Roch Hachana (, prononcé /ʁɔʃ a.ʃa.na/ ; nom complet : , roch hachana lachanim, « Le commencement de l’année pour le décompte des années » est une fête juive célébrant la nouvelle année du calendrier hébraïque.

Appelé dans la Bible (Lévitique 23:24, « souvenir de la sonnerie ») ou (Nombres 29:1, « jour de la sonnerie »), laquelle s'effectue au moyen d'un taillé dans la corne d'un bélier, le jour devient dans la tradition rabbinique celui du jugement de l'humanité, et inaugure une période de dix jours de pénitence dans l'attente du grand pardon accordé aux repentants (). La sonnerie du chofar sur différents rythmes invite dès lors l'assemblée à la (« repentir »), ancêtre hébraïque de l'examen de conscience des chrétiens.

Une coutume plus tardive s'est développée sous l'influence du Talmud de Babylone consistant à tenir un repas rituel, le () au cours duquel les , des mets « signes des temps » dont une pomme trempée dans le miel et une grenade, sont consommés dans un but propitiatoire.

Elle est fêtée, en terre d'Israël comme en diaspora, les deux premiers jours du mois de tishri qui tombe, selon les années, en septembre ou en octobre dans le calendrier grégorien.

Roch Hachana dans les sources juives Dans la Bible hébraïque La Bible fait commencer l'année au mois de laviv, c'est-à-dire en nissanExode 12:2.. Roch Hachana n'est donc pas évoquée en tant que telle dans le Pentateuque et il n'est pas établi que la seule occurrence biblique du terme Roch Hachana (Ézéchiel 40:1) fasse référence au tishri ; voir aussi Arakhin 12a..

Cependant, la date à laquelle le nouvel an juif est actuellement célébré, le « premier jour du septième mois » (tishri est une appellation post-exilique), apparaît à plusieurs reprises dans le récit biblique et présente à chaque fois une importance particulière (bien qu'aucun passage ne comporte explicitement l'idée d'un début de l'année).

Elle est, dans le Pentateuque, donnée aux enfants d'Israël dans le désert comme une convocation sainte, « jour de chômage en souvenir de la sonnerie » () ou « jour de la sonnerie » (). Il est prescrit de s'abstenir en ce jour de toute « œuvre servile » et de faire une offrande par le feu à YHWHLévitique 23:24-25. ; en outre, un holocauste avec ses oblations et un bouc doivent être offerts en offrande expiatoire, en sus des holocaustes de la néoménie et de l'offrande perpétuelleNombres 29:1-6..

C'est aussi, selon la Septante (mais non le texte massorétique), la date que donne Ézéchiel pour l'offrande d'un sacrifice expiatoire « pour la maison », .. C'est enfin la date choisie par Ezra le scribe après le retour à Sion pour faire la lecture publique de la Loi. En l'entendant, le public prend peur et se met à pleurer mais il le rassure et lui enjoint de manger des plats riches, de boire des douceurs et d'en envoyer des parts à ceux qui n'ont rien pu préparer « car ce jour est consacré à notre Seigneur » et que « la joie en YHWH est votre force »Néhémie 8:1-10..

Dans la littérature rabbinique vignette|Le miel et les pommes, et en particulier les pommes trempées dans du miel, sont l'un des symboles de Rosh HaShana - la fête du Nouvel An juif La signification et les ordonnances de la fête du tishri se développent autour de la sonnerie du et des sens qui s'attachent à cette pratique dans la Bible et la tradition orale. Elles sont principalement discutées dans le traité Roch Hachana, huitième de l'ordre Moëd, dont la Mishna et les élaborations talmudiques constituent la première source écrite faisant du tishri le premier jour de la nouvelle année ..

Le jour de l'an La tradition rabbinique compte quatre (« jours capitaux de l'année ») : le nissan, le eloul, le tishri et le ou le 15 shevat.

Tous ne revêtent pas la même importance : le eloul et le ou le 15 shevat sont essentiellement des dates comptables pour la dîme sur le bétail et les années de plantation des arbres fruitiers alors que les nissan et tishri fixent les calendriers « religieux » et « civil » et sont en outre des jours de jugement sur la récolte et les actes de l'humanité, respectivementMishna Roch Hachana 1:1-2, & ..

