Sainte-Marie-au-BoisLa forme « Sainte-Marie-au-Bois » a été retenue plutôt que « Sainte-Marie-aux-Bois », elle aussi usitée, pour se conformer aux travaux universitaires récents qui ont retenu la première forme, plus respectueuse de la désignation latine de l'abbaye (Sancta Maria in Nemore) dans les chartes du . est une ancienne abbaye de l'ordre des Prémontrés, située sur la commune de Vilcey-sur-Trey, Meurthe-et-Moselle, France, édifiée près d'une source, au fond d'une petite vallée où coule un affluent du Trey. Longtemps considérée comme la plus ancienne implantation de l'ordre de Prémontré en Lorraine, elle a pour abbé au début du Servais de Lairuelz, qui conduit la réforme de son ordre, d'abord en Lorraine puis au-delà. Au début de la Première Guerre mondiale, l'écrivain et poète français Charles Péguy séjourne dans l'ancienne abbaye, devenue une ferme. Aujourd'hui, ses vestiges remarquables font de Sainte-Marie-au-Bois un rare témoin architectural de l'ordre de Prémontré au .
Histoire La fondation au
Cette abbaye est fondée par le duc de Lorraine Simon entre 1130 et 1139« Certes, les historiens sont unanimes à rapporter que l'abbaye a été fondée par le duc Simon qui trépassa le 14 janvier 1139. Mais les chartes concernées sont sujettes à caution. Ou bien elles ne sont pas datées, ou bien les datations sont controversées. » () et « Il n'est donc pas téméraire d'avancer que les premiers disciples de saint Norbert s'installèrent à Sainte-Marie de dix à vingt ans avant l'achèvement du monastère, soit entre 1130 et 1140 et, par conséquent il apparaît pertinent de récuser la thèse selon laquelle l'église abbatiale aurait été dédicacée en 1127 par l'évêque de Toul Henri de Lorraine, frère du duc Simon » ()Pour Jacqueline Carolus-Curien (Pauvres duchesses, l'envers du décor à la cour de Lorraine. Éditions Serpenoise, Metz, 2007. . 11.), c'est en 1132, lors d'une réception au château de Prény, que Simon offre à saint Norbert le lieu où sera édifiée l'abbaye., à proximité de son château de Prény. La vallée où le monastère est bâti, ainsi que des terres cultivables, des vignes, des moulins et des forêts sont concédés par les opulentes abbayes messines Saint-Pierre-aux-Nonnains et Sainte-Glossinde. Les seigneurs du lieu font aussi des donations.
C'est un disciple lorrain de saint Norbert, Richard, qui, venant de Laon, est le premier abbé.
Un certain mystère entoure la fondation de cette abbaye : une tradition rapportée par Dom CalmetDom Calmet, Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, Nancy, 1722, t. II, pr. col. 317-318 et col. 281-282 et Charles-Louis HugoCharles-Louis Hugo, Sacri et canonici ordinis praemonstratensis annales, Nancy, t. II, 1736, col. 199-212 et pr. col. CXXXIII-CXXXIX fait de Sainte-Marie-au-Bois la première fondation de l'ordre de Prémontré en Lorraine« Mais la plus ancienne de toutes les abbayes lorraines de l'ordre de Prémontré était celle de Sainte-Marie-au-Bois. », Auguste Digot, L'abbaye de Sainte-Marie-au-bois, (Bull. Soc. d'archéol. lorraine, 1857, 1, t.7, p. 316. Saint Norbert en personne, à l'occasion d'une halte au château de Prény, et le duc Simon, seraient tombés d'accord pour fonder en 1126 ce monastère. Mais les historiens actuels réfutent cette légende« Une tradition ancienne et bien ancrée faisait de Sainte-Marie-au-Bois une des plus anciennes fondations norbertines de Lorraine avec Riéval. Une belle légende en est le support.» Michel Parisse, Les chanoines réguliers en Lorraine : fondation, expansion , Annales de l'Est, 1968, p. 377. Ce serait au cours d'un concile tenu à Liège en 1131« Il ne fait pas de doute ainsi que la réunion de Liège en mars-avril 1131 fut une de ces grandes occasions. (..) Des princes aussi étaient là, dont le duc Simon et son fils Mathieu, le comte de Mousson Renaud : ils seront fondateurs d'établissement de chanoines (Sainte-Marie-au-Bois, Riéval). » Michel Parisse, Les chanoines réguliers en Lorraine : fondation, expansion , Annales de l'Est, 1968, p. 360, où sont présents saint Norbert, saint Bernard et certains seigneurs laïcs, que le duc Simon conçoit le projet de deux fondations, l'une à Sturzelbronn et l'autre près de PrényHubert Collin, Fondation d'une abbaye lorraine au XIIe siècle : l'exemple de Sainte-Marie-au-Bois, in : Les Prémontrés et la Lorraine , XXIIIe colloque du Centre d'études et de recherches prémontrées, sous la direction de Dominique-Marie Dauzet et Martine Plouvier, Beauchesne, Paris, 1998, p. 24.
