La géomancie est une technique de divination fondée sur l'analyse de figures composées par la combinaison de quatre points simples ou doubles (ou points et traits). Ces points sont obtenus par l'observation de cailloux ou d'objets jetés sur une surface plane ou posés dans un espace donné, par des lancers de désDom Neroman, La géomancie retrouvée, éditions Sous le Ciel, 1948., par le comptage de traits dessinés dans le sable avec un bâton ou sur du papier à l'aide d'un stylo<ref>Robert Fludd, Traité de Géomancie, traduction de de geomantia par Pierre Piobb, éditions Dangles, 1947.</ref> ou encore par l'observation d'éléments disposés dans la nature sans intervention humaine. alt=Tableau géomantique, Bartolomeo da Parma, 1288|vignette|Tableau géomantique, Bartolomeo da Parma, 1288 Les oracles géomantiques sont basés sur une série de figures, chacune composée de quatre lignes de points, pairs ou impairs. Par différentes combinaisons simples, les tirages des figures sont développés pour former un diagramme ou graphe destiné à l'interprétation : un écu ou thème (terme emprunté à l'astrologie) géomantique, ou encore un carré. Les significations propres aux figures géomantiques, leurs positions dans le graphe obtenu et les relations à l'intérieur du graphe des figures (répétitions, oppositions, passations, etc.) entrent en compte dans l'interprétation.
Il en existe plusieurs pratiques africaines, certaines très proches de la pratique d'influence Arabe, mais aussi une expression qui est à l'origine du Vaudou à travers le dieu FA (ou Ifa) dieu de la divination, appelée Ifa. Dans cette version, les seize figures sont considérées par paires, ce qui donne 256 combinaisons. Il semble que plus que de divination, il s'agit d'un système très élaboré de pédagogie supporté par le dieu Fa et quelques autres divinités (Lêgba, Gû, Hêbiesso... moins d'une dizaine)Paul Aclinou, Une pédagogie oubliée : le vodou : L'horloger de Kouti, Paris, L'Harmattan, 2007
et P. Aclinou, Comprendre les fondamentaux du vodoun, Paris, L'Harmattan, mai 2022 page 423 à 560. à destination de peuples qui n'avaient pas d'écriture et chez qui tout devait reposer sur la mémoire. À noter qu'à ces divinités se superposent les dieux proprement animistes.
Étymologie Le terme est directement issu du bas latin geomantia (« divination par la terre ») emprunté au grec γεωμαντεία.
Marco Polo dans son livre utilise le terme sous la forme italo-française jomansie à la fin du Chapitre sur Maabar, le Tamil Nadu, ch. 174 de la compilation initiale faite à Gênes en 1298 (lire en ligne)..
Le terme apparaît ensuite en français vers 1333 sous la forme géomancie dans la traduction manuscrite du Miroir historial de Vincent de Beauvais rédigée par Jean de Vignay à la demande du roi de France Philippe VI et de sa femme Jeanne de Bourgogne.
Histoire L'origine réelle de ce type d'oracle reste incertaine. Certains auteurs le disent d'origine perse, tandis que d'autres tablent sur une création arabe ou berbère. Le mode de construction des figures et leur placement dans l'ensemble de l'oracle, toujours de droite à gauche, sont en tout cas la marque d'un peuple faisant usage d'une écriture de droite à gauche, que la langue soit d'origine sémitique (arabe) ou non (persan). La géomancie a fait l'objet d'une vaste diffusion en Afrique du Nord, en Afrique sub-saharienne, en Europe et dans les Amériques.
En Corée
Elle a été transmise par le taoïsme populaire pour être incorporé à la culture locale dans le royaume de Koryo (918–1232 et 1270–1392, ancien nom de la Corée), en coréen, en chinois, écrit avec l'idéogramme « vent » et le pictogramme « eau ». Cette pratique a été apportée en Corée par la Chine à la fin du millénaire. La divination du yi jing, liée au taoïsme y est donc présente.
En Afrique subsaharienne vignette|Authentique cauri. Ils sont utilisés dans la géomancie divinatoire africaine. La géomancie africaine est la plus vieille forme divinatoire au monde car la technique de divination est liée à la terre, d'où le culte des ancêtres noirs depuis leur migration d’Égypte ancienne vers l'Afrique subsaharienne. Geo signifie "terre" en grec, et mancie signifie "magie": il s'agit donc d'une étude divinatoire via la terre. La géomancie africaine est encore appelée Fa en Afrique de l'Ouest.
