Marie-Louise O'Murphy (aussi appelée « Mademoiselle de Morphy », « la belle Morphise », « Louise Morfi » ou « Marie-Louise Morphy de Boisfailly »), née le à Rouen, morte le à Paris, connue comme le modèle d'un tableau de François Boucher, est l'une des maîtresses de Louis XV.

Biographie

Naissance à Rouen Marie-Louise O’Murphy, Morfy ou MorfiMorfi est l'orthographe utilisée de façon habituelle par le père de Marie-Louise O'Murphy quand il signe différents actes administratifs comme son acte de mariage le 21 janvier 1714 à Rouen, ou l’acte de Baptême de sa fille Marie-Louise en 1737., naît à Rouen, le , dernière née des douze enfants de Daniel Morfi et Marguerite IquyOn recense 12 naissances au foyer de Daniel O'Murphy et Marguerite O'Hiquy, dont les actes de baptêmes ont été relevés dans les registres des paroisses Saint Eloi et Saint Sauveur de Rouen., et baptisée le même jour dans l'église Saint-Eloi :

Une ascendance irlandaise La famille de Marie-Louise O’Murphy est d’origine irlandaise, installée en Normandie depuis peu. La présence de Daniel Morfil, son grand-père paternel, est attestée à Pont-Audemer à la fin du , où meurt sa première épouse Marguerite Connard, Irlandaise comme lui. Lié aux milieux jacobites, soldat perdu des armées de Jacques II Stuart, qui furent défaites le à la bataille de la Boyne ; Daniel Morfil aura peut être suivi en France son roi réfugié au château de Saint-Germain-en-Laye, dont les derniers régiments catholiques qui lui étaient restés fidèles furent condamnés à mort par contumace par le parlement orangiste d’Irlande et mis à la disposition de Louis XIV.

On sait très peu de chose sur le grand-père de Marie-Louise O’Murphy, si ce n’est qu’il fit probablement partie des soldats licenciés après la paix de Ryswick en 1697. Daniel Morfil (Morfi ou Morphy selon les différentes orthographes retrouvées), s’installe à Rouen vers 1699, date de son mariage en secondes noces avec Brigitte Quoin, où il est désigné dans les registres de la paroisse Saint-Eloi, comme maître cordonnier.

Son fils, Daniel Morfi, le père de Marie-Louise O’Murphy, se marie le dans la paroisse Saint-Eloi de Rouen avec Marguerite Iquy qui est également d’origine irlandaise : Des douze enfants nés au foyer de ce couple entre 1714 et 1737, cinq meurent au berceau et sept autres survivront, dont cinq filles prénommées : Marguerite-Louise, Marie-Brigitte, Marie-Magdeleine, Marie-Victoire, Marie-Louise ; et deux garçons : Jean-François et Michel-Augustin.

Une famille déracinée et déclassée Daniel et Marguerite Morfi sont connus des services de la justice. L’un s’est illustré dans une affaire d’espionnage et de chantage, l’autre pour prostitution et vol.

Daniel Morfi apparaît dans les registres de la prison de la Bastille, où il est conduit « pour affaire d’État » après son arrestation le François Ravaisson-Mollien, Archives de la Bastille, documents inédits, (1736-1737), .. Collaborateur indélicat, il est alors désigné comme le secrétaire de Charles O’Brien, vicomte de Clare et il est accusé d’avoir dérobé la correspondance diplomatique que son maître, militaire de renom au service de la France, entretenait en secret avec son souverain légitime Jacques III Stuart, prétendant malheureux au trône d’Angleterre, exilé à Rome. Daniel Morfi avait tenté de faire chanter le roi sans trône, en le menaçant de vendre à la cour de Londres, les papiers qu’il avait dérobés. L’affaire compromet le gouvernement français, en faisant apparaître des tractations diplomatiques secrètes favorables à la restauration des Stuarts. Le dossier d’arrestation de ce personnage, pourtant de mince envergure, ne comprend pas moins qu'une apostille manuscrite du cardinal de Fleury, un courrier du vicomte de Clare et une lettre de Jacques III lui-même, appuyant la demande d’éloignement. Daniel Morfi est mis au secret pendant sept mois à la Bastille dont il sortira pour rejoindre sa femme et ses enfants enfermés d’autorité à l’abbaye d’Arcis près de Nogent-le-Rotrou. Cet enfermement prend fin le . Daniel Morfi est autorisé à aller où bon lui semble, excepté Paris. C’est ainsi, qu’avec sa famille, il regagne Rouen, où Marie-Louise naîtra un an plus tard.

