Pascale Ogier, nom de scène de Pascale Nicolas., est une actrice française, née le à Paris où elle est morte le . Vedette « rohmérienne »V. Canby, « Eric Romer's "Full Moon In Paris" Opens. », in New York Times - Weekend Desk, p. 5, col. 1, New York, 7 septembre 1984. disparue en pleine jeunesseMagali Lesauvage, Entretien avec Dorothée Smith, photographe de « fantômes », Exponaute, Paris, octobre 2013., elle demeure l'« icône növo »Philippe Azoury, « Pascale Ogier, fantôme de la pleine lune. », in Obsession - Le Cahier des tendances de l'Obs, n° 21, Le Nouvel Obs, Paris, 25 octobre 2014., la figure mélancoliqueAntoine de Baecque, « La grâce de Pascale Ogier, vingt ans après. », in Libération, n° 7295, p. 37, Paris, 25 octobre 2004. des années 1980Pascale Ogier, citée in Claude Ventura, « Les petits papiers de Pascale O. », in Cinéma, Cinémas, Antenne 2, Paris, 3 octobre 1984..
Biographie Jeunesse (1958-1977) Fille de Marie-France Thielland, qui deviendra actrice sous le nom de scène de Bulle Ogier, et du musicien Gilles NicolasExtrait de naissance n° 16/2304/1958., Pascale Ogier, fruit d'un amour de vacances, a lorsque sa mère (alors âgée de ) se sépare de son compagnonAnne Diatkine, « La vague absolue », in Libération, Paris, 4 janvier 1999. et quand celle-ci passe du théâtre au cinéma. Elle a une demi-sœur par son père, ÉmeraudeThomas E. Florin, « À la poursuite d'une étoile filante », Vanity Fair n°63, novembre 2018, p. 110-117.. À , elle découvre de l'intérieur les plateaux en servant de figurante dans un film que sa mère tourne sous la direction d'André Téchiné, Paulina s'en va.
À l'adolescence, le second mari de sa mère, Barbet Schroeder, qui est, à travers la société Les Films du Losange, le producteur d'Éric Rohmer, l'initie à l'univers de Charles Bukowski. Étudiante en littérature et cinéma à Censier, elle interrompt son cursus, contre l'avis de sa mère, pour se lancer à son tour dans le métier d'actrice, « At The Movies. », in New York Times - Weekend Desk, p. 6, col. 5, New York, 7 septembre 1984.. Durant ces années, elle traîne aussi dans le quartier des Halles, en pleine rénovation, avec des « blousons noirs ».
Le parrainage du Losange (1978-1980) Elle obtient, en 1978, dans La Vie comme ça, deuxième long métrage de Jean-Claude Brisseau, un cinéaste confidentiel que soutient Éric Rohmer, son premier rôle, celui d'une des collègues de l'héroïne, jeune fille reléguée dans ses difficultés familiales, économiques et psychologiques par la sociétéJean-Claude Brisseau, La Vie comme ça., INA, Bry, 1978. de l'après choc pétrolier, tant au travail où le harcèlement est la règle, qu'à la maison, dans une banlieue abandonnée à la violence.
Éric Rohmer, voisin de l'appartement du dessous, qui l'a vue grandir, lui offre un second rôle au côté d'Arielle Dombasle, dans une aventure artistique rare, l'adaptation littérale de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes en octosyllabes. Comme tous les autres acteurs du film, elle apporte sa voix au chœur qui accompagne les instrumentistes médiévaux illustrant les différentes scènesGuy Robert, Perceval le gallois d'après des airs des ., ref. 14015, Adès, Paris, 1978, 33 t..
Elle rencontre, au Festival du nouveau cinéma de Montréal, Jim Jarmusch, avec lequel elle noue une relation intime, mais c'est avec le directeur artistique de celui-ci, Benjamin BaltimoreBenjamin Baltimore a réalisé un grand nombre d'affiches pour les réalisateurs d'un certain cinéma écrit, depuis François Truffaut jusqu'à Peter Greenaway., que l'année suivante elle se met en couple, après l'avoir aidé dans la réalisation d'un projet de décoration, et sans pour autant que ce triangle amoureux ne trouve sa solution. C'est l'époque insouciante et toxicomaniaque, où le sida n'a pas encore freiné la liberté sexuelle et où elle a l'habitude, avec sa bande b.c.b.g. (comprenant Jim Jarmusch, Eva Ionesco, Christian Louboutin, Thierry Ardisson, Alain Pacadis, Pauline Lafont et la mère de celle-ci, Bernadette, Pascal Greggory, Elli Medeiros, Virginie Thévenet ou Roland Barthes) de sortir au foyer underground du PalacePascal Greggory, « Hommage à Wim », in Numéro Homme, Paris, septembre 2011..
