Charles BeysOn trouve dans la documentation une abondance de "Charles de Beys", avec une particule que rien ne justifie : aucun des nombreux descendants du Hollandais Cornelis Gieliszoon Beys (1497-1559) établis en France n'a jamais été anobli, et Charles lui-même a toujours signé ses œuvres d'un simple "Beys". On relève cependant un « sieur de Beys » dans l'extrait du privilège du Jaloux sans sujet. Si l'on se fie à la prosodie des pièces liminaires de ses Œuvres poétiques, le nom de Beys se prononçait [beïs] ou [baïs] en deux syllabes. est un dramaturge et poète français baptisé le en l'église Saint-Benoît-le-Bétourné, à Paris, et mort également à Paris, le .

De cet épicurien « qui n'aim[ait] pas trop le travail ni la gloire »« Épigramme à Monsieur Chapelle sur une grande écritoire qu'il m'a donnée », dans Les Œuvres poétiques de Beys, p. 146., de ce poète à la versification « communément aisée, naturelle, exacte même »Abbé Goujet, Bibliothèque françoise, tome XVI, p. 300., la postérité a retenu qu'il avait, le premier, porté sur la scène du théâtre français le spectacle de l'asile d'aliénés.

Biographie

Fils de Marie Lemesle (ou Le Mesle) et d'Adrien Beys (1574-1612), Charles Beys appartient à une famille d'imprimeurs-libraires. Son grand-oncle Gilles Beys, natif des environs de Breda en Hollande, avait épousé en 1572 l'une des filles du célèbre Christophe Plantin, lequel l'avait envoyé à Paris, en 1567, pour créer une succursale, rue Saint-Jacques. Adrien Beys y tiendra boutique, jusqu'à sa mort, en 1612. Il est le libraire attitré de l'humaniste suisse Isaac Casaubon. Sa veuve se remariera avec un autre libraire, le protestant Abraham Pacard, et reprendra l'affaire elle-même en 1622, après la mort de ce dernierImprimeurs et libraires parisiens du XVIe siècle, ouvrage publié d'après les manuscrits de Philippe Renouard, Paris, 1979, tome III, .Dans une «épître burlesque» adressée à son ami Didier Prieur, procureur au parlement de Paris, Charles Beys se montrera encore fin connaisseur de l'histoire de l'imprimerie parisienne. Évoquant la maison de cet amateur de beaux livres, il écrit: «Le haut est orné de tableaux, / Et dans six brillantes armoires / Sont les Morales, les Histoires / Et le Droit du plus beau papier. / Là se reconnaît L'Angelier; / Là les Plantins et les Rouvilles, / Pour les corrections habiles, / Montrent leur caractère net; / Morel, Vascosan, Cotinet, / Henry, Robert, Antoine Estienne / N'ont rien qui les yeux ne retienne; / Là brille Mamert Patisson / De la belle et bonne façon; / Frellon, pour corriger austère, / Y montre son beau caractère. / Bref, toutes les impressions / N'y font rien voir que ne surprenne…». Denys, frère aîné de CharlesIl a été baptisé le 31 janvier 1609 à Saint-Benoît-le-Bétourné., sera reçu libraire à son tour en .

S'il faut en croire l'«Avertissement au lecteur» de ses Œuvres poétiques (1651), le jeune Beys commence très tôt, à l'âge de quatorze ans, à composer des pièces de vers.

Un acte notarié le qualifiera, en 1641, « avocat au parlement de Paris »25 juillet 1641. « Obligation par Denys Beys, libraire, demeurant rue Saint-Jacques, à l'enseigne de la Victoire, et Charles Beys, son frère, avocat en parlement, demeurant rue Saint-Honoré, envers Léonard Aubry, paveur ordinaire du roi, de 150 livres, pour prêt d'argent, remboursable dans six mois », cité par Alan Howe dans Documents du Minutier central des notaires de Paris. Le Théâtre professionnel à Paris, 1600-1649. Paris, Centre historique des Archives nationales, 2000.. Depuis quand exerçait-il alors? On l'ignore, et l'on ne sait pas mieux combien de temps encore il l'exerceraOn peut noter cependant ce qu'il écrira dans son « épître burlesque » à Didier Prieur, procureur au parlement de Paris: «Je ne blâme point cet office, / Ni les officiers de justice; / Car tous les jours j'ai le bonheur / D'y voir beaucoup de gens d'honneur…».

