L'Île-Tudy est une commune du département du Finistère, en région Bretagne. Elle est située sur la presqu'île du même nom, située sur la rive gauche de l'embouchure de la rivière de Pont-l'Abbé, face à Loctudy situé sur la rive droite, et se trouve à vingt kilomètres de Quimper.
Pourquoi « Île » ? vignette|gauche|Carte de Cassini : région de l'Île-Tudy-anse de Bénodet (). L'Île-Tudy est restée jusqu'aux environs de 1850 (1852-1853, date de la construction de la digue de Kermor), une île à part entière, longue d'environ pour une largeur moyenne de , si exiguë que l'eau douce y est rare et légèrement saumâtre ; cette île se retrouvait isolée de la terre lors des marées hautes, des grandes marées et des tempêtes. L'eau de mer passait alors par deux grands secteurs : le secteur du cordon dunaire qui était alors discontinu, entrecoupé de plusieurs brèches ; le secteur de la rivière de Pont-l'Abbé et de l'Anse du Pouldon, une large baie vaseuse pénétrant profondément dans les terres, découvrant largement à marée basse, et dont les parties amont, marécageuses, formaient les marais de Combrit et de Kermor ; les vasières et prés-salés occupaient environ de zones humides.
Seul un gué franchissable à marée basse, le Truc ou Treue, permettait alors aux « îliens » de rejoindre Combrit et le reste du continent. « Les maisons de l'isle ont été bâties sur la lande Penantreue (...) ; le Treue sert de pont aux habitants de la dite isle Tudy pour la fréquentation de la grande terre » est-il écrit dans l'aveu du Pont datant de 1730. Le passage du Treue provoquait parfois des noyades : l'histoire a conservé le souvenir d'au moins quatre pendant le dont celle du prêtre desservant la trève, René Gariou, et d'une autre personne, le .
En 1751, les îliens décrivent l'Île-Tudy comme « un endroit presque abandonné, inhabitable et gagné par la mer qui y passe et repasse surtout en hiver lors des grandes marées et mauvais temps »Serge Duigou, Les Pêcheurs de l'an II. L'Île-Tudy sous la Révolution, éditions Ressac, Quimper, 1982..
La digue face à la mer qui protège le bourg de l'Île-Tudy fut construite en 1840. Avant, les quelques maisons présentes étaient fréquemment inondées lors des tempêtes et des grandes marées. Cette digue permit la croissance démographique et économique de l'Île-Tudy pendant la seconde moitié du .
La formation de la flèche littorale a été aussi pour partie un phénomène naturel tout au long du ; un rapport de 1913 analyse les relevés faits entre 1901 et 1912 par un ingénieur hydrographe, La Porte, et les compare à ceux effectués par Beautemps-Beaupré entre 1818 et 1821 : « Au nord de Loctudy se poursuit le travail d'engraissement qui a fait de l'ancienne île Tudy, maintenant reliée par une ligne continue de dunes à l'entrée de l'Odet. Cette ligne de dunes a avancé dans le Sud et reculé dans la partie nord »"Journal officiel de la République française. Lois et décrets", n° du , consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65210090/f20.image.r=B%C3%A9nodet.langFR..
En 1894, selon Gabriel Puig de Ritalongi, « l'île est reliée au continent par un côté, mais aux grandes marées elle est réellement entourée d'eau de toutes parts »..
Avec la création de la digue de Kermor en 1853, bloquant la mer du côté de la rivière de Pont-l'Abbé, mais aussi en raison de la fixation et l'aménagement du cordon dunaire du côté de Combrit vers la pointe de Sainte-Marine, c'est l'ensemble de l'actuel polder, et du quartier de Beg-Ar-Fry qui ont été poldérisés. Ce polder était initialement destiné à l'agriculture, mais a été fortement urbanisé à partir de la décennie 1950. La partie non urbanisée est désormais zone naturelle protégée et propriété du Conservatoire du littoral.
