Herman Webster Mudgett ou H. H. Holmes ( - Philadelphie (Pennsylvanie). Board of Health. Death registers, 1860–1903. Salt Lake City : microfilmé par la Genealogical Society of Utah, 1962.), plus connu sous le pseudonyme de Docteur Henry Howard Holmes, est un tueur en série américain. Il est souvent considéré comme le premier tueur en série américain.

Pendant les années 1890, Holmes assassine quelques personnes de son entourage et potentiellement quelques clients des appartements de son « château » à Chicago (ouvert en 1892). Après sa condamnation, il avoue 27 meurtres (réfutés par la suite) et, bien que seuls neuf aient probablement été commis, des théories persistent à lui en attribuer plus de deux cents.

Bien qu'il soit qualifié de "premier", d'autres tueurs ont sévi aux États-Unis avant lui. Cependant, Holmes est le premier à avoir bénéficié d'une couverture médiatique nationale aussi intense, marquant l'imaginaire collectif par la cruauté méthodique et quasi industrielle de ses crimes.

L'affaire, célèbre en son temps, touche un très large public grâce à une série d'articles du journal de William Randolph Hearst. L'intérêt pour les crimes de Holmes est ravivé en 2003 par le best-seller The Devil in the White City, qui juxtapose les évènements de l'Exposition universelle de 1893 avec l'histoire de Holmes. En 2004, le cinéaste John Borowski réalise le premier documentaire, centré sur la vie entière de « Docteur Torture » (son surnom), intitulé H. H. Holmes: America's First Serial Killer, et un livre, The Strange Case of H.H. Holmes, qui contient Holmes' Own Story (« La propre histoire de Holmes ») et The Holmes-Pitezel Case (« l'affaire Holmes-Pitezel »), ainsi que d'autres histoires et contemporaines de l'affaire. Mudgett a fait l'objet d'une biographie de Harold Schechter, intitulée Pervers : L'histoire vraie définitive de H.H. Holmes, dont les crimes grotesques ont bouleversé le tournant du siècle de Chicago.

Biographie

Jeunesse et vie privée

Mudgett est né à Gilmanton dans l’État du New Hampshire New Hampshire Registrar of Vital Statistics. Index to births, early to 1900, Registrar of Vital Statistics, Concord, New Hampshire. FHL Microfilms : film 1001018. Cadet de quatre enfants, ses parents, Levi Horton Mudgett et Theodate Page Price, étaient tous deux descendants des premiers pionniers de cette région. D’après le profil Most Evil de Holmes de 2007, son père était un alcoolique violent et sa mère une fervente méthodiste qui lisait la Bible à son fils Herman. Il prétend que, pendant son enfance, des camarades de classe l’ont forcé à voir et toucher un squelette humain chez un docteur local. Les enfants l’amenèrent là initialement pour lui faire peur, mais Mudgett fut plutôt fasciné, et décida de faire des études de médecine.

Mudgett obtient un diplôme d'assistant pharmacien et fabrique par la suite un faux diplôme du département de médecine de l’université du Michigan, en 1884, pour pouvoir exercer en tant que médecinStéphane Bourgoin, « L'affaire H. H. Holmes », émission L'Heure du crime sur RTL, .. Alors qu’il y étudie, Mudgett vole des corps du laboratoire et les défigure, pour ensuite prétendre que les gens ont été tués accidentellement, ceci dans le but d’obtenir de l’argent des assurances sur des polices qu’il avait souscrites sur chacune des personnes décédées. Après son diplôme, il déménage à Chicago afin de poursuivre une carrière en pharmaceutique. Dès sa jeunesse, il prend le nom de H. H. Holmes. C’est d’ailleurs sous ce nom qu’il étudie et s’engage également dans plusieurs compagnies nébuleuses, dans l’immobilier et des affaires promotionnelleshttp://www.buzzle.com/articles/the-weird-world-of-hhholmes-part1.html.

Le , Holmes épouse Clara Lovering à Alton dans le New Hampshire ; leur fils, Robert Lovering Mudgett, voit le jour le à Loudon dans le New Hampshire. À l'âge adulte, Robert devient expert-comptable et est le gérant municipal d'Orlando en Floride.

