La chute de Constantinople ou encore la prise de Constantinople (en grec médiéval : , « La prise de Constantinople » ; (ou ), « La conquête de Constantinople (actuellement Istanbul) ») est un siège historique qui aboutit, le , à la prise de la ville par les troupes ottomanes conduites par . Elle marque la disparition de l’Empire romain d'Orient, aussi qualifié d'Empire byzantin, et sa fin définitive en tant qu’entité politique et juridique.
Le siège, qui commence au début du mois d’avril 1453, intervient alors que la situation de Constantinople s’est considérablement dégradée lors des siècles précédents. En 1453, l’Empire se réduit aux alentours de Constantinople et au Péloponnèse et il n’est plus en état de résister à la puissance montante qu’est l’Empire ottoman à cette époque. Ce dernier a déjà assiégé Constantinople à deux reprises sans résultats mais contrôle l'Anatolie et une grande partie des Balkans. Malgré de multiples appels à l’aide des Romains en direction de l’Occident, seules quelques rares troupes italiennes combattent aux côtés des constantinopolitains conduits par l’empereur . Ces à sont largement surpassés en nombre par les à ottomans soutenus par une flotte de plus de . Après avoir résisté à plusieurs assauts, les Byzantins finissent par céder le . S’ensuit un large pillage de la ville puis l’entrée de dans la cité. Il gagne à cette occasion l’épithète de (le Conquérant) et fait de Constantinople la nouvelle capitale de son empire qui entre dans sa période faste.
Au-delà de la fin d’un empire déjà moribond, la chute de Constantinople a un impact profond sur le monde et notamment en Occident. Héritier de l’Empire romain, traditionnel rempart à l’expansion musulmane en Orient, l’Empire byzantin laisse derrière lui un vide important. Cependant, malgré son déclin politique, l’Empire connaît lors de ses dernières années d'existence un profond renouveau culturel dont les principaux représentants comme Jean Bessarion ou Manuel Chrysoloras émigrent peu à peu en Italie et dans le reste de l’Europe à mesure que l’Empire byzantin s’étiole.
De nombreux historiens, dont Jules Michelet, ont estimé que la chute de Constantinople constitue une vraie rupture marquant la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance. Toutefois, cette vision est de plus en plus remise en cause par des historiens contemporains, qui considèrent plutôt la chute de Constantinople comme une étape dans le processus de transmission du monde grec vers le monde latin, conduisant à la Renaissance.
Contexte
Un empire à l'agonie vignette|gauche|L’Empire byzantin en 1450.
En 1453, l’Empire romain d'Orient est réduit à la portion congrue. Les Paléologues n’exercent plus le pouvoir qu'autour de Constantinople et sur une partie du Péloponnèse. Les Byzantins ne contrôlent plus les voies commerciales entre l'Occident et l'Extrême-Orient qui avaient contribué à leur richesse. Les concessions commerciales accordées aux Vénitiens et aux Génois se sont notablement accrues au fil des siècles, et les caisses sont de fait vides..
La ville a déjà été encerclée par les forces turques en 1391-1392 et 1394-1402, mais devant l'obligation de combattre les Turco-Mongols à l'est, les Turcs ont laissé la ville sauve. Les années qui suivent constituent une période de calme relatif pour Constantinople, les Ottomans étant occupés par des querelles dynastiques. Cette accalmie n'est pas mise à profit pour renforcer l’Empire. Celui-ci ne dispose plus des moyens pour repartir à l'offensive même s'il parvient à récupérer certains territoires dont la ville de Thessalonique.. Les rivalités théologiques entre les Églises d'Orient et d’Occident empêchent l’acheminement d'aide aux Byzantins, et la méfiance envers les Occidentaux est grande à la suite du sac de la ville lors de la quatrième croisade, en 1204. Lucas Notaras, dernier grand amiral de la flotte byzantine et premier personnage de l'Empire après l'empereur, aurait dit : . Si l'authenticité de cette phrase est encore sujette à débat, il n'en reste pas moins qu'elle symbolise le profond ressentiment entre les deux pôles de la chrétienté..
