Benjamin Constant de Rebecque, né le à Lausanne et mort le à Paris, est un romancier, homme politique, et intellectuel (philosophe) français d'origine suisse vaudoise.

Républicain et engagé en politique depuis 1795, il soutient le coup d'État du 18 fructidor an V (), puis celui du 18 Brumaire (an VIII : ). Il devient, sous le Consulat, le chef de l'opposition libérale dès 1800. Après avoir quitté la France pour la Suisse puis l'Allemagne, il se rallie à Napoléon pendant les Cent-Jours, et revient en politique sous la Restauration. Élu député en 1819, il le sera encore à sa mort en 1830. Chef de file de l'opposition libérale, connue sous le nom des célèbres « Indépendants », il est l'un des orateurs les plus en vue de la Chambre des députés et défend le régime parlementaire. Lors de la révolution de Juillet, il soutient l'installation de Louis-Philippe sur le trône.

Auteur de nombreux essais sur des questions politiques ou religieuses, Benjamin Constant a également écrit des romans psychologiques sur le sentiment amoureux comme Le Cahier rouge (1807) et Adolphe (1816), où se retrouvent des éléments autobiographiques de son amour pour les nombreuses femmes de sa vie.

Biographie vignette|Les Chevaliers, roman héroïque en cinq chants, composé par Benjamin Constant à l'âge de douze ans.

Famille et formation Benjamin Constant naît le à Lausanne en Suisse, fils unique de Louis-Arnold-Juste Constant de Rebecque (1726-1812), colonel dans un régiment suisse au service de la Hollande (stationné à Huningue en ) et d'Henriette-Pauline de Chandieu-Villars, qui meurt des suites de ses couches le à l'âge de . La famille Constant de Rebecque est huguenote, originaire de l'Artois et devenue protestante au . Elle se réfugie dans la région de Lausanne après la révocation de l’Édit de Nantes (1685).

thumb|Isabelle de Charrière. thumb|left|Léon-Pascal Gland, Louise-Julie Carreau-Talma avec qui Constant se lie d'amitié.

Suivant son père constamment en voyage, il passe sa jeunesse entre Lausanne, Bruxelles (1779), les Provinces-Unies (1780) et l'Angleterre (1780). Il fait ensuite ses études à l'université d'Erlangen en Bavière (1782), d'où à la suite d'un duel, son père l'expédie en Écosse à l'université d'Édimbourg (1783-85). Il passe la plus grande partie de sa vie en France, en Suisse et au Royaume-Uni. En 1787, il rencontre à Paris de Charrière, avec laquelle il entame une liaison et une longue correspondance. Son père l'attache en comme chambellan à la cour de Brunswick, où il épouse le Johanne Wilhelmine Luise, dite « Minna », baronne de Cramm (1758-1825) et dame d'honneur de la duchesse de Brunswick Augusta de Hanovre, puis devient conseiller de légation. Le , il rencontre Charlotte de Hardenberg (1769-1845), fille d'un conseiller de légation et nièce de Hardenberg, mariée depuis 1787 à Wilhelm Albrecht Christian, baron de Mahrenholz (1752-1808), avec laquelle il se lie d'amitié. Charlotte de Hardenberg divorce, tandis que les Constant se séparent fin , avant d'engager en une procédure de divorce, lequel est prononcé le Daniel Robert, « Constant (de Rebecque), Henri Benjamin », dans Jean-Marie Mayeur, Yves-Marie Hilaire, André Encrevé (dir.), Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Éditions Beauchesne, 1993, 531 pages, .« Benjamin Constant », dans Jean-Claude Polet, Patrimoine littéraire européen, tome 10: « Gestation du romantisme, 1778-1832 », De Boeck Université, 1998, 1200 p., .Dominique Verrey, Étienne Hofmann, Chronologie de la vie et de l'œuvre de Benjamin Constant, Slatkine, 1992, tome I, 740 p. .. Après le départ de Constant en , Charlotte de Hardenberg se remarie à Brunswick le avec le vicomte Alexandre-Maximilien du Tertre (1774-1851), un émigré français dont elle divorce en . Après l'avoir rencontrée le à Lausanne, il entretient de 1794 à 1810 une liaison fameuse avec Germaine de Staël. La paternité de la fille de cette dernière, Albertine de Staël-Holstein, lui est attribuée. La richesse de leurs échanges intellectuels au sein du Groupe de Coppet en fait l'un des couples les plus en vue de leur époque. Il échange une longue correspondance avec sa cousine Rosalie de Constant, pour qui il a beaucoup d'affection.

thumb|left| de Staël avec sa fille Albertine, fille présumée de Constant vers 1805.