L'urbanisation d'une partie du polder (sur la commune de l'Île-Tudy), ainsi que la fragilité du cordon dunaire de Combrit, posent aujourd'hui des problèmes face aux risques d’inondations qui sont récurrents : le journal La Lanterne du écrivait déjà : « À l'Île-Tudy, l'eau a envahi le quai et plusieurs maisons »Journal La Lanterne du 15 février 1899, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75017893/f3.image.r=Molene.langFR. et « dans plusieurs maisons, on a fait des barricades et de solides amarrages pour résister aux inondations »Journal La Lanterne du 16 février 1899, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7501790r/f3.image.r=Tudy.langFR.. Antérieurement, en 1871, le conseil municipal avait déjà demandé « que les murs de défense de l'Île-Tudy contre l'invasion des flots de la pleine mer soient avancés et prolongés »"Rapports et délibérations du conseil général du Finistère", 1871, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55629544/f678.image.r=Tudy.langFR. ; la demande est réitérée en 1872. En 1896, une autre tempête fait de gros dégâts : « À l'Île-Tudy, toutes les maisons ont été envahies par l'eau. Un grand nombre de bateaux, poussés les uns contre les autres, ont été démolis dans le port » écrit le journal Le Figaro du Journal Le Figaro du 8 décembre 1896, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k283854v/f2.image.r=Tudy.langFR..
Gustave Geffroy écrit en 1904 : « L'Île-Tudy n'est plus une île ; la mer a amoncelé des sables qui l'ont reliée à la côte, mais on a sur son sol, presque à ras des vagues, l'illusion de vivre dans l'eau. Les maisons basses avec leur petit bout de jardin sont comme des barques amarrées, autour desquelles sèchent des filetsGustave Geffroy, « Le Tour du Monde », 1904, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k344479/f473.image. ».
Géographie Avec ses par le passé ( actuellement en raison des polders créés les deux derniers siècles), l'Île-Tudy était l'une des plus petites communes de France par sa superficieRevue de l'Institut catholique de Paris, 1907, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6497368f/f344.image.r=tudy.langFR..
La poldérisation et la menace de l'eau vignette|gauche|Une grande marée à l'île-Tudy : la cale sous l'eau (photo de 1962). Quoique située en pays Bigouden, l'Île-Tudy est une enclave Penn Sardin. En raison de sa situation exposée au vent et aux embruns, la commune a peu d'arbres. « Déjà au , seuls quelques frênes près de l'église étaient mentionnés sur les rochers de la pointe. (...) Lors de la tempête de 1987, une grande partie des arbres de l'Île-Tudy ont été soit littéralement « grillés » par le sel marin, soit directement arrachés »Erwan Mordelet, Île-Tudy, éditions Alain Bargain, Quimper, 2004.. Des vidéos consultables sur Internet illustrent les tempêtes impressionnantes qui sévissent parfois à l'Île-Tudy..
Géologiquement, l'Île-Tudy est situé sur le flanc sud de l'anticlinal de Cornouaille. Le granite affleure en quelques endroits, mais l'essentiel du territoire communal est recouvert de dépôts détritiques relativement minces datant du pliocène et du pléistocène. L'anse du Pouldon est consécutive à un affaissement, mais communique avec la mer par la passe séparant l'Île-Tudy de Loctudy. Une flèche sableuse, portant des dunes, qui prend sa racine à la Pointe de Combrit, et qui s'appuie sur les roches du Téven et diverses émergences rocheuses au niveau du bourg, forme la ligne de rivage actuelle ; une lagune s'est formée entre cette flèche sableuse et la ligne de rivage fossile, située plus au nord, à la limite du plateau granitique. Le fond de cette lagune s'est progressivement comblé au fil des siècles par un apport de sédiments fins, si bien qu'au milieu du , elle s'asséchait à marée basse, communiquant librement avec la mer par trois graus qui entrecoupaient la flèche sableuse entre le « Sillon » et la pointe de Combrit : le plus important était le « grau du Truc » situé au niveau de la ferme du Haffond au nord du « Sillon » (le toponyme Penantruc, « le bout du Truc » en breton, en rappelle le souvenir ; sa traversée était dangereuse, de nombreuses noyades s'y produisirent dont celle d'un curé de l'Île-Tudy en 1734) ; les deux autres graus étaient au niveau du Treustel. Traditionnellement, les paysans locaux étaient responsables de ce cordon discontinu et mettaient en place des bouchons provisoires, formés de paille et de sable, pour rétablir temporairement la continuité du cheminement terrestre. vignette|350 px|Carte de l'Île-Tudy entre 1840 et 1850. Les communications avec le continent se faisaient surtout par bateau via Loctudy, ou, pour se rendre à Pont-l'Abbé, via la pointe de Pen an Veur, itinéraire emprunté par exemple par les îliennes qui se rendaient vendre huître, moules et palourdes sous les halles de Pont-l'Abbé..
