André « Dédé » Fortin, né le à Saint-Thomas-Didyme et mort entre le 8 et le à Montréal, est un auteur-compositeur-interprète québécois.
Chanteur et musicien autodidacte, il joue avec différents groupes avant de fonder Les Colocs en 1990. Issus de la contre-culture, Les Colocs participent de façon décisive à l'émergence d'un nouveau genre de musique alternative au Québec. Leur premier album, Les Colocs, est lancé en 1993. Ils remportent quatre prix de l'ADISQ en 1993 et celui du groupe de l'année en 1994. Leur second album, Atrocetomique, est lancé le jour du référendum de 1995. Après quelques changements de personnel, Les Colocs lancent un troisième album, Dehors novembre, en 1998.
Dans les dernières années de sa vie, André Fortin lutte avec des problèmes de santé mentale. Le , il est retrouvé mort à son domicile du Plateau Mont-Royal, où il s'est suicidé.
Son énergie festive, sa volonté de chanter en français et son engagement social et politique font d'André Fortin et des Colocs des figures majeures de la musique québécoise des années 1990. De nombreux hommages posthumes lui ont été rendus, dont la médaille de l'Assemblée nationale en 2006 et le film Dédé, à travers les brumes en 2009.
Biographie Jeunesse
Premières années André Fortin naît à Saint-Thomas-Didyme au Lac-Saint-Jean. Il est le dixième d'une famille de onze enfants nés d'Alfred Fortin et de Gisèle TremblayAndré St-Pierre (réal.), Musicographie : Dédé Fortin, MusiMax, 2001, 45 min.. À l'âge de huit ans, il déménage sur l'avenue du Rocher à NormandinPhilippe Meilleur, André Fortin. L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 13.L'une des rues de ce village, la rue Saint-Cyrille, lui inspirera plus tard la chanson La rue principale..
André Fortin grandit dans une famille de condition modeste, mais nombreuse. Dans l'enfance, il est un garçon sociable mais craintif. Doté d'un esprit vif et curieux, ainsi que d'une grande sensibilité artistique, il est attiré peu à peu par la musique. Un jour, lors d'un mariage, il assiste au concert d'un orchestre professionnel invité pour l'événement. La vue de ces musiciens « bien habillés qui maniaient leurs instruments avec grâce et précision [qui] obéissaient au rythme et aux mélodies des chansons comme s'ils étaient ensorcelés, envoûtés par celles-ci » impressionne grandement le jeune André FortinPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 22.. De retour chez lui, il prend l'habitude après les repas de s'amuser en tapant sur des casseroles et des bacs de bleuets vides pour faire de la musiquePhilippe Meilleur, André Fortin. L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 14..
Encouragé par sa famille, son intérêt pour la musique se transforme en passion. Il tente ainsi de se faire admettre dans la chorale de son école. Pour y parvenir, chaque enfant devait chanter en reproduisant des notes jouées par le directeur de la chorale. Ce directeur de chorale, un frère enseignant particulièrement sévère, fait passer l'audition à André Fortin. Toutefois, le garçon n'ayant pas encore développé l'oreille musicale n'arrive pas à chanter juste. Il est alors refusé pour la chorale. Cette expérience le déçoit terriblementPhilippe Meilleur, André Fortin. L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 22.. Malgré cet échec, André Fortin persiste. Il décide d'apprendre à jouer de la musique par lui-même. Pour ce faire, il profite de la collection de vinyles de son frère aîné Claude et passe de longues heures à écouter des albums qui formeront la base de sa culture musicale. Il découvre ainsi le rock progressif anglais, le jazz français, le blues américain, la musique québécoise populaire et d'autres styles. Puis, un peu après son dixième anniversaire, il commence à apprendre la guitare avec l'aide de son frère BenoîtPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 22-23..
Adolescence
À l'adolescence, André Fortin continue à faire de la musique dans ses temps libres. Un jour d'été en 1979, il décide de se rendre avec ses amis à Roberval pour voir un concert d'un de ses artistes préférés. Chaque année, Roberval accueille la Traversée du lac Saint-Jean, une compétition de nage internationale. L'événement, très populaire, se conclut toujours par le concert d'un groupe ou d'un artiste renommé. Cette année-là, l'artiste invité est Plume LatraverseRéjean Tremblay, « Du sabotage à la Traversée », La Presse, 28 juillet 1979, cahier C, p. 3. Consulté le 5 mai 2025.Marcel Rivard, « Plume a été écœurant », Le quotidien du Saguenay-Lac-St-Jean, 31 juillet 1979, cahier 1, p. 6. Consulté le 5 mai 2025.. Fortin admirait Plume et sa musique, mais il n'avait jamais eu l'occasion d'en vivre l'expérience en salle, en personne. Fortin se rend donc comme prévu avec ses amis et assiste au spectacle. Connu pour sa réputation sulfureuse, ses textes outranciers et ses multiples excès, le chanteur offre une prestation exceptionnelle qui soulève le publicLouis Potvin, « La foule défie un ciel menaçant... et gagne! », Le Quotidien, 27 juillet 2006, p. 2. Consulté le 7 mai 2025.. Le jeune Fortin ressort de ce spectacle « complètement soufflé par la poésie de Plume, par son attitude rebelle et désinvolte, par sa musique à la fois accessible et anticonformistePhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 31-32. ». Le souvenir de ce spectacle sera d'ailleurs évoqué plus tard, dans la chanson La Traversée : vignette|André Fortin assiste à un spectacle mémorable de Plume Latraverse à Roberval, lors de la Traversée du lac Saint-Jean de 1979.vignette|La rue Saint-Cyrille (ci-haut) à Normandin inspire une autre chanson à André Fortin : La Rue principale.Durant cette période, André Fortin développe une autre grande passion qui le suivra toute sa vie : le cinéma. À la même époque, il participe à un voyage étudiant de quatre mois à Lethbridge en Alberta, dans le cadre d'un programme d'immersion anglaise. N'ayant jamais eu l'occasion de fréquenter régulièrement une salle de cinéma dans sa région natale, il découvre alors le septième art en compagnie de l'un de ses amis appelé Gino, connu lors d'un voyage précédent à Owen Sound en Ontario. Au cours de ce voyage, il apprend l'anglais et devient bilinguePhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 34-38..
