Brian Mulroney, né le à Baie-Comeau (Québec) et mort le à Palm Beach (Floride), est un avocat, dirigeant d'entreprise et homme d'État canadien. Il est le premier ministre du Canada, en fonction du au .

Anglo-Québécois d'ascendance irlandaise, il commence sa carrière d'avocat en 1964 après avoir reçu son diplôme en droit de l'Université Laval. Il est nommé chef du Parti progressiste-conservateur du Canada en avant d'être élu député à la Chambre des communes du Canada deux mois plus tard dans une élection partielle. Il mène le parti à des victoires consécutives aux élections fédérales de 1984 et de 1988 avec des majorités absolues de sièges.

Au cours de ses mandats comme premier ministre, il introduit plusieurs réformes économiques majeures, dont la privatisation de 23 des 61 sociétés de la Couronne dont Air Canada et Petro-Canada et le remplacement de la taxe sur les ventes manufacturières avec la taxe sur les produits et services (TPS). Par ailleurs, il introduit l'Accord de libre-échange canado-américain et négocie son successeur l'ALÉNA. Il tente d'obtenir l'adhésion politique du Québec à la Loi constitutionnelle de 1982 avec l'Accord du lac Meech en 1987 et l'Accord de Charlottetown en 1992, mais ces deux tentatives échouent et contribuent respectivement aux montées en puissance du Bloc québécois et du Parti réformiste du Canada. Vers la fin de son second mandat, sa popularité chute en raison de l'impopularité de la TPS ainsi que la récession du début des années 1990 et l'échec de l'Accord de Charlottetown lors du référendum du lundi . Il démissionne de la chefferie du PPCC et ne se représente pas à titre de député lors des élections fédérales de 1993.

Biographie

Débuts Martin Brian Mulroney est le fils de Benedict (Ben) Mulroney et d'Irene O'SheaBrian Mulroney, Mémoires, Les Éditions de l'Homme, Montréal, 2007, 1339 pages , pages 16 et 18. Son père, d'origine irlandaise, était électricien dans une papeterie. Il grandit à Baie-Comeau, puis fait ses études secondaires dans un pensionnat catholique à Chatham, au Nouveau-Brunswick, géré par l'Université St. Thomas. De 1955 à 1959, il étudie à l'Université Saint-Francis-Xavier, à Antigonish, en Nouvelle-Écosse, où il obtient un baccalauréat ès arts avec spécialisation en sciences politiquesMulroney, Mémoires, op. cit, page 47. Lors de sa première année d'études à cet endroit, à 16 ans, il adhère au Parti progressiste-conservateur, recruté par Lowell Murray, alors membre du club du parti sur le campusMulroney, Mémoires, op. cit, page 49. Mulroney participe activement aux activités du parti. En 1956, il est secrétaire du club du campus. En , il est délégué au congrès à la direction du parti à Ottawa et il s'y active en faveur de l'élection de John Diefenbaker. En 1957, il devient vice-président de la fédération jeunesse du partiMulroney, Mémoires, op. cit., pages 57 et 61.

En 1959, il entreprend des études de droit à l'Université Dalhousie, à Halifax, qu'il quitte l'année suivante« Le très honorable Martin Brian Mulroney, Biographie 1939- », extrait de Les premiers ministres du Canada, 1867-1994 : biographies et anecdotes, Archives nationales du Canada, Ottawa, 1994, 40 pages pour l'Université Laval, à Québec, où il obtient une licence en droit en 1964. Il fait son stage chez Louis Dorion, père de Catherine Dorion et frère du géographe Henri Dorion, l'année même de l'arrivée de l'espion du KGB Hugh Hambleton dans l'enseignement à l'Université Laval. En 1964, il se joint à la firme d'avocats montréalaise Howard, Cate, Ogilvy et al. et s'installe à Montréal. Le , il épouse Mila Pivnicki, fille d'immigrants yougoslaves (serbes de Bosnie). Les Mulroney ont quatre enfants : Nicolas, Mark, Ben et Caroline.

