vignette|Les dirigeants des Témoins de Jéhovah devant la Commission royale d'enquête sur les réponses institutionnelles aux abus sexuels commis sur des enfants en Australie. Les Témoins de Jéhovah sont confrontés en leur sein à des affaires de pédocriminalité. Le traitement en interne de ces cas de pédophilie, sans en référer aux autorités judiciaires, leur vaut de vives critiques, et des condamnations en justice contre des ministres du culte concernés.

Lois des Témoins de Jéhovah sur la pédophilie La pédophilie est contraire aux valeurs morales des Témoins de Jéhovah. Ils pensent que cette pratique relève de ce que la Bible appelle la pornéia en grec, c'est-à-dire une relation sexuelle hors du cadre du mariage. Ils considèrent cette pratique comme un péché grave susceptible de tomber sous le coup d'une excommunication de celui qui s'y adonneRéveillez-vous !, 8 octobre 1993 :Les lois bibliques ont-elles un effet sur votre vie de famille? Par exemple, on lit en Lévitique 18:6: « Vous ne devrez vous approcher, nul homme d'entre vous, d'aucune proche parente charnelle, pour en découvrir la nudité. Je suis Jéhovah. » Pareillement aujourd'hui, la congrégation chrétienne fait respecter des lois strictes contre toute forme d'agressions sexuelles. Quiconque se rend coupable d'attentat aux mœurs sur un enfant risque d'être exclu, chassé de la congrégation. - 1 Corinthiens 6:9, 10...

Dans ses publications, le mouvement religieux explique que la pédophilie constitue un « vieux fléau qui a pris aujourd'hui d'énormes proportions [dont les] effets peuvent être dévastateurs », et précise qu'on « ne peut excuser la mauvaise conduite » des personnes qui abusent sexuellement des enfants. Elle déplore aussi le silence auquel les victimes sont souvent contraintes par leur bourreau et recommande aux parents d'éduquer leurs enfants dans ce domaine dans le but de prévenir les agressions. Il est préconisé notamment de leur apprendre à repousser les marques d'affection qui sont déplacées ou qui les mettent mal à l'aise, et à encourager l'enfant à montrer ce qu'il ferait, cela en le mettant mentalement, sous forme de jeu, dans la situationRéveillez-vous !, 8 octobre 1993 ; « Ayons en aversion ce qui est mauvais », dans La Tour de Garde, janvier 1997; "De l'aide pour les victimes de l'inceste", dans La Tour de Garde, .. Même les ouvrages destinés aux enfants évoquent la question des abus sexuels sur mineurs dans une optique préventiveÉcoute le Grand Enseignant, ,171..

Les Témoins de Jéhovah encourageaient dès 1985 dans leurs publications de tout mettre en œuvre pour protéger l'enfant victime d'agression sexuelle, quelles qu'en soient les conséquences notamment pour le criminelRéveillez-vous !, 22 avril 1985, :Cependant, si on découvre qu'un enfant a été victime de violences sexuelles et surtout d'un inceste, deux choses sont à faire sur-le-champ : en premier lieu, protéger l'enfant, et aussi les autres enfants de la famille contre d'autres sévices. Cela doit être fait peu importe le prix. Dans la plupart des cas, on confondra publiquement l'agresseur. Quelles que soient les conséquences, il est important que l'enfant acquière la certitude que l'agresseur ne pourra jamais plus s'en prendre à lui. En second lieu, l'enfant doit se sentir soutenu moralement et entouré d'amour. Les parents doivent laisser clairement entendre que la petite victime n'est pas coupable. Le délit dont elle a été l'objet et toutes les conséquences qui en découlent (même si un proche parent doit aller en prison) ne sont pas de sa faute... Dans un article de 1997, Réveillez-vous ! recommandait même aux parents de « dénoncer le coupable aux autorités »Réveillez-vous !, 8 avril 1997, .. Quant à La Tour de Garde, elle rappelait que la congrégation chrétienne ne devait pas chercher à soustraire l'agresseur des sanctions pénales prévues par la loi du paysLa Tour de Garde, janvier 1997, ..

