Le mot symbolique peut prendre différentes significations.

Pour tous les sens pris par ce mot en adjectif : « Qui n'a de valeur que par ce qu'il exprime ou ce qu'il évoque.. »Pour le substantif, la (ou parfois “le”) symbolique peut renvoyer aux sens et domaines suivantsSelon Jean Chevalier, l'auteur du Dictionnaire des symboles (1969, 1982) : l'ensemble des relations et des interprétations afférentes à un symbole, la symbolique du feu, par exemple ; l'ensemble des symboles caractéristiques d'une tradition, par exemple la symbolique de la Kabbale, celle des Mayas, celle de l'art roman, etc. ; l'art d'interpréter les symboles, par l'analyse psychologique, par l'ethnologie comparée, par tous les processus et techniques de compréhension qui constituent une véritable herméneutique du symbole ; dans la psychanalyse, Sigmund Freud théorise le travail humain de symbolisation (les symboles en eux-mêmes n’y ont aucune valeur) : dans L'interprétation du rêve (Die Traumdeutung, 1900) par exemple, il parle de la symbolique (die Symbolik) entendant par là l'ensemble des symboles à signification constante qui peuvent être retrouvés dans diverses productions de l'inconscient . Cité dans : CNRTL. ; et Jacques Lacan poursuit le travail théorique de Freud faisant référence pour sa part au symbolique (au masculin), qui désigne les représentations liées au langage, soit l'ensemble des phénomènes de l'inconscient en tant que celui-ci est « structuré comme un langage » ; en psychologie analytique Carl Gustav Jung fait appel aux symboles qui ont dans sa théorie une valeur intrinsèque. dans la théorie piagetienne du développement psychologique de l'enfant, la pensée symbolique est un des stades de la période de l'intelligence préopératoire de l'enfant de 2 à 6 ans. la science ou la théorie des symboles.

La symbolique-système La symbolique est un ensemble de symboles propre à un domaine, un système de signes particulier. Elle peut concerner, du côté des objets désignés, un être naturel (ex. : la symbolique du lion), un art ou une technique (ex. la symbolique architecturale), une religion (la symbolique chrétienne), etc. ou, du côté de ceux qui désignent, un peuple (la symbolique viking), un groupe humain (ex. : la symbolique des alchimistes), une école (la symbolique des romantiques), une époque (la symbolique médiévale), etc.

Les symboles ont tendance à s'organiser en constellations, ils ne sont pas isolés, ils forment des réseaux ; par exemple, la symbolique de la naissance concerne des vivants, des moments, des personnes, des pensées, etc. reliés de façon significative.

Chaque culture a une symbolique. Pour Lévi-Strauss, « toute culture peut être considérée comme un ensemble de systèmes symboliques au premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l'art, la science, la religion. Tous ces systèmes visent à exprimer certains aspects de la réalité physique et de la réalité sociale, et plus encore, les relations que ces deux types de réalité entretiennent entre eux et que les systèmes symboliques eux-mêmes entretiennent les uns avec les autresClaude Lévi-Strauss, Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss, apud Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, PUF, 1950, p. XIX.. » Pierre Bourdieu a développé cette analyse des systèmes symboliques en en montrant le pouvoir et la violenceSamuel Lézé, "SYMBOLIQUE", in : Cazier (dir.) Abécédaire de Pierre Bourdieu, Sils Maria, Vrin, .

Les symboles de propitiation de toutes les religions, d'intercession devenue ciment culturel, se groupent en systèmes essentiellement religieux quelquefois politiques, qui forment un langage cohérent : mythe, rituel, rêve, récit initiatique, poème, tableau, etc.

Les symboles naturels, de la Nature sans artefact de l'homme, tout autant, sont perçus comme des systèmes non chaotiques : les s'appellent les uns les autres, les parties d'un arbre (racines, tronc, branches ; feuilles, fleurs, fruits) entrent en relations organisées, etc. Les couleurs constituent un monde.

Les symboles forment donc des systèmes, à savoir des complexités variées, interactives, organisées, totales et finalisées.

