Gaafar Mohammed an-Nimeiry (orthographié également Noumeiry) (en arabe : جعفرمحمدالنميري), né le à Omdourman et mort le à Khartoum, est un militaire et homme d'État du Soudan, pays qu'il dirige de 1969 à 1985.
Officier de profession, il arrive au pouvoir par un . Établissant un État à parti unique, consacré par la constitution de qui fait de l' la seule entité politique autorisée dans le pays, il poursuit un programme nationaliste arabe et socialiste, en étroite collaboration ses voisins septentrionaux : la République arabe unie de Nasser et la République arabe libyenne de Kadhafi.
En , il survit à une , après quoi il s'allie avec les deux principaux rivaux de l'URSS, à savoir la Chine maoïste et les États-Unis..
En 1972, il signe l'accord d'Addis-Abeba, un compromis qui aboutit à la fondation d'une région autonome du Soudan du Sud, mettant ainsi fin à la première guerre civile soudanaise (500 000. à 1 million de morts) et ouvrant la voie à une décennie de paix relative.
Ses dernières années au pouvoir sont marquées par la restauration du droit pénal musulman (abandonné lors de la colonisation), la révocation de l'autonomie du Soudan du Sud et le déclenchement de la seconde guerre civile soudanaise (près de deux millions de morts).
En 1985, il est évincé par un coup d'État et s'exile à Héliopolis en Égypte. Il revient au Soudan en 1999 et se présente à l' l'année suivante mais obtient de piètres résultats (9,6 % des voix).
Vie avant le coup d'État Famille Gaafar Nimeiry est affilié à la tribu , une tribu arabe nubienne originaire du nord du Soudan. Son père s'appelle Mohammed Mohammed Nimeiry et sa mère s'appelle Zainab Arbab Nimeiry. Son père fut soldat dans la Force de défense du Soudan, mais après son mariage, il quitta l'armée et se mit à travailler comme coursier dans une entreprise automobile. Lorsque cette entreprise ouvrit une succursale à Wad Madani, Mohammed Mohammed déménagea et s'y établit avec sa famille composée de lui-même, de sa femme et de ses trois fils : Mostafa, Gaafar et Abdelmadjid qui mourut à l’âge de 24 ans. Une fois arrivé au pouvoir, Gaafar Nimeiry se mit à répéter régulièrement qu'il était le fils d'un coursier dans le but de montrer son appartenance au petit peuple soudanais.
Nimeiry vécu une enfance difficile et ce dès son plus jeune âge. Il déclara à propos de sa jeunesse : . Mostafa, le frère aîné de Gaafar, se mit à travailler pour un salaire de quatre livres par mois, ce qui permit à Gaafar de compléter son enseignement primaire et d'accéder à l'enseignement secondaire.
Études Nimeiry étudia à l'école Al-Hijrah d'Omdourman, à l'école élémentaire et au collège Al-Amiriya de Wad Madani et au lycée masculin Hantoub de Wad Madani, avant de s'inscrire à l'université de Khartoum mais, faute de moyens financiers suffisants, il finit par rejoindre le . en 1950 dont il sort diplômé en 1952. Il expliqua son choix dans les termes suivants : .
En 1966, il obtient une maîtrise en sciences militaires du Command and General Staff College de Fort Leavenworth dans le Kansas aux États-Unis.
Carrière militaire Nimeiry occupa différents postes au sein de l'armée soudanaise au Nord comme au Sud. Il est accusé d'avoir participé à une tentative de coup d'État contre le gouvernement du condominium anglo-égyptien en 1955., mais, en raison du manque de preuves, il n'est pas inquiété. Il est de nouveau interrogé dans le cadre d'une enquête sur une autre tentative de coup d’État ratée orchestrée par un officier nommé Khaled Youssouf, mais, une fois de plus, l’enquête ne trouve rien qui puisse incriminer Nimeiry.