Au printemps 2018, les Témoins de Jéhovah ont publié sur leur site officiel un document juridique à destination de leurs fidèles et des autorités intitulé Ligne de conduite biblique des Témoins de Jéhovah sur la protection des enfantsLigne de conduite biblique des Témoins de Jéhovah sur la protection des enfants, JW.org, avril 2018.. Ce document, qui expose clairement la politique de l'organisation des Témoins de Jéhovah sur la protection des mineurs, explique que «Les Témoins de Jéhovah ont en horreur les abus sur enfant et les considèrent comme des actes pénalement répréhensibles». De plus, ils «reconnaissent que les autorités publiques ont pour rôle de lutter contre de tels actes». Par ailleurs, lorsqu'une victime d'abus sexuels sur mineur, ses parents ou d'autres proches informent les anciens de la congrégation, ceux-ci leur rappellent «leur droit légal de signaler les faits aux autorités», sachant que selon ce document «les anciens n’adressent aucun reproche à celui qui décide de procéder à un tel signalement (Galates 6:5)».

La Tour de Garde de confirme officiellement ces nouvelles directivesL’amour et la justice face à la méchanceté, La Tour de Garde, édition d'étude, mai 2019.. Elle explique que les anciens doivent obéir aux éventuelles lois imposant de signaler aux autorités une accusation d’abus sexuel sur enfant et qu'ils « rappellent aux victimes et à leurs parents, ainsi qu’à ceux qui sont au courant de l’affaire, qu’ils ont la possibilité de signaler aux autorités une accusation d’abus sexuel » (§ 13, 14). Et de préciser en note : « Dans certains pays, dont la France, la loi rend obligatoire le signalement aux autorités des faits d’agression sexuelle sur mineur. » Quant à la norme biblique qu'il y ait deux témoins pour valider une accusation, en l'absence d'aveux de l'agresseur, La Tour de Garde ajoute qu'elle « ne s’applique pas aux démarches faites par les anciens ou d’autres pour rapporter aux autorités une accusation d’acte puni par la loi » (§ 15).

Traitement des affaires de pédophilie Pour les Témoins de Jéhovah, deux témoins des actes pédophiles, ou des aveux, sont nécessaires pour l'établissement des faits permettant d'entamer une procédure interne de discipline religieuse. Ils se basent sur des versets bibliques tels que Deutéronome 19:15 qui déclare : « Un seul témoin ne pourra se dresser contre un homme à propos d’une faute ou d’un péché quelconque, pour un péché quelconque qu’il peut commettre. Ce n’est que sur le dire de deux témoins ou sur le dire de trois témoins que l’affaire tiendra. » Comme l'a expliqué la filiale australienne des Témoins de Jéhovah dans un courrier à la Response to Royal Commission letter dated 4 November 2016, Watchtower Bible and Tract Society of Australia, 3 January 2017, ., cette règle des deux témoins nécessite donc qu'il y ait deux personnes pour témoigner soit d'un même fait, soit de faits similaires à différentes occasions impliquant le même prédateur sexuel.

Parfois, en l'absence de deux témoins oculaires, une confrontation entre la victime et l'accusé a été exigée pour avérer les faits. Elle posait cependant le problème des séquelles psychologiques qu'une telle confrontation peut produire sur la victime. À ce propos, la Société Watchtower a été condamnée récemment au Canada pour avoir imposé cette confrontationIt follows from the above that the only harm suffered by the plaintiff for which any defendant is in law responsible is the harm arising from her participation in the December 29, 1989 meeting. The only defendant liable in damages for that harm is Watch Tower Bible and Tract Society of Canada. The final question to be determined is the quantum of the plaintiffs damages. [Affaire Vicky Boer contre Watchtower. Canada. 2003 http://www.silentlambs.org/wordvickiboertranscript2.htm]..

