est un jeu vidéo développé par le studio américain , sorti en pour et Mac OS. Il s’agit d’une simulation géopolitique reproduisant le conflit israélo-palestinien. Classé parmi les jeux sérieux, il est souvent présenté comme « un jeu vidéo pour promouvoir la paix ».

Le jeu est à l’origine un projet porté en 2005 par une petite équipe d’étudiants de l’université Carnegie-Mellon. Deux d’entre eux fondent par la suite un studio de développement dans le but de terminer le projet.

Le joueur incarne au choix le Premier ministre israélien ou le président de l'Autorité palestinienne. Il est confronté à des événements d’actualité, présentés avec des photos et des vidéos d’évènements réels. Dans un système de jeu proche de la stratégie au tour par tour, il doit réagir et prendre les décisions politiques et militaires incombant à sa fonction. Le but du jeu est de résoudre le conflit pacifiquement par la solution à deux États.

a reçu des critiques positives de la presse spécialisée et grand public et a remporté plusieurs prix. Il fut salué pour la qualité de son système de jeu et la pertinence du traitement du conflit. Il est considéré comme un titre important pour la reconnaissance du jeu sérieux et devient un emblème du genre. Sa réelle portée éducative est jugée à même de permettre une meilleure compréhension du conflit israélo-palestinien et de promouvoir la paix.

Système de jeu thumb|right|alt=Capture d’écran de l’écran principal de jeu. Une carte stylisée de la Bande de Gaza occupe la majorité de l’écran, sur laquelle sont placées des constructions humaines. Trois mires, deux rouges et une blanche ciblent certains endroits de la carte. Sur la gauche, un menu en colonne, avec quatre pictogrammes : un char d’assaut, un costume cravate, un marteau et un livre ouvert. Face au deuxième, un bandeau s’étend horizontalement sur la plus grande partie de l’écran. Il contient neuf pictogrammes : un micro bleu accompagné de trois caractères hébraïques, un micro rouge accompagné des trois lettres latines ABC, le drapeau israélien, le drapeau des colons, le drapeau palestinien, un globe terrestre, une liasse de billets de banque, un casque de chantier, et le symbole de la paix. Au bas de l’écran un menu divisé en deux zones. À gauche, est indiqué suivi de la date du . Dessous, le drapeau israélien suivi du score 9 sur 100 et de , et à côté le drapeau palestinien suivi du score -60 sur 100 et de . Seconde zone du bas, un menu à deux onglets : , actif, et , inactif. Dessous, six pictogrammes : le drapeau israélien, le drapeau des colons, le symbole de l’autorité palestinienne, le drapeau palestinien, le symbole des groupes militants palestiniens, celui des Nations Unies, le sceau des États-Unis, les pays du monde arabe. Chaque pictogramme est suivi d’un thermomètre vertical non gradué, dégradé du bleu au rouge, avec un curseur surmonté d’une flèche vers le bas ou le haut.|L’interface de jeu inclut une carte de la région, rappelant les normes de la stratégie au tour par tour. est une simulation gouvernementale, intégrant des éléments de stratégie au tour par tour. Le joueur incarne au choix le président de l'Autorité palestinienne ou le Premier ministre israélien, et doit parvenir à résoudre le conflit pacifiquement. L’écran de jeu est constitué d’une carte, à la manière de , couvrant la bande de Gaza, la Galilée, la Cisjordanie et le nord du Néguev. À chaque tour de jeu, les événements s’étant déroulés pendant la semaine sont indiqués sur la carte. Le joueur accède à une actualité accompagnée de photos et d’extraits vidéo réels, rapportant par exemple une manifestation ou un attentat.

Chaque semaine, le joueur prend une décision concernant la sécurité, la construction ou la politique. Il peut demander l’avis de deux conseillers aux vues divergentes. Le président palestinien est aidé d’un conseiller national et d’un conseiller étranger. Le Premier ministre israélien dispose des opinions d’un faucon, prônant la sécurité et la répression, et d’une colombe, sensible aux conditions de vie des palestiniens. Le joueur a accès à un éventail de décisions, comme prononcer un discours, participer à des négociations internationales ou lancer des opérations militaires. Reflétant l’aspect asymétrique du conflit, les deux dirigeants n’ont pas accès aux mêmes actions. Le Premier ministre israélien dispose d’un important pouvoir financier et militaire, et peut par exemple ordonner des frappes de missiles, le retrait de l’armée ou le renforcement du couvre-feu. Le président palestinien est beaucoup plus démuni, et doit demander l’aide d’acteurs tiers pour la plupart des actions.

thumb|left|alt=Au centre de l’écran, une fenêtre modale intitulée . Sur la gauche, la question suivi d’une liste à puce avec les éléments , , , . Sur la droite de la fenêtre, une vue d’un papier posé sur un bureau, avec un stylo plume décapuchonné posé dessus. Le papier possède un en-tête de l’Autorité palestinienne, et contient : . Au bas de la fenêtre, à gauche, un point d’interrogation suivi de la mention ; à droite une croix noire suivi de .|Le joueur effectue une action à chaque tour de jeu, comme donner à son peuple un discours à l’orientation politique désirée. L’un des points essentiels du jeu tient au fait que les actions du joueur n’ont pas forcément l’effet escompté. Par exemple, une offre d’aide médicale israélienne quelque temps après une frappe aérienne sera refusée, et dégradera encore davantage les relations avec la Palestine. Les actions du joueur provoquent des réactions immédiates, comme des protestations du public ou des critiques politiques. Elles influent aussi sur plusieurs variables à long terme, classées en deux catégories. La première est l’approbation de la politique du joueur par différents groupes et dirigeants. La seconde couvre des indicateurs économiques, sociaux ou politiques. Leurs valeurs sont affichées à l’écran sont forme de thermomètres.

