Antoine Le Maistre, ou Lemaistre, ou Le Maître, né le et mort le , est un janséniste français, avocat, puis pédagogue et homme de lettres. En 1639, il devient le premier Solitaire de Port-Royal des Champs. Il y veille notamment à l'éducation de Jean Racine, dont il va fortement influencer la formation littéraire.

Biographie

Enfance Il naît le . Il est le fils aînéNicolas Fontaine, Mémoires pour servir à l'histoire de Port-Royal, sur babel.hathitrust.org, Utrecht, 1736, I, p 30 (consulté le 18 mai 2018). d'un protestantJean Lesaulnier, « Antoine Le Maistre (1608-1658) », sur amisdeportroyal.org, dans « Petite galerie », Chroniques de Port-Royal, numéro spécial « Port-Royal de Paris », 1991 (consulté le 17 mai 2018)., Isaac Le Maistre, maître des comptes, et de Catherine ArnauldCharles Perrault, « Antoine Le Maistre advocat », Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, sur gallica.bnf.fr, Paris, Dezallier, 1697, I, ., fille aînée de l'avocat Antoine Arnauld (1560-1619). Catherine est sœur de Robert Arnauld d'Andilly ; de Henri Arnauld, évêque d'Angers ; d'Antoine Arnauld, docteur de Sorbonne ; et des mères Agnès Arnauld et Angélique Arnauld. Antoine Le Maistre est le frère de Louis-Isaac Lemaistre de SacyCharles Perrault, , . et de Simon Le Maître de Séricourt.

Carrière juridique Il commence à plaider à , d'une manière qui, selon Charles Perrault, n'a pas encore eu d'exemple au barreau : Perrault s'étonne que, . Pour Guez de Balzac, . Les prédicants demandaient à pouvoir quitter leurs chaires afin de pouvoir l'écouter prêcher. Le chancelier Séguier le choisit, alors qu'il est âgé de , pour faire ses trois harangues de réception au parlement et aux autres cours supérieures, le Grand conseil et la Cour des aides. Pour le remercier de l'honneur qu'il lui a fait dans ces trois tribunaux, Séguier lui procure un brevet de conseiller d'ÉtatPierre Thomas du Fossé, Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal, sur archive.org, Utrecht, 1739, 41 (consulté le 17 mai 2018)..

Port-Royal , Le Maistre n’a pas encore lorsque, sous l'influence de l'abbé de Saint-Cyran, il prend la résolution de renoncer au mondeNicolas Fontaine, , I, 32.. Il annonce à son père sa décision de quitter le barreau. Il le quitte en effet trois mois plus tard. Il renvoie à Séguier ses lettres de conseiller d'État. L'émoi suscité par la retraite d'un sert alors aux ennemis du jansénisme pour discréditer Saint-Cyran dans l'esprit de Richelieu.

Le , guidé par Saint-CyranRené Taveneaux, Jansénisme et politique, choix de textes, Paris, Armand Colin, 1965, 56., Antoine Le Maistre se retire avec son frère Simon à l'abbaye de Port-Royal de ParisRené Taveneaux, , indique l’année 1637.. Les deux hommes se mettent sous la direction spirituelle de Saint-Cyran. À la demande de ce dernier, les frères Le Maistre accueillent plusieurs enfants dans leur maison pour les éduquer selon les principes saint-cyraniens. L’arrestation de Saint-Cyran le met un terme à cette vie de pédagogues.