Le nissan détermine les années de règne des rois israélites et le cycle des fêtes ; c'est à partir de lui que la Bible décompte les mois, en ce mois que l'année doit avoir été déclarée embolismique s'il y a lieu et que les doivent avoir été offerts Roch Hachana 2b-3a, 4a & 7a-b..

Le tishri est quant à lui appelé « jour du nouvel an » pour les années. Il détermine les années de règne des rois non israélites (le Talmud se fonde sur le récit attribué à Néhémie, échanson du souverain perse), les années sabbatiques et jubilaires ( יוֹבֵל yôvēl) ainsi que les années de semis et les années de croissance des légumes.

De ces quatre jours, seul le tishri fait, à l'époque de la Mishna, l'objet d'une observance particulière et bien que la Mishna donne formellement la préséance à nissan dans son énumération des nouveaux ans et des jours de jugement, il est établi depuis le siècle précédant sa rédaction que la priorité est en réalité donnée au tishri, conformément à l'opinion de Rabbi Eliezer et au détriment de celle de Rabbi Yehoshoua.

Tous deux s'accordent sur le fait que Dieu s'est souvenu de Sarah, Rachel et Hanna lors du mois de tishri (car le tishri est dénommé dans la Bible « jour du souvenir [de la sonnerie] »). Ils ont la même lecture du , l'associant au mois de tishri sur la base de ( — compris dans son sens simple, ce verset se rapporte à la coutume de faire résonner le lors des néoménies Lévitique Rabba 29:6 & Pessikta deRav Kahana 23:6 (s.v. Rabbi Berakhya) ; voir aussi Rachi, Ibn Ezra et Radak sur ., mais selon une exégèse moins littérale, il désigne plus spécifiquement la seule fête pendant laquelle « la lune se cache » — —, à savoir le Jour de la Sonnerie Roch Hachana 8a-b, 34a & Beitza 16a, .), et en déduisent, d'après Psaumes 81:6, que c'est en tishri que Joseph a été libéré de sa prison. Cependant, le premier situe la naissance et la mort des patriarches ainsi que la création du monde en tishri tandis que le second place ces évènements en nissan. C'est en nissan qu'aura lieu selon lui la rédemption future, à l'image de celle qui eut lieu lors de la sortie d'Égypte, tandis que selon Rabbi Eliezer, elle se produira en tishri.

Dans les faits, la Mishna ne désigne plus par la suite comme roch hachana que le tishri 4:1, 4:8 et lui seul fait l'objet d'une observance élaborée tandis que les trois autres jours ne sont plus rappelés que par des lectures de la Torah particulières lors du cycle triennal ; ces lectures tombent elles aussi en désuétude après l'adoption du cycle de lecture annuel, de sorte que ces jours ne sont plus observés aujourd'hui, à l'exception du 15 shevat, qui a acquis une nouvelle importance au cours des siècles précédents..

Le jour du jugement Appelé Jour de la Sonnerie ou Jour Mémorial, le tishri n'est pas explicitement désigné comme un Jour du Jugement dans la Bible. Cette tradition prend sa source dans Psaumes 81:5 () où le terme est interprété dans son sens plus courant de « jugement » ; la juxtaposition de ce mot à « Dieu de Jacob » en souligne, selon l'exégèse rabbinique, le caractère universel et, alors que la prescription de la sonnerie n'incombe qu'à Israël, le jugement concerne l'humanité dans son ensemble.