De retour à Normandin, il remarque l'arrivée d'un nouveau centre commercial, Place Le Gerbier, à la sortie de la ville sur la rue Du Rocher. Des années plus tard, cet endroit lui inspirera une chanson : La Rue PrincipalePhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 37, 258-259..
Études
Cégep À l'automne 1980, André Fortin entame un DEC en arts et lettres au Cégep de Saint-Félicien. Cette entrée au cégep lui permet de découvrir le monde de la littérature. Ayant appris par oreille les textes de plusieurs grands auteurs, il approfondit cette fois sa culture littéraire. Toutefois, une douloureuse rupture l'amène à vouloir quitter sa région natale. Cherchant à tourner la page, mais aussi à rencontrer d'autres gens passionnés par la création comme lui, il quitte Normandin et s'établit à Montréal. Au printemps de 1982, il complète un DEC en arts et lettres au Cégep du Vieux-MontréalPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 40-43..
Afin de payer ses études, André Fortin se trouve un emploi au port de Montréal. Il y répare des pièces de métal pour des naviresLes Colocs chez les Souverains anonymes, partie, 2 juin 1994. Consulté le 9 mai 2025..
Université Fasciné par le petit et le grand écran, André Fortin cherche à faire carrière dans ce domaine dans un premier temps. À l'automne 1982, il entreprend une majeure en études cinématographiques et une mineure en communication à l'Université de Montréal. Il était un étudiant très assidu : « Quand il arrivait en classe, dix minutes avant le début du cours, il traînait souvent un sac à dos rempli de tous les livres du programme de cinéma, au cas où il en aurait besoinPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 45-46. ».
Ses amis le trouvaient toujours en état de réflexion, comme s'il était habité par de multiples pensées à la fois : « Quand il s'installait le matin devant Le Devoir, il le lisait en plissant des yeux, se mordillant la lèvre inférieure, tapant frénétiquement du pied, l'air de réfléchir aux articles comme si sa vie en dépendait. Il voulait tout comprendre, tout apprendre, tout mettre en ordre, assimiler toutes les connaissances à sa portéePhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 47. ». Cette nervosité s'accompagnait de problèmes d'insomnie qu'il soignait par la lecture de romans ou de journaux, dans la solitude de son appartement.
Débuts
Les Sneakers C'est à l'université qu'André Fortin fait la rencontre d'Éric Henry, un autre étudiant en cinéma. C'est avec lui qu'il réalise ses premiers films étudiants, BS Blues et Tranche de vie. Également musicien, Éric Henry jouait de la guitare dans ses temps libres avec un groupe de blues. André Fortin lui propose un jour de jouer ensemble pour le plaisir, avec son colocataire de l'époque, Fred Roverselli, qui étudiait la musique à l'école Vincent-d'Indy. C'est ainsi que naissent les Sneakers, un trio rockabilly, blues et boogie avec Henry à la guitare et au chant, Roverselli à la basse et Fortin à la batterie. Influencés par les Stray Cats, un groupe rockabilly marquant sur les modes musicales et vestimentaires d'Amérique du Nord et d'Europe au milieu des années 1980, les Sneakers s'inspirent grandement de leur style effréné et de leur allure de rockeurs des années 1950. Interprétant des succès des Stray Cats, des Cramps et des Meteors, toutes leurs chansons étaient chantées en anglaisPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 48-50..
Sentant qu'ils avaient un grand potentiel, avec l'attitude d'Henry, la technique de basse remarquable de Roverselli et le talent de Fortin qui « debout derrière sa petite batterie, tenait le rythme comme s'il l'avait fait toute sa vie », après plusieurs répétitions, les Sneakers donnent leurs premiers spectacles au bar alternatif Le Grand Bock ainsi qu'au bar 50's, au centre-ville de MontréalPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 51.« Spectacles » section Variétés, La Presse, 31 mai 1984, cahier D, p. 10. Consulté le 7 mai 2025.. En 1984, ils jouent sur la scène du Vélodrome lors du Salon de la jeunesse. Toutefois, après quelques concerts, le groupe finit par se séparer au bout d'un anPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 57-59..
Perfo 30 À la même époque, le monde de la musique est encore ébranlé par l'arrivée de MTV. Cette chaîne américaine (et sa contrepartie canadienne-anglaise Much Music) diffusait des vidéoclips, un genre alors à ses balbutiements, ouvrant de toutes nouvelles possibilités de rayonnement pour les groupes de musique. Toutefois, les artistes pouvant produire un vidéoclip étaient alors peu nombreux, compte tenu des coûts de production, et devaient faire appel à des cinéastes établis. Cherchant donc à se faire un nom dans le domaine, André Fortin conçoit avec deux autres cinéastes un ambitieux projet intitulé Perfo 30 : une série de 30 vidéoclips mettant en vedette des groupes de musique émergentsPhilippe Meilleur, André Fortin: L'homme qui brillait comme une comète, VLB Éditeur, 2013, p. 62-64..