Les Missionnaires d'Afrique (en latin : Missionarii Africae, en abrégé M.Afr.) forment une société de vie apostolique missionnaire de droit pontifical également connus sous le nom de Pères blancs. Ils ne doivent pas être confondus avec les missionnaires de la Société des missions africaines.

Historique

C'est à l'époque de la famine, consécutive à une épidémie de choléra, de 1867, qui laisse un grand nombre d'orphelins dans la région côtière de l'Algérie, que Charles Lavigerie est nommé archevêque d'Alger. Le , Pie IX le nomme préfet apostolique du Sahara-Soudan. Charles Lavigerie fonde sa société des Missionnaires d’Afrique à Maison-Carrée (actuelle El-Harrach) en Algérie française en 1868, avec son noviciat à Alger et le domaine d'Oulid Adda, pour dans un premier temps instruire et catéchiser les enfants et fonder des villages chrétiens à partir de familles formées par les anciens orphelins baptisés, et dans un second temps évangéliser les populations du Sahara et d'Afrique centrale (1868).. Il le fait cependant dans un contexte d'opposition de l'administration coloniale dès le début. Une branche féminine est fondée en 1869, les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique.

Leur première tâche : s'occuper de l'éducation des orphelins et orphelines que par centaine ils recueillaient. Des villages furent créés à Maison-Carrée, où étaient offerts aux nouveaux couples chrétiens (les orphelins devenus adultes) de petits domaines agricoles.

Lors de la révolte de Kabylie de 1870-1871, la société traverse une crise et tous les séminaristes la quittent. Elle se reconstitue en 1871, lorsque le séminaire ouvre à nouveau ses portes à Maison-Carrée, sous la direction du jésuite François-Joseph Desbillons. Par la suite, le supérieur général réside à Maison-Carrée et le scolasticat est transporté à Saint-Louis de Carthage., et Thibar, le noviciat demeurant à Maison-Carrée. La maison mère des Pères blancs demeure à Maison-Carrée jusqu'en 1953, date à laquelle le supérieur général installe ses quartiers à Rome.

La société va se développer rapidement (le premier chapitre général a lieu en 1874). Ses constitutions sont acceptées en 1879 et approuvées définitivement par Rome en 1908, alors que la Société est dirigée par Léon Livinhac. Jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, elle sera l'une des sociétés missionnaires francophones des plus célèbres, souvent évoquée dans la littérature ou le cinéma de l'époque..

Le costume religieux des pères consistait traditionnellement en une soutane blanche, ou une gandoura, avec un burnous blanc, un rosaire à gros grains blancs et noirs, une croix autour du cou et une chéchia de feutre rouge sur la tête, mais aujourd'hui les missionnaires sont en civil.

Les Pères blancs ont ouvert leur première maison en France métropolitaine en 1874, en Tunisie en 1875, en Afrique de l'Est en 1878, en 1884 en Belgique, en 1894 en Allemagne et au Soudan français, en 1901 au Québec. Ils achètent la maison de Saint-Laurent-d'Olt en Aveyron en 1884, d'abord petit séminaire, puis maison de retraite de 1948 à 1955, année où elle est vendue.

En 1892, Charles Lavigerie meurt. Prosper Auguste Dusserre est nommé évêque d'Alger, mais c'est Léon Livinhac qui lui succède comme supérieur général des Pères blancs, jusqu'à sa mort en 1922. Les Pères blancs se sont distingués par leurs travaux d'ethnographie et géographie africaines. Ils ont souvent été à la pointe de l'exploration scientifique du continent africain.

Les premières missions

Les premiers serments sont prononcés en , et dès 1876, des postes de mission sont installés peu à peu en Kabylie et au Sahara, parfois au péril de la vie des missionnaires : en 1876, les PP. Ménoret, Bouchand et Paulmier qui devaient se rendre à Tombouctou sont trahis par leurs guides touaregs et massacrés ; en 1881, les PP. Richard, Pouplard et Morat, partant de Tripolitaine pour se rendre au Soudan, traversent le désert et tombent dans une embuscade et sont assassinés ; en 1886, c'est le martyre des chrétiens de l'Ouganda.