Le monastère reçoit pour nom « Sancta Maria in Nemore » (Sainte-Marie-au-Bois) et est placé sous l'invocation de la Vierge dans son Annonciation. Les bâtiments sont terminés peu après 1150.
À proximité de l'abbaye s'élève aussi un monastère de religieuses, chose fréquente dans les fondations prémontrées du ; cet établissement disparaîtra par la suite. Dom Calmet rapporte au , qu'on en voit encore les vestiges au lieu-dit « la Celle-des-Dames ». Sa chapelle était dédiée à sainte Marie-Madeleine.
De récentes prospections dans les forêts entourant l'abbaye ont découvert un parcellaire médiéval sur plus de vingt hectares, caractérisé par des pierriers, des terrasses et des bornes, rappelant en cela que Sainte-Marie-au-Bois est une abbaye de défrichement« Ainsi dans la forêt de Vilcey-sur-Trey, des pierriers rectilignes, des terrasses, des bornes et des amas d'épierrement ont été relevés sur plus de 20 ha. Ils ont été rapprochés de l'Abbaye du XIIe s. de Sainte-Marie-aux-bois (sic), connue pour être une abbaye de défrichement, ce que confirment les sondages palynologiques effectués au fond du vallon. » Sophie Crançon, Lorraine ; la découverte du paysage gallo-romain, (Archéologia, , juillet-août 2002, ).
Moyen âge
Les pères prémontrés de Sainte-Marie-au-Bois, partageant leur temps entre vie contemplative et ministère, desservent les cures des paroisses avoisinantes, Vilcey-sur-Trey, Viéville-en-Haye, Pagny-sur-Moselle, Onville et même plus loin, Manonville, Hagéville, Bey-sur-Seille, et Lanfroicourt. En 1257, ils fondent à Pont-à-Mousson le séminaire de Saint-Nicaise., destiné à la formation des novices de Sainte-Marie et des autres établissements prémontrés de Lorraine. Au mois de juillet de la même année, Jacquin de Vic vend un moulin situé à Bouxières-sous-Amance à l'abbaye des Prémontrés de Sainte-Marie-aux-Bois.
Sainte-Marie-aux-Bois, placée sous la protection des ducs de Lorraine et si proche de leur château de Prény, sera à plusieurs reprises dévastée. Dès la fin du , l'abbaye subit des dommages lors du siège de la forteresse de Prény par Thibaut II, comte de Bar. Quelques années plus tard, en 1324, c'est au tour des Messins de piller l'abbaye et les terres ducales alentour.
Un siècle plus tard, en 1427, les mêmes Messins reviennent et cette fois encore pillent et chassent les religieux qui trouvent refuge à Saint-Mihiel. En 1439, la guerre fait à nouveau rage : un parti gascon, allié des Lorrains, qui a trouvé refuge dans l'abbaye, en est délogé brutalement par les gens d'armes messins et la même année, les troupes d'Antoine, comte de Vaudémont ravagent à nouveau la contrée.
Le , Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, dont les troupes occupent les duchés de Lorraine et de Bar, est l'hôte de l'abbé Jean de Dieulouard et dort à l'abbaye.
Le est un moment de prospérité pour Sainte-Marie-au-Bois. En 1504, l'abbé Pierre de Prény concède des terres et des forêts pour permettre le repeuplement et la reconstruction du village de Viéville-en-Haye déserté depuis les guerres du . C'est à cette époque aussi que l'église abbatiale est rénovée. Vers le milieu du siècle cependant, les protestants dévastent le monastèreHubert Collin, Les Églises romanes de Lorraine. Tome 4, Dictionnaire des édifices, Saint-Ail à Zelling, Nancy, Société d'archéologie de Lorraine, 1986, p. 31.
