(ou en espagnol), née le à Madrid et morte le à ParisActe décès. Archives Paris ., est reine d’Espagne de 1833 à 1868. Son règne peut se découper en quatre parties : la guerre carliste de 1833 à 1839, le temps des régences de 1835 à 1843, la décennie modérée de 1843 à 1854 et la dernière phase de 1854 à 1868Pilar Martinez-Vasseur, L'armée espagnole (), Ellipses, 2003..
Fille aînée du roi , elle devient son héritière grâce à l'abolition de la loi salique par ce dernier avec la signature de la Pragmatique Sanction. À la mort du roi en 1833, certains refusèrent de reconnaître la jeune souveraine et, en application de la loi salique, désignèrent l'oncle d'Isabelle, l'infant Charles, comme roi sous le nom de . En raison du jeune âge de la nouvelle reine, la régence fut exercée par sa mère Marie-Christine. Cette dernière est marquée par la crise de succession et la guerre civile qui suit la mort de . Proche des libéraux, la régente est en opposition avec les partisans carlistes, absolutistes. La guerre carliste engendra de graves difficultés économiques et politiques. La lutte contre l'armée du carliste Tomás de Zumalacárregui, qui avait pris les armes dès 1833, obligea la régente à accorder une grande partie de sa confiance aux militaires christiniens (militares christinos) qui acquirent une grande renommée dans la population. Parmi eux se fit remarquer le général Espartero, chargé de consigner la victoire finale dans la Convention de Oñate. Cette situation, dans laquelle les militaires se substituaient aux partis politiques affaiblis, provoqua une crise gouvernementale permanente au cours de laquelle les intérêts des différents commandements militaires imposèrent des gouvernements successifs qui manquaient d'autorité. Ce n'est qu'avec la fin de la guerre carliste, en 1839,
En 1840, Marie-Christine abandonne la régence au profit du général Espartero qui met en place une dictature militaire qui dure jusqu'à la majorité de la reine en 1843, alors qu'elle n'a encore que treize ans. Elle prête serment à la Constitution le devant les Cortes générales. Les premières années de son règne personnel sont marquées par l'arrivée au pouvoir du Parti modéré et la promulgation d'une nouvelle constitution en 1845.
Bien qu'elle ait été un personnage majeur de l'Espagne au , son règne est globalement jugé de manière négative en raison de l'instabilité politique qui le caractérise.
Famille
d'Espagne est la fille du roi d'Espagne et de sa quatrième épouse (et nièce), Marie-Christine de Bourbon-Siciles.
Son ancêtre, , petit-fils du roi de France Louis XIV, bien qu'il tînt ses droits au trône espagnol de sa grand-mère, la reine Marie-Thérèse, avait établi la loi salique en 1713 afin d'empêcher la dynastie rivale de Habsbourg de se réapproprier la couronne espagnole par des mariages opportuns selon l'adage « Tu Felix Austria Nube »Bélla geránt aliī, tú felix Áustria nūbe. Nám quæ Márs aliīs, dát tibi díva Venūs. C'est-à-dire : « Que les autres fassent la guerre. Toi, heureuse Autriche, épouse ! Car ce que Mars donne aux autres, c'est la divine Vénus qui te l'obtiendra. » qui, au , avait permis à ces princes austro-bourguignons de se constituer un empire sur lequel « le soleil ne se couchait jamais ».
Princesse héritière Un siècle plus tard, n'ayant pas de descendant malgré trois mariages, , arrière-petit-fils de , envisage de laisser le trône à son frère, l'ultra-conservateur infant Charles, comte de Molina, lequel est également père de trois fils.
Sur les instances de sa plus jeune belle-sœur (et nièce), l'intelligente, opiniâtre et libérale Louise-Charlotte de Bourbon-Siciles, il contracte en 1829 une quatrième union avec la sœur de celle-ci, Marie-Christine. et ses frères, qu'ils soient conservateurs ou libéraux, ont tous épousé leur nièce. En effet, à l'époque, les mariages princiers étant dictés moins par les sentiments des futurs conjoints que par l'intérêt politique des différentes dynasties. Le pape accordait paternellement les dispenses nécessaires aux futurs époux.