En 1422, , ayant mis fin aux querelles dynastiques, assiège Constantinople, impliquée dans les intrigues de la cour ottomane.. S'il ne parvient pas à prendre la cité, il pille les possessions byzantines du Péloponnèse et met le siège devant Thessalonique. Le sultan négocie néanmoins un traité de paix et le versement d'un tribut avec afin de retourner mater la révolte de Küçük Mustafa en Anatolie, soutenue par les Byzantins.
En 1430, les forces turques prennent et mettent à sac Thessalonique, réduisant la population en esclavage. La menace ottomane se fait de plus en plus pressante et le basileus est décidé à trouver un accord avec l'Église d'Occident. Aussi, en 1438, il prend la mer pour l'Italie en emmenant avec lui des théologiens et des évêques (ils sont près de 700 à avoir fait le voyage). Les deux Églises se réunissent aux conciles de Ferrare et de Florence. Un accord est trouvé entre les Églises latine et orthodoxe en 1439..
En 1440, les Turcs sont repoussés devant Belgrade et le pape en conçoit de grands espoirs. Il prêche donc pour une nouvelle croisade. Celle-ci est commandée par , roi de Pologne et de Hongrie. En 1444, les croisés sont mis en déroute à la bataille de Varna et Ladislas est tué..
En 1448, une nouvelle bataille a lieu à Kossovo Polié ; les Turcs, grâce à des forces quatre fois plus nombreuses, remportent la victoire sur les troupes hongroises de Jean Hunyadi. C'est la dernière tentative pour aider l'Empire byzantin agonisant. La même année, décède sans descendance et c'est son frère, Constantin, despote de Morée, qui lui succède. L'Empire byzantin n'a alors plus les moyens de s'opposer aux forces ottomanes et est contraint d'envoyer une ambassade à Mourad pour que celui-ci donne son assentiment à l'accession au pouvoir de Constantin..
Arrivée de
, âgé de 19 ans, succède à son père , mort en février 1451. Jeune homme volontaire et autoritaire, il s'est fixé comme objectif principal la prise de Constantinople.. Le conseiller de l'empereur Georges Sphrantzès perçoit rapidement la menace que peut faire peser le jeune sultan et propose à Constantin de se marier avec la princesse serbe Mara Branković, la belle-mère de Mehmed et veuve de Mourad. Cette union permettrait entre autres d'allier la Serbie à l'Empire byzantin. Toutefois, Mara Brankovic refuse, arguant du fait qu'elle a juré de ne se consacrer qu'à Dieu dans le cas où ce dernier la délivrerait de Mourad et des Turcs. Dans le même temps, Mehmed sécurise ses arrières en renouvelant la paix avec Venise en 1452 tandis que Raguse s'engage à augmenter son tribut. Il renouvelle aussi la paix avec l'Empire byzantin et promet d'assurer la pension d'Orkhan, un membre de la famille du sultan résidant à Constantinople et possible prétendant au trône ottoman. En échange de cette pension, les Byzantins acceptent de ne pas soutenir une éventuelle rébellion d'Orkhan. Cette souplesse est due aux difficultés que Mehmed rencontre en Anatolie. L'émir de Karaman tente de profiter de la succession pour se révolter mais doit se soumettre après que Mehmed est venu en personne rétablir l'ordre dans la région.. Le sultan peut dès lors se consacrer à la conquête de la cité byzantine qui continue de perturber les relations entre les deux parties de l'Empire ottoman. De plus, la prise de Constantinople permettrait de réaliser le vieux rêve ottoman d'un empire universel, héritier du prestige de l'Empire romain. Dans le même temps, envoie une ambassade protester contre le retard dans le paiement de la pension d'Orkhan. Les ambassadeurs rappellent aux Ottomans qu'Orkhan est un prétendant possible. Cette menace à peine voilée est présentée au grand vizir Halil Pacha, traditionnellement amical envers les Byzantins. Il prévient ces derniers que est plus dangereux qu'il n'y paraît.. Voici la traduction de la réponse d'Halil retranscrite par l'historien britannique Donald MacGillivray Nicol :
Si la réponse du grand vizir est dépourvue d'aménité, son ton de défi s'explique par la claire conscience de l'obstacle que représente, pour l'expansion de l'impérialisme ottoman, la puissance byzantine, prête pour se défendre à faire appel aux Occidentaux invités à une nouvelle croisade, et qui, dans le même dessein, soutient les divers prétendants ottomans. Dès l'hiver 1451, Mehmed commence le blocus de Constantinople qui doit lui permettre à terme de prendre la ville.