Le , alors qu'il est encore marié à Clara, Holmes épouse Myrta Belknap à Minneapolis, au Minnesota ; les nouveaux mariés ont une fille, Lucy Theodate Holmes, qui voit le jour le à Englewood, un quartier de Chicago Demande de passeport au nom de Lucy Theodate Holmes déposée auprès des services fédéraux à Provo, Utah, Etats-Unis : « Passport Applications, January 2, 1906-March 31, 1925 » (National Archives and Records Administration Microfilm Publication M1490) ; archives générales du département d'État, groupe 59, National Archives, Washington, D.C.. Elle devient par la suite enseignante.

Holmes vit avec Myrta et Lucy à Wilmette, dans l’Illinois, et passe la majorité de son temps à Chicago pour son travail. Il fait une demande pour obtenir le divorce de Clara après s’être marié avec Myrta, mais le divorce n'est finalisé qu’en 1891, soit plus de quatre ans après son deuxième mariage. Le , il épouse Georgiana Yoke à Denver, au Colorado, alors qu’il est encore marié à Myrta. Il entretient également une relation avec Julia Smythe, la femme d’un de ses anciens employés ; Julia devient plus tard une des victimes de Holmes. Polygame, et continuant ses escroqueries contre les compagnies d'assurance, il posséda jusqu'à sept identités différentes.

Chicago et le « Château des meurtres »

vignette|Le « château ».

Alors qu’il est à Chicago lors de l’été 1886, Holmes passe devant la pharmacie du , au coin des rues S. Wallace et W. 63rd, dans le quartier d’Englewood.. Holton étant atteint d'un cancer, c’est alors sa femme qui s’occupe du commerce.

De plus en plus occupée, la femme du engage Holmes comme assistant. Après quelques mois à peine, Holmes apparaît comme le parfait assistant et plaît énormément à , dont le commerce ne cesse de s’élargir et qui en fait son gérant. En 1887, après la mort de son mari, Holton vend le commerce à Holmes. Lorsque engage un avocat pour poursuivre Holmes qui ne paye pas ses traites, elle disparaît mystérieusement. Alors que les gens s'interrogent sur le retour éventuel de l’ancienne propriétaire, Holmes ne fait que mentionner que cette dernière est partie en Californie et qu’elle n’a laissé aucune adresse ou numéro de téléphone..

Par la suite, Holmes achète un terrain en face de la pharmacie, où il construit un édifice de trois étages que les gens du voisinage qualifieront de « château ». Le rez-de-chaussée comprend la pharmacie relocalisée de Holmes et une série de magasins tandis que le premier étage contient des appartements. En 1892, un deuxième étage est construit afin d'y installer des chambres d'hôte, mais le projet ne sera pas fini à temps et ne verra jamais le jour. Holmes prétendra ouvrir cet édifice comme hôtel pour l’Exposition universelle de 1893, avec une partie de la structure utilisée à des fins commerciales. En réalité, aucune chambre n'a jamais été fonctionnelle et Holmes se contentera de cette couverture pour commettre des fraudes à l'assurance et faire fonctionner ses autres commerces.

Lors de l'arrestation de Holmes et de l'inspection du « château », la presse jaune va déformer les propos de la police en inventant de toutes pièces une histoire pour vendre plus de journaux. Il se crée alors la légende que l'on connait aujourd'hui : Holmes aurait fait construire un hôtel géant rempli de pièges par des architectes différents pour brouiller les pistes afin de tuer des femmes lors de l'exposition universelle.

Tout cela est un mensonge : aucun plan d'époque ne prouve l'existence de ces pièges ; le réseau est tellement important qu'il est impossible de le faire tenir dans un bâtiment de cette taille ; enfin, l'ensemble aurait coûté tellement cher que jamais Holmes n'aurait pu le faire réaliser.

