La collégiale Saint-Thiébaut de Thann est une ancienne collégiale gothique située à Thann, en Alsace. À côté des cathédrales de Strasbourg et de Fribourg-en-Brisgau qui sont beaucoup plus grandes, elle est considérée comme une œuvre majeure de l'art gothique le long du Rhin supérieur, c'est-à-dire la région des deux côtés du fleuve se situant entre Bâle et Bingen.

Les Thannois se plaisent à dire en parlant de leur clocher : « Strasbourg a le plus haut, Fribourg le plus gros, Thann le plus beau ! »

La collégiale doit son nom au collège de chanoines venu s’y installer en 1442.

Cette collégiale fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis 1841..

Histoire La petite ville de Thann est mentionnée pour la première fois en 1290. Mais déjà trois ans plus tôt est fait état d'une église dédiée à saint Ubald Baldassini (mort en 1160), saint Thiébaut, dont est conservée la relique d'un doigt qui, amené d'Italie, s'est miraculeusement arrêté à Thann.Xavier Mossmann dans son article Les origines de Thann et H. Lempfrid ont essayé de prouver que le saint à l'origine du pèlerinage de saint Thiébaut était Thibaut de Provins, ermite de la famille des comtes de Champagne et de Brie, apparentés aux comtes de Ferrette. Cette attribution, reprise en 1920 par Étienne Fels dans son article sur la collégiale, n'est plus acceptable depuis l'étude faite par le chanoine Médard Barth, en 1950..

La construction de la collégiale actuelle fut commencée à la première moitié du (nef latérale sud, partie basse de la façade ouest).

En 1351 débuta la construction du chœur et de la tour. Vers 1400, le tympan de Marie au-dessus du portail ouest était terminé. Il représente la vie de la Vierge Marie sur la base de textes bibliques et apocryphes. La consécration du chœur a eu lieu en 1432.

En 1492, la nef nord était terminée, en 1495, la nef centrale. La construction de la tour de l’église, commencée en 1506 par Rémy Faesch, ne fut achevée qu’en 1516.

De 1629 à 1631, on construisit la chapelle de la Sainte Vierge au sud de la nef. De 1887 à 1895, on ajouta les pinacles aux contreforts et les toits en tuiles colorées à la collégiale suivant les directives de l'architecte Charles Winkler.

Description

Malgré sa petite taille, la collégiale est un des chefs-d’œuvre de l’architecture gothique flamboyante dans le sud du Saint-Empire romain germanique. Le plan et la voûte sont des exemples du langage artistique du style gothique, la nef centrale sans triforium, typique pour le sud-ouest de l’empire (à comparer par exemple à la collégiale de Colmar et la cathédrale d'Ulm).

Le portail de la façade ouest et la tour sont les deux pièces majeures de la collégiale. Le portail fait de haut et de large. Les deux portails avec des archivoltes, des extrados avec des personnages et des tympans sont surmontés d’un autre, plus grand, composé de trois archivoltes et d’un tympan en cinq parties. Dans cette composition, on trouve 150 scènes sculptées avec environ 500 personnages, qui relatent la vie de la Vierge sur le tympan principal, la Nativité et l'arrivée des Rois mages sur le petit tympan de droite, la Crucifixion sur celui de gauche. Juste au-dessus du portail, Jésus en juge du monde avec Jean le Baptiste et la Vierge Marie. Sur le fronton, saint Thiébaut avec des pèlerins.

L’autre joyau est la tour d’une hauteur totale de . C’est l’une des rares tours du Moyen Âge avec une tracerie de de haut, proche de celle de la cathédrale de Bâle. À partir de la tour est octogonale ; un noyau d’escalier est ouvert dans la partie sud-ouest. La cloche la plus ancienne date de 1467.

À l'intérieur de l’église, il y a entre autres une statue assise de saint Thiébaut, une madone des vignerons datant d’environ 1510, dans le chœur des statues des apôtres du . Les stalles (après 1492) comportant de nombreux détails, sont les plus belles de l’Alsace (restauration 1900/1902, prolongation vers l’est 1906). Les peintures murales baroques sont de François HillenweckSur Franz ou François Hillenweck et sa famille, voir le chapitre 2 (et annexes) de Quatre familles dans les guerres, de Dominique Thiébaut Lemaire.. Les vitraux datent du . L’autel principal existe depuis 1845.

Le chœur de la collégiale de Thann présente l'ensemble le plus vaste de vitraux du qui soit conservé en AlsaceAncienne collégiale Saint-Thiébaut de Thann : détail des vitraux.. En effet, de nouvelles verrières pour le chœur ont été inaugurées en 2010. Elles sont l'œuvre du père Kim En Joong.

Après six mois de travaux de restauration, incluant le nettoyage des vitrauxLes travaux de sauvegarde les plus urgents préconisés par l'Architecte en Chef des Monuments Historiques sont achevés., la collégiale a été rouverte au public le 2017Travaux de restauration la collégiale..

La tribune et le buffet d'orgue ont été construits en 1885 par Théophile Klem de Colmar.. L'instrument a été livré en 1888 par Martin Rinckenbach d'Ammerschwihr et reconstruit en 1923 par Joseph Rinckenbach Tribune et buffet d'orgue. orgue de tribune. buffet d'orgue ; garde-corps de tribune.. L'orgue de chœur a été vendu à la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier et déménagé par Claude Jaccard au couvent Saint-Thomas-d'Aquin à Chémeré-le-Roi..