Le , le sous-lieutenant Khalid Hussein Othman et un contingent d'autres jeunes officiers communistes de l'armée de terre échouent à s'emparer du palais présidentiel et du bureau de poste central. Environ 400 personnes sont arrêtées dans la foulée, parmi lesquels le colonel Gaafar Nimeiry (commandant du commandement de l’Est), le secrétaire général du Parti communiste clandestin Abdel Khaliq Mahgoub et l'ancien premier ministre . Le , les civils arrêtés pendant le contre-coup d'État sont libérés. Les militaires sont libérés quelques jours plus tard. Nimeiry, sorti de prison le , est affecté au commandement de l'école d'infanterie d'Omdourman en guise de punition.
Politique Premières années au pouvoir et réformes socialistes thumb|left|230px|Photo du en 1969 ; Nimeiry est au centre. Le , avec quatre autres officiers, le colonel Nimeiry, commandant la garnison de Khartoum, renversa le Conseil de souveraineté (nom du gouvernement civil d'Ismaïl al-Azhari) au cours de ce qui fût appelé la « révolution de mai ». Le journaliste militaire note que la date choisie pour le coup d'État était opportune, puisqu'à ce moment-là, ce n'était pas moins de 14 officiers parmi les plus hauts gradés des forces armées soudanaises qui se trouvaient hors du pays pour des raisons officielles ou privées. Dans la foulée du putsch, Nimeiry suspend la constitution, dissout le Conseil suprême, l'Assemblée nationale, la Commission de la fonction publique ainsi que l'ensemble des partis politiques, réorganise l'armée (il se promeut major-général, envoi à la retraite 22 officiers, qui sont pour la plupart ses supérieurs hiérarchiques, démet de leurs fonctions plus d'une trentaine d'autres et nomme 14 nouveaux officiers aux postes les plus importantsIbidem, p. 104) et fonde le (ou CCR), dont il prend immédiatement la présidence.
Le , Nimeiry devient premier ministre et lance une campagne pour transformer l'économie du Soudan, en nationalisant les banques et les industries ainsi qu'en développant des réformes agraires. Plus généralement, il utilise son nouveau poste pour promouvoir le nationalisme arabe et le socialisme.
thumb|right|300px|Nimeiry (à gauche), Nasser (au centre) et Kadhafi (à droite) à l'aéroport de Tripoli, le 27 décembre 1969.
Au printemps 1970, Nimeiry ordonne le bombardement de l'. L'opération, soutenue par des chasseurs-bombardiers égyptiens (soi-disant dirigés par le futur président Hosni Moubarak), aboutit à la mort d'environ 12 000 Ansar (individus considérant Muhammad Ahmad ibn Abd Allah Al-Mahdi comme le Mahdi de l'eschatologie islamique) qui s'étaient opposés à son régimeIbidem, p. 107. Parmi eux, l'oncle de l'ancien premier ministre Sadeq al-Mahdi qui est, quant à lui, emprisonné et les biens de sa famille sont saisis par l'État.
Le , Nimeiry est élu président de la au cours d'un plébiscite (98,6 % des voix en sa faveur). Peu de temps après, il dissout le CCR et fonde l', dont il fait la seule organisation politique légale.
Au début de l'année 1972, à Addis-Abeba, en Éthiopie, il signe un accord octroyant l'autonomie au Soudan du Sud (majoritairement peuplé de non-musulmans et de Noirs, contrairement au Nord, islamisé et arabisé de longue date). Cette action met fin à la première guerre civile soudanaise et inaugure onze années de paix et de stabilité relatives dans la région.
En 1973, Nimeiry entreprend de rédiger une nouvelle constitution (la première permanente de l'histoire du Soudan) qui insiste sur le caractère démocratique, socialiste et présidentiel du nouveau régime.
Tentatives de coup d'État et alliance avec la Chine maoïste et l'Occident thumb|left|220px|Le putschiste est arrêté par les forces restées loyales à Nimeiry, le 22 juillet 1971 à Khartoum. Nimeiry résiste avec succès à une tentative de coup d'État de Sadeq al-Mahdi (le dirigeant du Parti Oumma) en 1970. L'année suivante, il est brièvement démis de ses fonctions par un , avant d'être rétabli dans ces dernières avec l'aide de la Libye kadhafiste (qui force l'avion de deux putschistes à atterrir sur son sol avant de les faire arrêter). Détenu pendant le coup d'État, il saute depuis la fenêtre de l'endroit où il était incarcéré lorsque ses partisans se pressent devant celui-ci pour l'accueillir.