La jeune reine déclare sa première grossesse dès le début de 1830. Toujours sur les instances de l'infante Louise, qui craint l'arrivée au pouvoir d'un prince aussi conservateur que son beau-frère et oncle l'infant Charles, promulgue une Pragmatique Sanction abolissant la loi salique et permettant à l'enfant à naître de porter la couronne quel que soit son sexe. Pour ce faire, il s'appuie sur une déclaration de son père discrètement publiée en 1789 qui, rétablissant la tradition espagnole, abolit la loi salique.
Cette décision est refusée par l'infant Charles et par ses partisans, qui considèrent que la couronne espagnole, issue d'une maison française, est régie tout comme la Couronne de France par la loi salique, en vertu de la Pragmatique Sanction édictée en 1713 par . Pour ceux-ci et pour le principal intéressé, l'héritier légitime du roi est son frère, l'infant Charles. Celui-ci, né en 1788, prétextant que la déclaration de leur père, , datant de 1789, ne lui est pas applicable, refuse de prêter serment à l'enfant à naître si celui-ci est une fille.
Le , la reine met au monde une petite fille, laquelle est prénommée Isabelle en souvenir de sa glorieuse ancêtre de Castille.
Accession au trône vignette|Portrait de la reine , enfant. |alt=|gauche|264x264pxÀ la mort de son père le , Isabelle, qui n'a pas encore trois ans, est proclamée reine sous le nom d' sous la régence de sa mère Marie-Christine, tandis que son oncle se déclare également roi sous le nom de « ».
Les partisans de l'infant prennent le nom de « carlistes ». Ceux-ci sont des défenseurs acharnés du catholicisme institutionnel et du maintien du droit des provinces, alors que leurs adversaires, les « isabellistes », sont plus libéraux et centralisateurs.
Ce conflit entre les deux factions aboutit à la crise de succession qui se traduit par des affrontements armés qui touchent surtout le Nord de l'Espagne, connus aussi sous le nom de guerres carlistes. Les partisans de l'infant Charles ne parviennent pas à prendre Madrid ni à s'emparer du trône, soutenu par des contingents anglais et français. La France libérale du roi se pose comme le premier allié de l'Espagne « isabelliste ». Derrière ces guerres de succession se dissimulent deux visions politiques opposées de l'Espagne : celle des partisans de la jeune et de sa mère, libérale et centralisatrice ; l'autre portée par les partisans de l'infant Charles, cléricale et fédéraliste.
Mariage et descendance : des liens de famille complexes
Mariage sous l'influence du roi des Français
Le mariage de la jeune reine d'Espagne et de sa sœur préoccupait les chancelleries européennes. Dès 1840, le cabinet anglais proposait comme prétendant le prince Alexandre des Pays-Bas, jeune homme estimé, fils cadet du roi des Pays-Bas, que la reine Victoria avait récusé. Les autres cabinets s'émurent. Le cabinet espagnol argua diplomatiquement de la différence de religion pour ne pas accepter un candidat étranger.
Influencée par le roi des Français, Louis-Philippe, son grand-oncle par alliance, épouse son cousin, l'infant François d'Assise de Bourbon, duc de CadixJasper Ridley, Lord Palmerston (1970) pp 308-15.. Le jeune homme est doublement son cousin puisque son père est l'infant François de Paule de Bourbon, frère cadet de et de l'infant Charles, et que sa mère est la princesse Louise-Charlotte des Deux-Siciles, déjà citée, sœur et soutien de la régente Marie-Christine mais aussi de l'épouse du deuxième prétendant carliste (Carlos, fils de l'infant Charles qui a « abdiqué » en 1845). À noter également, ainsi qu'il est signalé plus haut, que ces princesses sont également les nièces de leurs maris.
