En terre étrangère (titre original : ) est un roman de science-fiction américain écrit par Robert A. Heinlein et publié en 1961. Il a été récompensé par le prix Hugo du meilleur roman 1962.

Par les thèmes qu'il aborde (l'importance de l'amour physique et la valorisation du désir sans tabous, le refus de toute violence, la critique de l'État, du rôle de la presse et de la religion), cet ouvrage a exercé une influence majeure sur la pensée de la contre-culture des années 1970 aux États-Unis.

Présentation Lors de la première mission spatiale humaine vers la planète Mars, le vaisseau spatial Envoy emmène à son bord huit scientifiques, hommes et femmes. Ils ne pourront jamais revenir sur Terre.

Quelques dizaines d’années plus tard, la Terre envoie sur Mars le navire fédéral Champion avec un équipage de quarante et un hommes. L'équipage découvre Valentin Michaël Smith, jeune homme de vingt ans qui est né sur Mars et y a été élevé par les Martiens. Champion ramène sur Terre ce survivant de la mission Envoy. L’arrivée de « l’Homme de Mars » sur Terre fait sensation.

Généralités

Création En terre étrangère est un roman de science-fiction de Robert A. Heinlein, paru aux États-Unis en 1961, puis en France en 1970. Le titre original du roman, Stranger in a Strange Land est une citation de Moïse dans la Bible, tirée de l’Exode, 2:22 : . Stranger (l’« émigré ») est la traduction en anglais de l’hébreu « Guershom » (guer sham, « étranger là-bas »), nom que donnent donc Moïse et Cippora à leur fils.

L’œuvre est dédiée à Robert Cornog (un ami de Heinlein pendant la guerre, ingénieur en chef dans le cadre du Projet Manhattan), ainsi qu'à Fredric Brown et Philip José Farmer, deux écrivains de science-fiction.

Robert A. Heinlein mit dix ans à écrire son roman. Il déclara par la suite"I had been in no hurry to finish it, as that story could not be published commercially until the public mores changed. I could see them changing and it turned out that I had timed it right.", dans Robert A. Heinlein, Expanded Universe. The new Worlds of Robert Heinlein, 1980. :

À sa sortie en 1961, ce roman fut un véritable best-seller, faisant venir à la science-fiction des lecteurs qui n’y étaient pas sensibles jusqu’alors. Par les thèmes qu’elle aborde, cette œuvre exerça une influence majeure sur la pensée de la contre-culture des années 1970. Le roman En terre étrangère a connu dix-neuf éditions américaines successives et quatre versions audio (cassette ou CD) entre 1961 et 2003.

Deux versions Les éditeurs de Robert A. Heinlein exigèrent cependant de l’auteur qu’il fasse de larges coupes et aussi qu’il retire de son manuscrit une scène au contenu sexuel explicite. Robert A. Heinlein travailla au remaniement de son texte pendant l’hiver 1960-1961. Des mots de la version originale subsista une version de mots, publiée en 1961. Ce n’est qu’en 1988, trois ans après le décès de Robert Heilein que sa veuve, Virginia Heinlein, trouva un éditeur pour publier la version originale du roman, qui sortit finalement aux États-Unis en 1991.

Structure de l’œuvre Si le roman est formellement découpé en cinq parties et trente-neuf chapitres qui racontent les grandes étapes chronologiques du cheminement existentiel du héros, Valentin Michaël Smith, le contexte narratif du récit se divise en deux volets. Le premier (Parties 1 et 2) a pour objet le combat des protagonistes contre les manœuvres frauduleuses du gouvernement de la Fédération — de la séquestration du héros jusqu’à la nomination du secrétaire général comme administrateur de ses biens. Le second (Parties 3, 4 et 5) abandonne le contexte juridique et politique pour aborder une thématique religieuse et imaginer l’amorce possible d’une utopique révolution des mœurs – depuis la première visite de l’Homme de Mars à l’Église fostéristeDu Foster, nom de l'évêque dont Heinlein fait le fondateur de cette église qu'il imagine. jusqu’à la création de l’Église de Tous les Mondes.

