, né le à Chiyoda (Tokyo), est un homme politique japonais, membre du Parti libéral-démocrate (PLD). Il est Premier ministre du au .

Il est membre de la Chambre des représentants depuis , où il représente la préfecture de Tottori. Entre et , il appartient à plusieurs partis opposés au PLD, avant de réintégrer le parti dominant.

Considéré comme un spécialiste des questions militaires et de sécurité nationale, il est nommé en directeur de l'Agence de défense par le Premier ministre Jun'ichirō Koizumi, avec rang et titre de ministre d'État, fonction dont il est relevé en . Il est rappelé au gouvernement en par Yasuo Fukuda, qui lui confie le ministère de la Défense. Tarō Asō, qui succède à Fukuda un an plus tard, le nomme ministre de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche.

En 2008, il tente une première fois de se faire élire président du PLD. Il se présente à nouveau en : le vainqueur du scrutin, Shinzō Abe, le désigne alors secrétaire général du parti. Il abandonne cette fonction au bout de deux ans pour réintégrer le gouvernement, dirigé par Shinzō Abe, en qualité de ministre d'État délégué aux Zones spéciales de stratégie nationale. Il n'est cependant pas reconduit dans le cabinet mis en place après les élections de 2017. Il se représente l'année suivante à la présidence du PLD, mais se voit à nouveau défait par Shinzō Abe. Il en va de même en , où il finit troisième du scrutin.

En , briguant une cinquième fois la tête du PLD, il l'emporte face à l'ultranationaliste pro-Abe Sanae Takaichi, ce qui lui permet d'être élu Premier ministre par la Diète. Le mois de sa prise de fonction, des élections législatives anticipées privent sa coalition avec le Kōmeitō de sa majorité absolue à la Chambre des représentants. Mais il se maintient à la tête d'un gouvernement minoritaire, promet « un nouveau Japon » et la fin des Abenomics. En 2025, devenu impopulaire dans un contexte de scandales politico-financiers et de forte inflation, il perd également la majorité à la Chambre des conseillers, ce qui fait de lui le premier chef de gouvernement depuis 1945 à être minoritaire dans les deux chambres du pays.

Origines et formation Shigeru Ishiba naît dans l'arrondissement spécial de Chiyoda le .. Il est originaire de Kōge dans la préfecture de Tottori, où son père est né..

Diplômé de l'université Keiō, il est à partir de 1979, et jusqu'à son entrée en politique en 1986, employé de la banque Mitsui.

Il s'intéresse très tôt à la politique, dans laquelle il baigne depuis l'enfance du fait de son environnement familial. Ainsi, son père, , est gouverneur de Tottori de 1958 à 1974 puis membre PLD de la Chambre des conseillers, la chambre haute de la Diète, de 1974 à sa mort en 1981 mais surtout ministre de l'Intérieur et président de la Commission nationale de la Sécurité publique du au dans le Cabinet de Zenkō Suzuki.

Carrière politique Les débuts Il est élu représentant de la préfecture de Tottori en , obtenant alors la quatrième place parmi les quatre sièges à pourvoir au vote unique non transférable. En 1993, il fait partie des nombreux élus du PLD qui quittent ce parti pour protester contre la manière dont il est dirigé et pour appeler à des réformes structurelles et électorales. Shigeru Ishiba donne ainsi sa démission du mouvement en , avec trois autres députés (Takeo Nishioka, Takashi Sasagawa et Masamitsu Ōishi). Ils s'associent en avec un autre dissident plus ancien (depuis , siégeant depuis comme un conservateur indépendant), Kunio Hatoyama, le . Cette petite formation s'insère alors dans la coalition anti-PLD, anti-communiste, qui gouverne le Japon depuis et jusqu'en .