Il siège à la Commission d'enquête sur les ports du Saint-Laurent, présidée par Laurent Picard. En 1974, il est l'un des trois commissaires de la Commission d'enquête sur l'exercice de la liberté syndicale dans l'industrie de la construction, créée par le gouvernement de Robert Bourassa et présidée par Robert Cliche, ce qui contribue à le faire connaître du public.

Il milite toujours activement au Parti progressiste-conservateur. En 1976, il se lance dans la course à la direction de ce parti, mais est vaincu par Joe Clark. À la suite de cette défaite, Mulroney accepta le poste de vice-président exécutif de la compagnie Iron Ore du Canada, une filiale de trois aciéries majeures américaines. En 1977, il est nommé président de la compagnie.

Chef de l'opposition officielle vignette|redresse|gauche|Brian Mulroney au congrès de direction du parti progressiste conservateur du 11 juin 1983. En 1983, le leadership de Clark commence à être remis en question. Lorsque Clark reçoit l'appui de moins de 67 % des délégués au congrès du parti, il démissionne comme chef du parti. Brian Mulroney se porte de nouveau candidat et fait campagne plus astucieusement qu'en 1976. Il est élu chef du parti le , défaisant Clark au quatrième tour. Il attira des appuis de plusieurs factions différentes du parti, particulièrement parmi les délégués du Québec, sa province natale. Après avoir remporté une élection partielle dans la circonscription néo-écossaise de Central Nova, Mulroney fait son entrée comme député à la Chambre des communes du Canada le .

Lorsque le premier ministre Pierre Trudeau prend sa retraite en , le Parti libéral du Canada choisit John Turner comme nouveau chef. Turner déclenche des élections générales pour le 4 . Mulroney marqua des points durant le débat télévisé lorsqu'il attaqua Turner, avec sa phrase , pour les désignations de patronage qu'il avait faites pour Trudeau. Ironiquement, Turner avait prévu d'attaquer Mulroney pour la machine de patronage que ce dernier avait planifiée en vue de la victoire, mais Mulroney réussit à braquer l'attention sur les nominations de Turner. On peut penser que ce fut un point important de la campagne électorale.

Lors de l'élection générale de 1984, les progressistes-conservateurs remportent la plus forte majorité parlementaire dans l'histoire du Canada, gagnant 211 sièges sur 282. De plus, ils étaient en avance dans toutes les provinces, émergeant ainsi comme un parti pancanadien pour la première fois depuis l'élection de 1958.

Premier ministre Politique intérieure vignette|175px|Les échecs de l'Accord du lac Meech et de l'Accord de Charlottetown font partie des origines du référendum de 1995 sur la séparation du Québec. Une des tâches majeures auxquelles s'est attaqué le gouvernement Mulroney fut une tentative de résoudre l'épineuse question constitutionnelle léguée par l'ancien premier ministre Trudeau. Mulroney voulait inclure le Québec dans une nouvelle entente avec le reste du Canada. Le Québec était la seule province à ne pas avoir signé la nouvelle Constitution canadienne négociée par Pierre Trudeau lors de l'Accord constitutionnel du . De plus, bon nombre de Québécois croyaient depuis des années qu'ils méritaient un certain statut particulier par rapport au reste du Canada en raison de leur culture distincte, de leur langue, de leur tradition civiliste et de leurs institutions, et le mouvement indépendantiste qui s'était grandement développé durant les années 1960 et 1970 n'était plus un mouvement : il représentait maintenant l'option favorisée par presque la majorité des Québécois francophones. En 1987, Mulroney négocia l'Accord du lac Meech, une série d'amendements constitutionnels visant à satisfaire les exigences québécoises pour leur reconnaissance en tant que société distincte à l'intérieur du Canada, avec les premiers ministres provinciaux. Toutefois, bon nombre de Canadiens anglophones s'opposaient à l'accord, et il ne fut pas ratifié par les gouvernements provinciaux du Manitoba et de Terre-Neuve à temps pour l'échéance du . Cet échec contribua à une remontée du mouvement souverainiste au Québec, et mena à une nouvelle ronde de négociations à Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard, en . Ces négociations accouchèrent de l'Accord de Charlottetown, qui apportait d'importants changements à la Constitution du Canada, incluant la reconnaissance du Québec comme société distincte au sein du Canada. Toutefois, l'accord fut défait dans un référendum le 26 . Les échecs de Meech et de Charlottetown sont considérés par plusieurs comme faisant partie des origines plus ou moins directes de la popularité du référendum sur la séparation du Québec de 1995 puisqu’aucun accord n'avait eu lieu et que le Québec, entre autres, était une province qui attendait une nouvelle Constitution depuis les années 1980..