La construction, à l'initiative de deux aristocrates, Duplessis de Grénédan et De Crésolles, de la digue de Kermor, longue de et équipée de vannes, a permis de tracer un chemin permettant de rejoindre Combrit à pied sec et interrompu ce processus naturel de remblaiement par des sédiments venant de la mer et a eu pour conséquence la création d'un polder vaste d'environ , dont les deux-tiers de la superficie, soit environ , sont situés sous le niveau des plus hautes mers, la partie située en amont de la digue restant désormais en permanence sous les eaux et formant l'étang de Kermor. L'imperméabilité des sols et la faiblesse des pentes explique que ce polder est fréquemment saturé d'eau, principalement l'hiver, et en conséquence très humide. L'exutoire, équipé de clapets à marée, conçu pour évacuer l'eau du polder à marée basse dans l'anse du Pouldon, a été restauré en 2010 par le syndicat mixte de Combrit-Île-TudyCombrit-Sainte-Marine, revue municipale, juillet 2010, consultable http://www.combrit-saintemarine.fr/wp-content/uploads/2013/08/BULLETIN_juillet_2010.pdf..
Le cordon littoral séparant ce polder de la mer, formé de sables grossiers essentiellement quartzeux, atteint de 150 à de large au niveau de la « Grande Plage » (entre le bourg et les roches du Téven) et jusqu'à de haut ; par contre, au nord-est du « Sillon », le cordon littoral n'a plus que quelques dizaines de mètres de large, voire moins au niveau du Treustel, et seulement de 3 à de hauteurhttp://cartorisque.prim.net/dpt/29/pdf/RAPPORT_DE_PRESENTATION_Combrit_et_Ile_Tudy.pdf..
L'évolution naturelle récente du cordon littoral est contrastée : il tend à s'élargir au niveau de la « Grande Plage » par engraissement spontané (elle aurait gagné environ de large entre 1853 et 1972 et de 1 à par an depuis), mais à s'amincir par érosion au niveau de la « plage du Téven » et de la « plage de Kermor » (située dans la commune de Combrit), là où le risque de rupture du cordon, et donc d'invasion marine, est le plus grand ; le recul du trait de côte serait à ces endroits d'environ par an en moyenne pour la période 1853-1972 au niveau de la plage du Téven, mais beaucoup plus rapide au droit du Treustel où il aurait reculé d'environ pendant la même période ; une autre estimation évoque un recul moyen ces dernières années d'environ par an à cet endroit, et même de par an au niveau de la plage de Kermor. Ce recul est surtout sporadique, pouvant atteindre plusieurs mètres d'un coup, lors des événements climatiques les plus violents comme en 1936, 1962, 1972, 1978 et 1990. Ce recul a encore été très accentué récemment, par exemple lors du coup de vent du coïncidant avec une marée de 111., de la tempête du ou plus récemment encore le . vignette|gauche|La tempête du à l'Île-Tudy : les vagues à l'assaut du cordon littoral. Cette menace de l'eau est chronique. Les digues furent par exemple rompues lors de la tempête du Journal Le Temps, n° du 8 janvier 1877, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k226777r/f3.image.r=Lanmeur?rk=64378;0. Le journal Ouest-Éclair du écrit :
Le journal Ouest-Éclair raconte ainsi les conséquences de la tempête de la nuit du 10 au :