En 1634, il fait représenter avec grand succès L'Hospital des fous, tragi-comédie inspirée de Los locos de Valencia et d'El Peregrino en su patriaTraduit et adapté en 1614 par Vital d'Audiguier sous le titre Les Diverses fortunes de Panphile et de Nise. de Lope de Vega. La pièce sera publiée l'année suivanteSous la date de 1636, mais avec un achevé d'imprimer daté du 30 novembre 1635., sans épître dédicatoire mais avec un avis au lecteur, par l'imprimeur-libraire Toussaint Quinet, spécialisé dans la vente des pièces de théâtreÀ partir de 1643, il sera l'éditeur attitré de Paul Scarron..

En même temps que L'Hospital des fous, Quinet met en vente Le Jaloux sans sujet, tragi-comedie de Beys, dont on ignore s'il a été représenté. La pièce est dédiée à « Monsieur de Gondy, abbé de Buzay et de Quimperlay, etc », le futur cardinal de Retz, de trois ans son cadet, dont Beys semble être un familier. Il évoque, en effet, « l'honneur que vous me faites de m'estimer » et « cette généreuse facilité qui donne de la résolution aux timides », ajoutant : « Sans cette facilité, qui m'introduit si librement dans votre maison, je n'aurais pas si bien remarqué, ni la vivacité de votre esprit, ni la force de votre jugement, qui se donnent pour objet les matières agréables aussi bien que les sérieuses. »

Au cours de l'été 1636, un pamphlet intitulé Le Gouvernement présent, ou Éloge de son Éminence. Satyre ou la Miliade, circule dans Paris; il dénonce en termes violents et crus, la politique de Richelieu, ses turpitudes et celles de ses affidésGui Patin parle de «ses adherans [=adhérents]».: le chancelier Pierre Séguier et sa femme, le Père Joseph, Isaac de Laffemas, Sublet de Noyers, Claude et Léon Bouthillier de Chavigny, Michel MoreauLieutenant civil et oncle paternel de Claude-Emmanuel Luillier, dit Chapelle, il mourra le 12 octobre 1637., Louis Testu de FrouvilleGouverneur de la Bastille, il mourra le 11 septembre 1636, peu après la mise en circulation de la Miliade., Nicolas Le JayNicolas Le Jay, 1573-1640. Premier président du parlement de Paris de 1630 à 1636. Une centaine de vers lui sont consacrés. etc. Beys, qu'on soupçonne, avec trois ou quatre autres, d'en être l'auteur, est emprisonné à la Bastille. Quelques pièces de vers qu'il y compose pour sa défenseCertaines d'entre elles seront intégrées en 1651 dans le recueil des Œuvres poétiques de Beys, p. 176-197: «Stances contre l'auteur inconnu d'un libelle dont je fus soupçonné», «Requête à M. de Laffemas composée dans la Bastille», «Stances à Monseigneur le cardinal de Richelieu commencées dans la Bastille». convainquent les autorités, et il est remis en liberté. L'attribution de ce libelle n'est toujours pas clairement établie.

Dans les premiers mois de 1637, Toussaint Quinet met en vente Céline ou les Frères rivaux, tragi-comédie de Beys (achevée d'imprimer le ), qui a dû être représentée l'année précédente.

En , Beys compose une «Ode pour la Naissance du Roy» et une série de «sixains sur les figures du feu d'artifice fait devant l'Hostel de Ville pour la Naissance du Roy». Ils seront publiés en tête du recueil de ses Œuvres poétiques, en 1651, suivis d'une «Ode pour le sujet du Feu d'Artifice fait sur la Riviere devant le Louvre, pour celebrer le jour de la Naissance du Roy, en l'année 1645».

