thumb|upright|Les géants dansent à la Ducasse d'Ath thumb|upright|Joute d'échasseurs à Namur
Les traditions de Wallonie sont nombreuses : célébrations religieuses, fêtes populaires, coutumes locales, vie associative, gastronomie… Elles sont vécues avec beaucoup de ferveur par la population et certaines d'entre elles sont reprises parmi les chefs-d’œuvre du Patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quelques-unes ont été reconnues comme chef-d'œuvre du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO comme le Carnaval de Binche, les ducasses d'Ath et de Mons.
Les fêtes et les jeux
Les traditions wallonnes sont pleines de fêtes et de jeux. Elles procèdent, toutes, du besoin profond et du vif plaisir d'être ensemble. Ce sont de bons exemples de ce besoin de s'exprimer en groupe, que ressentaient les Anciens, et de créer, entre les temps de travail, des zones non seulement de repos mais de liesse.
La fête, expression d'une communauté
Ces fêtes et ces jeux sont, presque toujours, une expression de toute la communauté qui s'y livre. À part des réjouissances plus intimes, plus individualistes (comme le baptême et la communion solennelle, mais non le mariage) et qui sont très dépendantes de la liturgie, toutes les autres fêtes se déroulent sous le signe de la communauté qui, non seulement y participe, mais même les organise par le moyen de la « Jeunesse », c'est-à-dire d'une classe d'âge relativement homogène, les jeunes hommes célibataires.
Chaque communauté locale crée sa fête. Pour sa propre satisfaction, elle lui donne, ici et maintenant, les formes qu'il lui plaît et ce n'est qu'en apparence qu'un Grand Feu ressemble à un autre et une ducasse villageoise à sa voisine.
La fête est l'affaire de tous, il n'y a jamais de spectateurs purs et surtout passifs. Les «acteurs», qui défilent dans un Tour ou dans un Carnaval, ont grand soin de faire participer à la réjouissance les gens rassemblés des deux côtés de la rue, par exemple, directement en les touchant ou, comme à Malmédy, au moyen d'un instrument : le « happe-chair ». De même, à Binche, le jet d'oranges symbolise la générosité, le don, mais aussi le signe d'un lien entre qui donne et qui reçoit.
Évolution de la fête
Les anciennes fêtes et, plus particulièrement, celles centrées autour de processions religieuses (Tours) enrichies de géants et de jeux processionnels (exécutés dans la procession même) datent du Moyen Âge. À cette époque, les « Corps Saints » et reliques, portés dans le plus grand respect côtoyaient les danses des géants et des jeux, d'abord édifiants, mais qui pouvaient devenir bouffons ou parodiques. Mais, à la fin du et au début du , des souverains, tel Joseph II d'Autriche ou Guillaume I des Pays-Bas prennent des décisions qui mettront à mal nombre de traditions jugées inacceptables.
En 1786, des édits impériaux de Joseph II d'Autriche, l'Édit des processions et l'Edit des kermesses, stipulaient d'une part qu'« On ne pourra plus porter de statues, ni d'images quelconques, non plus que les enseignes de métiers, de vêtements extraordinaires et autres bigarrures semblables dans les processions ni les faire accompagner d'aucune musique » et d'autre part que toutes les kermesses (ducasses) dans l'ensemble du pays devaient se dérouler le même jour, le deuxième dimanche après Pâques, soit le . Défense expresse d'y permettre aucun objet profane ; les cérémonies et démonstrations en usage la veille de la kermesse sont abolies. Ces mesures seront abolies après Joseph II mais elles ont contribué à faire cesser certaines sorties.
La Révolution française porte un deuxième coup aux fêtes traditionnelles, symboles de l'Ancien Régime et de la superstition. Les géants d'Ath sont brûlés le . Ils ressusciteront sous l'Empire de même que les Marches militaires, escortes d'honneur des vieilles processions. Généralement, l'autorité le leur accorde, On recommence donc de processionner militairement avec le saint Patron du lieu, au jour de la ducasse. Après 1815, les choses se gâtent à nouveau. Calviniste, Guillaume I n'aime pas les processions. Des circulaires hollandaises de 1819Circulaires hollandaises, 1819, , Culte catholique, processions stipulent :
aucun vêtement extraordinaire, aucune bigarrure, ni aucune représentation inconvenante, qui causent souvent des désordres et du scandale et qui toujours détruisent plus ou moins le respect que le peuple doit porter à ces actes religieux.
