Les Métamorphoses (en latin , « Livres des métamorphoses ») sont un long poème latin d'Ovide, dont la composition débute probablement en l'an 1. L'œuvre comprend quinze livres (près de douze mille vers) écrits en hexamètres dactyliques et regroupe plusieurs centaines de récits courts sur le thème des métamorphoses issus de la mythologie grecque et de la mythologie romaine, organisés selon une structure complexe et souvent imbriqués les uns dans les autres. La structure générale du poème suit une progression chronologique, depuis la création du monde jusqu'à l'époque où vit l'auteur, c'est-à-dire le règne de l'empereur Auguste.

Fameux dès l'Antiquité, le poème devient un classique de la littérature latine traduit dans le monde entier et connaît une postérité abondante jusqu'à l'époque actuelle. Il a suscité de nombreux commentaires et analyses et a inspiré de nombreux artistes de l'Antiquité jusqu'à nos jours.

Historique

Ovide compose les Métamorphoses au tout début du , sous le règne de l'empereur Auguste. Cette période historique est marquée par la fin des guerres civiles qui ont meurtri les Romains, et par l'avènement de l'Empire qui est, nonobstant la sauvegarde des institutions républicaines et la volonté de marquer le retour à un âge d'or, l'expression en réalité d'un pouvoir personnel. Néanmoins, l'empereur Auguste œuvre beaucoup au développement des arts, notamment de la littérature, en protégeant de nombreux poètes tels Virgile et Horace qui contribuent à propager cette idée de renouveau. Ce soutien aux écrivains consécutif à la prise du pouvoir par Auguste procède d'une recherche d'unification des sujets de l'Empire derrière une culture, un patrimoine commun. L'enjeu idéologique exige alors la création d'une mythologie impériale, à la dimension politique évidente.

Les Métamorphoses sont rédigées alors qu'Ovide est déjà un poète reconnu (il a publié plusieurs recueils poétiques, dont Les Amours et L'Art d'aimer). Les Métamorphoses ne sont pas totalement terminées lorsqu'il est exilé à Tomis (l'actuelle Constanța en Roumanie, au bord de la mer Noire), peut-être en raison de son précédent ouvrage L'Art d'aimer, où il se permet de critiquer le régime en place et mène la licence à un point qui put déranger la volonté augustéenne de restaurer un certain ordre moral. C'est dans cet exil qu'il termine ses jours à une date imprécise, sans doute autour de l'an 17 ou 18.

Au-delà du contexte politique, l'époque littéraire est particulièrement féconde. Ce est marqué par la réalisation des monuments de la littérature latine, comme l’Énéide de Virgile, qui s'inspire des mythes helléniques pour composer un poème fondateur dans la culture romaine. Cette réécriture de la matière grecque est omniprésente chez Ovide, qui s'inspire semblablement de l’Iliade et de l’Odyssée d'Homère ainsi que de la Théogonie d'Hésiode. Par ailleurs, les Métamorphoses sont le seul poème d'Ovide composé en hexamètres dactyliques, vers habituellement réservé à l'épopée.

Projet de l'auteur

Le projet de l'auteur est complexe et novateur. Ce manifeste poétique endosse le vers de l'épopée sans pour autant en avoir les mêmes objectifs. Ovide ne souhaite pas comme Virgile écrire un texte à la gloire d'Auguste ou à la gloire de Rome. Le poète choisit de mettre en scène des métamorphoses dont il puise l'origine dans les récits mythologiques, les récits épiques et les tragédies. Le terme de métamorphose est déjà en lui-même inédit car il a été sans doute créé par Ovide lui-même (le mot apparaît pour la première fois dans cet ouvrage). Avant lui, on utilisait le terme de transformation mais non de métamorphose. Il implique donc un mode de réécriture différent de ce qui a précédé dans le temps. Ce terme de métamorphose est donc double : à la fois récit de transformation et à la fois genre littéraire par la transformation du récit en lui-même. C'est ce dernier point qui rend l’œuvre d'Ovide inédite. Le poète a métamorphosé l'épopée, la tragédie et la poésie en un récit poétique unique et complexe dont la réécriture est le point commun. Le projet apparait alors clairement de créer un catalogue de métamorphoses non pas pour expliquer l'organisation du monde comme ont pu le faire les textes précédents dont il s'inspire mais pour donner une vision du monde.

La personnification chez Ovide Parmi les nombreuses innovations introduites par Ovide et les nombreux procédés rhétoriques utilisés par le poète pour animer son style, la personnification apparaît comme l'un des éléments centraux. Issue d'une longue tradition qui remonte à la poésie épique archaïque, la personnification permet au poète de donner vie ou forme à des éléments inanimés, informes ou abstraits tels que des idées, des émotions ou des concepts, en les dotant de qualités humainesShiaele, Maria. « Personification in Ovid's Metamorphoses : Innuidia, Fames, Somnus, Fama ». Thesis, University of Leeds, 2012 .

Les principales personnifications évoquées par Ovide sont Inuidia (l'Envie - Métamorphoses Livre II, 752-832), Fames (la Faim - Métamorphoses Livre VIII, 777-842), Somnus (le Sommeil - Métamorphoses Livre XI, 581-748) et Fama (la Renommée - Métamorphoses Livre XII, 39-63). Dans les deux premiers cas, l'auteur a recours à la description de deux figures humaines, tandis qu'il caractérise le Sommeil et la Renommée à travers la description de deux lieux, une grotte et un palais.

