Guillaume Apollinaire, né Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, est un poète et écrivain français, critique et théoricien d'art. Né le à Rome, il meurt à Paris le de la grippe espagnole, mais est déclaré mort pour la France en raison de son engagement durant la guerre.

Considéré comme l'un des poètes français les plus importants du ., il est l'auteur de poèmes tels Zone, La Chanson du mal-aimé, Le Pont Mirabeau, ayant fait l'objet de plusieurs adaptations en chanson au cours du siècle. La part érotique de son œuvre – dont principalement trois romans (dont un perdu), de nombreux poèmes et des introductions à des auteurs licencieux – est également passée à la postérité. Il expérimenta un temps la pratique du calligramme (terme de son invention, quoiqu'il ne soit pas l'inventeur du genre lui-même, désignant des poèmes écrits en forme de dessins et non de forme classique en vers et strophes). Il fut le chantre de nombreuses avant-gardes artistiques de son temps, notamment du cubisme, de l'orphisme qu'il définit pour Sonia et Robert Delaunay, d'autres, et à la gestation desquelles il participa en tant que poète et théoricien de l'Esprit nouveau. Précurseur du surréalisme, il en forgea le nom dans son drame Les Mamelles de Tirésias (1917).

Biographie Jeunesse Guillaume Apollinaire est né à Rome sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky. En France, il utilisera Wilhelm Kostrowicki pour ses écrits (Wilhelm Albert Włodzimierz Aleksander Apolinary Kostrowicki). En 1916, lorsqu'il sera naturalisé français, il choisira le pseudonyme de Guillaume Apollinaire.

Sa mère, Angelika Kostrowicka (clan Wąż, ou Angelica de Wąż-Kostrowicky), est née à Nowogródek dans l'Empire russe (aujourd'hui Navahrudak en Biélorussie), dans une famille de la petite noblesse polonaise. Après la mort de son père, camérier honorifique de cape et d'épée du pape, elle demeure à Rome, où elle devient la maîtresse d'un noble et a une grossesse non désirée. Son fils naît le et il est déclaré à la mairie comme étant né le . d'un père inconnu et d'une mère voulant rester anonyme, de sorte que l'administration l'affubla d'un nom de famille d'emprunt : Dulcigny. Angelika le reconnaît quelques mois plus tard devant notaire comme son fils, sous le nom de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky.. Selon l'hypothèse la plus probable, son père serait un officier italien, Francesco Flugi d'Aspermont.. En 1882, elle lui donne un demi-frère, Alberto Eugenio Giovanni. En 1887, elle s'installe à Monaco avec ses fils sous le nom d'Olga de Kostrowitzky. Très vite, elle y est arrêtée et fichée par la police comme femme galante, gagnant probablement sa vie comme entraîneuse dans le nouveau casino. Guillaume, placé en pension au collège Saint-Charles, dirigé par les frères Maristes, y fait ses études de 1887 à 1895, et se révèle l'un des meilleurs élèves. Puis, il est inscrit au lycée Stanislas de Cannes et ensuite au lycée Masséna de Nice où il échoue à son premier baccalauréat. et ne se représente pas. Durant les trois mois de l'été 1899, sa mère l'a installé, avec son frère, à la pension Constant de la petite ville wallonne de Stavelot, pension qu'ils quittent, le ., à « la cloche de bois » : leur mère ne leur ayant envoyé que l'argent du train, ils ne peuvent payer la note de l'hôtel, et doivent fuir en secret, une fois tout le monde endormi.. L'épisode wallon féconde durablement son imagination et sa création. Ainsi, de cette époque date le souvenir des danses festives de cette contrée (« C'est la maclotte qui sautille… »), dans Marie, celui des Hautes Fagnes, ainsi que l'emprunt à la langue wallonne.