Mais selon quelles lois ?

Une première loi est, peut-être, l'opposition. Chaque symbole signifie une chose et aussi, du moins en partie, son contraire : l'eau donne la vie comme la mort. De sorte qu'un système de symboles comprend à la fois ses symboles et ses contraires. Une deuxième loi serait la chaîne.

Les symboles se suivent les uns les autres selon une certaine affinité, qui semblerait peu logique, rationnelle, causale. Jacques Chevalier donne ces exemples de chaînes :

Cette logique obéirait à la ressemblance, à la contiguïté spatiale ou temporelle, à la causalité (théorie de l'association d'idées de David HumeSur la théorie de l'association des idées : David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), section III.) ou à la parenté et à la sympathie, aux correspondances et analogies (théorie des analogies et correspondances Pierre A. RiffardSur la théorie des analogies et correspondances : Pierre A. Riffard, L'ésotérisme, 1990, Robert Laffont, coll. 'Bouquins", .), ou aux pulsions inconscientes (théorie freudienne de l'association libre Sigmund FreudSur la méthode d'association libre : Sigmund Freud, Ma vie et la psychanalyse, 1925, Gallimard, .).

La notion de champ lexical peut s'avérer pertinente.

Quelles sont les choses à valeur symbolique ?

Les Chinois listent : animaux, céréales (blé, riz, maïs, orge, millet) couleurs éléments (terre, métal, eau, air, feu) nombres notes de musique odeurs (rance, brûlé, parfumé, odeur de viande crue, pourri) organes des sens (yeux, oreilles, nez, bouche, peau) orients (centre, sud, ouest, nord, est) saisons saveurs (acide, amer, doux, âcre, salé) végétaux viscères (foie, cœur, rate, poumons, reins)Marcel Granet, La pensée chinoise, 1934, Albin Michel 1968, , 311, 312.... On trouve donc des catégories (animaux, céréales…), des listes (céréales : riz, blé), des correspondances (feu, sud, rouge, amer, poulet, sept qui se correspondent).

+Tableau des correspondances pour « Cinq Éléments » Bois Feu Terre Métal Eau Couleur cyan 青le terme chinois 青, que l’on retrouve dans l'écriture chinoise du dragon azur associé, désigne en fait toute la gamme de couleur entre le bleu et le vert, et est conventionnellement associé au cyan (bleu à vert) rouge 朱 jaune 黃 blanc 白 noir 玄 Point cardinal est sud centre ouest nord Saison printemps été(deux premiers mois) Changement de saison(tous les trois mois) automne hiver Planète Jupiter Muxing Mars Huoxing Saturne Tuxing Vénus Jinxing Mercure Shuixing Note de musique chinoise(système pentatonique) mi júe sol zhǐ do gōng ré shāng la yù Viscère « plein » foie cœur rate poumon rein Viscère « creux » vésicule biliaire intestin grêle estomac gros intestin vessie Doigt index médium / majeur pouce annulaire auriculaireorgane des sens œil langue bouche nez oreille Sens vue parole goût olfaction audition Humeur larmes bave salive sécrétions nasales, mucus sueur Saveur aigre/acide amer doux, sucré piquant salé Sentiment colère joie réflexion, introspection anxiété peur Vertu confucéenne fraternité 仁 rén bienséance 禮 lǐ parole 信 xìn devoir 義 yì sagesse 智 zhì Comportement contenance regard pensée parole écoute Technique martiale saisie poing paume tranchant pique Animal domestique volaille mouton, chèvre bœuf chien, cheval porc Fruit poire prune kaki pêche châtaigne Graine sésame blé riz millet haricot... (non exhaustif)

La symbolique-interprétation et la symbolique-théorie

Quand le mot « symbolique » désigne l'art d'interpréter, on se trouve face à une discipline précise, l'herméneutique. (Bernard Dupriez)Bernard Dupriez, Gradus, 1984, 437..

Quand le mot « symbolique » désigne une théorie des symboles, il désigne la symbologie, qui décrit ou étudie les symboles dans leur histoire, leur classification, leur morphologie, etc.

