Andrew Johnson (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.), né le à Raleigh (Caroline du Nord) et mort le à Elizabethton (Tennessee), est un homme d'État américain. Membre du Parti démocrate, il est le vice-président des États-Unis, en fonction du au , puis le président des États-Unis, en fonction du au . Succédant au président Abraham Lincoln à la suite de son assassinat, il dirige la phase initiale de la Reconstruction et devient le premier président américain à faire l'objet d'une procédure de destitution, dont il est finalement acquitté d'une seule voix au Sénat.
Issu d'un milieu défavorisé, Johnson devient tailleur puis conseiller municipal et maire de Greeneville avant d'être élu à la Chambre des représentants du Tennessee en 1835. Après un bref passage au Sénat du Tennessee, il siège à la Chambre des représentants des États-Unis de 1843 à 1853, puis devient gouverneur du Tennessee pendant quatre ans. Élu par la législature du Tennessee au Sénat des États-Unis en 1857, il se fait remarquer pour sa défense des petits propriétaires du Sud et pour son soutien à la Homestead Bill, adoptée peu après son départ du Sénat en 1862.
Lorsque les États du Sud, dont le Tennessee, font sécession pour former les États confédérés d'Amérique, Johnson demeure un fervent défenseur de l'Union. En 1862, le président républicain Abraham Lincoln le nomme gouverneur militaire du Tennessee, dont une grande partie est alors reconquise. Démocrate sudiste resté fidèle à l'Union, il est choisi comme colistier de Lincoln lors de l'élection présidentielle de 1864 afin de symboliser l'unité nationale entre le Nord et le Sud. Leur camp remporte largement le scrutin et Johnson accède à la vice-présidence le . Il devient président six semaines plus tard, à la suite de l'assassinat de Lincoln le .
Dans le cadre de la Reconstruction, Johnson veut réintégrer rapidement les États du Sud dans l'Union et les autorise à organiser des conventions et des élections pour reformer des gouvernements civils. Les électeurs sudistes réélisent cependant beaucoup d'anciens dirigeants confédérés et votent en faveur des qui privent les Afro-Américains d'un grand nombre de leurs droits civiques. Le Congrès, dominé par les républicains radicaux, refuse d'accueillir les représentants du Sud et adopte des lois pour annuler leurs décisions. Dans ce qui devient la règle jusqu'à la fin de son mandat, Johnson oppose son veto à la plupart de ces textes, notamment au de la Constitution accordant la citoyenneté aux Noirs, mais le Congrès passe outre. Alors que les relations entre l'exécutif et le législatif se tendent, le Congrès vote le qui limite la capacité du président à limoger les membres de son Cabinet. Lorsqu'il persiste à vouloir renvoyer le secrétaire à la Guerre Edwin M. Stanton, la Chambre des représentants lance une procédure de destitution qui échoue à une voix près au Sénat. Johnson perd ensuite l'investiture démocrate, remportée par Horatio Seymour, en vue de l'élection présidentielle de 1868.
Après son départ de la Maison-Blanche, il retourne au Tennessee et devient, en 1875, le seul ancien président américain à être de nouveau élu au Sénat, où il siège quelques mois avant sa mort. Bien que les jugements sur son action aient varié, il est aujourd'hui généralement classé parmi les présidents américains les moins bien notés, en raison de son opposition aux droits civiques des Afro-Américains.
Jeunesse Enfance vignette|gauche|alt=Cabane en bois à deux étages avec une porte d'entrée en haut d'un petit escalier.|La maison d'enfance de Johnson à Raleigh en Caroline du Nord. Andrew Johnson naît le à Raleigh, en Caroline du Nord. Ses parents sont Mary (« Polly ») McDonough (1783-1856) et Jacob Johnson (1778-1812) ; il a un frère, William (1804-1865), et une sœur aînée, Elizabeth (1806-?), cette dernière est morte en bas âge.
Être né dans une cabane était un atout politique au et Johnson n'hésitait pas à rappeler ses origines modestes lors des élections. Son père Jacob était un homme pauvre, comme l'était son père William, mais il devint officier dans la police municipale de Raleigh avant de se marier et de fonder une famille. Jacob mourut en 1812 probablement d'une crise cardiaque alors qu'il sonnait la cloche de la ville après avoir sauvé de la noyade trois hommes quand Andrew avait . Polly Johnson travaillait comme lavandière et elle continua cette activité car il s'agissait du seul revenu de la famille. À l'époque, ce travail était jugé peu convenable car il impliquait de se rendre seule dans les maisons d'autrui ; la famille Johnson était qualifiée de et selon des rumeurs, Andrew, qui ne ressemblait pas à son frère, avait un père différent. Polly Johnson se remaria quelques mois plus tard avec Turner Doughtry qui était également pauvre.
Polly Doughtry confia son fils William à un tailleur, James Selby, pour qu'il apprenne le métier. Andrew devint également apprenti dans le même atelier à l'âge de dix ans et selon la loi, il devait y rester jusqu'à son . Selby ne semble pas avoir eu une grande influence sur le futur président. L'un de ses employés fut chargé d'apprendre à lire et à écrire au garçon et fut logé chez sa mère en retour. Andrew Johnson se découvrit une passion pour le savoir dans le magasin de Selby car des habitants venaient lire des livres pour divertir les tailleurs pendant leur travail et le garçon se rendait fréquemment dans l'échoppe pour les écouter avant même d'y être apprenti. Sa biographe, Annette Gordon-Reed, suggère que Johnson, connu pour ses qualités d'orateur, apprit les bases de cet art alors qu'il enfilait des aiguilles et coupait du tissu.
