vignette|upright=0.8|La forteresse du Mont-Valérien sur une ancienne carte d'état-major.
La forteresse du Mont-Valérien est un fort pentagonal construit de 1840 à 1846. Elle est l'un des seize forts construits autour de Paris.
Elle est construite au début des années 1840 sur le mont Valérien, colline culminant à , située à environ deux kilomètres à l'ouest de Paris, dans les communes de Suresnes (majeure partie), Nanterre et Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).
Son adresse est : avenue du Professeur-Léon-Bernard, 92150 Suresnes.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, plus d'un millier de résistants et otages y ont été fusillés par les Allemands.
Elle abrite l'état-major stratégique des opérations (unité non permanente) et la Direction interarmées des réseaux d'infrastructures et des systèmes d'information d'Île de France / de transmissions (DIRISI IDF/ RT), qui a succédé au de transmissions, dissous le .
Le mémorial de la France combattante, érigé en l'hommage de tous les morts de la guerre 1939-1945, inauguré par le général de Gaulle le , se trouve à l'extérieur de la forteresse, adossé à son mur d'enceinte au sud.
Histoire Passé du site
Le mont Valérien est le refuge d'ermites à partir du Bas Moyen Âge, alors que ses coteaux sont occupés par des vignes. Au , un calvaire religieux y est édifié, objet de pèlerinages jusqu'à la Révolution, qui le supprime.. Le terrain est racheté par le député Antoine Merlin de Thionville en 1795 qui envisage d'y faire construire un château. En 1806, des religieux y sont à nouveau autorisés. projette d'y édifier une maison d'éducation de la Légion d'honneur, puis un édifice militaire, mais la chute de l'Empire met un terme à ces ambitions, même si un édifice, dit « de 1812 » est construit. Sous la Restauration, Charles de Forbin-Janson relance l'activité religieuse du mont Valérien, qui renoue avec la popularité qu'il connaissait sous l'Ancien Régime, de nombreuses personnalités royalistes se faisant enterrer dans le nouveau cimetière qu'il a conçu. Il fait aussi édifier un petit château et une chapelle. Symbole du légitimisme, le calvaire est définitivement fermé après l'arrivée de Louis-Philippe sur le trône, en 1830.
Sous son ministère, Adolphe Thiers y crée l'un des seize forts prévus dans le programme de fortifications de Paris décidé par la loi du . C'est l'un des plus importants. Cent quarante millions de francs sont alloués au projet, qui prévoit la destruction des anciens édifices religieux. De forme pentagonale, la forteresse comprend des fronts allant de 350 à , des pas de cavaliers reliant les bastions. Il y a un double mur de soutènement, des douves et un mur défensif. En 1850, la forteresse du Mont-Valérien est rattachée à Suresnes.
D'avant les travaux du milieu du subsistent plusieurs éléments, toujours compris dans l'enceinte militaire : la crypte qui daterait, selon les versions, du ou du , reconvertie en chapelle ; le bâtiment dit « de 1812 », construit sous le Premier Empire, de nos jours musée du régiment de transmissions ; le château de Forbin-Janson datant du début du , qui accueille depuis le mess des officiers ; la chapelle attenante, construite en 1828, lieu de culte des troupes, désaffectée au début du avant d'être rendu au culte en 1939 et d'abriter des résistants condamnés lors de la Seconde Guerre mondiale« La chapelle », mont-valerien.fr, consulté le 22 octobre 2018..
La forteresse
En 1851, Gustave de Beaumont, Achille Chaper et Joseph Edmond Fayolle sont emprisonnés quelques jours au Mont-Valérien après leur protestation contre le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte.
Pendant la guerre franco-allemande de 1870, la forteresse joue un rôle important : d'une part dans le siège de Paris, la destruction du château de Saint-Cloud, tenu par les Allemands, le , par les troupes républicaines du gouvernement de la Défense nationale, témoigne de la puissance de feu de ses canons. Sa plus forte pièce d'artillerie est « La Valérie », un canon de calibre 24 et d'un poids de , capable de tirer des boulets de . Au château de La Celle, les dégâts ne sont à déplorer que dans l'orangerie. Le fort est occupé par les Allemands en application de l'armistice franco-allemand le ; après le départ des Allemands, le fort est investi par les troupes versaillaises dès le et utilisé pour bombarder les insurgés de la Commune de Paris. Au printemps 1871, les communards ont reçu en 48 jours, à la porte Maillot et autour du bastion des fortifications de 1844.