Marguerite Morfi a également laissé des traces dans les annales judiciaires. Arrêtée le , en compagnie d'Anne Galtier, elle est conduite à la prison de For-l'Évêque, puis enfermée à la Salpêtrière. Surnommée « l’Anglaise », elle est âgée de 29 ans, est dite originaire de Saint-Germain-en-Laye et l’inspecteur qui les arrête déclare que « ces deux femmes prostituées vivaient en débauche avec un jeune homme de famille » « et que c’est à la sollicitation de ces deux femmes débauchées que ce jeune homme avait fait à sa tante consanguine un vol considérable ».

Les sœurs de Marie-Louise O’Murphy sont également connues pour s’être adonnées à la prostitution. Jean Meunier inspecteur de police attaché à la surveillance des filles et des femmes galantes, leur consacre plusieurs pages dans le journal qu’il tient à partir de 1747 ainsi que dans un rapport qu’il rédige en 1753 à l’intention de son supérieur le lieutenant de police Nicolas René BerryerCes deux manuscrits sont conservés à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris : Manuscrits Bastille 10251, rapport sur la famille Morphis, mai 1753 et Manuscrits Bastille 10234, Journal de Meunier.. Le , Meunier consacre trois pages aux cinq sœurs Morphis, Marguerite, Brigitte, Madeleine, Victoire et Marie-Louise. À propos de Marguerite et Magdeleine, dite Magdelon, il note qu’elles ont fait « leur campagne en Flandres » à la suite de l’armée française, mais qu’elles n’en étaient pas à leurs débuts car, avant de « passer en Flandres », elles seraient souvent allées en compagnie de leur sœur Victoire « faire des parties chez la Richardot, la Duval, la Beaudouin, la Fleurance et autre femme du monde ». Quant à Brigitte, elle est, selon Meunier, « toujours restée chez ses père et mère et n’a point eu d’aventures brillante ni bruyante ». Il conclut cependant « malgré sa laideur on assure qu’elle n’en est pas à ses débuts ».

C’est sans doute à partir d’informations similaires que le marquis d’Argenson notait, dès le , dans son journal à propos de Marie-Louise O’Murphy :

Modèle du peintre François Boucher On s'accorde à reconnaitre Louise O'Murphy dans le très jeune modèle qui posa pour la Jeune Fille allongée de François BoucherLire cependant la notice que consacre à ce tableau l'historien d'art anglais Alastair Laing, dans le catalogue de la rétrospective François Boucher au Grand Palais, Paris 1985, qui réfute l'identification du modèle de l’Odalisque blonde, comme étant Marie-Louise O'Murphy. Hypothèse fragile qui fut cependant reprise par Pierre Rosenberg dans la notice qu'il consacra à ce même tableau, dans le catalogue de l'exposition Poussin, Watteau, Chardin, David… Peintures françaises dans les collections allemandes, , Paris, Société française de promotion artistique, 2005., un tableau célèbre pour son érotisme non dissimulé, datable de 1752. Deux versions de ce tableau nous sont parvenues, toutes deux conservées en Allemagne, l'une dans les collections de l'Alte Pinakothek de Munich, l'autre dans les collections du Wallraf-Richartz Museum de Cologne. Boucher, alors au sommet de sa gloire, s'était fait une spécialité de ces nus délibérément licencieux, représentés dans des poses lascives en dehors de tout contexte mythologique. La Jeune Fille allongée, dite aussi l'Odalisque blonde, fait écho à l'impudique Odalisque brune, peinte vers 1745, dont plusieurs exemplaires sont conservés, au musée du Louvre ou au musée des beaux-arts de Reims.

