vignette|Blason de Caen Cet article traite de l'histoire de Caen.

Préhistoire

Il existait sur le site de la ville de Caen des petits noyaux d'habitats préhistoriques dispersés sur les bords de l'Odon et sur les hauteurs, notamment à BeaulieuHubert Lepaumier et Cyril Marcigny, « Le site de la ZAC de Beaulieu à Caen et la céramique du premier âge du Fer en Basse-Normandie : premier bilan », dans Les Marges de l’Armorique à l’âge du Fer, Archéologie et Histoire : culture matérielle et sources écrites, Actes du Colloque de l’Association française pour l'étude de l'âge du fer de Nantes, Revue Archéologique de l’Ouest, suppl. 10, 2003, .. Les signes d'occupation commencent au paléolithique ancien. Plusieurs vestiges néolithiques ont été découverts sur les hauteurs de la ville (La Guérinière ; derrière le moulin au Roy, actuel campus 1 ; route de Lion) et dans la vallée de l'Orne et de ses affluents (place de la République ; dans le secteur de l'abbaye aux Hommes ; lors de la construction du pont de Vaucelles ; autour de l'église Saint-Ouen). Les fouilles tendent à prouver une occupation préhistorique assez intense. Des artéfacts fabriqués dans d'autres régions (massif armoricain probablement) démontrent que les établissements néolithiques caennais étaient intégrés à des courants commerciaux.

Antiquité et haut Moyen Âge vignette|Vestige du . Le gallo-romain Du , un bourg se développe à l'emplacement de l’actuelle abbaye aux Hommes à proximité d'une voie romaine reliant Augustodurum (Bayeux) à Noviomagus Lexoviorum (Lisieux). Il serait dû aux Saxons installés là par les Romains. Même s'il est difficile d'évaluer le degré exact d'urbanisation du secteur, il semble que l'occupation humaine était dispersée à l'intérieur d'un périmètre qui s'étendait sur environ huit hectares et dont les limites étaient probablementChristophe Collet, Pascal Leroux, Jean-Yves Marin, Caen cité médiévale : bilan d'archéologie et d'histoire, Calvados, Service Département d'archéologie du Calvados, 1996 . : au nord, la voie romaine (actuelles rues Saint-Martin et de Bayeux) ; à l'est, le site de l'église Saint-Étienne-le-Vieux, voire au-delà (rue aux Fromages)Michel de Boüard, « Circonscription de Basse Normandie », Gallia, 1978, , , . ; au sud, le Grand Odon marquant la limite avec les marais (actuelle rue du Carel) ; à l'ouest, la partie orientale du site du Bon-Sauveur.

Ce bourg n'était qu'un sans fonctions politiques ou administratives, ce rôle étant attribué à , capitale des Viducasses située à une quinzaine de kilomètres au sud de Caen. Les fouilles menées de 1979 à 1981 dans l’enceinte de l’ancienne École Normale (actuelle artothèque de Caen) ont permis de mieux cerner l'organisation du vicus gallo-romain.. Sa vocation était essentiellement artisanale : four de tuilier et son habitation, une installation de tanneur avec son réseau de fosses et les vestiges d’un atelier de tabletterie avec de nombreux éclats d’os. Le bourg bénéficie de sa situation. Établi sur une voie à proximité du franchissement de l'Orne, il était de surcroît situé entre Aregenua et la mer. Enfin les nombreuses villas de la plaine de Caen formaient un marché où écouler les productions artisanales du vicus tout en simplifiant les problèmes de ravitaillement.

Les fondations de la d’un fanum ont également été découvertes lors des fouilles de la salle des gardes, près de l’hôtel de ville, et ont été conservés. De plan rectangulaire (), cette cella était constituée de pierres sèches grossièrement équarries et revêtues à l'extérieur d'un enduit peint. Il semble qu'un fragment de mur trouvé à de la cella corresponde au péribole du templeJean-Yves Marin, « Un temple celto-romain à Caen ? » dans Hors-série des Annales de Normandie, 1982, , , ..

