La politique étrangère de la France depuis 1945 s'inscrit en premier lieu dans l'ordre international instauré à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien que la France n'ait pas participé aux conférences de Yalta et de Potsdam, elle est admise au nombre des vainqueurs : un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU naissante lui est attribué, et elle fait partie des « Quatre puissances » occupantes de l'Allemagne.
Les deux priorités du GPRF puis de la Quatrième République sont en premier que l'Allemagne ne puisse plus jamais être à l'origine d'un conflit en Europe et en second de conserver son empire colonial dans lequel la France voit son principal levier de puissance.
L'émergence de la guerre froide conduit la diplomatie française à considérer que l'URSS devient la menace principale en Europe. La politique de relations équilibrées avec les États-Unis et l'URSS s'efface au profit d'une politique plus résolument atlantiste. La France joue un rôle moteur dans la conclusion du traité de l'Atlantique nord qui lui apporte la garantie de sécurité américaine, mais elle doit se résoudre à accepter la création de l'Allemagne de l'Ouest. Dès lors, la dimension européenne s'affirme progressivement comme une composante essentielle de la politique étrangère de la France car elle s'avère être le seul cadre réaliste dans lequel inscrire le devenir de l'Allemagne.
L'échec en Indochine, la guerre en Algérie et l'instabilité gouvernementale de la Quatrième République minent la crédibilité internationale de la France. De Gaulle entreprend à partir de 1958 une politique étrangère ambitieuse fondée sur la puissance économique retrouvée du pays et sur la liberté de décision que lui donne la possession de l'arme nucléaire. Il s'agit dans le monde occidental auquel la France appartient de prendre une place qui lui soit propre en refusant la prépondérance de la logique des blocs de l'Est et de l'Ouest, et en poursuivant la construction européenne dans une vision intergouvernementale mais non fédérale.
Mises en place par de Gaulle, les institutions de la donnent au président de la République un rôle prééminent dans la conduite de la politique extérieure de la France. Dans nulle autre démocratie occidentale le chef de l'État ne possède l'essentiel du pouvoir exécutif en matière diplomatique et militaire. Sous la , le président de la République incarne la politique étrangère de la France.
Georges Pompidou puis Valéry Giscard d'Estaing vont mener durant les années 1970 une politique étrangère où la continuité l'emporte sur le changement, même si le style laisse davantage de place à la négociation. Ils poursuivent la montée en puissance de la force de dissuasion nucléaire. Le démantèlement du système de Bretton Woods et les chocs pétroliers mettent fin aux « Trente glorieuses » et sont génératrices de tensions au sein du monde occidental. Pour autant, la France participe activement à la consolidation des deux piliers du multilatéralisme occidental, les Communautés européennes élargies à trois nouveaux membres et l'Alliance atlantique. Le dialogue Est-Ouest n'est jamais interrompu quoique la détente soit sur le déclin après son apogée en 1975 avec la CSCE, où la France joue un rôle de premier plan. La spécificité française s'affirme davantage à travers sa politique au Moyen-Orient en direction des pays arabes et en faveur d'un règlement global du conflit israélo-palestinien, ainsi que par sa politique néocoloniale en Afrique, qualifiée de « françafrique » par ses critiques.
Durant la présidence de François Mitterrand les fondamentaux de la politique extérieure de la France ne sont pas remis en cause, après la tentative d'instaurer des relations internationales davantage marquées d'idéaux moraux et socialistes défendus notamment à Cancún, en particulier avec l'Afrique. Confronté la fin de la guerre froide et à l'hégémonie américaine incarnée par Reagan, Mitterrand saisit l'occasion des bouleversements géopolitiques en Europe pour promouvoir l'approfondissement de la CEE qui devient l'Union européenne en 1993 après quatre ans de négociations, dans une vision partagée avec le chancelier allemand Kohl avec lequel il entretient des liens étroits. Mitterrand est aussi le président de la République à avoir le plus engagé la France au Moyen-Orient, en faveur de l'intégrité du Liban et d'une solution de paix au conflit israélo-arabe passant par la création d'un État palestinien. Mais la France pèse moins qu'espéré sur le cours des évènements faute de rallier Washington et Tel-Aviv à ses vues et paie son activisme par des attentats contre ses forces au Liban et sur son territoire.
Durant sa présidence, Jacques Chirac manifeste l'indépendance de décision de la France en reprenant les essais nucléaires et en s'opposant à la guerre d'Irak. Il accorde une importance particulière aux politiques russe et arabe de la France, avec pour résultats les plus visibles l'admission de la Russie au G7 et le retrait des troupes syriennes du Liban. Mais en 2005 le résultat négatif du référendum de ratification du traité établissant une constitution pour l'Europe affaiblit la position de la France en Europe.
Les acquis les plus durables de la présidence de Nicolas Sarkozy sont la réintégration de la France dans le commandement de l'OTAN, symbole fort du retour à des relations apaisées avec les États-Unis, et la ratification du traité de Lisbonne qui reprend la plus grande partie des dispositions du projet avorté de constitution pour l'Europe. Mais la gestion des crises successives commande pour une bonne part les priorités de la politique étrangère de Sarkozy puis de François Hollande, qu'il s'agisse de la crise des relations entre la Russie et l'UE, de la crise financière mondiale de 2007-2008 et de la crise de la dette dans la zone euro, ou bien encore de la crise migratoire et du Brexit. Toutefois, l'accord de Paris sur le climat de 2015 est un grand succès de Hollande et Fabius.