Les géants sont exclus des processions. De plus, la bourgeoisie rationaliste ne comprend pas l'intérêt des fêtes folkloriques. Beaucoup de vieilles fêtes ne s'en remettront jamais, même après 1830.
Certaines villes conserveront ou rétabliront leur cortège profane mais la procession qui en était le noyau originel s'effacera (comme à Ath). Ailleurs - à peu près partout - on gardera la procession et le cortège disparaîtra. À Mons, on maintiendra les deux éléments mais mis bout à bout : : le combat de saint Georges contre le Dragon. Quant aux gens de l'Entre-Sambre-et-Meuse, bien à l'abri dans leurs villages ou petites villes des champs, ils gardent ou reprennent la tradition du Tour mixte, religieux et militaire.
Les carnavals
Les foires
À Liège, entre le premier week-end d'octobre et le , se tient la Foire d'octobre. Cette foire rassemble tous les Liégeois autour d'attractions foraines telles que la Grande Roue, les manèges et les vendeurs de lacquemants et de frites.
Les ducasses
Toutes les communautés de Wallonie, urbaines et rurales, sont rattachées à une paroisse qui est la plus petite unité religieuse territoriale. Chaque paroisse a son église qui, avant d'être mise en usage, doit être solennellement dédicacée par un évêque, au cours d'une cérémonie. Cette dédicace rend l'église apte à sa fonction. Elle doit être commémorée chaque année par une fête, la « dédicace », étymologie de « ducasse ». La procession en est le centre. Vieux rite religieux que l'on retrouve en dehors du christianisme, la procession est un parcours : c'est partir d'un lieu (l'église), boucler un itinéraire immuable et rentrer au lieu dont on est sorti. C'est ce qu'exprime fort bien le vocable wallon : faire le « Tour », le « Grand Tour » (par opposition au Petit Tour que l'on fait trois fois autour de l'édifice lui-même).
Au Moyen Âge, c'est une « pratique catholique » non seulement d'honorer les Saints et le Sacrement par des prières mais, en même temps, et dans le même cortège, de tirer des salves en leur honneur. C'est, pour eux, « décorer la procession» que d'y mettre la «Jeunesse », de bruyants jeunes hommes, avec leurs tambours et leurs fifres. Pour eux, c'est aussi « révérender la procession » que d'y introduire, à partir du et du , des géants, énormes mannequins d'osier revêtus de costumes qui, à l'origine, devaient être très simples.
Avec le temps, le caractère, au début religieux, des géants s'estompera. Comme Goliath d'Ath ou l'Argayon de Nivelles, ils se marieront tardivement et, après des délais fort raisonnables, ils engendreront des enfants géants mais toute la famille sera de la procession. Pour frayer le passage d'une procession, au milieu de la foule on introduit des chevaux-jupons, des hommes sauvages ou des diables, qui, sous prétexte de mettre de l'ordre, donnent de rudes coups aux spectateurs.
Les processions Le , après une messe dans la collégiale, la procession saint Ursmer, le long des remparts de Binche, commémore un miracle attribué au saint qui aurait sauvé la ville lors d'un siège par l'armée de François en 1543.
Le vendredi saint, la ville de Lessines porte le Christ au tombeau lors de la Procession des pénitents.
Le dimanche qui suit le , la confrérie des arbalétriers de Visé, fondée en 1310, défile lors de la procession de la Saint-Georges avant le traditionnel concours de tir.
La procession dite « des remuages », le dimanche suivant l'Ascension, rend hommage à saint Monon, à Nassogne, en Ardenne belge. De nombreux agriculteurs attendent du saint la protection de leurs cultures et de leur cheptel. Ils frottent la châsse avec des bouquets de feuillages qu'ils donnent à brouter au bétail.