Capture et arrestation

En , sous le nom d’Henry Howard, il épouse à Denver Georgiana Yoke dans le but de s’approprier sa fortune. Sa maîtresse et complice, Minnie Williams, est témoin au mariage. La lune de miel se passe au Texas où Holmes achète des wagons de chevaux avec de faux documents. De retour à Chicago, il tue sa complice Minnie Williams. Pour le vol de chevaux, il est arrêté à Saint-Louis en , sous le nom d’Howard. Sa femme paye sa caution. Il est libre, mais sans argent. À Philadelphie, il monte une nouvelle escroquerie à l’assurance avec un ancien complice, Benjamin Pitezel. Il fait croire à ce dernier, après lui avoir fait souscrire une forte assurance sur la vie, qu’il va simuler sa mort dans l’explosion de son bureau, un cadavre anonyme défiguré devant le remplacer. En fait, c’est bien Benjamin Pitezel qui est victime de l’incendie. Holmes, en tant que client vient identifier le corps en compagnie d’Alice, l’aînée des enfants Pitezel. Cette dernière reconnaît formellement le visage calciné de son père. C’est parfait pour toucher l’assurance, mais elle devient une menace pour Holmes, car Carrie, la femme de Pitezel, est dans la combine et croit toujours son mari vivant. Pour éviter une rencontre entre la fille et la mère, Holmes envoie la femme de Pitezel à New York où il dit que son mari se cache. De son côté, il part avec trois des enfants Pitezel : Alice, 14 ans, Nellie, 11 ans, et Howard, 8 ans. Il tue le petit Howard à Indianapolis et les adolescentes à Toronto.

Holmes est dénoncé par Marion Hedgepeth, un compagnon de cellule qui n'a pas touché sa part dans l’élaboration du plan, et révèle à la police son vrai nom, ainsi que la teneur de l’escroquerie à l’assurance. Après avoir été traqué depuis Philadelphie par la Pinkerton National Detective Agency, Holmes est arrêté le à Boston.

On lui laisse le choix d’être jugé au Texas pour vol de chevaux, où il risque la pendaison, ou à Philadelphie pour escroquerie à l’assurance. Holmes choisit la deuxième option et plaide coupable. Dans l’attente du procès, le détective Geyer refait, pendant huit mois, le long parcours de Holmes avec les trois enfants Pitezel. Il visite plus de neuf cents maisons où Holmes aurait pu séjourner et retrouve d’abord les cadavres nus d’Alice et Nellie enterrés dans une cave à Toronto, puis les restes calcinés du petit Howard, préalablement découpé en morceaux, à Indianapolis. Holmes est finalement inculpé pour le meurtre de Pitezel et de ses trois enfants. Ce sont les seules accusations retenues, qui suffiront cependant à le faire condamner à mort.

De son côté, la cour de Chicago se bat pour pouvoir juger Holmes et ses crimes dans la ville. Elle n’obtient pas gain de cause.

Après la découverte des corps d'Alice et de Nellie, en , la police de Chicago et les journalistes locaux commencèrent à enquêter sur le bâtiment de Holmes à Englewood, désormais appelé localement « le château ». Bien que de nombreuses déclarations sensationnelles aient été faites, aucune preuve permettant de condamner Holmes à Chicago n'a été trouvée. Selon l'écrivain Adam Selzer qui a publié en 2017 une biographie sur le sujet, les récits concernant des équipements de torture trouvés dans le bâtiment sont des fictions du .

Le , un incendie d'origine inconnue ravage le bâtiment. Actuellement, le site est occupé par l'United States Postal Service.

Le nombre des victimes de Holmes est estimé entre quatre et deux cents, l'incertitude étant due à la presse jaune qui a répandu des mensonges concernant le « château » en le transformant en véritable maison des horreurs pour vendre des articles, ainsi qu'au roman Gem of the Prairie de Herbert Asbury publié en 1940. Dans ce dernier, il est fait mention de certaines personnes théorisant qu'il ait pu y avoir jusqu'à deux cents victimes.

Mis à part ces nombres très exagérés, le véritable nombre reste flou. S'il est absolument certain que Holmes a tué quatre personnes, il est extrêmement probable qu'il ait fait au moins neuf victimes.

Les quatre victimes avérées sont Benjamin Pitezel et ses enfants Alice, Nellie et Howard.

Les autres meurtres, très probablement commis par Holmes mais sans preuves suffisantes, sont :