La Tortue de Muhlenberg (Glyptemys muhlenbergii), parfois appelée et comme d'autres espèces « Tortue des marais », est une tortue semi-aquatique endémique de l'est des États-Unis. L'adulte pèse en moyenne . Sa peau et sa carapace sont généralement marron foncé, avec une marque orange caractéristique de chaque côté du cou. C'est une tortue diurne discrète, qui passe le plus clair de son temps enterrée dans la vase, et qui hiberne durant l'hiver. La Tortue de Muhlenberg est omnivore et consomme principalement de petits invertébrés. Le cycle de vie de cette espèce est plutôt long, et les femelles pondent 3 œufs en moyenne, une fois par an. Le jeune grandit assez rapidement, atteignant sa maturité sexuelle entre 4 et 10 ans. Les Tortues de Muhlenberg vivent en moyenne entre 20 et 30 ans à l'état sauvage. Depuis 1973, le zoo du Bronx élève des Tortues de Muhlenberg en captivité.
On peut rencontrer cette tortue depuis l'État de Vermont au nord jusqu'en Géorgie au sud, et dans l'Ohio à l'ouest. Elle a été décrite scientifiquement pour la première fois en 1801 après une étude menée à la fin du en Pennsylvanie. C'est la plus petite tortue d'Amérique du Nord, mesurant environ dix centimètres de long quand elle a atteint la taille adulte. Bien que la Tortue de Muhlenberg ait une apparence similaire à la Tortue peinte ou à la Tortue ponctuée, sa plus proche apparentée est la Tortue des bois.
Cette espèce est considérée comme menacée au niveau fédéral, et est protégée par l'Endangered Species Act de 1973. Les plantes invasives et le développement urbain ont en effet détruit une grande partie de son habitat, et par conséquent réduit sa population. Par ailleurs elle est très recherchée sur le marché noir, du fait de sa petite taille et de son coloris particulier qui en font un animal de compagnie apprécié des collectionneurs. Différents projets privés ont été lancés dans l'intention de limiter le déclin de la population de cette tortue.
Description vignette|gauche|Dessin fait par Holbrook en 1836.
La Tortue de Muhlenberg est la plus petite espèce de tortue d'Amérique du Nord. Les tortues adultes pèsent approximativement quand elles sont arrivées à maturité. Elle n'a pas de bouche proéminente. Sa tête est marron foncé ou noir, avec une marque jaune vif, orange ou rouge de chaque côté du cou. Cette marque est souvent fourchue, les pointes orientées vers l'arrière. La Tortue de Muhlenberg a une peau de couleur sombre, qui prend une teinte rouge-orangée à l'intérieur des pattes de certains spécimens. La carapace forme un dôme à base rectangulaire, qui se rétrécit légèrement du côté de la tête et s'élargit du côté de la queue. Les écailles de la carapace portent souvent des anneaux caractéristiques. Ces écailles peuvent également être arrangées en lignes. Chez certains individus âgés, et chez ceux qui se terrent dans des substrats durs, la carapace peut être lisse. Bien qu'elles soient généralement noires, on peut parfois voir des reflets bruns liés à l'exposition au soleil sur les écailles de la carapace. Le plastron est également marron foncé à noir.
Les Tortues de Muhlenberg mâles matures sont légèrement plus grands que les femelles, mesurant en moyenne (longueur de la carapace), contre en moyenne pour les femelles. Ce dimorphisme sexuel s'explique par le fait qu'une grande taille présente un avantage pour les combats entre mâles qui précèdent l'accouplement. Les mâles ont également une tête plus grosse. Leur plastron semble légèrement concave tandis que celui des femelles est plat. La queue des mâles est plus longue et plus large que celle des femelles. Le cloaque débouche plus loin vers la queue chez le mâle, celui de la femelle étant positionné dans le plastron. Il est très difficile de sexer les jeunes tortues.
vignette|centré|upright=2.5| Clemmys guttata Glyptemys muhlenbergii Chrysemys picta La tortue de gauche est la Tortue ponctuée, avec ses points jaunes sur la carapace. Au milieu se trouve la Tortue de Muhlenberg. L'espèce de droite est la Tortue peinte, on note l'absence d'une large marque colorée sur le cou.
La Tortue peinte et la Tortue ponctuée sont d'apparence similaire à la Tortue de Muhlenberg. La Tortue de Muhlenberg s'en distingue toutefois facilement grâce à sa marque colorée caractéristique sur son cou. Elle se différencie de la Tortue ponctuée par l'absence de coloration de sa carapace, contrairement à cette dernière espèce.
Écologie et comportement Activité vignette|Une Tortue de Muhlenberg marchant dans l'herbe.|alt=Une Tortue de Muhlenberg se tenant sur ses quatre pattes et marchant dans l'herbe épaisse, vue du dessus.
La Tortue de Muhlenberg est principalement diurne, étant active durant la journée et dormant la nuit. Elle s'éveille tôt le matin, se réchauffant aux premières lumières du jour jusqu'à ce qu'elle atteigne la température voulue, puis part à la recherche de nourriture. C'est une espèce discrète, difficile à observer dans son milieu naturel. Durant les jours plus froids, la tortue passe son temps dans des couverts herbacés denses, sous l'eau, ou enterrée dans la vase. Lorsque la température est suffisamment élevée, elle consacre son temps à la recherche de nourriture, à l'accouplement (au début du printemps) et surtout passe de longues heures au soleil pour se réchauffer. Toutefois, la Tortue de Muhlenberg se protège tout de même du soleil aux heures les plus chaudes de la journée. Au cours d'épisodes d'extrême chaleur, la tortue peut même entrer en estivation, ou se réfugier sous terre, dans des tunnels souterrains remplis d'eau. La nuit, elle s'enterre elle-même dans la vase
De fin septembre jusqu'en mars ou avril la tortue hiberne, seule ou en petits groupes dans des sources. Ces petits groupes comprennent jusqu'à douze individus, et peuvent inclure des tortues appartenant à d'autres espèces. Les Tortues de Muhlenberg essaient de trouver un sol dense, une grosse racine par exemple, pour se protéger durant cette période. Toutefois, elles peuvent également hiberner au pied d'un arbre, dans un terrier abandonné ou dans la vase. La Tortue de Muhlenberg sort de son hibernation quand la température de l'air passe entre 16 et .
