pour combler cette lacune. Donc, en parallèle des écoles monastiques, une académie du Palais est créée. Elle est fréquentée par de nombreux érudits italiens, espagnols, irlandais et anglo-saxons tel Alcuin .
Non seulement l'école est réorganisée, mais de nombreux livres sont recopiés, ce qui permet de conserver les écrits anciens qui pourront arriver jusqu'à nous. Il ne s'agit pas là d'un retour à l'Antiquité, mais bien d'un renouveau intellectuel où les œuvres classiques sont exploitées au profit de la religion chrétienne. Au nombre des intellectuels carolingiens, on retrouve : Eginhard dont la Vie de Charlemagne adopte les cadres de la biographie impériale romaine, spécialement la Vie des douze Césars de Suétone, Raban Maur, disciple d'Alcuin, auteur d'une encyclopédie des connaissances - De universo, Walafrid Strabon, abbé de Reichnau, célèbre par ses travaux d'exégèse - Glossa ordinaria, les liturgistes Amalaire et FlorusFOLZ R., Carol HEITZ, « Carolingiens », Encyclopædia Universalis [https://www.universalis.fr/encyclopedie/carolingiens/].
Bas Moyen Âge en Occident (s) Condition des élèves au Moyen Âge Brutalité