La mère d'Apollinaire Journal de Paul Léautaud au : « Je vois entrer une dame [la mère d'Apollinaire, dans le bureau de Léautaud au Mercure de France] assez grande, élégante, d’une allure un peu à part. Grande ressemblance de visage avec Apollinaire, ou plutôt d’Apollinaire avec elle, le nez, un peu les yeux, surtout la bouche et les expressions de la bouche dans le rire et dans le sourire. / Elle me paraît fort originale. Exubérante. Une de ces femmes dont on dit qu’elles sont un peu « hors cadre ». En une demi-heure, elle me raconte sa vie : russe, jamais mariée, nombreux voyages, toute l’Europe ou presque. (Apollinaire m’apparaît soudain ayant hérité en imagination de ce vagabondage.) Apollinaire naît à Rome. Elle ne me dit rien du père. / Elle me parle de l’homme avec lequel elle vit depuis vingt-cinq ans, son ami, un Alsacien, grand joueur, tantôt plein d’argent, tantôt sans un sou. Elle ne manque de rien. Dîners chez Paillard, Prunier, Café de la Paix / Elle me dit qu’elle a plusieurs fois « installé » Apollinaire, l’avoir comblé d’argent. En parlant de lui, elle dit toujours : Wilhelm. / Sentiments féroces à l’égard de la femme d’Apollinaire. / […] Elle me dépeint Apollinaire comme un fils peu tendre, intéressé, souvent emporté, toujours à demander de l’argent, et peu disposé à en donner quand il en avait. / Elle ne m’a pas caché son âge : 52 ans. Fort bien conservée pour cet âge, surtout élancée et démarche légère, aisée. »

À Paris et en Allemagne En 1900, il s'installe à Paris, centre des arts et de la littérature européenne à l'époque. Il y vit dans la précarité. Sa mère lui suggère, pour gagner sa vie, de passer un diplôme de sténographie et il devient employé de banque comme son demi-frère Alberto Eugenio Giovanni. L'avocat Esnard l'engage un mois comme nègre pour écrire le roman-feuilleton Que faire ? dans Le Matin, mais refuse de le payer. Pour se venger, il séduit sa jeune maîtresse..

En , il écrit son premier article pour Tabarin, hebdomadaire satirique dirigé par Ernest Gaillet, puis en ses premiers poèmes paraissent dans la revue La Grande France sous le nom de Wilhelm Kostrowitzky..

De au , il est le précepteur de Gabrielle, fille d'Élinor Hölterhoff, vicomtesse de Milhau, d'origine allemande et veuve d'un comte français. Durant l'été 1901, il l'accompagne en Allemagne avec sa collègue anglaise Annie Playden, du même âge, jeune fille engagée comme gouvernante de Gabrielle, dans sa résidence de Rhénanie à Bad Honnef (Neu Glück).Il tombe amoureux d’elle mais elle refuse ses avancesLe Robert des grands écrivains de langue française, sous la direction de Philippe Hamon et Denis Roger-Vasselin, Les Dictionnaires Le Robert, Paris, 2000, .. C'est alors la période « rhénane » dont ses recueils portent la trace (La Lorelei, Schinderhannes). Cette période l'inspire pour écrire plusieurs poèmes, pour la plupart mélancoliques, dont certains seront plus tard intégrés à son œuvre majeure, le recueil Alcools. Au cours de deux séjours au début et au milieu de l'année 1902, il parcourt l'Allemagne, passant par Prague et Vienne via Berlin et Dresde. Ces voyages trouvent une expression littéraire dans des poèmes et des nouvelles, ainsi que dans des récits de voyage publiés dans des journaux parisiens.

De retour à Paris en , il garde le contact avec Annie et se rend auprès d'elle à deux reprises à Londres. Mais en 1905, elle part pour l'Amérique. Le poète célèbre la douleur de l'éconduit dans Annie, La Chanson du mal-aimé, L'Émigrant de Landor Road, Rhénanes.

vignette|upright|« La Joconde est retrouvée », Le Petit Parisien, , 13 décembre 1913.