Préparation du siège left|thumb|Les ruines de la forteresse de Rumeli Hisarı.
À partir de ce moment, toute la politique de Mehmed vise à détruire l'Empire byzantin. À la fin de l'année 1451, il expulse les Grecs de la vallée de la basse Strouma et mobilise un millier d'ouvriers pour construire la forteresse de Rumeli Hisarı à l'endroit le plus étroit du Bosphore, en face du fort d'Anadolu Hisarı construit par dans les années 1390 sur la rive asiatique du Bosphore. Constantin envoie une ambassade auprès du sultan pour exprimer son opposition à un tel projet contraire aux traités byzantino-ottomans interdisant la construction de forteresses turques dans la région ; mais la rejette. Il commence la construction de la forteresse le 15 avril 1452. Constantin a conscience que cette structure n'est que la première étape d'une attaque contre Constantinople. En effet, elle empêche l'arrivée de renforts en provenance des colonies génoises de la mer Noire.. Constantin tente de protester mais il n'a aucun moyen d'agir contre les Turcs. Peu après la fin de la construction de la forteresse en août 1452, Mehmed vient inspecter les forteresses de Constantinople avant d'interdire l'accès à la ville par la mer. Un navire vénitien dirigé par Antonio Rizzo qui tente de forcer le passage est coulé par les canons du fort de Rumeli Hisarı. Les visées ottomanes sont alors claires pour l'empereur, d'autant plus que les janissaires ont massacré les habitants du bourg d'Epibation, proche de la forteresse de Rumeli Hisarı... Constantin met alors la ville en état de défense et en fait fermer toutes les issues à l'exception des portes militaires.. Il emprisonne brièvement les sujets turcs présents dans la cité avant de les relâcher, constatant l'inefficacité de cette action..
Grâce à sa nouvelle forteresse, Mehmed peut espérer prendre Constantinople à l'usure en la privant de tout approvisionnement et de renfort, mais une telle stratégie reste très incertaine. Deux camps s'opposent au sein de l'état-major ottoman. Celui d'Halil Pacha, l'ancien grand-vizir de Mourad, est opposé à une guerre coûteuse et au résultat incertain : prendre Constantinople ne lui semble pas une priorité car la menace qu'elle fait peser sur l'Empire ottoman est négligeable. Contre lui, les principaux chefs militaires de l'Empire ottoman, qui ont la faveur du sultan, réclament la guerre. À la fin de l'année 1452, Mehmed se décide à prendre la ville. Il obtient le soutien unanime des hauts dignitaires ottomans.. Dès l'automne 1452, Turahan Beg lance un raid contre le despotat de Morée pour empêcher toute coalition byzantine de se mettre en place. Au début de l'année 1453, le gouverneur ottoman d'Europe envoie son armée prendre les villes byzantines d'Anchialos et de Messembria qui se rendent sans résistance.. Les villes de Selymbria et de Périnthus tentent en vain de résister..
Constantinople appelle à l'aide upright|thumb|La défaite chrétienne à Varna peinte par Jan Matejko (1879). Cette bataille incite les États chrétiens à la prudence face à la puissance ottomane.
Passivité des États occidentaux