La forteresse comporte une cartoucherie, où travaillent des ouvrières chargées de recycler et de détruire les munitions impropres au service puis d'en récupérer le salpêtre. Malgré deux incidents en 1870 et 1873, qui conduisent les autorités à préconiser l'arrêt de cette activité et la destruction des cartouches par noyade, elles poursuivent ce métier dangereux. Le , une grande explosion touche la cartoucherie. L'incendie est maîtrisé mais sont brûlées, dont 17 finissent par mourir, 16 ouvrières et un sous-officier. Une stèle leur rend hommage dans le cimetière ancien de Puteaux..
En 1884, le dépôt central du matériel et l'École de la télégraphie militaire sont créées dans la forteresse, ce qui ne nécessite donc désormais plus d'avoir recours à des civils. En 1897, le général Gustave Ferrié devient directeur de l'école, après y avoir été stagiaire en 1893 et instructeur en 1895. En 1900 est créé le bataillon des sapeurs-télégraphistes du génie. En 1913, le bataillon devient le régiment du génie puis en 1947 le régiment de transmissions..
Le , le colonel Marie-Georges Picquart, chef des services secrets français, est incarcéré au mont Valérien dans le cadre de l’affaire Dreyfus. Le , le colonel Hubert Henry, autre protagoniste de l'affaire Dreyfus placé aux arrêts au mont Valérien, s'y suicide.
Pendant la Première Guerre mondiale, la forteresse est utilisée pour la défense aérienne de Paris, un projecteur y étant installé pour voir les avions la nuit (cf. « Camille Mortenol »).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la forteresse est utilisée par les nazis pour y fusiller un millier d'otages, résistants et Français libres parachutés sur le sol français.
Seconde Guerre mondiale
Pendant la Seconde Guerre mondiale, parmi les plus célèbres fusillés on peut citer : le , Honoré d'Estienne d'Orves, Maurice Barlier et Jan Doornik ; le , cinq otages, en représailles après la mort de Karl Hotz ; le , Bernard Anquetil ; le , 11 membres du groupe de résistance Elie originaires de Brest ; le , 70 otages dont 53 Juifs — dont 44 viennent du camp de Drancy« La rafle du 20 août 1941 et l'ouverture du Camp de Drancy », sur le site du Conservatoire historique du camp de Drancy, camp-de-drancy.asso.fr, consulté le 30 décembre 2008.. L'un des otages fusillé est Gabriel Péri. le , deux habitants de Saint-Michel-en-l'Herm ayant tenté de faire évader des aviateurs britanniques ; le , André Bloch ; le , sept membres du réseau du musée de l'Homme : Vildé, Lewitsky, Nordmann, Ithier, Andrieu, Sénéchal, Walter ; le , Jean-Claude Chabanne ; le , les sept condamnés à mort du procès du Palais Bourbon ; le , Georges Paulin ; le , les 23 condamnés à mort du procès de la Maison de la Chimie, dont Bernard Laurent et Marcel Bertone. Exécution de Marcel Bourdarias et de Spartaco Guisco ; le , Georges Politzer et Jacques Solomon ; le , Arthur Dallidet et Jacques Decour ; le , Gabriel Laumain ; le , Valentin Feldman. Au moment d'être exécuté, il lance aux soldats allemands un cri demeuré célèbre : « Imbéciles, c'est pour vous que je meurs ! »Fabienne Federini, « Journal de guerre – Imbéciles, c’est pour vous que je meurs – Un ouvrage de Valentin Feldman (Tours, Éditions Farrago, 2006 », sur liens-socio.org, consulté le 8 février 2010. ; le , Georges Bouzerait, Jean-Baptiste Douvrin, Nojme Zalkinow (père de Fernand Zalkinow) et Georges Victor Frémont ; le , Gaston Bussière et Marcel Lamant ; le , Lucien Dupont, Charles Grosperin, André Berthelot, Pierre Bolzer, Marcel Garcin, Georges Leblanc, Lucien Lefranc, Gabriel Rabot, Victor RecouratArsène Tchakarian, Les Fusillés du Mont Valérien, édité par le Comité national du souvenir des fusillés du Mont-Valérien, 1991 ; le , Jules Dumont ; le , 19 brestois, pour avoir combattu les troupes allemandes d'occupation, dans les rangs des Francs-tireurs et partisans et commis de nombreux actes de sabotages dans le Finistère : Albert Abalain, Lucien Argouach, André Berger, Louis Departout, Yves Giloux (étudiant, né à Ouessant le ), Louis Le Bail, Paul Le Gent, Eugène Lafleur, Louis Le Guen, Paul Monot, Henri Moreau, Jean-Louis Primas, Jean Quintric, Albert Rannou, Albert Rolland, Étienne Rolland, Joseph Ropars, Jean-Marie Teuroc, Charles Vuillemin ; le , Martial Brigouleix, Robert Vermassen ; le , Roger Rieckert, Jacques Massias, Jacques Delaunay et Marc Delaunay ; le , trois lycéens résistants du lycée Anatole-Le-Braz de Saint-Brieuc, ainsi que Missak Manouchian avec 21 résistants de son réseau dénoncés par l'Affiche rouge ; le , André Chesnot ; le , Bernard Chevignard ; le , Frédéric De Jongh (père d'Andrée De Jongh) ; le , André Lamarre ; le , Joseph Epstein ; le , Raymond Collot, Louis Chapiro, Jean Camus, Albert Autereau et Paul Roussière, du comité militaire FTP de l'Inter-région parisienne, arrêtés le et condamnés à mort le Jean-Pierre Besse, Thomas Pouty, Les fusillés: répression et exécutions pendant l'occupation, 1940-1944, Éditions de l'Atelier, 2006, 197 pages, , p. 171. ; le , 93 détenus du camp de Royallieu.
Le site du ministère des Armées rapporte les noms de plusieurs victimes civiles originaires d'Algérie et mortes au Mont-Valérien, parmi lesquelles : Mohammed Aït Abderrha Mane (le ), Mahamed Bounaceur (le ), Yvon Djian (le ), Essaïd ben Mohand Haddad (le ), Mohamed Hadjadj (le ), André Leclerc (le ), Mohamed Moali (le ), Fernand Zemour (le ), Amar Zerboudi le ().
Au total, c'est plus d'un millier d'exécutions d'otages et de résistants qui ont eu lieu au Mont-Valérien. Au , le site internet du ministère de la Défense indiquait un total de fusillés identifiés. Amenés de l'extérieur en camion pour leur exécution, ils étaient enfermés dans la chapelle désaffectée du château de Forbin-Janson puis conduits dans une clairière située à une centaine de mètres en contrebas. Leurs corps ont été ensuite dispersés dans les cimetières de la région parisienne.
Ce sont tous des hommes, âgés d'au moins 16 ans. Le manuel de droit criminel de la Wehrmacht interdit de condamner à mort les enfants de moins de 16 ans et de fusiller les femmes. Par exemple André Kirschen, âgé de 15 ans, faisant partie des accusés du procès de la Maison de la Chimie, est condamné à la déportation, Olga Bancic, condamnée en même temps que les hommes de lAffiche rouge, est conduite en Allemagne pour y être décapitéeBenoît Rayski, L'Affiche rouge : 21 février 1944, Éditions du Félin, 2004,116..
Le , le général de Gaulle inaugure au Mont-Valérien le mémorial de la France combattante, où reposent 16 corps de combattants, originaires de France et des colonies, symbolisant les différentes formes des combats pour la Libération.
La forteresse du Mont-Valérien au vignette|upright=0.8|La forteresse du Mont-Valérien, vue depuis le bois de Boulogne, avec la Seine puis Suresnes au premier plan. Le Mont-Valérien est le siège des institutions suivantes : la Direction interarmées des réseaux d'infrastructures et des systèmes d'information d'Île de France / de transmissions (DIRISI IDF/ RT), née de la fusion du de transmissions avec la Direction interarmées des réseaux d'infrastructure et des systèmes d'information ; le colombier militaire national et le musée colombophile militaire. ; un musée où sont exposés des appareils de transmissions militaires (dans le bâtiment dit de 1812).
Le supercalculateur ASGARD de l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de Défense a été installé en son sein en 2025..