Si malgré la confrontation, l’accusé ne reconnaissait pas les faits, l’affaire était classée. Ce fait est illustré par le cas d'une jeune bruxelloise appartenant à une famille Témoin de Jéhovah, qui avait été abusée pendant un an et demi par l'un d'eux, lorsqu'elle avait 9 ans. Les anciens, avertis, avaient organisé une confrontation entre l’abuseur et sa victime, mais comme il n’y avait pas deux témoins de l’affaire, aucune discipline religieuse n'avait été portée. En 2003, cette jeune femme est allée déposer plainte à la police contre son bourreau, juste avant la prescriptionLa loi du silence, La Dernière Heure, 26 août 2005..

Les pédophiles reconnus coupables par les comités de discipline religieuse et ne montrant pas de repentance étaient excommuniés du mouvement ; les anciens considérant avoir ainsi rendu la justice de Dieu. Toutefois, ceux-ci ne les ayant pas dénoncé aux autorités pour ne pas jeter l'opprobre sur ce qu'ils considèrent comme l' « organisation de Jéhovah », il est arrivé que certains d'entre eux continuent à abuser d'enfants jusqu'à ce qu'ils soient dénoncés aux autorités par d'autres personnes. Dans une affaire jugée en Norvège, un pédophile qui avait maltraité sexuellement des enfants de sa congrégation pendant 23 ans, a fini par être excommunié des Témoins de Jéhovah après une enquête interne au mouvement, mais n'a jamais été dénoncé aux autorités. Il a continué à abuser d'enfants, après la révélation de ses abus sexuels et son exclusion du mouvement religieux. Il a par la suite été dénoncé par les parents d'un garçon de neuf ans et condamné sur cinq faits d'action obscène, mais ses anciens crimes, prescrits, n'ont pas pu être considérés pour la sentence.

Les pédophiles reconnus coupables, mais repentants, n'étaient pas identifiés auprès des fidèles, ce qui a entraîné des récidives. Si certains dangers existent, les anciens sont tenus de prendre les mesures préventives nécessaires : ces mesures préventives consisteraient à conseiller aux pédophiles repentants de ne plus se trouver en contact avec des enfants. À titre comparatif, un pédophile jugé comme tel par un vrai tribunal est bien évidemment connu de tous sauf s'il a déménagé pour une autre région, il est mis hors d'état de nuire pendant un temps par une peine de prison et il lui est parfois demandé de suivre un traitement médical. D'anciens pédophiles Témoins de Jéhovah peuvent encore faire du porte-à-porte si les anciens considèrent qu'ils ont démontré leur amendement.

Souvent, les victimes d'abus sexuels n'ayant pas déclaré l'affaire aux autorités n'ont pas bénéficié d'un soutien psychologique par des spécialistes de la santé.

Aujourd'hui, suivant la nouvelle politique établie par une lettre adressée par le siège mondial à tous les anciens datée du , les anciens peuvent imposer des restrictions à un membre de la congrégation accusé d'actes pédophiles, même en l'absence de deux témoins pour justifier un comité de discipline religieuseResponse to Royal Commission letter dated 4 November 2016, Watchtower Bible and Tract Society of Australia, 3 January 2017, .. Même lorsqu'un membre est jugé « bibliquement repentant » et n'est donc pas excommunié, il n'empêche que « des restrictions seront imposées à ses activités religieuses », il ne devra plus se retrouver seul avec des enfants, ni leur témoigner des marques d'affection. Par sécurité, « les anciens informeront les parents de mineurs qu’il leur faut surveiller les contacts de leurs enfants avec cette personne »Ligne de conduite biblique des Témoins de Jéhovah sur la protection des enfants, JW.org, avril 2018, § 11.. En ce qui concerne leur enquête pour établir la véracité des accusations, le document Ligne de conduite biblique des Témoins de Jéhovah sur la protection des enfants prévoit désormais que «Les anciens n’exigent jamais des victimes d’abus sur enfant qu’elles présentent leur accusation en présence de l’agresseur présumé»Ligne de conduite biblique des Témoins de Jéhovah sur la protection des enfants, JW.org, avril 2018, § 9..

Controverse autour de la politique du mouvement Premières affaires