Le , Léon XIII confie l’Afrique équatoriale aux Pères blancs : dix missionnaires quittent Alger pour fonder quatre missions, celle du lac NyanzaFutur vicariat apostolique du Victoria-Nyanza., du lac Tanganyika (qui forme aujourd'hui les archidiocèses de Kampala, Gitega et Tabora), celle de Kabélé, capitale du Muata-Yamvo, et au point le plus au nord sur le cours du fleuve CongoGeorges Leblond, Le Père Auguste Achte et la mission de l'Ouganda de 1890 à 1905, Paris, Procure des Pères blancs, éd., 1928, p. XIII.. Ce sont aujourd'hui les diocèses de Kigoma, Lilongwe et Kalemie-Kirungu.

En 1883, Léon Livinhac installe sa résidence à Kamoga, dans le Bukumbi (actuelle Tanzanie), région située au sud du lac Victoria ; puis deux ans plus tard, à Karema, au bord du lac Tanganyika.

La mission du Soudan français (aujourd'hui au Mali) est fondée en 1894. C'est aujourd'hui l'archidiocèse de Bamako. Deux caravanes arrivent à Ségou (Mali actuel) en 1895, poste de mission dirigé par le P. Hacquard, la troisième va en Guinée.

Jean-Joseph Hirth (1854-1931) est quant à lui le fondateur de l'Église au futur Rwanda.

Situation en 1899 Lors du chapitre général du , les Missionnaires d'Afrique administrent sept vicariats apostoliques :

Vicariat apostolique du Tanganyika, par le vicaire apostolique Adolphe Le Chaptois ; Vicariat apostolique de Nyassa, par le vicaire apostolique Joseph Dupont ; Vicariat apostolique du Victoria Nyanza méridional, par le vicaire apostolique Jean-Joseph Hirth et son délégué B. Huwiler ; Vicariat apostolique du Victoria Nyanza septentrional, par le vicaire apostolique Henri Streicher et son délégué Auguste Achte. ; Vicariat apostolique du Sahara et Soudan, par le vicaire apostolique Augustin Hacquard, et son délégué H. Éveillard ; Vicariat apostolique d'Ounyanyembé, par le vicaire apostolique François Gerboin, et son délégué S. Moullec ; Vicariat apostolique du Haut-Congo, par le vicaire apostolique Victor Roelens, et son délégué Edward Herrebaut.

Au Augustin Hacquard a joué un grand rôle dans les missions en Afrique occidentale et plus particulièrement dans l'actuel Mali. Il s'est joint en 1896 à la mission Hourst, qui était une mission hydrographique sur le fleuve Niger.

Les missions du Sahara finissent par être regroupées en une préfecture apostolique.

Les Pères blancs ont joué un rôle majeur dans l'évangélisation de l'Ouganda, de l'actuelle République démocratique du Congo (RDC), du Rwanda, du Burundi, du Ghana et de la Haute-Volta.

Lors de l'expulsion des congrégations en 1903, les Pères blancs furent une des cinq congrégations catholiques masculines autorisées à poursuivre leur activité en FranceVoir l'article : Histoire des congrégations chrétiennes en France.. Ils ouvrent des écoles apostoliques (petits séminaires), notamment l'école Saint-François d'Hazebrouck, ou celles de Saint-Laurent-d'Olt ou Thy-le-Château, postulat d'Antilly, noviciats de Kerlois en Bretagne, Tournus en Bourgogne, ou Altkirch en Alsace, scolasticat de Mours, maison de formation des frères à Bonnelles, etc. Ces établissements ferment tous dans les années suivant le concile Vatican II.

En 1922, les missionnaires prêtres sont au nombre de 674 et les frères de 180. En 1930, il y a déjà une cinquantaine de prêtres L'Illustration, 24 mai 1930.. En 1939, leur nombre a plus que doublé : ils sont prêtres et 508 frères, soit un total de membres, dont plus de la moitié sur le terrain en Afrique. Le nom de religion des frères est aboli en 1957Serge Desouter, J'ai tant aimé l'Afrique. L'histoire des Pères blancs belges 1880-2010, éditions Altiora Averbode, 2012, . (ils n'étaient auparavant appelés que par leur nom de religion, presque toujours différent de leur nom de baptême, et sans leur nom de famille). Les effectifs culminent à plus de membres, juste avant le concile Vatican II. Le noviciat pour les futurs prêtres se déroule à Maison-Carrée et le scolasticat dans l'immense domaine agricole des Pères Blancs, le domaine de Saint-Joseph de Thibar dans le protectorat français de Tunisie. Les Pères y cultivent des vignes (produisant différents vins de l'AOC de Thibar et la fameuse thibarine), des céréales, oliveraies et arbres fruitiers et pratiquant l'élevage (dont la noire de Thibar).