En 1979, Éric Rohmer la met en scène au théâtre des Amandiers, dans une nouvelle traduction française qu'il a faite lui-même de La Petite Catherine de Heilbronn. Elle assure le rôle principal aux côtés de Marie Rivière, Arielle Dombasle et Rosette, qui remplace Béatrice Romand, une autre des nymphettes que Rohmer réunira dans ses créations futuresGregory Couteau, « Les Rohmeriennes », in Filmdeculte.com, Paris, [s. d.].. Les critiques sont très dures à l'égard de la pièce, ce qui n'empêche pas la troupe de fêter la dernière aux Bains Douches. En 1980, la version télévisée de la pièce la ramène à l'écran après cette parenthèse théâtrale.
Rivette - Rohmer (1981-1984) En 1981, elle cosigne avec sa mère le scénario du film Le Pont du Nord, réalisé par Jacques Rivette, le cinéaste qui a, en 1967, évincé Éric Rohmer de la direction de la rédaction des Cahiers du cinéma, pour cause de néoclassicisme réactionnaire et catholiqueAntoine de Baecque et Noël Herpe, Éric Rohmer, Stock, Paris, 2014, 604 p.. Pascale Ogier y interprète l'un des deux principaux rôles, aux côtés de Bulle Ogier, sa mère. Elle y incarne une jeune fille aux manières de voyou, garçon manqué plus proche du karateka à Jim Jarmusch, cité in Azoury, « Pascale Ogier, fantôme de la pleine lune. ». qu'elle restera à la ville, que de l'image girly qu'elle donnera par la suite. Sa prestation lui vaut d'être reconnue aux États-Unis comme un espoir du cinémaVincent Canby, « Rivette's "Le Pont Du Nord". », in New York Times - Cultural Desk, p. 26, col. 1, New York, 7 octobre 1981.. Elle pose l'année suivante devant l'objectif de son compagnon Benjamin Baltimore en Marianne dénudée, pour l'affiche de la revue Perspectives du cinéma français du Festival de Cannes, Marianne manque d'air, mais Marianne ne manque pas d'air.
En 1983, Ken McMullen, se confrontant au style de Jacques Rivette et de Jean-Luc Godard, lui confie un des deux principaux rôles de Ghost Dance, moyen métrage expérimental tiré d'une Traumdeutung et une psychanalyse jungienne réinventées par Jacques DerridaMehdi El Hadj, « Jacques Derrida », in Le Bon Plaisir, France Culture, Paris, 22 mars 1986., qui y joue face à une Pascale Ogier spectraleJacques Derrida, in Bernard Stiegler, Échographies de la télévision, pp. 133-135, Galilée-INA, Paris, 1996,cité in , What is Posthumanism?, pp. 92-93, UMP, Université du Minnesota, Minneapolis, 2010. son propre personnage pérorant sur la dématérialisation de la voix et de la communication : Elle-même, ex étudiante marquée par la lecture de Rose poussière de son amiNelly Kaprièlian, « Les fantômes de Jean-Jacques Schuhl », in Les Inrockuptibles, Paris, 5 janvier 2010. Jean-Jacques Schuhl, est férue d'écriture cinématographique avantgardiste. À vingt quatre ans, elle maîtrise la diction apprise de Marguerite Duras, celle-là même que sa mère imitait à l'instar d'Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour.