Or, le , Benjamin et Charlotte se marient en secret. Charlotte reste l'épouse de Benjamin jusqu'à la mort de celui-ci en 1830, et meurt elle-même en .

Sous la Révolution française Quittant la Suisse, Benjamin Constant arrive à Paris avec de Staël le , peu après la journée de prairial, et fait ses débuts politiques. Il est très actif dans la vie publique durant la deuxième moitié de la Révolution française.

Il commence par publier un violent réquisitoire contre le projet de décret des deux-tiers, avant de faire volte-face, un mois plus tard, et d'appeler, sous l'influence de Jean-Baptiste Louvet de Couvray, avec lequel il s'est lié d'amitié, au soutien de la constitution de l'an III et des conventionnels qui l'ont enfantéeClaudine Wolikow, « Henri Grange, Benjamin Constant amoureux et républicain 1795-1799 », Annales historiques de la Révolution française, , janvier-mars 2006, .. Il publie les « Lettres à un député de la Convention » dans les Nouvelles politiques, nationales et étrangères de Suard (-). Le , le Comité de salut public exilant de Staël, il la suit dans sa propriété de Coppet sur les rives du lac Léman, en Suisse.

Il se fait naturaliser français grâce à une loi du déclarant Français les descendants de familles expatriées pour cause de religion (les protestants en l'occurrence), à condition qu'ils s'installent en FranceLe Constitutionnel, 16 mai 1824, Ibid., 22 mai 1824 : une commission de la Chambre des députés examine sa condition de Français, discutée et débattue, et conclut qu'il est en droit de bénéficier de cette loi, et siéger à la Chambre, grâce à sa filiation, maternelle notamment. La loi de 1790 déclare : « Toutes personnes qui, nées en pays étranger, descendent, en quelque degré que ce soit, d'un Français ou d'une Française expatriés pour cause de religion, sont déclarés naturels français et jouiront des droits attachés à cette qualité s'ils reviennent en France, y fixent leur domicile, et prêtent le serment civique ». Cf. aussi Jacques Pannier, Bulletin historique et littéraire (Société de l'Histoire du Protestantisme Français), Vol. 40, No. 7 (15 juillet 1891), , et Patrick Cabanel, « Une loi du retour (15 décembre 1790) : réparation nationale et crispations nationalistes sur le thème du retour des huguenots », Diasporas Histoire et Sociétés (Presses universitaires du Mirail), .

Le , il achète l'abbaye d'Hérivaux située près de LuzarchesJean-Michel Rat et Rénée Baure, Luzarches : Histoire d'une ville en pays de France, des origines à 1914, Syndicat d'initiative de Luzarches, Luzarches, 1983, 164 p., , ..

Entre l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV () et celle du coup d'État du 18 fructidor an V (), il s'émancipe quelque peu de la tutelle et du salon de de Staël et se lie avec Paul Barras, l'un des cinq directeurs du Directoire, s'engageant en faveur de la politique directoriale. Mi-, il publie sa première brochure politique importante : De la force du gouvernement actuel et de la nécessité de s'y rallier, insérée dans Le Moniteur. Fin -début , il publie Des effets de la Terreur à la suite de la seconde édition de De la force du gouvernement actuel et de la nécessité de s'y rallier. Devenu orateur au Cercle constitutionnel de la rue de Lille, qui réunit les républicains modérés, il s'oppose au club de Clichy.