Tout au long de son mandat, Mulroney tenta de couper dans le déficit budgétaire qui atteignait les dizaines de milliards de dollars. Toutefois, il ne réussit jamais à l'éliminer, et la dette nationale augmenta de façon significative durant ses années au pouvoir. Ses tentatives de couper dans les dépenses de l'État limitaient sa capacité de respecter bien des promesses électorales.

La récession mondiale au début des années 1990 contribua à aggraver la situation financière du gouvernement. Son incapacité à améliorer les finances du gouvernement, ainsi que son usage d'augmentations d'impôts et de taxes pour remédier à la situation contribuèrent à lui aliéner une grande partie de sa base d'appuis parmi les conservateurs de l'Ouest canadien.

Mulroney tenta de se réconcilier avec les provinces de l'ouest, qui avaient été cruciales à son succès électoral. Il annula le Programme énergétique national et inclut une forte représentation de l'ouest dans son cabinet. Toutefois, il n'y réussit pas complètement, même sans tenir compte de ses politiques économiques et constitutionnelles.

Une autre priorité du gouvernement Mulroney était la privatisation des nombreuses sociétés d'État canadiennes. En 1984, le gouvernement canadien détenait 61 sociétés d'État différentes. Il en vendit 23 dans les 10 années suivantes. Certaines étaient très grandes, comme Air Canada, la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada et Petro-Canada.

Air Canada avait été complètement privatisée en 1989, quoique la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada continua de soumettre la compagnie aérienne à certaines exigences. Par exemple, la compagnie doit garder son siège social à Montréal, la participation d'intérêts étrangers est limitée, et il doit continuer de fournir ses services en anglais et en français. Au même moment, les réglementations aériennes furent libéralisées, permettant, entre autres, un plus grand accès au marché américain.

En 1990, le gouvernement annonça ses plans pour la privatisation de Petro-Canada. Le projet de loi sur la privatisation passa, et le , les premières actions furent vendues au public. Certaines règles continuaient de s'appliquer à la compagnie : aucun autre actionnaire ne pouvait contrôler plus de 10 % de la compagnie, et le pourcentage de la compagnie pouvant être détenu par des intérêts étrangers était limité à 25 %. Durant la décennie qui suivit, le gouvernement vendit progressivement sa propre part de la compagnie ; les dernières actions furent vendues en 2004 sous Paul Martin. vignette|Le gouvernement Mulroney est à l'origine de la création du Nunavut au Canada. La privatisation finale du Canadien National ne fut complétée qu'en 1995, lorsque le gouvernement de Jean Chrétien vota le dernier projet de loi. Le gouvernement Mulroney tint un référendum dans les Territoires du Nord-Ouest sur la question de la création d'un nouveau territoire appelé Nunavut, formé de la portion orientale des Territoires du Nord-Ouest. Le Nunavut donne une certaine autonomie au peuple Inuit, majoritaire dans ce territoire. La population des Territoires du Nord-Ouest vota Oui, et le Nunavut fut créé en 1999.