Description de l'Envie, Métamorphoses Livre II (752-832) :

« La pâleur habite sur son affreux visage ; son corps horrible est décharné ; son regard louche est sombre et égaré. Une rouille livide couvre ses dents ; son cœur s'abreuve de fiel, et sa langue distille des poisons. Le rire s'éloigne de ses lèvres, ou ne s'y montre qu'à l'aspect d'une grande infortune. Sans cesse agitée par les soucis vigilants, le sommeil fuit ses paupières ; elle souffre et s'irrite du bonheur des mortels. Elle tourmente ; elle est tourmentée elle-même : c'est son supplice. »

Description de la Faim, Métamorphoses Livre VIII (777-842) :

« Ses cheveux se hérissent et couvrent son œil éteint ; la Pâleur siège sur son front ; ses lèvres sont livides ; ses dents avides, noircies par la rouille ; sa peau rude, au travers de laquelle on peut voir ses entrailles ; ses os arides et décharnés se soutiennent en squelette courbé ; pour ventre elle a la place que le ventre occupe. Sa poitrine se creuse, et sa gorge desséchée semble pendre à l'épine du dos. La maigreur a grossi ses articulations ; ses genoux pointus ont une jointure énorme, et ses talons s'enflent et s'allongent en dehors. »

Description de l'antre du Sommeil, Métamorphoses Livre XI (581-748) :

« Près du pays des Cimmériens, un mont creusé en voûte, recèle un antre profond, du Sommeil nonchalant retraite et palais solitaire. Soit que le soleil se lève à l'orient, soit qu'il arrive au milieu de sa carrière, ou que vers l'Hespérie il abaisse son char, jamais ses rayons ne pénètrent l'obscurité de ces lieux. D'humides brouillards les environnent. Un jour douteux à peine les éclaire. Jamais le chant du coq n'y appelle l'Aurore. Jamais le silence n'y est troublé par la voix des chiens vigilants, par celle de l'oiseau qui, plus fidèle encore, sauva le Capitole. On n'y entend jamais le lion rugissant, l'agneau bêlant, ni l'aquilon sifflant dans le feuillage, ni l'homme et ses clameurs. Le repos muet habite ce désert. […] Au fond (de la caverne obscure) s'élève un lit d'ébène fermé d'un rideau noir. Là, plongé dans un épais duvet, le dieu sans cesse repose ses membres languissants. Autour de lui, sous mille formes vaines, sont couchés des Songes […]. »

Description du Palais de la Renommée, Métamorphoses Livre XII (39-63) :

« Entre le ciel et la terre, et le vaste océan, s'élève un antique palais, au milieu de l'univers, aux confins des trois mondes. […] Ses murs sont un airain sonore qui frémit au moindre son, le répète et le répète encore. Le repos est banni de ce palais ; on n'y connaît point le silence. Ce ne sont point cependant des cris, mais les murmures confus de plusieurs voix légères […]. Une foule empressée sans cesse assiège ces portiques, sans cesse va, revient, semant mille rumeurs, amas confus de confuses paroles, mélange obscur du mensonge et de la vérité. Les uns prêtent une oreille attentive à ces récits frivoles ; les autres les répandent ailleurs. Chacun ajoute à ce qu'il vient d'entendre, et le faux croît toujours. La résident la Crédulité facile et l'Erreur téméraire, la vaine Joie, la Crainte au front consterné, la Sédition en ses fureurs soudaine, et les Bruits vagues qui naissent des rapports incertains. De là, la Renommée voit tout ce qui se passe dans le ciel, sur la terre, et sur l'onde, et ses regards curieux embrassent l'univers. »

Structure et résumés Livre I

MytheVersRésuméInvocation1-4Invocation des métamorphoses à venir par Ovide. Origines du monde - Chaos primordial 5-20 Depuis le chaos, à partir d'un processus de séparation et de différenciation, élaboré par « un dieu et la nature en progrès » (v. 21, trad. D. Robert), jusqu'à la création de l'homme. Avant la formation des éléments, la nature dans l'univers ne revêtait qu'un seul aspect, celui du chaos, une masse informe, mélange confus d'éléments qui se combattaient entre eux. Il n'y avait alors ni soleil, ni lune, ni terre, ni mer. Ces éléments étaient tous ennemis sans même avoir de forme distincte.Séparation des éléments21-75Un dieu, ou la nature la meilleure, mit un terme à ces combats en séparant les éléments, leur conférant chacun leur domaine. Il mit ainsi fin au chaos, les unissant par les liens de la concorde et de la paix. Création de l'homme par Prométhée 76-88 L'homme, un être plus noble et plus intelligent manquait encore à cette terre. Et soit le dieu lui donna le souffle divin, soit le fils de Japet, Prométhée, créa cet homme, qu'il façonna à l'image des dieux. L'homme se distingua ainsi des autres animaux, sa tête s'élevant vers les cieux, au contraire des bêtes, leur tête fixée vers la terre.Les quatre âges de l'humanité89-150Est décrite l'évolution de l'humanité, du plus harmonieux au plus brutal : l'« âge d'or », l'« âge d'argent » (après que Jupiter eut pris possession du monde), l'âge de bronze (à peine décrit) et l'âge de fer, marqué par l'impiété, l'immoralité, l'avidité qui engendrent la violence et la guerre.Les Géants - Gigantomachie151-162Les Géants, qui cherchent à pénétrer l'Olympe, sont écrasés par « le père tout-puissant » et leur sang imbibe la terre d'où surgissent les nouveaux hommes « avides de cruauté, de meurtre et de violence » (trad. D. Robert).