Le travail de symbolisation chez Freud et ses successeurs

Dans la psychanalyse freudienne on parle plutôt de travail de symbolisation pour mettre en évidence un processus et notamment éviter une vision « symboliste » qui n'a rien à voir avec les théories de Sigmund Freud ou celles de Melanie Klein. La vision « symboliste » est le fait des théories de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung où les symboles présentent une dimension mythologique convergente dans l'inconscient collectif.

Pour Jung la symbolique est l'ensemble des symboles [mots, images, gestes, rituels, œuvres d'art...] à signification constante qui peuvent être retrouvés dans diverses productions de l'inconscient [fantasmes, rêves, actes manqués, mots d'esprit, symptômes...]Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles ( éd. 1969, édition revue et corrigée 1982, Robert Laffont, coll. "Bouquins", p. XII, XIII., et qui structurent, irriguent les mythes récurrents ou comparables de diverses civilisations, jusqu'à esquisser certains contours de l'Anthropos universel cher à Edgar Morin dans un autre contexte théoriqueVoir notamment : ..

Le symbolique en psychanalyse lacanienne Selon Jacques Lacan (médecin psychanalyste et structuraliste), qui a poursuivi l'étude du « forclos » psychanalytique, le symbolique est l'un des trois « s s » qu'il distingue dans le champ de la psychanalyse, avec l'imaginaire et le réel. Le symbolique change de sens, de genre et désigne alors Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF, 1971, .. Même si le travail théorique de Lacan se situe délibérément dans le prolongement et la filiation des théories freudiennes, il a été noté par leurs commentateurs et continuateurs des nuances et différences marquées sur le concept majeur de symbole et sur le rôle qu'ils lui attribuent dans leurs systèmes respectifs. Ainsi, .

Le symbolique est un registre de l'ordre de l'inconscient, celui des signifiants. Il concerne la capacité de représentation. Il est lié à l'acte de parole. Dès 1953 dans son Séminaire 22 . , Lacan distingue les trois registres : « le réel », « le symbolique », « l'imaginaire »Jacques Lacan, Écrits, Seuil, ., regroupés dans le schéma « RSI ». Le fait d'apprendre le langage nous coupe en quelque sorte du monde : ainsi naît « le Réel », ce qui ne peut être nommé, ou le référent absolu, ce qui ne relève pas du langage (même si le langage ne cesse de pointer vers les éléments du réel). Le langage dans lequel nous naissons contient des valeurs, cela organise le monde dans lequel nous vivrons avant même que nous soyons né. Cette dimension organisatrice et de distribution de la valeur, Lacan l'appelle « le symbolique », soit l'ordre qui utilise les symboles « topo ° logique ». Et ainsi que le rappelle Philippe Sollers dans Éloge de l'Infini (chez Gallimard en 2001, p. 808) :

Quant à l'« imaginaire », il désigne , chez Lacan, à l'écrit, le “sujet” il est en italiques et entre guillemets . Par exemple, en 1956-1957, Lacan différencie un « père réel » (le géniteur), un « père symbolique » (qui vaut comme fonction) et un « père imaginaire » (à la limite du « voulu »).

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Sigmund Freud, La science des rêves (1900). Approche psychanalytique. Vladimir Propp, Morphologie du conte (1928), Seuil. Approche structurale. Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu (1938), L'eau et les rêves (1942), L'air et les songes (1943), La terre et les rêveries du repos (1948), La terre et les rêveries de la volonté (1948), éd. Corti. Carl-Gustav Jung, Psychologie et alchimie (1944), Buchet-Chastel. Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire (1960), Dunod. Approche anthropologique. G. Scholem, La kabbale et sa symbolique (1969), trad., Payot, Paris, 1966. R.A. Schwaller de Lubicz, Du Symbole et de la Symbolique (1951), Impr. Schindler, Le Caire. Réédition Dervy-Livres, Paris, 1978. Jean-Claude Milner, Les Noms indistincts, Le Seuil, collection « Connexions du Champ freudien », 1983