Entre 1902 et 1907, il travaille pour divers organismes boursiers et parallèlement publie contes et poèmes dans des revues. Il prend à cette époque pour pseudonyme Apollinaire d'après le prénom de son grand-père maternel, Apollinaris, qui rappelle Apollon, dieu de la poésieAnne Clancier, op. cité, .. En , il lance un mensuel littéraire dont il est rédacteur en chef, Le Festin d'Ésope, revue des belles lettresLe festin d'Ésope, 9 numéros en reprint, Paris, Slatkine, 1971 — sur Gallica. dans lequel il publie quelques poèmes ; on y trouve également des textes de ses amis André Salmon, Alfred Jarry, Mécislas Golberg, entre autres et qui s'arrête en , après neuf livraisons.

En 1907, il rencontre l'artiste peintre Marie Laurencin. Ils entretiendront une relation chaotique et orageuse durant sept ans. À cette même époque, il commence à vivre de sa plume et se lie d'amitié avec Pablo Picasso., Antonio de La Gandara, Jean Metzinger, Paul Gordeaux, André Derain, Edmond-Marie Poullain, Maurice de Vlaminck et le Douanier Rousseau, se fait un nom de poète et de journalisteIl collabore notamment à la revue avant-gardiste SIC, créée par Pierre Albert-Birot et à laquelle participèrent, entre autres, Louis Aragon, Tristan Tzara et Philippe Soupault., de conférencier et de critique d'art à L'Intransigeant.. En 1909, L'Enchanteur pourrissant, son œuvre ornée de reproductions de bois gravés d'André Derain est publiée par le marchand d'art Daniel-Henry Kahnweiler. Cette même année, il invente une supposée journaliste, Louise Lalanne, avec la complicité d'Eugène Montfort, qui publie dans la revue Les Marges« Louise Lalanne », in: Jean-François Jeandillou, Supercheries littéraires. La vie et l'œuvre des auteurs supposés, Genève, Droz, 2001, .. Le , accusé de complicité de vol de La Joconde parce qu'une de ses relations avait dérobé des statuettes au Louvre, il est emprisonné durant une semaine à la prison de la Santé ; cette expérience le marque« Le poète en prison » : l’épisode est rappelé par Pascal Pia dans son livre consacré au poète : il avait pris à son service comme factotum le nommé Géry Piéret, ancien collègue belge rencontré dans une rédaction et dont l’esprit fantasque et mythomane l’amusait. Ce cleptomane de musée, mais non trafiquant, dérobait de temps à autre des statuettes au Louvre. Ces disparitions ne furent pas d’abord rendues publiques. Le poète ne fut accusé de complicité (il n'avait pas dénoncé son ami qui s'était enfui) que lorsque ces larcins revinrent à la surface lors du vol de La Joconde auquel ils n'étaient d'ailleurs pas liés : Piéret avait profité de la brûlante actualité pour vanter ses aventures du Louvre auprès de Paris-Journal, qui avait payé ses révélations et promis la discrétion. Mais les bavardages autour de l'affaire du tableau eurent le dernier mot.. Cette année-là, il publie son premier recueil de poèmes, Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée, orné des gravures de Raoul Dufy. En , il lance avec André Billy, René Dalize, André Salmon et André Tudesq, la revue Les Soirées de Paris. En 1913, les éditions du Mercure de France éditent Alcools, somme de son travail poétique depuis 1898.

Le , Guillaume Apollinaire enregistre Le Pont Mirabeau et Le Voyageur aux Archives de la Parole, documents sonores conservés à la Bibliothèque nationale de France et écoutables dans Gallica..

La guerre vignette|gauche|upright|Dossier de naturalisation de Guillaume Kostrowitzky, dit Apollinaire. Archives nationales de France. En , il tente de s'engager dans l'Armée françaiseBeaucoup d'étrangers (notamment ceux issus des nations de la Triplice), par peur d'être internés, expulsés ou lynchés, ont pu bénéficier de la loi du et plus particulièrement son article 3 relatif à la naturalisation accordée aux engagés volontaires., mais le conseil de révision ajourne sa demande car il n'a pas la nationalité française.

Lou et Madeleine