Après le coup d'État du 18 fructidor an V, il sollicite auprès de Barras, dans une lettre datée du , d'être agréé par le gouvernement comme candidat officiel, mais sans succès. Le virage à gauche du Directoire et la poussée électorale des Néojacobins le marginalisent. La presse directoriale et néojacobine lance de vives campagnes contre ce « professeur d'oligarchie ». Lors des élections de l'an VI (), il subit un échec cuisant. Malgré la mobilisation des réseaux de de Staël, il ne parvient pas à devenir député du Léman. De retour à Paris, exclu de la compétition électorale de l'an VII (), il se lie avec Sieyès, nommé au Directoire le , et soutient ses projets de révision constitutionnelle.

Absent de Paris du au pour se porter à la rencontre de de Staël, alors de retour dans la capitale, il y arrive en sa compagnie le soir du (). Le lendemain, il assiste à Saint-Cloud au coup d'État de Bonaparte. Le , Sieyès, qui est alors occupé à placer ses amis et alliés, le fait nommer au Tribunat, malgré de nombreuses oppositions et les réticences de BonaparteÉtienne Hofmann, Les « Principes de politique » de Benjamin Constant, Librairie Droz, 1980, vol. 1, 419 pages, ..

Avec d'autres libéraux, il s'oppose bientôt à la monarchisation du nouveau régime, notamment à l'établissement des tribunaux spéciaux, et participe à la rédaction définitive du Code civil. Le , il prononce au Tribunat son premier discours, qui le fait apparaître comme le chef de l'opposition libérale, dans lequel il dénonce « le régime de servitude et de silence » qui se prépare. L'été voit son départ pour la Suisse, et, le il est écarté du Tribunat.

Éloigné de Paris avec de Staël sur l'ordre de Bonaparte en , ils passent à l'Électorat de Saxe. À Weimar, ils rencontrent Friedrich von Schiller, Johann Wolfgang von Goethe, Christoph Martin Wieland et Johann Gottfried von Herder. Nommé membre de l'académie de Göttingen, il traduit en vers français le Wallenstein de Schiller (1809).

Sous l'Empire thumb|left|Johann Heinrich Schröder, portrait de Charlotte von Hardenberg, épouse en secondes noces de Constant en 1808. En , il retrouve à Paris Charlotte de Hardenberg, avec laquelle il entame une liaison en . de Staël ayant refusé de l'épouser après le décès de son époux, Charlotte et le vicomte du Tertre ayant divorcé en 1807, Benjamin Constant se marie secrètement avec Charlotte à Besançon, le Jean René Derré, introduction à Wallstein : tragédie en cinq actes et en vers, de Benjamin Constant, Les Belles lettres, 1965, 262 pages, ; Germaine de Staël-Holstein, Correspondance générale : 9 novembre 1805 - 9 mai 1809 (édition établie par Béatrice Watson Jasinski), Klincksieck, 1993, 671 pages, .. Entré vers la même époque en relation avec Bernadotte, il est décoré de l'Étoile polaire.

En 1814, il fait paraître De l'esprit de conquête et d'usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne, hostile à Napoléon. Par l'entremise de Récamier, il est chargé par Caroline Bonaparte, reine consort de Naples de défendre ses intérêts au Congrès de Vienne. Sous la Première Restauration, il défend l'alliance des Bourbons avec l'héritage issu de la Révolution dans Le Journal des Débats. Aussi, quand lui parvient la nouvelle du retour de l'île d'Elbe de Napoléon, il publie le un article dans lequel il le traite , affirmant : . Puis il part pour Nantes avec l'idée de s'exiler aux États-Unis, avant de rentrer à Paris, où Napoléon le fait appeler le pour lui demander un projet de constitution.

Les Cent-Jours Rallié à l'Empire, il est nommé au Conseil d'État () et participe à la rédaction de l'Acte additionnel (). Il formule sa théorie du régime parlementaire dans Principes de politique applicables à tous les gouvernements représentatifs ().

Après la seconde abdication de Napoléon, il se réfugie à Bruxelles (), puis en Angleterre (), bien que sa condamnation à l'exil, prononcée le , ait été révoquée par le roi le suivant, et y publie Adolphe.

Sous la Restauration