Le dimanche de la Trinité, la ville de Mons rend hommage à sa sainte patronne, Waudru lors de la Procession du Car d'Or.
À Strépy-Bracquegnies, le dimanche de juillet, la procession saint Vincent est nettement plus modeste que son homologue de Soignies. La relique qui est vénérée est une phalange du saint prélevée en 1982, lors d'une ouverte de la châsse et donnée à Strépy-Bracquegnies, son lieu de naissance.
La procession saint Christophe, parcourt, le dimanche de juillet, la commune de Flobecq. Le saint est figuré par un géant sur échasses qui participe également au cortège de la ducasse d'Ath.
Le , Sars-la-Buissière vit au rythme de la procession sainte Apolline qui fut martyrisée en 248. On lui arracha les dents. La statue portée par une ancienne confrérie d'archers la représente avec une pince en main, instrument de son martyre.
Le dimanche de septembre, la Grande procession de Tournai, attestée depuis le est la plus fastueuse des processions urbaines de Wallonie. Le même jour, plus modeste, la procession de Bois-Seigneur-Isaac est dédiée au Saint Sang. Le sang qu'on vénère ici provient d'une hostie qui se mit à saigner en 1405, et non, comme à Bruges, d'une relique provenant de Palestine.
Le dimanche de septembre, la châsse de Saint Hadelin, chef-d’œuvre d'art mosan des est promenée dans les rues de Visé, ville-frontière en bord de Meuse. Le même jour, à 15 h, la procession sainte Begge sort de la collégiale d'Andenne. La châsse contenant les reliques de la sainte, datée de 1570, est considérée comme un chef-d’œuvre d'orfèvrerie de style Renaissance. Elle est l'objet d'un cérémonial particulier. Les fidèles passent dessous lors de la rentrée à l'église. Ce rite s'explique sans doute par le fait que Sainte Begge est réputée guérir les hernies.
À Orp-le-Grand, le premier dimanche d'octobre, la procession sainte Adèle se dirige vers une chapelle bâtie à l'emplacement du monastère qu'elle a fondé, près d'une fontaine miraculeuse. Après la bénédiction de la source, les fidèles remplissent des bouteilles d'eau bénite, censée guérir les maux des yeux. Une procession similaire a lieu à Brye (près de Fleurus) le premier dimanche de juillet.
La procession Saint Ghislain, le dimanche d'octobre, déambule dans les rues de la cité de Saint-Ghislain, fondée vers 650. Un buste reliquaire et une châsse reconstituée avec des plaques d'émaux provenant de reliquaires plus anciens sont portés par des bénévoles appelés « Compagnons d'Ursidonguue ».
La procession de la Toussaint à Blaton est attestée depuis 1470, de même qu'une foire, une des dernières foires de novembre du Moyen Âge. L'église de Blaton est dédiée à « tous les saints », mais la châsse portée en cortège contiendrait les reliques d'un certain saint Fortunat, mal identifié.
Les « tours »
À Soignies, le « tour Saint-Vincent », institué en 1262, est une procession qui a lieu le lundi de Pentecôte. La relique (châsse) de saint Vincent est transportée sur un circuit de 12 km sur le territoire de la ville. Dès 6 h du matin, la foule des pèlerins accompagne les reliques de Saint Vincent. À leur retour en ville, vers 11h00, les châsses prennent place dans une imposante procession historique qui retrace la vie du saint et les hommages qui lui furent rendus au fil des siècles.
Le « tour de Wasmes », appelé aussi « procession de la Pucelette » a des origines lointaines. On raconte qu'au , le seigneur Gilles de Chin a combattu un dragon qui terrorisait la région, tuant hommes et bêtes. Après l'avoir terrassé, il libéra une jeune fille (la Pucelette) prisonnière de l'animal. La procession de Wasmes est une des plus importantes de la région montoise. Le mardi de Pentecôte, elle escorte la statue Notre-Dame de Wasmes sur un parcours long de 17 km. C'est l'occasion aussi d'une ducasse avec fête foraine.