Le système Ifá pratiqué par les Yoruba du Nigéria et du Bénin partage avec la géomancie arabo-européenne les mêmes seize figures de base et la même logique binaire (pair/impair). Le système Ifa reconnaît 256 figures (16 × 16), chacune associée à un corpus de versets poétiques appelés odu.
L'UNESCO a inscrit le système de divination Ifa sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2008.
Le système apparenté pratiqué par les Fon du Bénin et les Éwé du Togo et du Ghana est appelé Fa. Le praticien, nommé bokonon, utilise un chapelet divinatoire ou des noix de palme pour générer les figuresBernard Maupoil, La Géomancie à l'ancienne côte des esclaves, Institut d'ethnologie, 1943.
À Madagascar, le sikidy représente une autre branche de transmission, vraisemblablement introduite par les commerçants arabes via les côtes est-africainesRobert Jaulin, La Géomancie, analyse formelle, Mouton, 1966.
La question de l'antériorité entre les systèmes africains et arabes reste débattue parmi les chercheurs. Les hypothèses principales sont : une origine commune avec des développements indépendants, une transmission de l'Afrique vers le monde arabe, ou l'inverseWim van Binsbergen, « The astrological origin of Islamic geomancy », The Africanist Credentials of the Founder of the Fatimid State, 2024
Les 16 figures xxxxVia(La Voie) xxxx xCauda draconis(La Queue du Dragon) xxx xxPuer(Le Jeune Garçon) xxx xx xFortuna minor(La Fortune Mineure) xx xxxPuella(La Jeune Fille) xx xxx xAmissio(La Perte) xx xx xxCarcer(La Prison) xx xx xx xLaetitia(La Joie) x xxxxCaput Draconis(La Tête du Dragon) x xxxx xConjunctio(La Conjonction) x xxx xxAcquisitio(Le Gain) x xxx xx xRubeus(Le Rouge) x xx xxxFortuna Major(La Fortune Majeure) x xx xxx xAlbus(Le Blanc) x xx xx xxTristitia(La Tristesse) x xx xx xx xPopulus(Le Peuple)
Les noms latins des seize figures sont traditionnellement employés dans la géomancie « occidentale », depuis le Moyen Âge, parallèlement avec leur traduction dans la langue profane en usage dans le pays où est interrogé l'oracle.
Dans le système Fa pratiqué par les Fon du Bénin et les Éwé du Togo et du Ghana, les noms diffèrent.
Technique Les usagers de cette méthode de divination procèdent habituellement à un « tirage » de quatre figures, selon différentes techniques (jet de dés, de pièces, séparation de tas de cailloux, etc.).
Une méthode de tirage consistait par exemple à aligner, sur le sable, quatre lignes superposées de points tracés au hasard, puis de faire le décompte de chaque ligne de points. D'une ligne impaire résultait un point unique, et d'une ligne paire un point double. Cette méthode est encore utilisée de nos jours, dans une version « adaptée », où le medium trace sur le papier quatre lignes de points pour en faire ensuite le décompte.
Ces quatre premières figures sont en général appelées les « Quatre Mères », et d'elles découlent, par un système complexe de report de points, les onze autres figures de l'oracle. Ces quinze figures sont réparties en douze « maisons », deux « témoins » (droit et gauche) et un « Juge ».
Certains adeptes de cette technique divinatoire y ajoutent une seizième « maison », le « Subjudex » ou « la Sentence », obtenue à partir de la combinaison du « Juge » et de la « maison I ». Cette « maison » surnuméraire n'est habituellement pas dessinée sur le graphique des quinze « maisons » classiques.
Construction d'un graphe Exemple fictif choisi au hasard parmi combinaisons différentes (16 x 16 x 16 x 16).
Une même figure peut revenir deux ou plusieurs fois dans l'ensemble du tirage : son interprétation variera toutefois en fonction de la place occupée parmi les « Maisons ». Toutefois, un graphe réunissant la même figure dans quatre cases (ou plus) sur quinze est habituellement considéré comme nul.