Andrew Johnson n'appréciait cependant pas son travail chez James Selby et à l'âge de , il s'enfuit avec son frère. Son employeur fit alors publier une annonce dans un journal, comme cela était la coutume pour les maîtres dont les apprentis avaient disparu : . Les garçons se rendirent à Carthage et Andrew y travailla comme tailleur pendant plusieurs mois. Craignant d'être pris et ramené à Raleigh, il s'installa ensuite à Laurens en Caroline du Sud. Il y poursuivit son activité et y rencontra son premier amour, Mary Wood, pour qui il avait fait une couette. Après le rejet de sa proposition de mariage, il rentra à Raleigh en espérant racheter son apprentissage mais il ne parvint pas à trouver un accord avec Selby. Comme beaucoup d'autres à la fin des années 1820, il prit alors la route de l'Ouest.
Installation dans le Tennessee Johnson quitta la Caroline du Nord pour le Tennessee et fit la plus grande partie du voyage à pied. Après un bref séjour à Knoxville, il s'installa à Mooresville en Alabama. Il travailla ensuite comme tailleur à Columbia dans le Tennessee mais fut rappelé à Raleigh par sa mère et son beau-père qui souhaitaient émigrer vers l'ouest. Johnson et son groupe traversèrent les Montagnes bleues jusqu'à Greeneville dans le Tennessee. Il tomba immédiatement amoureux de la ville et lorsqu'il devint riche, acheta le terrain où il avait campé pour la première fois et y planta un arbre en souvenir.
À Greeneville, Johnson créa un atelier de tailleur prospère à l'avant de sa maison. En 1827 alors qu'il avait , il épousa Eliza McCardle de deux ans sa cadette et la fille d'un cordonnier local. Le couple fut marié par le juge de paix Mordecai Lincoln, un cousin de Thomas Lincoln dont le fils devint président. Ils restèrent ensemble pendant près de et eurent cinq enfants, Martha (1828), Charles (1830), Mary (1832), Robert (1834) et Andrew Jr. (1852). Même si elle souffrait de tuberculose, Eliza soutint son mari dans ses entreprises. Elle lui enseigna les mathématiques et l'aida à améliorer son écriture. D'un caractère timide et réservé, Eliza Johnson resta à Greeneville durant l'ascension politique de son époux. Elle apparut peu en public pendant la présidence de Johnson et leur fille Martha joua le rôle d'hôtesse de la Maison-Blanche.
L'atelier de Johnson prospéra durant les premières années du mariage et il put embaucher des assistants et investir avec succès dans le foncier. Il se vanta plus tard de ses talents de tailleur : . Il était un lecteur insatiable. Les livres sur les orateurs célèbres attisèrent son intérêt pour la politique et il débattait en privé avec ses clients sur les questions du jour. Il participa également à des débats à l'université de Greeneville.
Ascension politique Carrière dans le Tennessee vignette|gauche|redresse|Eliza McCardle Johnson vers la fin de sa vie. Johnson aida à organiser un groupe pour l'élection municipale de Greenville en 1829 et il fut élu conseiller municipal avec ses amis Blackston McDannel et Mordecai Lincoln. À la suite de la révolte d'esclaves menée par Nat Turner en 1831, une convention fut organisée pour rédiger une nouvelle constitution qui supprimait le droit de vote pour les noirs libres. La convention demanda également une réforme des taxes foncières et de nouvelles sources de financement pour l'infrastructure du Tennessee. La constitution fut soumise au vote populaire et Johnson fit campagne pour son adoption ; son succès lui assura une plus grande exposition au niveau de l'État. Le , ses collègues conseillers l'élurent maire de Greeneville.
En 1835, Johnson se présenta pour le siège « flottant » que le comté de Greene partageait avec le comté voisin de Washington à la Chambre des représentants du Tennessee. Selon son biographe Hans Trefousse, Johnson « démolit » l'opposition lors des débats et remporta l'élection avec près de deux tiers des voix. Peu après être devenu représentant, Johnson acheta sa première esclave, Dolly, âgée de qui eut par la suite trois enfants. Johnson était connu pour traiter ses esclaves avec bienveillance mais le fait que Dolly avait la peau sombre et que ses enfants soient bien plus clairs a poussé certains à avancer que Johnson en était le père. Alors qu'il se trouvait à Greeneville, Johnson rejoignit la milice du Tennessee dans laquelle il atteignit le grade de colonel.
Durant son premier mandat à la législature du Tennessee à Nashville, Johnson s'alliait selon les circonstances avec le parti démocrate ou avec le nouveau parti whig ; il admirait néanmoins le président Andrew Jackson, un démocrate du Tennessee. Les principaux partis hésitaient encore sur leurs valeurs fondamentales et sur leurs propositions car le système politique était en pleine évolution. Johnson votait souvent avec les whigs qui s'étaient regroupés pour s'opposer à Jackson car il craignait une trop grande concentration des pouvoirs dans la branche exécutive du gouvernement. À l'inverse, il s'opposait parfois à ces derniers car il rejetait des dépenses gouvernementales supérieures au strict minimum et se prononça contre les aides pour les chemins de fer alors que ses électeurs espéraient des améliorations dans les infrastructures de transport. Il fut par conséquent battu lors de l'élection suivante. Défait par Brookins Campbell, Johnson ne perdit pas d'autres élections pendant trente ans. En 1839, Johnson chercha à récupérer son siège, initialement en tant que whig mais lorsqu'un autre candidat voulut obtenir la nomination du parti, il se présenta sous l'étiquette démocrate et fut élu. À partir de ce moment, il soutint le parti démocrate et mit en place une puissante machine politique dans le comté de Greene. Johnson fut remarqué pour ses qualités d'orateur et à une époque où les discours informaient et divertissaient le public, les gens se pressaient pour l'écouter.