Parmi les élaborant sur cette tradition, certains visent à en souligner le bien-fondé en notant que le mois de tishri se trouve sous le signe zodiacal de la Balance, elle aussi associée au jugementPessikta deRav Kahana (édition Mandelbaum) 23:8 (s.v. Rabbi Hiyya), .. D'autres veulent en élargir le sens, rapportant le terme de aux fautes que Dieu promet de « cacher » si les enfants d'Israël se repententPessikta Rabbati (édition ) 29. ou au trône () sur lequel Il siège lors du jugementCité in .. Il est en effet rapporté au nom de Rabbi Yohanan qu'à Roch Hachana,

La portée et la nature de ce jugement varient selon les opinions : pour les uns, il se fait au cas par cas, déterminant les pertes et bénéfices pour l'année à venir (à l'exception des dépenses pour le chabbat et les fêtes qui dépendent de l'investissement qu'on y apporte) Baba Batra 10a & Beitza 16a, ., mais pour les autres, il affecte le monde dans son ensemble, déterminant notamment le climat pour l'année entière Baba Batra 147a, ..

vignette|Roch Hachana en Allemagne, Jüdisches Ceremoniel, 1724. Le jour de Roch Hachana marque le début d'une période de pénitence s'achevant à , au cours de laquelle Dieu se laisse plus facilement trouver Roch Hachana 18a. (au Moyen Âge, certains font commencer cette période le premier jour du mois deloul car c'est à cette date que Moïse serait remonté sur le mont Sinaï pour écrire les secondes tables de la LoiTour Orah Hayim 581, citant les Pirqé de-Rabbi Éliézer 46 ; .). Son caractère solennel exclut qu'on puisse lire le en ce jour, bien qu'il s'agisse d'une néoménie Arakhin 10b.. Cependant, il est recommandé de ne pas s'affliger et de faire bonne chère dans de beaux habits afin de marquer sa confiance dans la miséricorde du Juge Roch Hachana 1:3 (57a et b).. Lors des repas de fête, Abaye prescrit de manger (ou regarder) des plats et mets jugés propices ou propitiatoires Keritot 6a. ; cette recommandation donnera lieu à l'un des aspects les plus typiques de la fête, à savoir la consommation de grenades, épinards, pommes trempées dans le miel, têtes de mouton ou de poisson et autres nourritures variant selon les communautés..

Lors du second jour de la fête, un usage se développe dans les communautés rhénanes d'aller « jeter » ses fautes dans un point d'eau en récitant le passage Michée 7:18-20, sur lequel la coutume est fondée. 1:1.. En outre, on célèbre lors du tishri l'intronisation de Dieu, le jugement de l'humanité (ou du monde) et la ligature d'Isaac 1:2, Roch Hachana 8a & 16a, 12b ; ..

Plusieurs auteurs modernes voient une série d'innovations menées sous l'influence de divers festivals sémites..., qui ont, selon les rabbins, leurs sources dans la Bible : tishri aurait marqué la nouvelle année agricole dès le Pentateuque ( Exode 23:16 et 34:22) et les différents caractères de la fête seraient déductibles des différents passages se rapportant à la « sonnerie » et au (, ) , . ..

L'époque à laquelle le mois de tishri est entré en compétition avec celui de nissan est difficile à déterminer avec précision. Seule l'utilisation du mois de nissan pour dater les années de règne apparaît explicitement dans les Livres prophétiques tandis que celle du mois de tishri ne peut qu'être supposée sur la base de déductions textuelles. D'aucuns veulent en conclure que la Bible ne connaît qu'un nouvel an et que l'introduction de tishri serait le fait de rabbins influencés par lAkitou, nouvel an babylonien célébré à tasritu et nissanu. Cependant, l'idée de plusieurs dates de nouvel an se retrouve dans des écrits juifs non rabbiniques (dans la version grecque d'Ézéchiel 45:20 et dans les œuvres de Flavius JosèpheFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , § 3, mais voir Antiquités judaïques, , , §5.), et le calendrier de Gezer, daté du avant l'ère commune, fait commencer l'année par les « mois de la récolte », qui équivalent vraisemblablement à tishri et heshvan.

Il a été avancé que les habitants du royaume de Judée auraient décompté les années à partir de tishri tandis que ceux du royaume d'Israël l'auraient fait à partir de nissan ou encore que le choix du mois de tishri comme début de l'an aurait répondu à un souci d'universalisme. Moïse Nahmanide, un commentateur traditionnel, suggère quant à lui que la relation entre tishri et nissan serait du même ordre que celle entre le chabbat, septième jour de la semaine, et le premier jour de celle-ci ..