Les quatre « Filles » Les quatre « Mères » VIIIxx xx xx x(la Joie) VIIx xx xxx x(le Blanc) VIx xx xxx(la FortuneMajeure) Vxxx xx(le JeuneGarçon) IVxxx xx x(la FortuneMineure) IIIx xxxx x(la Conjonction) IIxx xx xx x(la Joie) Ixx xx xx(la Prison) Les quatre « Nièces » XIIxx xxx x(la Perte) XIxxxx x(la Queue du Dragon) Xxx xxx x(la Perte) IXx xx xx xx(la Tristesse) Témoin Gauchex xxx xx x(le Rouge) Témoin Droitxx xxx(la Jeune Fille) Jugexxxx(la Voie)
Construction des « Filles » : les points successifs de la première « Fille » (V) sont le report de la première ligne de points des quatre « Mères » ; les points successifs de la deuxième « Fille » (VI) sont le report de la deuxième ligne de points des quatre « Mères » ; les points successifs de la troisième « Fille » (VII) sont le report de la troisième ligne de points des quatre « Mères » ; les points successifs de la quatrième « Fille » (VIII''') sont le report de la quatrième ligne de points des quatre « Mères ».
Construction des « Nièces » : à la différence de la construction des « Filles », les points ne sont pas reportés. Chaque ligne de chacune des « Nièces » est obtenue en additionnant les points de la ligne correspondante des deux « Mères » ou des deux « Filles » de l'étage supérieur, puis en réduisant au plus petit entier pair ou impair : 2 + 2 = 4 réduit à 2, 2 + 1 ou 1 + 2 = 3 réduit à 1, 1 + 1 = 2.
La construction des « Témoins » suit le même schéma, chaque ligne de chacun des « Témoins » étant obtenue en additionnant les points de la ligne correspondante des deux « Nièces » de l'étage supérieur, puis en réduisant au plus petit entier pair ou impair. Les deux « Témoins » sont obligatoirement de même parité (soit pairs, soit impairs). Une parité divergente est la preuve d'une erreur dans l'établissement du graphe.
La construction du « Juge » suit le même schéma, chaque ligne du « Juge » étant obtenue en additionnant les points de la ligne correspondante des deux « Témoins », puis en réduisant au plus petit entier pair ou impair. Le « Juge » compte obligatoirement un nombre de points pair, ce qui limite à huit le nombre de figures possibles dans cette case : Via (4 points), Fortuna Minor, Fortuna Major, Carcer, Conjunctio, Amissio, Acquisitio (6 points) et Populus (8 points). Toute autre figure est la preuve d'une erreur dans l'établissement du graphe.
Dans le cas d'une interrogation de l'oracle faisant appel à la seizième « Maison » surnuméraire, celle-ci est obtenue en additionnant les points respectifs de la première « Mère » (I) et du « Juge ». On aura dans le cas présent :
Sentencex xxxx x(la Conjonction)
Notes et références
Annexes
Bibliographie Traités Gérard de Crémone (), Géomancie Astronomique, éditions des Cahiers Astrologiques, Nice, 1946 Eugène Caslant, Traité élémentaire de géomancie, Guy Trédaniel éditeur, 1935 - 1985 Robert Fludd, Traité de Géomancie (De Geomantia), étude du macrocosme annotée et traduite par P.-V. Piobb, éditions Dangles, Paris, 1947. Extrait du traité Utriusque cosmi historia (1617-1624) Hadji Khamballah, La géomancie traditionnelle, éditions Vega, 1947. Dom Néroman, La Géomancie Retrouvée, éditions Sous Le Ciel, Paris, 1948
Christopher Cattan, La Géomance du seigneur Christofe de Cattan, Paris, 1558 Cornelius Agrippa, De Occulta Philosophia, Cologne, 1531 Thérèse Charmasson, Recherches sur une technique divinatoire : la géomancie dans l'Occident médiéval, Droz, 1980 Robert Jaulin, La Géomancie, analyse formelle, Mouton, 1966 Israël Regardie, A Practical Guide to Geomantic Divination, Aquarian Press, 1972 Alain Le Kern, La Géomancie, un art divinatoire, Éditions Dervy, 2001