Premier des Solitaires, Antoine Le Maistre se fixe pour toujours à Port-Royal des Champs en août 1639. Il y mène une vie discrète et austère. Il entretient, à l'abbaye, une relation privilégiée avec Jean Racine, élève aux Petites écoles dès un âge tendre. Il semble qu'Antoine Le Maistre ait même adopté symboliquement le garçonVoir sur ces relations et cette adoption Georges Forestier, Jean Racine, Paris, Gallimard, 2006, 40, 52-54 et 93 ; Alain Viala, , 40 et 41, 43 et 44 ; Louis Vaunois, L'Enfance et la Jeunesse de Racine : documents sur la vie de Racine, Paris, Del Duca, 1964, 97-100., qu'il appelle « mon cher fils », quand Racine l'appelle « papa »Ces qualificatifs se lisent notamment dans un célèbre billet de Le Maistre à Racine du , qui installe Racine comme gardien de la bibliothèque du maître en son absence de Port-Royal. BnF, manuscrits français 12886, fol. 273 ; Raymond Picard, 1956, 2 ; Georges Forestier, , 93. Le billet original est numérisé et visible sur Gallica.. Le Maistre fait lire et annoter à son élève Cicéron, Quintilien, Tacite et PlutarqueAlain Viala, , 40.. La formation et les lectures données par Le Maistre vont exercer une très forte influence sur l'écriture et la carrière de RacineGeorges Forestier, , 98-110..

Dans sa retraite, Le Maistre se consacre à donner des traductions, à écrire des vies de saints. Il meurt à Port-Royal des Champs le , à , des suites d’une maladie.. Sa disparition brutale plonge Port-Royal dans un deuil profond : le devient après 1658 un jour d'hommage à l'abbayeGeorges Forestier, , 116 ; Nicolas Fontaine, Mémoires ou histoire des Solitaires de Port-Royal, Paris, Champion, 2001, 685.. Sa pierre tombale est visible dans le cloître de Port-Royal de Paris.

Publications

Il a parfois recours aux pseudonymes Lamy et L. de Saint-Aubin. Il laisse une œuvre abondante, notamment un Recueil de divers plaidoyers et harangues, au Parlement (1652)., un Traité sur l'aumône (1658) et une Vie des Saints, continuée par Pierre Thomas du Fossé.

Dans les Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal de Nicolas Fontaine, on trouve les dix « Règles de la traduction française » édictées par Le Maistre. Des principes comme ceux de l'importance de la fidélité et de la littéralité en traduction y sont dégagés. Le texte doit être équilibré, il faut rester fidèle et ne rien ajouter à la traduction.

Le Maistre a traduit la Bible et trois textes de saint Bernard : « De la vie solitaire », « Des commandements et dispenses » et « De la conversion des Mœurs »..

Il est probablement l'auteur de la Lettre d'un avocat, présentée parfois comme une dix-neuvième Provinciale.

Notes et références

Annexes Bibliographie Charles Perrault, « Antoine Le Maistre », Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, Paris, Dezallier, 1697, I, et 62 (lire en ligne). Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, Paris, Moutard, 1779, II, (lire en ligne). Loïc Damiani, Les avocats au Parlement de Paris vers 1650, aspects professionnels, sociaux, économiques et culturels, https://univ-droit.fr/docs/recherche/rhfd/revues/part/41674/25-26-2005-2006p201-236.pdf [archive] Loïc Damiani, « Discours chez les avocats parisiens au XVIIe siècle », Entreprises et histoire, 2006/1 (n° 42), p. 7-28. DOI : 10.3917/eh.042.0007. URL : https://www.cairn.info/revue-entreprises-et-histoire-2006-1-page-7.htm Acerra Martine. Les avocats du Parlement de Paris - 1661-1715. In: Histoire, économie et société, 1982, 1e année, n°2. pp. 213-225 (Lire sur Persee.fr : https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1982_num_1_2_1289) Yves Le Guillou, Les avocats du Parlement de Paris (1580-1660) - histoire sociale et culturelle (https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1550-les-avocats-du-parlement-de-paris-1580-1660-histoire-sociale-et-culturelle.pdf [archive]) Diane Dutton, Le plaidoyer de l'âge classique : Olivier Patru, Antoine Le Maistre et Claude Gaultier, Paris, Editions L'Harmattan, 2007

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