Territorialité Le mâle est très territorial et attaque ses congénères masculins si ceux-ci s'aventurent à moins de quinze centimètres de lui. Un mâle agressif va se jeter sur un intrus le cou tendu en avant. Comme il s'approche de son congénère, il incline sa carapace en retirant sa tête et dressant ses pattes arrière. Si l'autre mâle ne se retire pas, ils commencent à se battre en se mordant et se poussant. Le combat dure généralement quelques minutes, et le mâle le plus gros et le plus vieux sort généralement vainqueur. La femelle peut également se montrer agressive si elle est menacée. Elle défend l'aire où se trouve son nid des autres femelles, dans un rayon de autour de celui-ci. Si une jeune tortue l'approche elle l'ignore, et si c'est un mâle elle quitte la zone.
vignette|droite|Les moufettes se nourrissent occasionnellement de Tortues de Muhlenberg.|alt=Deux moufettes montrant leurs queues et leur dos. La moufette de droite est plus grosse que celle de gauche, et toutes les deux regardent vers le centre de l'image.
Alimentation La Tortue de Muhlenberg est omnivore et mange des plantes aquatiques (comme les Lemnaceae), des graines, des baies, des vers de terre, des escargots, des limaces, des insectes et autres invertébrés, des grenouilles et des petits vertébrés. Elle peut également manger occasionnellement des charognes. Les invertébrés comme les insectes représentent généralement la majeure partie de son alimentation. Elle se nourrit toute la journée, mais rarement quand il fait trop chaud, consommant sa nourriture sur terre ou dans l'eau.
La Tortue de Muhlenberg a plusieurs prédateurs, parmi lesquels on note la Tortue ponctuée, certains serpents comme la couleuvre d'eau (Nerodia sipedon) et la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis), le rat musqué, la mouffette rayée, le renard, le chien et le raton-laveur. Par ailleurs, des annélides (Placobdella multilineata et P. parasitica) et certaines mouches (Cistudinomyia cistudinis) parasitent certains individus, leur causant une perte de sang et donc un affaiblissement ; ils sont parfois porteurs de pathogènes. Sa carapace ne la protège pas complètement des prédateurs du fait de sa petite taille, et sa principale défense consiste à s'enfouir dans la vase. Occasionnellement elle peut défendre son territoire et mordre les intrus.
Les tortues peuvent être atteintes d'infections bactériennes. Les bactéries des genres Aeromonas et Pseudomonas causent par exemple des pneumonies. On a également trouvé des biofilms dans les poumons de deux spécimens décédés en 1982 et 1995 au sein de la population du sud.
Déplacements vignette|gauche|Une jeune tortue.|alt=Une Tortue de Muhlenberg avec la queue pointant sur la droite de l'écran. La tortue regarde sur sa gauche.
La Tortue de Muhlenberg bouge très peu, et passe la plupart de son temps à se réchauffer au soleil et attendre le passage d'une proie. Elle est surtout active après une pluie. Diverses études portant sur la distance effectuée quotidiennement par cette tortue l'ont évaluée à entre 2,1 et chez les mâles et entre 1,1 et chez les femelles. Les tortues des deux sexes sont capables de retourner dans leur habitat d'origine lorsqu'elles sont relâchées à moins de de leur site de capture. Si son habitat d'origine n'est plus vivable, elle est capable de voyager sur de longues distances pour trouver un nouvel endroit où s'installer. L'espèce est plus active au printemps, et les mâles peuvent migrer sur de plus longues distances et montrent une activité plus saisonnière que les femelles car ils défendent leur territoire. Au sein de leur territoire, les mâles s'éloignent jusqu'à de leur habitat et les femelles jusqu'à .. Dans le Maryland, le territoire occupé par une tortue varie entre et avec de grandes variations suivent le lieu et l'année..
La Tortue de Muhlenberg est semi-aquatique et peut se déplacer sur terre comme dans l'eau. La distance et la fréquence de ses déplacements sur terre a aidé les herpétologistes à comprendre son comportement, son écologie, les flux génétiques dans les populations et la pérennité de certaines populations. La plupart des déplacements de la Tortue de Muhlenberg font moins de , et seulement 2 % dépassent . De longs voyages, d'une tourbière à l'autre par exemple, sont rares..
Les déplacements des tortues d'une population à l'autre permettent de conserver une certaine diversité génétique. Si ces déplacements n'avaient plus lieu, la diversité génétique se réduirait et l'espèce serait davantage menacée de disparaître. Divers aspects des déplacements des Tortues de Muhlenberg restent à éclaircir, comme la nature du phénomène incitant ces tortues à quitter leur habitat, la distance qu'un individu peut parcourir en un jour, une semaine, une année, et comment la séparation de petits groupes affecte la diversité génétique de l'espèce ..
Reproduction vignette|Une Tortue de Muhlenberg juvénile.