Le château de Tours, en Indre-et-Loire, est situé en bordure de Loire, dans le quartier le plus ancien de Tours, proche de la cathédrale Saint-Gatien, érigé sur les vestiges de la cité antique dont Tours tire son origine. Nonobstant l'étendue de ses fondations partiellement révélées par les fouilles des années 1970, il est la trace fort modeste d'un château médiéval comtal du , tel qu'il fut modifié et agrandi aux où il acquiert le statut de demeure royale. Presque entièrement détruit au , ses deux tours restantes sont accommodées avec un nouveau bâtiment utilisé par l'armée à partir de la Révolution. Après avoir servi de caserne, c'est dans cette configuration singulière qu'il est tiré de l'oubli et restauré dans la seconde moitié du . Il fait l’objet d’un classement partiel au titre des monuments historiques depuis le , l'autre partie bénéficiant d'une inscription à l'inventaire supplémentaire le .. Il abrite aujourd'hui des activités culturelles et patrimoniales.
Historique Le donjon initial du et ses dépendances sont par la suite absorbés par une enceinte quadrangulaire dès le , avant une destruction massive laissant place à des bâtiments à usage militaire à partir du . Préalablement à sa réhabilitation, des fouilles archéologiques effectuées entre 1974 et 1978 (infra)L'essentiel des résultats a fait l'objet de publications successives (notamment en 1977, 1978 et 2007) mais il a fallu attendre 2014 pour un compte-rendu définitif [dit ici « Rapport final »] intégrant, en outre, de nombreuses conclusions révisées : Henri Galinié, Philippe Husi, James Motteau et al., Des Thermes de l'Est de Caesarodunum au château de Tours : le site 3, collection “ Recherches sur Tours 9 ”, Tours, FERACF, 2014 compensent partiellement l'absence de textes médiévaux précis sur l'histoire du château et les faiblesses d'une iconographie parfois enjolivée.
Le château comtal en pierre du vignette|gauche|Hypothèses sur l'état initial (parties grises) et l'évolution (parties blanches) de la résidence principale du château de Tours, du (haut) au (bas) (restitutions d'artiste)Résidence au selon Henri Galinié (dessin Alain Darles) - Résidence au selon Vassy Malatra..
Succédant sur le site à une série de constructions principalement en bois qui furent, dès le , la résidence d'une haute aristocratie demeurée anonyme dans les sources écrites la nouvelle construction en pierre du est érigée sur l'emplacement de thermes primitifs utilisés jusqu'au (Bas-Empire), du temps de la ville gallo-romaine de Caesarodunum. Elle est édifiée par l'un des comtes d'Anjou, probablement Geoffroy Martel vainqueur de la maison de Blois qui s'approprie la Touraine en 1044 après la bataille de Nouy. Consécutivement bâtie entre 1044 et 1060Henri Galinié, Rapport, 1978, ; Henri Galinié et al., Rapport final, 2014, ; Vassy Malatra, Le château de Tours : nouvelles approches, in Bulletin de la Société archéologique de Touraine (BSAT), tome LVII, 2011, ., elle réutilise, au nord et à l'ouest, le mur en pierres et briques de la fortification gallo-romaine de la vieille cité close (castrum) dans l'angle de laquelle elle est construite. Ce mur du , beaucoup plus épais () que ceux du nouvel édifice (), est déjà doté de tours et de poternes sans doute toujours utilisées. Au moins l'une de ces poternes côté Loire, décorée tardivement d'une frise en bas-relief dite du « tombeau de Turnus », sera maintenue ultérieurement lors de l'évolution du château aux Vassy Malatra, BSAT, 2011, . et cette partie du mur antique servira aussi de soubassement pour un logis ultérieur dans le périmètre castral (infra).
vignette|Poterne nord-ouest sur le rempart gallo-romain du château de Tours, avec sa frise dite du « tombeau de Turnus » (Beaumesnil, 1784), mise au jour au , pendant le creusement des fossés du château et démontée début Vassy Malatra, mémoire 2010, et 196 Fig. 34-37.. La frise pourrait provenir d'un monument antique édifié approximativement à l'emplacement où sera construite la chapelle du châteauUn temple pensait Eugène Giraudet, Histoire de la ville de Tours, t. 1, 1873, pp. 25-27.