Après ce coup d'État, Nimeiry prend ses distances avec l'Union soviétique et commence à recevoir des armes en provenance de la Chine maoïste et des États-Unis.. Selon la BBC, "Former Sudan leader Nimeiri dies", BBC, 30 mai 2009. En , il signe un accord avec la Chine, prévoyant la formation de l'armée soudanaise par des conseillers militaires chinois et l'achat de MiG-19. Mao Zedong octroie également au Soudan des prêts sans intérêt, et les entreprises publiques chinoises commencent à s'implanter dans le pays, où elles réalisent un certain nombre de travaux publics notamment des usines, des routes, des ponts et des centres de conférence. La coopération sino-soudanaise est un legs important de la politique de Nimeiry, puisqu'elle se poursuivra bien après son éviction du pouvoir en 1985.
Le , un putsch orchestré par des éléments communistes des forces armées dirigés par le lieutenant-colonel Hassan Hussein Othman, échoue à évincer durablement Nimeiry du pouvoir. Le général el-Baghir, premier vice-président, mène un contre-coup d'État qui ramène Nimeiry au pouvoir en quelques heures. Le lieutenant-colonel Othman est blessé, conduit devant une cour martiale, qui le condamne à mort, et exécuté.
thumb|right|250px|Nimeiry essayant un camion militaire lors d'une visite d'État en Allemagne de l'Ouest, le à .
Au milieu des années 1970, Nimeiry lance plusieurs initiatives pour développer l’agriculture et l'industrie au Soudan et invite des entreprises occidentales et chinoises à venir faire de la prospection pétrolière dans le pays. De façon plus générale, il tempère son socialisme et entreprend une politique économique plus modérée, privatisant certaines banques et industries (bien que l’État garde la mainmise sur la plus grande partie de l'économie) et encourageant l’afflux de capitaux étrangers (IDE et investissement de portefeuille), comme en témoignent la signature d'un certain nombre de traités bilatéraux sur les investissements avec les Pays-Bas (1970), la Suisse (1974), l’Égypte (1978) et la France (1978).
En , une force d’un millier d’insurgés armés et entraînés par la Libye, sous le commandement de Sadeq al-Mahdi, traverse la frontière au niveau de Maaten al-Sarra. Après avoir traversé le Darfour et le Kordofan, les insurgés s'engagent dans trois jours de combat urbain dans les rues de Khartoum et d'Omdourman au cours desquels près de 3 000 personnes périssent, entrainant ainsi un ressentiment national immense envers le leader libyen Mouammar Kadhafi. Nimeiry et son gouvernement sont sauvés de justesse par l’entrée d’une colonne de chars de l’armée dans la ville. 98 personnes ayant pris part au complot sont ultérieurement exécutées.
En , lors du sommet de l'Organisation de l'unité africaine qui se tient à Khartoum, Nimeiry est élu président de l'OUA pour un an.
Réconciliation nationale Au début de l'année 1977, Sadeq al-Mahdi, le chef de l’opposition basé à l’étranger, et le président Nimeiry se rencontrent à Port-Soudan et entament un processus de réconciliation nationale (préparé en amont par le gouvernement qui avait envoyé des émissaires à Londres pour parlementer avec des représentants de l'opposition). Une dose de pluralisme est introduite à l'occasion de l' en : les membres du Parti Oumma, du et des Frères musulmans sont autorisés à se présenter comme candidats indépendants et obtiennent 140 des 274 sièges à pourvoir. Cela conduit de nombreux observateurs à féliciter Nimeiry pour ses efforts de démocratisation du pays.
Hassan al-Tourabi, un agitateur islamiste que Nimeiry avait fait emprisonné (pendant 6 ou 7 ans) et exiler (en Libye) après la révolution de mai est autorisé à revenir au Soudan en 1977 et est promu au poste de procureur général (équivalent du ) en 1979.
Le processus de réconciliation nationale connaît cependant un certain nombre de limites : les relations entre le gouvernement central (à Khartoum) et le Sud autonome se dégradent, les désaccords entre l'opposition et Nimeiry éclatent au grand jour et d'autres au sein même de l' (dont la discipline de parti a considérablement diminuée) font leur apparition.