Konrad Lorenz, né le à Vienne et mort le dans cette même ville, est un biologiste et éthologue-zoologiste autrichien titulaire du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1973. Lorenz a étudié les comportements des animaux sauvages et domestiques. Il a écrit des livres qui ont touché un large public tels que Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons ou L'Agression, une histoire naturelle du mal.

Biographie

Konrad Zacharias Lorenz fait des études de médecine et, à trente-quatre ans, il enseigne la psychologie animale et l'anatomie comparée à Vienne pendant trois ans.

Alors que l'Autriche a été intégrée dans le Troisième Reich, il est nommé en 1940 professeur à l'université de Königsberg où il occupe la chaire d'Emmanuel Kant.

Mobilisé en 1941 dans la Wehrmacht comme médecin psychiatre, il est fait prisonnier par les Soviétiques en 1944 et détenu en Arménie jusqu'en 1948. Lorenz se servira de cette expérience dans ses travaux ultérieurs comme Enthousiasme nationaliste et constat des dégâts du lavage de cerveaux chez les Allemands nazifiés et les Russes stalinisés, pour élaborer une critique des manipulations de l'instinct d'agression chez l'Homme, de la psychologie de l'endoctrinement et des dangers qui en découlent.

De 1949 à 1951, il dirige l'institut d'éthologie comparée d'Altenberg puis l'Institut Max Planck de physiologie comportementale (un des 80 instituts de recherche de la Société Max-Planck) de Buldern (1951-1954) puis celui de Seewiesen (Bavière) (1954). Il reçoit en 1973, conjointement avec Karl von Frisch et Nikolaas Tinbergen, le prix Nobel de physiologie ou médecine pour leurs découvertes concernant ; il s'agit du seul prix Nobel jamais remis à des spécialistes du comportement. Leurs travaux constituent les fondements d'une nouvelle discipline de la biologie : l'éthologie.

Parenté Son père Adolf Lorenz est né à Weidenau, petite ville morave d'Autriche-Hongrie. Fils d'un bourrelier, il devint anatomiste puis chirurgien, puis orthopédiste, travailla entre autres au service de la cour impériale de Vienne et se rendit célèbre pour ses travaux sur l'opération de la hanche. Sa mère, Emma Lecher, fille de bonne famille mais sans fortune, était également médecin et assistante du docteur Adolf Lorenz. Elle accoucha difficilement de Konrad à l'âge de quarante-deux ans. Son frère Albert devint chirurgien orthopédiste.

Konrad épouse Margarethe Gebhardt (Gretl), son amie d'enfance, en 1927 (décédée en 1986). Ils ont deux filles et un fils.

Études À l'âge de six ans, il commence sa scolarité primaire dans une école privée, financée par un riche maître-boulanger viennois (Mendel) et dirigée par une de ses tantes qui y était institutrice.

À onze ans, il entre au réputé lycée Schotten à Vienne. Il y étudia, pour commencer, la chimie, la physique et l'histoire. Il termine sa formation comme pensionnaire et il étudie les matières classiques traditionnelles et les sciences, particulièrement la biologie.

En 1922, son père l'envoie étudier la médecine à New York, à l'université Columbia. Il y rencontre, par hasard, le professeur Thomas Hunt Morgan, le père de la génétique moderne et observe son premier chromosome au microscope. Après un seul trimestre à Columbia, il décide de rentrer à Vienne.

Il étudie la médecine à l'université de Königsberg et apprend l'anatomie comparée avec le professeur . Directeur de l'institut d'anatomie, celui-ci lui enseigne aussi la phylogénétique comparative, c'est-à-dire comment reconstruire l'arbre généalogique des espèces à partir des similarités et des différences anatomiques. Hochstetter fait de Konrad son démonstrateur en anatomie, l'année même où Gretl (sa future épouse) commence ses études de médecine ; il devient alors son instructeur.

En 1928, il obtient le titre de docteur en médecine bien qu'il n'ait aucunement l'intention d'en faire sa profession. Il devient alors assistant de Hochstetter et son travail avec celui-ci se termine à peine quelques années plus tard lorsque Hochstetter prend sa retraite. Lorenz ne s'entend pas avec son successeur et décide alors d'étudier la zoologie. En 1933, lors de son second doctorat, il soutient une longue thèse qu'il avait déjà publiée sur le vol des oiseaux et l'adaptation des différentes formes d'ailes.

Guerre, Kant et psychiatrie clinique Après s'être familiarisé à la philosophie kantienne au cours de l'année 1940 sur les instances de sa femme Gretl, Lorenz est mobilisé à l'été 1941. Bien qu'ayant travaillé dans un service d'urgence de Vienne, il considère ses connaissances insuffisantes pour devenir médecin militaire : dans son formulaire militaire, à la rubrique « connaissances spéciales », il indique seulement enseignement de la motocyclette. Il est donc incorporé à un escadron motorisé où il devint instructeur avant que l'armée ne s'aperçoive de ses compétences médicales cachées et ne l'envoie travailler comme neurologue dans l'aile psychiatrique d'un hôpital militaire de Poznań en Pologne occupée.

Il décrit ces deux années de pratique psychiatrique comme une que jamais il n'aurait choisie. Il dit à propos de son passage au pavillon réservé aux hystériques : Cette période influence beaucoup sa pensée sur le comportement humain : il abordera les problématiques psychiatriques à la lumière des questions posées par le psychiatre de Leeds, . Premièrement, comment l'instinct de conservation se trouve-t-il perturbé ? Et deuxièmement, quelle est la cause de cette perturbation, est-elle causée par un excès ou une déficience de cet instinct ?