Une organisation viaire et un réseau de fossés de drainage extrêmement dense ont également été mis au jour. Le premier système, constitué d'un apport massif de remblais censés stabiliser les berges de l'Odon, est un échec et les berges de l'Odon sont progressivement abandonnées. Un canal, traversant le vicus d'ouest en est, est alors creusé à la fois pour assainir le terrain et pour servir également d'installations portuaires sommaires : les berges du canal sont aménagées et la voie d'eau est assez large pour permettre le passage de barques à fond plat.

La migration vers les coteaux Le bourg connait de profonds changements au . À partir de 275, les invasions barbares mettent fin à la prospérité antérieure et désorganisent les réseaux commerciaux. On constate que le bourg artisanal se tourne progressivement vers les activités agricoles. À la même époque, la transgression marine dunkerquienne provoque une montée progressive des eaux qui a pour conséquence une multiplication des inondations, comme en témoignent les dépôts de limons de plus en plus rapprochés constatés sur le site. À la fin du , les bâtiments sont laissés au marécage qui progresse et les habitants se déplacent vers le coteau légèrement plus au nord le long de la rue Saint-Martin..

perd de son importance et l'actuel territoire de Caen passe sous l'influence d'. Au , des missionnaires venus de Bayeux, notamment saint Regnobert, fondent des oratoires, entourés de leur cimetière, le long de l'ancienne voie romaine au centre de petits villages isolés dans la vallée de l'Orne et des Odon : Saint-Martin à proximité de l'ancien , Saint-Julien de Calibourg, Saint-Pierre de Darnetal et Saint-Jean. Les invasions normandes viennent interrompre cet essor préurbain.

La ville au Moyen Âge Caen sous les ducs de Normandie

vignette|droite|Façade de l'église Saint-Étienne (). Les prémisses du développement urbain. Au , un nouvel essor urbain accompagne le grand redémarrage du duché de Normandie. La production agricole est en hausse. Les seigneurs entreprennent de contrôler cette richesse en marquant leur mainmise sur leurs terres. Ils tentent alors de canaliser le développement de l'habitat dans des bourgs où se réunissent les marchés locaux en les protégeant par un château qui a ainsi une valeur tant défensive que politique. Ce développement urbain est souvent accompagné de la fondation d'une abbaye ou d'un prieuré. Située dans la riche plaine de Caen, la ville de Caen correspond parfaitement à ce schémaJoseph Decaëns, « Le temps des châteaux » dans . .

Dès le , le secteur de la ville de Caen se développe en lien avec les progrès de l'agriculture et du commerce. Signe de cette croissance urbaine, les paroisses Saint-Étienne, Saint-Sauveur, Saint-Georges, Saint-GillesLes mondes normands. et probablement Saint-Michel-de-Vaucelles sont fondées à cette époque. Une ville, constituée de plusieurs noyaux, commence à se structurer sur l'axe reliant Saint-Pierre à Saint-Martin en passant par Saint-Sauveur. Au début du , le premier texte se référant au bourg de Caen (la charte de l’abbaye de Fécamp). décrit « la ville qui s'appelle Cathim, sur la rivière Orne, de part et d'autre, avec ses églises, ses vignes, ses prés, ses moulins, avec le marché, le tonlieu et le port, et toutes ses dépendances ».

Mais ce mouvement urbain est confirmé et considérablement accru au par la politique de Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre. Dans le milieu du déjà, le duc de Normandie s'intéresse à la petite ville située au confluent de l'Orne et de l'Odon. En 1047, après sa victoire à la bataille de Val-ès-Dunes, le duc de Normandie organise le concile de la Trêve de Dieu sur la rive droite de l'Orne vers VaucellesBarthélemy Pont, Histoire de la ville de Caen : ses origines, Caen sous les ducs de Normandie, Caen, Alliot, 1866, , . et fait construire en 1061 la chapelle Sainte-Paix (alors sur le territoire de Mondeville) pour recueillir des reliques de saints amenées pour cette occasion.