Politique extérieure de la République Le rétablissement de la République française par le GPRF Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France est un pays vaincu et occupé par le Troisième Reich allemand. Le régime de Vichy a peu d'autorité, sur le plan intérieur comme extérieur. Il bénéficie toutefois de la reconnaissance des États-Unis qui maintiennent un ambassadeur jusqu'en 1942. Surtout, il est contesté par le Comité français de libération nationale (CFLN) du général de Gaulle. Le , trois jours avant le débarquement en NormandieAntony Beevor (trad. Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière), D-Day et la bataille de Normandie, éd. Calman-Lévy, Paris, 2009, 636 , 28-30., le CFLN prend le nom de Gouvernement provisoire de la République françaiseOrdonnance du 3 juin 1944 substituant au nom du Comité français de la Libération nationale celui de Gouvernement provisoire de la République française, sur le site de la digithèque MJP de l'université de Perpignan.. Après la libération de Paris, le GPRF s'installe dans la capitale le et gouverne la France jusqu'à l'avènement de la République fin .
Les Alliés ne se précipitent pas pour reconnaître le GPRF en tant que gouvernement légitime de la France. Cette première bataille diplomatique aboutit positivement toutefois avec sa reconnaissance simultanée le par les Trois GrandsLes « Trois Grands » désignent durant la Seconde Guerre mondiale les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS. Ensuite, durant la guerre froide, les « Quatre puissances » désignent le plus souvent les puissances occupantes de l'Allemagne, c'est-à-dire les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Union soviétique ; l'expression les « Trois puissances occidentales » désigne les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.. Mais ce n'est pas suffisant pour de Gaulle qui veut, pour que le « rang » de la France soit pleinement rétabli, que la France soit considérée par les Trois Grands comme le quatrième d'entre eux.
Cet objectif sera atteint grâce à la persévérance du général de Gaulle et au soutien de Churchill, désireux d'avoir la France à ses côtés face à l'URSS : la France obtient un des cinq sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU dont la Charte est signée le à la fin de la Conférence de San Francisco où la France est représentée par Georges Bidault ; à Yalta, en , les « Trois Grands » finissent par accorder à la France une zone d'occupation en Allemagne ; à Potsdam, en , la France obtient de siéger au Conseil de contrôle allié, chargé de gérer les affaires de l’Allemagne (CCA), et au Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE), chargé de l’élaboration des traités de paix avec l’ancien Reich et ses ex-alliés.
Pour autant, la France n'est présente ni à Yalta, ni à Potsdam où se sont prises les décisions géopolitiques clés pour l'avenir de l'Europe et du monde ; son retour formel parmi les Grands ne doit pas cacher qu'en 1945 et pour longtemps ses moyens sont limités ; la France n'a pas retrouvé tous les attributs d'une grande puissance, et selon l'expression de René Girault, sa place retrouvée à côté des Grands est . La Chine est en pleine guerre civile, et le Royaume-Uni qui peut être légitimement fier d'avoir lutté pour la liberté du monde et qui est encore à la tête du plus grand empire colonial du monde, s'est épuisé dans l'interminable Seconde Guerre mondiale et va devoir se résoudre entre 1945 et 1948 à s'appuyer sur les États-Unis. Lorsque la guerre prend fin, il n'y a en réalité dans le monde plus que deux très grandes puissances, les États-Unis, d'une richesse incomparable et présents partout dans le monde, et l'URSS, laminée par la guerre mais puissamment installée au centre de l'Eurasie sur un territoire élargi et bénéficiant d'un prestige immense pour avoir si chèrement vaincu la Wehrmacht qui légitime l'idéologie communiste dont l'influence peut ainsi plus facilement se répandre dans le monde.
Les fondamentaux de la politique étrangère de la France après-guerre vignette|De Gaulle et, à sa droite, Georges Bidault au moment de la libération de Paris. De Gaulle décide des premières grandes orientations jusqu'à son départ en . Mais la continuité sera assurée par des hommes comme Georges Bidault jusqu'en 1948.
L'Allemagne est le sujet prioritaire de la diplomatie française en 1945 et pour plusieurs années. Il s'agit de faire en sorte qu'elle ne puisse plus jamais être à l'origine d'un conflit en Europe. Les leviers mis en avant par la France auprès de ses partenaires américains, britanniques et russes sont, au-delà de sa démilitarisation, une forme de démembrement économique et de morcellement politique de l’Allemagne.
Conscient que rien ne peut se décider concernant l'Allemagne sans les Russes, et ne voulant pas d'un alignement pur et simple sur les États-Unis, de Gaulle tente d'instaurer une relation privilégiée avec l'URSS. Le Traité d'alliance entre la France et l'URSS signé à Moscou le symbolise le retour de la France sur la scène diplomatique mais ne se traduira in fine pas par un soutien de Staline aux demandes françaises relatives à l'Allemagne.
De Gaulle parti, Bidault entend maintenir la politique d’équilibre entre l’Est et l’Ouest et poursuivre les mêmes objectifs affichés concernant le sort de l’Allemagne. Mais les prémices de la guerre froide sont dès 1946 visibles sur la question allemande au sujet de laquelle les États-Unis et l'URSS ne parviennent pas à s'entendre, tandis que les Britanniques alignent leurs positions sur celles des Américains. L'exclusion des ministres communistes en donne au gouvernement français de plus grandes marges de manœuvre pour se rapprocher progressivement des États-Unis. Entre le printemps 1947 et celui de 1948, la France opère un revirement complet sur la question allemande provoqué par l'échec des sessions du Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE) des « Quatre puissances » et rendu attractif par l'engagement des États-Unis en Europe symbolisé par le plan Marshall, rejeté par les Soviétiques.