Chaque dirigeant doit tenir compte de l’approbation du leader opposé, des deux peuples, des Nations unies, des États-Unis et du monde arabe. Le président palestinien doit en plus composer avec le Fatah et le Hamas ; et le Premier ministre israélien avec le Conseil de Yesha (représentant les colons) et l’ensemble des groupes militants palestiniens (comme le Jihad islamique, les Brigades Izz al-Din al-Qassam ou les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa). Le joueur peut consulter des sondages transcrivant les différents indicateurs. Chaque dirigeant est renseigné sur son et la qualité des relations avec l’autre camp. Dans le camp palestinien, les sondages concernent l’autorité du président, l’opinion du palestinien moyen envers Israël, la santé économique et l’indépendance du pays. Du côté israélien, ils reflètent le sentiment d’insécurité, la répression et la compassion des israéliens à l’égard des palestiniens.

Les opinions des différents groupes sont synthétisées par deux compteurs de score affichés à l’écran. Allant de -100 à 100, ils mesurent le soutien de deux groupes. Dans le rôle du Premier ministre israélien, il s’agit des peuples israélien et palestinien ; dans celui du président palestinien, de ses concitoyens et de la communauté internationale. La partie commence avec les deux compteurs à zéro. Si l’un des deux tombe trop bas, c’est la fin de partie : le dirigeant est démis de ses fonctions, ou la troisième Intifada est déclenchée. Lorsque les deux sont au maximum, le conflit est résolu par la solution à deux États.

Développement

est à l’origine un projet réalisé en 2005 par une petite équipe d’étudiants du de l’université Carnegie-Mellon de Pittsburgh, formation pluridisciplinaire mêlant beaux-arts et informatique. L’Américain Eric Brown et l’ancien officier israélien Asi Burak sont producteurs du jeu. Tim Sweeney est le principal, assisté de Olive Lin, de la scénariste Victoria Webb et du compositeur Ross Popoff. La programmation est prise en charge par Eric Keylor et Lin. L’équipe est encadrée par deux professeurs de l’université.

Pour établir un prototype de , l’équipe se sert de jeux de plateau. Ils permettent d’avoir des premières idées de modélisation des différentes parties du conflit. Ils sont ensuite adaptés en un jeu de dés qui pourra être programmé. Le résultat est ajusté après de nombreuses itérations. Le moteur logique et l’intelligence artificielle sont développés en Java. L’interface graphique exploite les technologies Adobe Flash et . Les différents éléments graphiques du jeu sont réalisés par Patrick Bannan. Il utilise les logiciels 3ds Max, et , selon un cycle de modélisation 3D, application de textures et illumination. La carte de la région reçoit une attention particulière, et n’est finalisée qu’après de très nombreuses itérations. Les icônes du jeu nécessitent entre une et six heures de travail, et sont affinées par des tests utilisateur.

thumb|right|alt=L’écran-titre du jeu, constitué d’un menu en colonne sur fond de carte. En haut est indiqué . Au-dessous, une liste avec : le symbole de l’autorité palestinienne et , le symbole d’Israël et , deux dés et , un point d’interrogation et .|Avoir le choix du dirigeant à incarner, entre le président de l’Autorité palestinienne et le Premier ministre israélien, constitue le cœur de l’aspect éducatif du jeu. Un prototype du jeu est présenté à la en 2005. Devant l’excellent accueil fait au jeu, Brown et Burak décident de mener à terme le projet, pour le diffuser au grand public et aux éducateurs. Ils fondent, une fois diplômés, le studio de développement . Ils ambitionnent de produire d’autres jeux dans le même esprit que . Leur objectif est « d’avoir un impact sur la société, et de promouvoir le changement au travers des médias interactifs ». Ils souhaitent également influencer l’industrie du jeu vidéo, en faisant « quelque chose de comparable au rôle des documentaires dans l’industrie du cinéma ». Pour que le jeu soit totalement neutre, ils souhaitent la contribution de Palestiniens ; deux rejoignent l’équipe de développement.

Initialement, les développeurs ne souhaitent pas proposer une fin bien définie, afin d’éviter toute controverse. La victoire était définie par une baisse suffisante de la violence dans la région. Les réactions recueillies chez les premiers joueurs montrent qu’ils souhaitent « une fin plus significative ». Ils consultent des experts des deux parties du conflit et du point de vue américain. Ils choisissent la solution à deux États, essentiellement en raison de son soutien par les résolutions des Nations unies, la feuille de route pour la paix et l’initiative de paix arabe.

Ce choix est un des postulats posés par les développeurs. Le Tim Sweeney, s’il admet que ces suppositions sont discutables, revendique le droit de délimiter le cadre de l’œuvre. Il estime qu’elles ne favorisent aucun camp, mais plutôt la paix. Les développeurs partent ainsi du principe que les deux parties souhaitent la paix, que le joueur peut influer sur les événements, mais n’a pas le contrôle total de son camp, et que le chemin vers la fin du conflit passe par de petites étapes concrètes.

La première version stable de , téléchargeable sur le site de l’éditeur, sort le . Une version en boîte est commercialisée sur le site Amazon.com quatre mois plus tard. Il est jouable en anglais, hébreu et arabe, dans le but de renforcer la représentation des multiples points de vue du jeu. Le jeu est vendu au prix de vingt dollars américains. a reçu de nombreuses critiques à ce sujet, estimant qu’un tel jeu devrait être gratuit. Ce point avait fait l’objet d’un long débat au sein de l’équipe. Eric Brown explique que ce choix leur permettait de trouver plus facilement des investisseurs. De plus, ils souhaitent établir un exemple dans l’industrie de jeu au contenu mature et commercialement viable.

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