Rite oriental

Les Pères blancs sont dès le début investis dans la protection des chrétiens orientaux souvent persécutés par le pouvoir ottoman. Ils fondent à Jérusalem un séminaire grec-melkite en 1880 à Sainte-Anne à la demande du Saint-Siège, pour la formation de leur clergé dispersé au Moyen-Orient. Il ferme en 1946, mais les Pères blancs conservent l'église Sainte-Anne et les bâtiments attenants servant aux études et aux recherches. Ils s'installent aussi en Syrie.

Langues Pour entrer au noviciat (entre 18 et 35 ans, mais la plupart avant 25 ans), il fallait obligatoirement avoir étudié le latin, pendant au moins une partie de ses études secondaires. Cette mesure fut en vigueur jusqu'au début des années 1970. L'apprentissage de l'arabe et du swahili au noviciat fut obligatoire jusqu'au chapitre de 1920, après cette date, c'est l'anglais qui les remplace, puisque la moitié des futurs missionnaires auraient à travailler dans des colonies anglaises. La plupart des novices étant francophones, jusque dans les années 1970, la langue de la Société est uniquement le français, mais on y ajoute l'anglais dès 1947. Aujourd'hui le français n'est plus langue majoritaire. Autrefois, les missionnaires apprenaient les langues locales en arrivant à leur mission. Une grande majorité d'entre eux furent linguistes, grammairiens, auteurs de dictionnaires, etc. pour des langues qui n'avaient pas de sources écrites. Lectionnaires, catéchismes, bibles et toute sorte de brochures et publications étaient imprimés à Maison-Carrée et expédiés dans toute l'Afrique.

Aujourd'hui, les étudiants séminaristes font des études universitaires de langues approfondies pendant leur formation.

Aujourd'hui Les Pères blancs étaient au nombre de : 2 098 en janvier 1998 ; neuf évêques, prêtres, 156 frères, 16 clercs et 5 associés et 354 séminaristes en janvier 2006 ; 1 712 membres, dont environ prêtres, en 261Annuaire pontifical, 2010. maisons en 2007 ; 1 263 membres en 2016, dont 11 évêques, prêtres et 94 frères coadjuteurs, 16 clercs de serment perpétuel et 1 associé avec une moyenne d'âge de plus de 69 ans, car 91 % des Pères blancs en Europe ont plus de 75 ansAndré-Léon Simonart, m. afr., Voix d'Afrique, , mars 2016., ce qui pose la question de l'avenir de la Société qui est en voie de disparition en Europe. Les Pères blancs sont issus de 36 nationalités, dont les quatre premières sont la française (203), la belge (162), la canadienne (129) et l'allemande (124). Il y avait 27 Suisses en 2016. Ils sont en 2016 les plus nombreux en France (162), suivis de la Belgique (138) et du Canada (109), où ils ont presque tous dépassé les 70 ans. En 2015, les entrées représentaient 15 membres et les ordinations, 22 membres. Sur les 494 jeunes en formation, le premier pays est le Congo avec 112 étudiants suivi du Burkina Faso avec 58 étudiants. Il n'y a plus aucune vocation issue d'Europe depuis plusieurs années, sauf 1 en Allemagne et 5 en Pologne en date de . La Société prendra donc une identité africaine d'ici quelques années, permettant aux Africains de s'évangéliser entre eux et d'évangéliser en Europe. Il est à noter qu'ils ont ouvert à la fin du de toutes petites communautés de préformation, une à Lublin en Pologne, une au Mexique, une à Cebu aux Philippines et une à Bangalore en Inde. Les candidats de ces maisons suivent le début de leur formation dans les séminaires diocésains.