Genre Le roman — qui raconte le parcours initiatique d’un Homme venu de Mars qui découvre la civilisation humaine —- est une satire tenant à la fois du roman d'apprentissage et de l’essai philosophique. Si le roman développe un environnement futuriste propre au genre de la science-fiction (les taxis volent, pilotés par un chauffeur humain ou simplement automatisés, les communications se font par visiophone, les portes se dilatent, etc.Voir le bref commentaire d’Orson Scott Card dans Comment écrire de la Fantasy et de la science-fiction, Bragelonne, 2006, .), l'auteur sait également faire appel à un registre plus fantastique et humoristique, par exemple lorsque, dans la seconde partie du roman, en donnant la parole aux défunts évêques de l’Église fostériste qui sont devenus des anges au Paradis.

Style L'écriture, toujours vive et pleine d’humour, alterne entre la description des nombreuses péripéties des protagonistes et les longues tirades philosophiques du personnage dénommé Jubal E. Harshaw sur la vie, le monde, la société, la philosophie, la religion, l’amour, l’argent, l’art, etc. Le savoir encyclopédique du personnage permet à son auteur d’aborder à peu près tous les sujets. Certains commentateurs américains y ont vu des réminiscences du style réaliste de Mark Twain.

Présence de l’auteur Quelques critiques américains ont vu dans Jubal E. Harshaw, ce personnage de misanthrope sarcastique mais fort diplômé, le porte-parole des idées de Robert A. Heinlein dans le roman. Par ailleurs, dans le roman, Jubal E. Harshaw est aussi un auteur d’histoires populaires à succès, écrites à la chaîne sur la base de schémas narratifs convenus et publiées dans la presse ou diffusées sur les ondes radio. Peut-être un clin d’œil ironique aux propres débuts de l’auteur dans la presse populaire des pulp magazines américains ?centré|vignette|400x400px|Jaquette du livre, dans sa première édition en 1961. Résumé Lors de la première mission spatiale humaine vers Mars, le vaisseau Envoy emporte à son bord huit scientifiques, hommes et femmes — qui ne rentreront jamais sur Terre. Quelques dizaines d’années plus tard, la Terre envoie sur Mars le navire fédéral Champion avec un équipage de quarante-et-un hommes. Champion ramène sur Terre le jeune Valentin Michaël Smith, âgé de vingt ans et né sur Mars où il a été élevé par les Martiens, et qui est donc le dernier survivant de la mission Envoy. À son arrivée sur Terre, il est très faible, souffrant physiquement de la gravité terrestre, et il est immédiatement transféré sous bonne garde dans un hôpital. Pendant que le Haut Conseil de la Fédération statue sur son cas, la presse tente l’impossible pour entrer en contact avec l’« Homme de Mars » et s’assurer l’exclusivité de ses interviews.

Ben Caxton, journaliste au Post, contacte l’infirmière Gillian Boardman. Il lui explique que Mike, l’Homme de Mars, est l’héritier d’une immense fortune, de parts importantes des Lunar Enterprises de son père et, surtout, qu’il pourrait même être considéré comme l’unique propriétaire légal de la planète Mars. Ben Caxton, persuadé que le gouvernement tente d’extorquer les biens de Mike, réussit à convaincre Gillian Boardman de l’aider. L’infirmière place alors un magnétophone dans une chambre attenante à celle de l’Homme de Mars, et Ben Caxton utilise les bandes ainsi enregistrées pour rédiger des articles corrosifs sur les manœuvres frauduleuses et sans scrupules du gouvernement.