Louis-Philippe en profite pour marier la jeune sœur d'Isabelle, Louise-Fernande, à son plus jeune fils Antoine, duc de Montpensier. Ainsi, si Isabelle n'a pas d'enfant — ou pas d'enfant survivant — le duc de Montpensier pourrait monter avec la sœur d'Isabelle sur le trône espagnol.
Le , Isabelle, qui fête ses 16 ans, et sa sœur Louise-Fernande, âgée de 14 ans, se marient le même jour.
Le jour du mariage d'Isabelle, sa mère l'ex-régente Marie-Christine (qui, contre les usages de son milieu, a contracté en secondes noces une union morganatique — bientôt reconnue par sa fille — l'ayant rendue mère d'une famille nombreuse) ne peut se retenir de soupirer : « Ce mariage ne devrait pas être ». Le promis, François d'Assise de Bourbon, est un jeune homme de 24 ans souffrant d'hypospadias et homosexuel. Le couple royal aura onze enfants, dont cinq parviennent à l'âge adulte.
Une descendance nombreuse vignette|Portrait de la reine et de sa fille (palais royal de Madrid, huile sur toile, Franz Xaver Winterhalter, 1852). Isabelle II, reine d'Espagne et son époux François d'Assise, Mrs. Wm. Pitt Byrne, Cosas De España, Illustrative of Spain and the Spaniards as they are, , Page 7, Alexander Strahan, Publisher, London and New York, 1866., ont eu onze enfants dans le cadre de leur mariage, enfants légitimes :
Louis, qui ne vit que quelques heures en 1849 ; Ferdinand, qui ne vit que quelques heures en 1850 ; Marie-Isabelle (1851 – 1931), qui épouse Gaëtan de Bourbon-Siciles (1846 – 1871), prince royal des Deux-Siciles et comte d'Agrigente (sans postérité) ; Marie-Christine, qui ne vit que quelques heures en 1854 ; François, qui ne vit que quelques heures en 1856 ; (1857 – 1885), qui est roi d'Espagne de 1874 à 1885 : il épouse en 1878 Mercedes d'Orléans (1860 – 1878), veuf, il épouse en 1879 Marie-Christine d'Autriche (1858 – 1929), qui est régente de 1885 à 1902 ; María de la Concepción de Borbón (1859 – 1861) ; María del Pilar d'Espagne (1861 – 1879) ; María de la Paz de Borbón (1862 – 1946), qui épouse en 1884 Louis-Ferdinand de Bavière (1859 – 1949), titré infant d'Espagne ; Francisco de Asís de Borbón, qui ne vit que quelques heures en 1863 ; Eulalie (1864 – 1958), qui épouse son cousin germain Antoine d'Orléans, titré infant d'Espagne et duc de Galliera.
Mariage peu heureux et vie religieuse vignette|gauche|La reine et son époux François d'Assise.|268x268px Victime d'un mariage dynastique désastreux qu'elle avait commencé par refuser, la reine eut une succession d'amants. Le roi consort, lors des cérémonies officielles de présentation de l'enfant nouveau-né à la cour, prend pour habitude de dire avant de se retirer :
Par ailleurs, le roi consort aurait donné à ses chiens les noms des amants de son épouse. De là serait né, le mythe de la reine nymphomane, forgé par des opposants de tout bord, en particulier par les carlistes, pour discréditer Isabelle II, par ailleurs très pieuse catholique, d'une foi ardente et sincère.
En 1857, elle prit pour confesseur Antoine-Marie Claret, archevêque de Cuba, dont la vie était en danger, le prélat s'étant opposé au traitement des esclaves par les colons. Il exerça également une grande influence (il sera canonisé en 1950).
Sous l'influence de la France également, le jour de son mariage, la jeune reine nomma son mari roi consort, lui donna le prédicat de Majesté et partagea avec son époux la réalité du pouvoir.
L'année même de son mariage est troublée par la deuxième guerre carliste qui durera jusqu'en 1849.
Règne personnel Des conseillers influents alt=|vignette|Portrait de la reine Isabelle II, peint par Federico de Madrazo.