Tel que l'on peut le reconstituer à partir des fouilles, le château comtal, à l'évidence plus résidentiel que défensif, est composé d'une grande salle quadrangulaire de de long sur de large, orientée nord-sudHenri Galinié, Rapport 1978, et 662 - Rapport final, 2014, , comportant un étage résidentiel public (au moins partagé), disposant de cinq fenêtres (supposément des fentes ébrasées et à gradins, protégées de verre à vitre) et d'une tour carrée quasi aveugle de (intérieur) accolée dans l'angle sud-est, ayant trois ou quatre étages, où pouvait se situer la camera des comtes d'AnjouPar exemple : Henri Galinié, La résidence des comtes d'Anjou à Tours, Archéologie médiévale, VII, 1977, .. Les sous-sols et le rez-de-chaussée sont réservés au service (cuisines, réserves). Un puits s'y trouve, au niveau de la tour. L'accès aux étages se faisait vraisemblablement par un escalier extérieur en bois ou autreH. Galinié et al., Rapport final, 2014, .. Les contreforts sont saillants : la tour en est munie dans trois de ses angles et le mur est de la grande salle en compte deuxH. Galinié et al., Rapport final, 2014, ..
Cette description qui permet de relever quelques constantes communes à d'autres sites d'époque comparableQuant à situer ce genre d'édifice sur le tracé d'une muraille antique et quant à l'élévation d'une grande salle rectangulaire à deux niveaux adossée à une ou deux tours, notamment (Élisabeth Lorans in H. Galinié et al, Rapport final, 2014, ). ne rend certainement pas compte de la totalité de l'édifice comtal, avec de probables constructions et annexes environnantes (en dehors du périmètre des fouilles modernes), sans compter l'utilisation éventuelle des deux tours antiques jouxtantes, creuses à l'étage, située à l'angle et au nord-ouest de l'enceinte du Philippe Husi et Lise Bellanger in H. Galinié et al., Rapport final, 2014, ..
gauche|vignette|Prise de Tours par le roi de France en 1189 (Château et Châteauneuf réunis de façon romanesque) (Jean Fouquet, )Henri Galinié (dir.), Tours antique et médiéval. Lieux de vie, temps de la ville. 40 ans d’archéologie urbaine, Supplément à la RACF , n° spécial, Tours, FERACF, 2007 (Cf. paragraphe 45)..
À l'époque Tours est bipolaire : versant ouest, le bourg canonial de Châteauneuf nouvellement fortifié autour de la basilique Saint-Martin et de son pèlerinage (castrum novum) ; versant est, distant d'un kilomètreHenri Galinié, op. cit., 1977, p. 95 - Samauel Riou, Bruno Dufaÿ, Le site de la chapelle Saint-Libert dans la Cité de Tours, Mémoire LXXIII SAT, supplément de la RACF, p. 19 et 22, le château comtal situé dans l'angle nord-ouest de l'ancienne cité contrôle le débouché du seul pont enjambant la Loire, sur la route reliant Paris au sud-ouest de la France. La construction de ce dernier, principalement en pierre, fut entreprise en 1034 par le comte , juste avant que son successeur ne perde le comté. Le château devait également contrôler les autres portes du secteur, nord et ouest, rapprochées de l'enceinte castrale à cette période, vraisemblablement à cette finS. Riou, B. Dufaÿ, Le site de la chapelle Saint-Libert, SAT, RACF, 2016, p.115 ; la porte Sainte-Maure sur les fortifications nord ; et la porte d'Arcis à l'ouest - cette dernière étant dotée d'une tour circulaire (qui subsistera jusqu'au milieu du ), séparée de la basse-cour par un fossé extérieur enjambé par un pont, et située sur l'axe urbain principal (la Grande rue) menant à Châteauneuf à l'ouest et à Amboise à l'est (par la porte d'Orléans contrôlée par la tour Hugon sur le flanc est de la Cité).