Lorsque Gillian Boardman constate que l’Homme de Mars que présente à la télévision par le secrétaire général Joseph Edgerton Dougla est en réalité un imposteur, elle contacte Ben Caxton. Le journaliste décide d’en avoir le cœur net et se rend à l’hôpital, accompagné de son avocat et d’un « juste témoin » à l’objectivité irréprochable. Peu après leur visite, l’Homme de Mars est prétendument transféré dans un autre hôpital et Ben Caxton est enlevé par les services spéciaux de police. Inquiète de l’absence prolongée du journaliste, Gill Boardman décide de faire sortir Mike de l’hôpital sous un déguisement de femme. Lorsque la police retrouve Gill et Mike au domicile du journaliste où ils s’étaient réfugiés, Mike révèle son étrange pouvoir : il peut faire disparaître des personnes ou des objets par la seule force de sa volonté. Après la disparition de Gilbert Berquist, l’agent du secrétaire général, et des agents de police qui l’accompagnaient, les deux fugitifs partent finalement en Pennsylvanie chez Jubal E. Harshaw, un ami de confiance du journaliste Ben Caxton.

Jubal E. Harshaw décide d’aider les deux fugitifs. Le vieil avocat et médecin acariâtre s’occupe de l’éducation humaine de l’Homme de Mars. Grâce à lui, Mike apprend à lire et dévore bientôt l’Encyclopedia britannica. Pendant ce temps, Gillian Boardman s’entretient avec Harshaw des moyens de retrouver Ben Caxton qui a disparu. Tandis que Mike aborde la lecture de William Shakespeare ou de Casanova et découvre les joies humaines du baiser, les forces de police atterrissent dans le jardin de la propriété de Jubal E. Harshaw pour arrêter Mike et Gillian. Caché au fond de la piscine, Mike fait disparaître les forces de police, corps et âmes.

Lors d’une réunion au sommet avec les politiciens les plus importants de la planète, Jubal E. Harshaw réussit à présenter Mike comme l’ambassadeur officiel de Mars et à protéger les droits de Mike par contrat, faisant du secrétaire général Douglas son administrateur attitré. En échange, le secrétaire général fait libérer le journaliste Ben Caxton. Jubal emmène ensuite l’homme de Mars à l’Église fostériste qui l’a invité à assister à l’une de ses cérémonies à grand spectacle.

Après un entretien privé avec l’évêque Digby qu’il fait finalement disparaître, Mike rentre chez Jubal E. Harshaw, réfléchit aux concepts de Dieu et de religion et découvre l’amour physique avec Gillian. Les deux amants quittent ensuite la Pennsylvanie. Ils s’intègrent pendant un temps à une troupe de forains et gagnent leur vie avec des tours de magie grâce aux dons psychiques de Mike. Leur lien télépathique se renforce et leur expérience sexuelle s’enrichit encore avec la rencontre de Patricia Paiwonski. Ils quittent ensuite le milieu forain et se fondent dans la masse des joueurs de Las Vegas, où Mike utilise ses pouvoirs kinesthésiques pour gagner au jeu tout en étudiant les motivations des clients des casinos. Après Las Vegas, Jill et Mike se dirigent vers Palo Alto, puis San Francisco. Enfermé dans une bibliothèque, Mike y dévore les livres des grandes religions terriennes : le Talmud, le Livre des morts tibétain, etc. C’est lorsqu’il accompagne Jill dans un zoo, en voyant se battre des singes, que Mike comprend enfin le rôle social du rire et son lien intime avec la souffrance humaine. Il décide alors d’ôter la douleur du monde en créant sa propre église : l’« Église de Tous les Mondes », explicitement œcuménique et universelle.

Avec le succès grandissant de son Église qui autorise et encourage tous les plaisirs de la chair, Mike se fait également de nombreux ennemis, parmi lesquels l’évêque Short de l'Église fostériste — qui le traite publiquement d'Antéchrist — et la mafia new-yorkaise qui n'apprécie pas qu'il gagne à tous les coups dans ses tripots et casinos clandestins. Mike se fait dès lors régulièrement arrêter par la police pour incitation à la débauche, à la suite de plaintes individuelles. Lorsque le grand Temple de l’Église de Tous les Mondes est détruit dans un incendie d’origine suspecte, Jubal E. Harshaw, qui n’avait plus de nouvelles de l’Homme de Mars ,décide de se rendre à New York pour y rejoindre Mike. Après avoir redécouvert les joies de sa jeunesse et les plaisirs de l’amour physique malgré son grand âge, Jubal E. Harshaw abandonne sa posture pour se convertir lui aussi à l’Église de Tous les Mondes.