Le , en URSS occupée, Lorenz travaille comme chirurgien de campagne près de la ligne de front alors que l'Armée rouge avance vers l'ouest en encerclant les Allemands à Vitebsk. Après avoir d'abord fui, il se retrouve avec une cinquantaine de sergents allemands et participe activement à la prise d'une tranchée russe en essayant de sortir de la poche encerclée. À court de munitions, les soldats allemands finissent par se rendre, mais Lorenz les quitte pour essayer de s'échapper seul. Pendant la nuit, Lorenz qui comprend le russe retire ses insignes, enlève son calot et rejoint l'armée rouge. Après avoir marché quelque temps avec les Soviétiques, il les quitte pour rejoindre les lignes allemandes, mais n'y parvient pas et les Soviétiques, après avoir pris les Allemands en étau et les avoir tous massacrés, se tirent mutuellement dessus : c'est alors que Lorenz est blessé par balle au bras gauche et fait prisonnier.

Lorenz, en tant que médecin, scientifique et matérialiste, n'est ni envoyé aux travaux forcés comme les autres prisonniers de guerre allemands, ni persécuté, ni même victime d'hostilité de la part de ses gardiens, mais détenu à Erevan en Arménie soviétique. En prison l'alimentation est insuffisante : il impressionne grandement ses geôliers en se nourrissant de tarentules considérées comme venimeuses, en leur expliquant qu'il profite de l'apport de leurs protéines et en continuant son travail d'éthologue par l'étude à même sa propre peau des comportements prénuptiaux des puces. Il trouve également le moyen d'écrire un manuscrit sur l'enveloppe en papier épais de sacs de ciment, grâce à une solution de permanganate de potassium ; il s'agit essentiellement du brouillon de son travail épistémologique sur la nature de la psyché, exposé vingt-cinq ans plus tard dans L'envers du miroir. Les Soviétiques, voyant en lui le savant et non le prisonnier ennemi, lui permettent de dactylographier son travail et, après examen par le comité de censure, de l'emporter chez lui : ils le libèrent dès , et c'est grâce aux transports de l'Armée rouge qu'il retourne à Altenberg, alors en zone d'occupation soviétiqueF. M. Wuketits, Konrad Lorenz. Leben und Werk eines großen Naturforschers, Piper, Munich und Zurich 1990..

Inné et acquis Lorenz combat violemment la philosophie vitaliste postulant une « force vitale » qui, au-delà des processus physiques se déroulant dans le cerveau, explique ultimement le comportement par cette force de nature transcendante. Il combat également la conception finaliste du comportement qui implique que l'objectif (la finalité du comportement) détermine le comportement en fonction de l'atteinte de celui-ci. Il démontre que plusieurs animaux, mammifères compris, ne possèdent aucune représentation interne de la finalité de leurs comportements, bien que ces comportements semblent orientés vers des objectifs précis. Il s'élève également contre la conception de l’enchaînement de réflexes qui était, à l'époque, le modèle dominant en matière d'explication de l'instinct ; il utilise, pour ce faire, plusieurs résultats expérimentaux du neurophysiologiste Erich von Holst. Le premier article critiquant ces thèses, Sur la formation du concept d'instinct, est publié en 1937. Par contre, Lorenz y effleure à peine les erreurs de Watson et de ses disciples béhavioristes, sous-estimant leurs influences grandissantes.

Lorenz s'attaqua en 1942 dans Psychologie inductive et téléologique à une nouvelle version du vitalisme : l'holisme. Il affine ses idées et critiques en 1943 dans Le tout et la partie dans la société animale et humaine, revue et corrigée après la guerre et publiée en 1950. L'holisme, affirmant que le tout est plus que la somme des parties, laisse entrevoir : « un miraculeux facteur producteur total, qui, n'étant pas accessible, n'exige pas une explication causale ». Ici encore, c'est le retrait de l'explication scientifique véritable qui choque Lorenz ; en extrayant l'explication causale, on laisse la porte ouverte à une existence transcendantale de la psyché laissant une brèche où le « croyant peut faire tomber une âme et le philosophe une conscience ; il tient aisément compte du libre arbitre et, par conséquent, du bien et du mal. »

Mais le véritable combat s'effectue entre les « natalistes » qu'il représente et les « environnementalistes », en particulier l'école « béhavioriste » américaine. Il n’accepte jamais la position intermédiaire, représentée par les « éthologistes de langue anglaise » : loin de considérer leur synthèse comme féconde, il la considére comme un compromis politique évitant d'accepter le déterminisme biologique, insupportable aux yeux des partisans de l'égalité de principe de tous les Hommes, postulat issu de la Révolution française. Il dénonce particulièrement la « trahison » de ceux qu'il croyait être ses amis, en particulier Nikolaas Tinbergen. Il trouve particulièrement difficile la mise de côté de ce qu'il considère comme le pilier de la recherche éthologique : la comparaison inter-espèce. En effet, pour lui, seule cette approche permettait à l'éthologie d'être la continuation de l’œuvre de Charles Darwin dans son chapitre consacré à l'évolution du comportement dans L'Origine des espèces. Pire, il voit dans certaines approches béhavioristes (comme le fameux concept de « maturation ») un nouveau repaire du vitalisme, permettant de repousser l'explication causale jusqu'à ses derniers retranchements. Toutes les réflexions scientifiques de Lorenz concernant ces questions sont regroupées dans son œuvre : Évolution et modification du comportement, l'inné et l'acquis.