Le , le Comité de la réforme participe à la création, avec trois autres petits partis conservateurs créés à la suite de nouvelles défections du PLD (notamment pour protester contre l'alliance de celui-ci avec son rival traditionnel, le Parti socialiste japonais, dans une Grande coalition qui porte le socialiste Tomiichi Murayama au poste de Premier ministre en ), de l'Union pour une réforme libérale, menée par l'ancien chef de gouvernement Toshihiki Kaifu. Puis, le , avec les restes de l'ancienne alliance anti-PLD, anti-communiste n'ayant pas rejoint cette Grande coalition, ils créent un nouveau grand parti d'opposition, le Parti de la nouvelle frontière ou Shinshintō. Lorsque ce dernier éclate en , Shigeru Ishiba regagne le PLD.

À partir des élections législatives de 1996, il représente le de la préfecture de Tottori, soit les villes de Tottori et Kurayoshi et leurs alentours.

La faction au sein du PLD Membre au sein du PLD de la faction Hashimoto devenue depuis la faction TsushimaProfil biographique sur le site du Japan Times puis Nukaga, celle-ci défend notamment des positions plus keynésiennes en matière d'économie, notamment en défendant le maintien des dépenses sociales de l'État et le financement de grands travaux publics, des relations plus proches avec la république populaire de Chine ou la Corée du Sud ou encore une gestion plus traditionnelle du parti, basée sur les factions, une certaine bureaucratie et un électorat plutôt rural. Néanmoins, une fracture entre les tenants de cette ligne traditionnelle (Keizō Obuchi puis Ryūtarō Hashimoto et Fukushirō Nukaga) s'oppose depuis le début des années 1990 à une aile réformatrice, qui a d'ailleurs fortement contribué aux dissidences des années 1993 et 1994 (Tsutomu Hata et Ichirō Ozawa au début des années 1990, puis Kunio Hatoyama ainsi que Shigeru Ishiba). De ce fait, bien que cette faction, qui est l'une des principales tendances au sein du Jimintō, ait généralement été présentée comme opposée à la faction Machimura un temps menée par Jun'ichirō Koizumi avant que celui-ci ne se retire du jeu des factions, plusieurs de ses membres, dont Ishiba, ont soutenu Koizumi.

Shigeru Ishiba est considéré comme la personnalité montante de cette faction, comme le représentant de son aile réformatrice mais aussi d'une nouvelle génération politique opposée notamment à la vieille garde incarnée par Fukushirō Nukaga ou Kunio Hatoyama. Il abandonne toute appartenance à une faction en 2011.

Son premier passage à la défense vignette|gauche|Shigeru Ishiba et le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, le . Il fut ainsi ministre d'État et directeur de l'Agence de défense du Japon à la fin du cabinet du Japon (le premier mené par Koizumi) et dans le , du au . À ce poste, il soutient fortement la participation japonaise à la coalition militaire menée par les États-Unis en Irak. Il a alors été à l'origine de la loi de mesures spéciales pour aider la reconstruction de l’Irak de juillet 2003 et à sa mise en application par le déploiement à partir du des Forces japonaises d'autodéfense, uniquement dans un but humanitaire et de reconstruction«Le gouvernement donne l’ordre de déploiement aux Forces d’autodéfense. », Dépêche de la Foreign Press Center sur le site de l'Ambassade du Japon en France, 05/02/2004.

Ministre de la Défense de Yasuo Fukuda vignette|gauche|Shigeru Ishiba et le secrétaire américain à la Défense Robert Gates, le . Ayant soutenu tout d'abord Tarō Asō contre Shinzō Abe lors de l'élection du président du PLD en 2006, il soutient l'année suivante, comme une grande majorité de la faction Tsushima, Yasuo Fukuda contre Asō. Il devient donc à partir du ministre de la Défense dans le Cabinet mené par Fukuda.