Caen, deuxième ville de Normandie. Mais ce n'est que dans la deuxième partie du qu'il fait de Caen la capitale secondaire du duché. Guillaume le Conquérant s'inscrit en effet dans le schéma classique qui a permis l'essor de l'urbanisation en Normandie (marché + château + établissement religieux). Mais la portée de ses actes n'est pas la même ; ce n'est pas un seigneur local, mais le duc lui-même qui souhaite marquer un territoire plus vaste que celui de la plaine de Caen. Il fait donc édifier une vaste forteresse sur l'éperon rocheux dominant la vallée de l'Orne ; le duc et sa cour résident plusieurs fois dans le château de Caen qui devient un lieu du pouvoir administratif et judiciaire. Mais c'est surtout la fondation des deux abbayes qui marque la volonté de Guillaume le Conquérant de marquer son emprise sur la basse Normandie. Sous le règne de Guillaume le Conquérant, de nombreux établissements religieux sont fondés dans la partie ouest du duché afin d'y densifier la maille alors beaucoup plus lâche que dans la vallée de la Seine. Mais sur les 18 abbayes élevées à cette époque, seules deux, celles de Caen, sont fondées directement par le duc lui-même, les autres étant créées par des seigneurs locaux et reconnues ensuite par le ducPierre Bouet, Le patronage architectural des ducs de Normandie dans .. Le couple ducal fonde donc deux grandes abbayes à l'est et à l'ouest du tissu urbain existant. En choisissant de s'y faire inhumer Guillaume et Mathilde inscrivent dans la durée l'attention des ducs-rois pour la ville de Caen.

De fait, les descendants de Guillaume le Conquérant confortent le développement de la cité. D'un gros bourg de constitution anarchique, Caen devient la capitale secondaire de la NormandieAnnie Renoux, « Résidences et châteaux ducaux normands au » dans .Giovanni Coppola, « L'essor de la construction monastique en Normandie au : mécénat, matériaux et moines-architectes », Annales de Normandie, 1992, , , ., au détriment de Bayeux qui voit sa prééminence rapidement remise en cause. Ainsi, c'est dans la cité développée par leur père que Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, et son frère aîné, Robert Courteheuse, duc de Normandie, signent en 1091 le traité de Caen censé régler les querelles de succession. Fait exceptionnel, Guillaume le Roux dépose les insignes royaux (couronnes et sceptres) de ses parents au trésor des deux abbayes où ils sont inhumés. La ville se développe sous Robert Courteheuse qui fait creuser un canal entre l'Orne et l'Odon formant ainsi l'Île Saint-Jean ; ce bras d'eau, appelé canal Robert, a pour effet d'assainir ce terrain marécageux, d'offrir une protection face aux agressions extérieures et d'ouvrir un bief permettant l'érection de moulins. Son frère, , qui s'empare du royaume d'Angleterre en 1100 et du duché de Normandie six ans plus tard, fait aménager le château en construisant un donjon et une nouvelle salle d'apparat (actuelle salle de l'Échiquier). À partir de 1170, sous le règne de , une partie de l'administration fiscale et judiciaire est fixée à Caen.

En 1203, Jean sans Terre affranchit la commune de Caen qui peut alors se doter d’un beffroi, d’une cloche, d’un sceau et d’un hôtel de ville, bâti sur le pont Saint-Pierre. Au début de l'hiver 1203, alors que le roi de France Philippe Auguste fait le siège de Château-Gaillard, le Jean sans Terre effrayé regagne l'Angleterre, mais fête Noël à Caen, et le adresse à ses sujets un manifeste..

vignette| d' Beauclerc dans le château de Caen.

Structure urbaine.