La tradition prête à un rôle dans l'édification du château vers 1160 mais aucune preuve n'en témoigne. Cependant, la construction initiale est complétée de constructions de part et d'autre de la tour carrée (v. illustration), ainsi que du côté méridional et oriental, dont une probable chapelle, possiblement dans le courant ou à partir du , sans que l'on puisse trancher la datation exacte de chacune d'ellesVassy Malatra, BSAT, 2011, . Le château est endommagé lors des luttes entre le roi de France Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion à la fin du . La cathédrale romane primitive, proche du château, est détruite à cette occasion.
Il est probable que les comtes d'Anjou qui résidaient principalement à Angers ne faisaient qu'y passer. Ils étaient représentés par le praepositus (prévôt), le château étant destiné à assurer la présence symbolique du nouveau pouvoir et la nouvelle forme de gouvernement mise en place dans la ville. Cependant, Foulques le Réchin préfère le château de Tours à celui d'Angers à la fin de sa vieOlivier Guillot, Le comté d'Anjou et son entourage au , Paris, A. et J. Picard, 1972, , ..
Le château royal des
Une halte fortifiée pour les rois avant la Renaissance
vignette|Le château du : œuvre probable du règne de Saint-Louis, roi de France (1214-1270).
Après la conquête française et l'annexion de la Touraine au domaine royal en 1204 par le roi Philippe Auguste (régularisée par le traité de 1259), l'un de ses successeurs - sans doute pas Philippe III le Hardi comme il fut prétendu, plus probablement le père de ce dernier, Saint Louis, lors de la régence de Blanche de Castille - le restaure et l'agrandit dans la première moitié (ou à la fin) du , par le sud et l'est, englobant l'ancien édifice comtal des qui subsiste, pour le transformer en une forteresse royale quadrangulaire de environ, selon le modèle « philippien » (Philippe Auguste) qui s'était imposé au début du siècle, notamment avec l'adoption de tours cylindriques plutôt qu'un gros donjon carré aveugleSite internet de l'INRAP, onglet « Les sites archéologiques » et cliquer sur la carte : De Caesarodunum à Tours. Archéologie de la ville de Tours. Château de Tours sur inrap.fr (consulté le 9 avril 2013). Les raisons de ce renforcement peuvent tenir à la nécessité de défendre la ville contre les Anglais, ou plus probablement pour affirmer le pouvoir royal face au puissant et riche pouvoir clérical de la basilique Saint-Martin afin de mieux soumettre la ville à la couronneVassy Malatra, BSAT, 2011, .
Des documents d'archives exploités en 2010, l'iconographie utilisée avec prudence, plus que les fouilles modernes, permettent de se représenter le château en grande partie disparu aujourd'hui, tel qu'il fut profondément remanié au , peut-être par l'un des ducs apanagistes de Touraine mais plus probablement par l'épouse de Charles VII, la reine Marie d'Anjou.
vignette|gauche|Le château royal englobe l'édifice du et ses ajouts ultérieurs. La tour nord-est, dite de Guise (au centre) jouxte le « pont d'Eudes » dont le château domine l'entrée ; à sa gauche, le logis des Gouverneurs. (Chastillon 1641).
vignette|gauche|Plan du château de Tours où figure le logis des Gouverneurs et les dépendances (Daniel Masses 1671).
vignette|gauche|La Loire et le pont d'Eudes fortifié débouchant par la porte Saint-Genest, le long du château royal, flanqué du nouveau logis, à gauche, au , aquarelle, Paris, bibliothèque Sainte-Geneviève.