Trois membres de la famille Thuillier se succèdent sur le siège abbatial. Nicolas Thuillier, à qui est confié le vicariat général de plusieurs circaries, est aussi nommé conseiller d'État par le duc Antoine et devient le confesseur de la duchesse Philippe de Gueldre, veuve de René II, retirée chez les clarisses de Pont-à-Mousson. Un livre d'heures que la duchesse offrit à son confesseur est conservé actuellement à la Bibliothèque municipale de Pont-à-Mousson.
Le successeur des trois abbés Thuilier, Didier Malhusson, favori du duc Charles III, sera imposé par la force. Abbé commendataire, il ne réside pas à l'abbaye, mais dans un domaine voisin, la Grange-en-Haye, transformé en maison de plaisance. Sous son abbatiat, le désordre dans la vie monastique s'accentue encore. À Sainte-Marie-au-Bois, comme dans d'autres abbayes prémontrées à la même époque, le relâchement a atteint son paroxysme.
L'abbé Daniel Picart, qui succède à Didier Malhusson, n'a que vingt-sept ans à son élection. Les chanoines l'ont choisi jeune, pensant que son autorité serait moindre. Or, le jeune abbé a été formé à l'université des jésuites de Pont-à-Mousson et il manifeste un ardent désir de réforme ; le voyant résolu à restaurer les préceptes monastiques, ses adversaires n'ont d'autre solution que de l'empoisonner au moyen d'araignées vénéneuses introduites dans son potageDom Calmet, Bibliothèque lorraine, col. 556-558, note X.
Le successeur de l'abbé Picart, Servais de Lairuelz, est lui aussi acquis aux idées tridentines et il souhaite un retour à l'antique rigueur ; en 1608, il transfère les moines à Pont-à-Mousson, dans la nouvelle abbaye Sainte-Marie-Majeure, pour les rapprocher de la jeune et dynamique université, administrée par les jésuites. Le pape Paul V a donné son accord à condition qu'un ou deux chanoines résident en permanence dans l'ancienne abbaye et y célèbrent chaque jour la messe. C'est en quelque sorte le crépuscule de Sainte-Marie-au-Bois, où ne résident plus en dehors des deux moines précités, qu'un fermier chargé de l'exploitation du domaine agricole.
Les moines reviennent pourtant se réfugier dans l'antique abbaye en 1631, pour fuir une épidémie de peste qui règne à Pont-à-Mousson, et c'est là que décède l'abbé Servais de Lairuelz, le .
Le duc Charles IV de Lorraine, jeune homme intrigant et politique maladroit accorde son soutien au duc Gaston d'Orléans, frère cadet, héritier et opposant du roi Louis XIII de France, allant jusqu'à accorder au prince rebelle qui s'est réfugié à Nancy la main de sa sœur Marguerite de Lorraine. Le roi de France réagit immédiatement en faisant occuper les duchés par ses troupes. Lorraine et Barrois sont entraînés malgré-eux dans la guerre de Trente Ans qui met l'Europe à feu et à sang.
L'année 1635 est tristement surnommée "L'année des Suédois". Les troupes du roi scandinave protestant ravagent les duchés. L'abbaye n'est pas épargnée.
À la Révolution, l'ordre de Prémontré est dépouillé de ses biens ; les bâtiments et les terres de Sainte-Marie-au-Bois, devenus biens nationaux, sont mis en vente le et trouvent preneur en la personne d'Antoine Willemin, juge à Pont-à-Mousson, pour livres.
Tout au long du , propriétaires et fermiers se succèdent dans l'ancienne abbaye. L'église abbatiale est transformée en étable et la salle capitulaire devient une cuisine. À cette époque, un fragment d'autel du est donné au Musée historique lorrain de Nancy.
En , les hasards de la guerre conduisent l'écrivain Charles Péguy à Sainte-Marie-au-Bois ; sa section occupe les lieux du 18 au et mène des reconnaissances vers la frontière située à l'époque le long de la Moselle. Voici ce qu'écrit le lieutenant Péguy au dos de cartes postales envoyées à ses proches :
Victor Boudon, Mon lieutenant Charles Péguy, juillet-septembre 1914, Albin Michel, 1964.
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L'abbaye est partiellement inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du et classée pour sa chapelle et le bâtiment la joignant au sud par arrêté du .
De nos jours