Le , son frère Denis, qui a abandonné le commerce de la librairie, crée, avec Madeleine Béjart, Jean-Baptiste Poquelin (futur Molière) et quelques autres, la troupe de l'Illustre ThéâtreÀ l'incitation de Charles, dramaturge à succès, selon certains historiens.. On ignore si, au cours de sa brève existence, la troupe a représenté des œuvres de Charles, mais il est certain que Molière et ses camarades n'en donneront aucune sur leurs scènes du Petit-Bourbon et du Palais-Royal, après leur retour à Paris en 1658Mais il n'est pas impossible que Charles Beys soit l'auteur de stances «À Monseigneur le duc de Guise sur les presens qu'il a faits de ses habits aux comediens de toutes les troupes» publiées en 1646 dans le Nouveau recueil des bons vers de ce tems, stances dans lesquelles sont nommés trois des acteurs de l'Illustre théâtre: «… La Béjart, Beys et Molière, / Brillants de pareille lumière, / M'en paraissent plus orgueilleux, / Et depuis cette gloire extrême, / Je n'ose plus m'approcher d'eux, / Si ta rare bonté ne me pare de même.» Charles Beys évoquera cette pratique dans ses Illustres fous (1653): «Leur [des comédiens] garde-robe, au reste, est ample et magnifique, / Éclatante d'habits à la mode, à l'antique, / Que les plus grands seigneurs autrefois ont portés / Aux noces, aux ballets, dans les solennités, / Pour honorer des rois les célèbres entrées / Ou pour quelque ambassade aux étranges contrées.» .

En 1646, Beys est choisi par la reine régente Anne d'Autriche et le jeune Louis XIV pour composer les pièces en vers français des Triomphes de Louis le Juste, luxueux in-folio destiné à célébrer le règne du feu roi Louis XIIILa lettre du jeune Louis XIV, datée du 25 septembre (il vient d'avoir 8 ans), qui figure parmi les pièces liminaires du livre, est ainsi libellée: «Monsieur Beys, Dans le généreux désir que j'ai d'imiter la vie du feu roi, mon très-honoré seigneur et père, et d'avoir un abrégé de ses actions pour servir de règle à la conduite des miennes, le sieur Valdor, chalcographe, a si heureusement secondé mon intention, qu'à la peinture qu'il a faite des glorieux exploits de ce grand prince et de ses vertus, il ne manque qu'un poème héroïque pour exprimer ce qu'elle semble vouloir dire; et pour me satisfaire et comme vous avez la réputation d'exceller en l'art de poésie, et que l'on juge, par quelques pièces que vous avez produites, que vous êtes capable de cet emploi, je vous fais cette lettre, avec l'avis de la reine régente Madame ma mère, pour vous exhorter d'entreprendre l'explication de ce que signifie chacun des tables de cet abrégé. Outre que le choix que je fais de vous pour cet effet peut exciter votre courage à répondre dignement à la bonne opinion que j'ai de votre capacité, l'honneur que vous aurez de contribuer votre éloquence pour immortaliser la mémoire de votre roi vous doit obliger de préférer cette entreprise à toute autre, et d'espérer qu'en satisfaisant promptement à mon attente, je prendrai plaisir à vous donner des marques de ma bienveillance. C'est ce que j'avais à vous dire sur ce sujet; cependant je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur Beys, en sa sainte garde.». L'ouvrage, «entrepris et fini par Jean Valdor, Liégeois, calcographe du RoyVoir la notice de l'Inventaire du département des arts graphiques du Louvre.», sera imprimé en 1649 par Antoine Estienne, «premier imprimeur et libraire ordinaire du Roy».

Au mois de , un carrousel est organisé à Stockholm dans le cadre des festivités du couronnement de Christine de Suède; Beys en a composé les vers, qu'il intégrera l'année suivante à ses Œuvres poétiquesPages 215-232: «Vers du Carrousel fait au Couronnement de la tres-Auguste Christine Reyne de Suede».». Est-ce à dire qu'il avait fait le voyage de Suède? Rien ne permet de l'affirmer.