En 1984, Éric Rohmer, qui a eu le loisir de l'inviter souvent avec d'autres adolescents et d'étudier cette jeunesse, affranchie tant de la morale que des idéologies, promise à un avenir sans difficultés sinon sentimentales, lui confie le rôle principal d'un film existentialisteC. J. Philippe, « Eric Rohmer : "Les Nuits de la pleine lune". », in Le cinéma des cinéastes, France Culture, Paris, 9 septembre 1984. sur l'éternelle histoire d'amour et de mort que l'impossible désir pour l'autreFrancis Moury, « Les nuits de la pleine lune d'Éric Rohmer», in Stalker, Paris, 18 février 2010 . fait rejouer à la génération növo (post punk) des années 1980, Les Nuits de la pleine lune. Comme le réalisateur représente, tel Watteau, la comédie que les enfants de la bourgeoisie contemporaine se jouent à eux-mêmes, et la manière qu'a une jeune femme de se mettre en scène dans sa vraie vie, il confie à l'actrice elle-même le soin de choisir ses tenues dans sa propre garde robe, et les accessoires du décor dans son environnement. Par une mise en abyme imperceptible, il fait de son personnage une décoratrice. C'est également Pascale Ogier qui fait découvrir à Éric Rohmer les performances montmartroises des 120 Nuits et le disque Rectangle d'Elli et Jacno, dont les chansons électroniques, légères et justes à la fois, serviront d'illustration sonoreJean-Marie Pottier, « Les Nuits de la pleine lune, étoile filante de la pop française », in Slate.fr, Paris, 29 juin 2011.
Louise, le personnage à la voix fragile et si singulière qu'elle interprète, partage sa vie entre deux hommes, le jour dans une ville nouvelle de la banlieue avec un compagnon, interprété par Tchéky Karyo, et la nuit à Paris même, avec un confident chaste tenu au rôle d'ami et accompagnateur, qu'incarne Fabrice Luchini. Le film fait près de six cent mille entrées et Pascale Ogier devient une actrice reconnue par le public et la profession. En septembre son interprétation, dans laquelle elle semble jouer la femme qu'elle est à la ville, lui vaut la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine à la Mostra de VenisePierre Li, « Hier au soir Pascale Ogier a reçu le prix de la meilleure actrice à la Mostra de Venise pour son rôle dans le film d'Eric Rohmer, "Les Nuits de la pleine lune". », in Journal de 20 H., Antenne 2, Paris, 8 septembre 1984.. Le prix lui est remis par le cinéaste qu'elle révère, Michelangelo Antonioni Biennale del cinema di Venezia - Serata finale., Rai 1, Rome, 7 septembre 1984..
Mort vignette|redresse|Tombe de Pascale Ogier au cimetière du Père-Lachaise (division 52). Elle commence le tournage d'Elsa, Elsa, film de Didier Haudepin dont elle incarne le personnage principalW. M. Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos, citée in « La face B de Lio », in Le Parisien, Paris, .. Le , elle prend part à une réception officielle à l'Élysée en l'honneur de l'industrie de la mode, en présence du président Mitterrand, de grands couturiers et d'artistes connus« Couturiers à l'Élysée », Antenne 2, Paris, , 2 min 36 s.. Sept jours plus tard, est diffusée une interview filmée au début du mois pour l'émission Cinéma, CinémasExtrait Claude Ventura, « Les petits papiers de Pascale O. », in Cinéma, Cinémas, Antenne 2, Paris, . où elle évoque avec pudeur une sexualité sombre, faite de Pascale Ogier, citée in Azoury, op. cité.
Le , deux mois et demi après la sortie des Nuits de la pleine lune, elle est prise d'une crise d'angor, comme cela lui est déjà arrivé, au sortir d'une soirée au Palace chez un ancien partenaire d'excès adolescents. Celui-ci ignore qu'elle souffre d'un souffle au cœurLuc Arbona, « Les nuits de la pleine lune », in Les Inrockuptibles, Paris, ., trace d'une malformation cardiaqueJournal de l'année : janvier - 31 décembre 1984, p. 1053, Larousse, Paris, 1985. congénitale, et tarde à alerter les secours. Elle meurt sur place « Pascale Ogier, Actress, 24;Won Venice Festival Award. », in The New York Times, New York, . des conséquences d'une ischémie myocardique qui a dégénéré en hypoxie générale, à la veille de son vingt-sixième anniversaire. Le soir mêmeSa mère, en tournée en province, est informée quelques heures avant d'entrer sur la scène de Savannah Bay, pièce dans laquelle Madeleine Renaud incarne une comédienne qui ne se produit plus depuis qu'elle a perdu sa fille. a lieu l'avant-première de son dernier long métrage, Ave Maria, dont elle ne connaîtra pas le destin scandaleux. Ce n'est que des années plus tard que les médias français évoqueront une mort résultant d'une overdoseChristophe Carrière, « Ex-stars des eighties », L'Express, Cédric Walter, « Jim Jarmusch, de la déambulation à la quête : 20 ans de cinéma », Chronic'art, Pascale Ogier sur Cinémémorial qui a décompensé sa cardiopathieActe de décès n° 9/451/1984..