Le , deux jours après que Nobutaka Machimura, chef du secrétariat du cabinet et donc et porte-parole du gouvernement, dit être « absolument persuadé » de l'existence des Ovni, Shigeru Ishiba fait à son tour une déclaration en ce sens : « Il n'y a rien qui nous permet de nier l'existence d'objets volants non identifiés et d'une forme de vie qui les contrôle », appelant alors à la nécessité de définir à un « cadre légal » et donc d'un plan d'intervention des Forces d'autodéfense en cas d'une hypothétique invasion extraterrestre« Le ministre de la Défense du Japon, Shigeru Ishiba, a estimé jeudi que l'existence des ovnis était plausible », Dépêche AFP, 20/12/2007. La « loi fondamentale sur l'espace » du s'est ainsi surtout fait remarquer pour avoir permis que l'espace soit désormais considéré comme un « moyen de garantir la paix et la sécurité internationales, d'assurer la sécurité du pays » et de permettre la défense de l'humanité« Le Japon lève les restrictions pour utiliser l'espace à des fins défensives », dépêche AFP in Aujourd'hui le Japon, 22/05/2008.

Campagne à la présidence du PLD puis ministre de l'Agriculture Le , Shigeru Ishiba est démis de ses fonctions à la suite d'un remaniement ministériel où 13 des 17 membres du gouvernement sont remerciés. Cependant, un mois plus tard, Yasuo Fukuda démissionne de ses postes de Premier ministre et président du PLD. Ishiba entre dans la course à sa succession, en mettant l'accent sur les questions diplomatiques et de sécurité, questions qui selon lui sont indispensables pour assurer le cadre de vie moyen des citoyens. Sur le plan budgétaire et économique, il adopte une approche plutôt keynésienne en appelant à l'abandon de la politique de rigueur mise en place jusqu'alors par le gouvernement et en se prononçant pour des dépenses publiques supplémentaires afin de relancer l'économie tout en envisageant de les financer par une hausse d'impôt Kyodo News, « 6TH LD: 5 lawmakers file candidacies for LDP leadership », BNet, 15/09/2008. Uniquement soutenu par une partie de sa faction (essentiellement issue de la jeune génération de parlementaires du Heiseikai), le jour du scrutin , tout comme Kaoru Yosano, Nobuteru Ishihara et Yuriko Koike, il est largement battu par Tarō Asō à l'élection du président du PLD en n'obtenant que 25 voix, et en arrivant en dernière position, contre 351 au vainqueur.

Il intègre toutefois, le , le nouveau gouvernement formé par Tarō Asō, en tant que ministre de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche. Il s'y attache à promouvoir la consommation de riz, en constante baisse depuis les années 1960 alors que cette céréale constitue tout à la fois un élément central de la culture nippone et la principale production de l'agriculture japonaise. Le plan proposé, d'un montant de 200 millions de yens (soit près de 1,7 million d'euros) déjà investis en 2008, vise à faire passer la quantité annuelle moyenne de riz mangée par les Japonais de 61 à 63 kilos par le biais de campagnes de publicité sur l'importance de l'aliment au petit-déjeuner, de cours dispensés afin d'apprendre aux Japonais comment faire des nouilles à base de riz et de l'augmentation des rations de la céréale dans les plats servis dans les cantines scolairesH. THIBAULT, « Le gouvernement demande aux Japonais de manger plus de riz », Aujourd'hui le Japon, 05/12/2008. D'autres mesures sont envisagées afin d'accroître l'autosuffisance alimentaire d'un pays consommant de plus en plus des aliments « occidentaux » et donc issus de l'importation, le ministre projetant de faire monter à 50 %, sur une période de dix ans, le taux d'autosuffisance contre officiellement 40 % en 2008 (soit le taux le plus bas des pays industrialisés). Il s'agit notamment de faire passer la production annuelle de farine de riz de , celle du blé de 910 000 à 1,8 million de tonnes et celle du soya de , d'inciter les agriculteurs à produire de riz destinées aux animaux d’élevage, et de développer le secteur laitier, tout cela en utilisant des terres jusqu'alors en friches« Le Japon accroît son autosuffisance alimentaire », Laterre.ca, 05/01/2009.