Pour le patrimoine campanaire, on notera une cloche de 1467 Cloche de 1467 de la collégiale Saint-Thiébaut, actuellement église paroissiale. et deux cloches de 18262 Cloches réalisée en 1826 par le fondeur de cloches Nicolas Bender.Les cloches de la collégiale de Thann..

Les travaux de conservation-restauration de l’ancienne collégiale Les travaux de sauvegarde et de restauration de la collégiale sont assurés en permanence grâce à des financements croisés : État (direction régionale des affaires culturelles d'Alsace), Région Alsace (aujourd'hui intégrée dans le Grand Est), département du Haut-Rhin, Fondation pour la sauvegarde de la collégiale de Thann, Ville de Thann)Financement des travaux de sauvegarde et de restauration de la Collégiale. Période du 01.01.2009 au 31.12.2021..

Les pollutions atmosphériques ont des effets redoutables sur l’épiderme des édifices ce qui avait amené le Conseil de l'Europe à adresser une recommandation aux États membres, « relative à la lutte contre la dégradation du patrimoine architectural par la pollutionConseil de l'Europe, comité des ministres, recommandation N° R (88) 5, du Comité des ministres aux États membres, relative à la lutte contre la dégradations matérielle du patrimoine architectural accélérée par la pollution (adoptée par le Comité des ministres le 7 mars 1988, lors de la des délégués des ministres). ». Des recherches pour en pallier les effets ont été menées à la collégiale Saint-Thiébaut de Thann, Haut-Rhin, dans le cadre d’un programme de recherche franco-allemand.

L’ancienne collégiale Saint-Thiébaut de Thann est l’un des monuments majeurs de l’art gothique tardif*Roger Lehni, La Collégiale de Thann, haut lieu du gothique tardif. *Roland Recht, L’Alsace gothique, Colmar 1974. *Robert Will et Théodore Rieger, Églises et sanctuaires d’Alsace, Strasbourg 1969.. Le chantier commencé en 1307, endommagé par le tremblement de terre de Bâle en 1356., s’est poursuivi jusqu’en 1516. La façade occidentale est commencée en 1342 (ses sculptures sont exécutées entre 1360 et 1400). Le collatéral nord porte les dates de 1430 et 1455. La flèche est érigée à partir de 1506. La collégiale de Thann doit sa renommée à la beauté de son clocher et à la couleur dorée de ses pierres. La restauration de la façade occidentale a constitué la dernière tranche d’un vaste programme de remise en état de l’édifice commencé dans l’immédiat après-guerre, à la suite d’importants dégâts causés par les bombardementsDaniel Gaymard, Architecte en chef des monuments historiques, a rédigé une note sur les problèmes de la collégiale..

L’examen des pierres des premières restaurations, vieilles de trente à quarante ans, a permis de constater la rapidité des processus de détérioration. Les facteurs de dégradation sont dus autant à la qualité de la pierre qu’à ses conditions d’exposition dans l’édifice et ses principes de mise en œuvre. L’installation dans les dernières décennies d’industries polluantes non loin de l’église (qui se trouve dans une vallée assez encaissée) a provoqué un taux d’acidité des eaux de pluie très largement au-dessus de la normale.

Le programme de restauration de la façade occidentale prévoyait, outre les interventions architecturales, un nettoyage et un traitement curatif et préventif de la pierre. Le choix des pierres de remplacement a été limité. De toute façon, le nombre de carrières pouvant fournir une pierre similaire est très restreint ; il va sans dire que les carrières d’origine ne sont pas connues avec certitude et, de toute manière, sont fermées et inexploitables. La pierre utilisée pour la restauration a été le grès jaune de Rouffach, provenant d’une carrière située à vingt-cinq kilomètres au nord de ThannIl s’agit de la carrière du Strangenberg, seule exploitation en Alsace produisant du grès jaune qui se rapproche assez fidèlement de la pierre utilisée sur la collégiale. L’origine des pierres employées lors de la grande restauration du et celle des années vingt ne nous est pas connue. Dans l’immédiat après-guerre, compte tenu de la pénurie, on a utilisé ponctuellement des pierres calcaires de Bourgogne, de couleur approchante (Buixy, Ansrude et Pulley). D’une manière générale, ces pierres n’ont pas donné un excellent résultat ; certaines sont déjà complètement feuilletées.. Une première opération avait été conduite par Daniel Gaymard, architecte en chef des monuments historiques : l’étude et la réalisation des travaux de nettoyage, de consolidation et d’hydrofugation avaient été confiées à l’entreprise bâloise Kaufmann & Cie (laboratoire d’analyse pour les matériaux de construction) et à une entreprise mulhousienne spécialisée dans le ravalement (Teveka France-Protecsil). Cette équipe avait été retenue en fonction des bons résultats obtenus sur un précédent chantier à plus petite échelle, soit le nettoyage, la consolidation et l’hydrofugation des pierres du portail avec tympan de la collégiale Saint-Martin de Colmar, Haut-Rhin.

L’étude menée sur ce chantier ne prétendait pas traiter le problème des grès en général, mais devait répondre au cas particulier qui visait à éliminer des encroûtements noirs gypseux souvent très résistants, ce qui a contraint l’entreprise à combiner différentes techniques. Cette opération constituait déjà un progrès pour l’époque, mais avec ses imperfections et ses limites. La restauration de la flèche quelques années plus tard a, elle, permis de mettre en œuvre une véritable méthodologie, après accompagnement scientifique puis validation des protocoles de traitement.

Le programme franco-allemand sur la conservation