Casanova revendique, dans son Histoire de ma vie, la découverte de la belle Morphi, affirmant que c’est à sa demande qu’un peintre aurait peint le portrait dont une copie aurait été mise sous les yeux de Louis XV, qui aurait alors demandé à voir si l’original correspondait à l'œuvre :

Dans le récit acrobatique et peu vraisemblable qu'il fait des évènements, et qui fut rédigé de nombreuses années plus tard, le séducteur vénitien cherche à se donner le rôle central, alors même qu'il n'a peut-être été qu'un témoin partiel. Il ne cite pas nommément Boucher et semble plutôt, au soir de sa vie, avoir brodé cet épisode à partir des ragots et des pamphlets qui circulaient très librement en Europe à la fin du . D'autres sources sont plus précises.

L'inspecteur de police Jean Meunier se fait l'écho dans son journal, d'une autre version des faits, qui circule dans les mois qui suivent la rencontre de Louis XV et Marie-Louise O'Murphy. Le il écrit très précisément :

Maîtresse de Louis XV On désigne par le terme de « petite maîtresse » les maîtresses de Louis XV qui ne furent pas présentées à la cour et qui, contrairement aux maîtresses officielles, ne disposaient pas d'un appartement au château. Généralement recrutées par les valets de chambre du roi dans les milieux de la galanterie ou de la petite bourgeoisie parisienne, elles furent, quand leur liaison avec le souverain ne se limitait pas à une nuit, logées dans des maisons acquises par des prête-noms pour le compte du roi dans le quartier du Parc-aux-cerfs à Versailles, ou aux alentours des autres résidences royales. Marie-Louise O'Murphy fut l'une de celles-ci, pendant trois années, de 1752 à 1755.

Différents récits permettent de comprendre les circonstances par lesquelles elle fut présentée au roi. Dans le paragraphe qui précède, on a pu lire comment la police parisienne de l'époque semblait croire que le marquis de Vandières, le propre frère de la marquise de Pompadour, ait pu être à l'origine de cette entremise, en montrant le portrait de "la petite Morfi" au roiExtrait du Journal de l'inspecteur de Police Jean Meunier, à la date du 8 mai 1753. Manuscrit conservé à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris : Bastille 10234, Journal de Meunier.. Un autre document vient étayer la thèse selon laquelle le recrutement des petites maîtresses du roi se faisait sous le contrôle de l'entourage proche de la marquise de Pompadour :

Vandières, Directeur des Bâtiments du Roi, dans une lettrePubliée dans Correspondance des Directeurs de l'Académie de France à Rome avec les Surintendants des Bâtiments, par Anatole de Montaiglon et Jules Guiffrey, Paris 1887-1912, , 1900, . adressée le , au peintre Natoire à Rome, passe une commande assez particulière, et donne des éléments qui permettent de penser qu'il est bien en possession du portrait de Marie-Louise O'Murphy par Boucher, et qu'il a donc pu le montrer au souverain :

Ensuite c'est à Dominique-Guillaume Lebel, premier valet de chambre du roi, que revient la délicate et secrète mission de négocier la virginité de la jeune fille et de la ramener à Versailles. C'est ainsi que le marquis d'Argenson dans son journal, rapporte le Journal et mémoires du marquis d’Argenson, publié par la Société pour l’Histoire de France par E. J. B. Rathery, Paris 1859-1867, . que « Lebel est parti en reconnaissance à Paris pour y marchander un nouveau pucelage […] s'est rendu chez une couturière du nom de Fleuret qui procure des amants à ses ouvrières et tient boutique rue Saint-Honoré ». Le , ne connaissant pas encore l'identité de Marie-Louise O'Murphy, il fait allusion à « une petite fille qui servait de modèle chez Boucher » et que le roi « aurait vu chez Lebel son valet de chambre ».

Marie-Louise Morphy de Boisfailly Le nom de Marie-Louise Morphy de Boisfailly qui apparait dans la seconde partie de sa vie fut inventé lors de son premier mariage.

En , deux ans et demi et une naissance d'enfant après le début de sa relation, Marie-Louise O'Murphy est chassée en pleine nuit de sa maison du Parc-aux-cerfs. Répudiée par le Roi, elle est éloignée de Versailles.