ou simplement Louis-Philippe, dit « le Roi-Citoyen », né le à Paris (France) et mort le à Claremont House, Surrey (Royaume-Uni), est le dernier roi à avoir régné en France, du au , avec le titre de roi des Français. Moins traditionaliste que ses prédécesseurs, il incarna au début de son règne un tournant majeur (mais éphémère) dans la conception et l'image de la royauté en France, avant un raidissement quelques années plus tard.

Premier prince du sang sous la Restauration (car descendant de ), le prince Louis-Philippe a, au cours de sa vie, porté successivement les titres de duc de Valois (1773-1785), duc de Chartres (1785-1790) et enfin de duc d'Orléans (1814-1830) avant d’accéder à la couronne en 1830, son cousin ayant été renversé par les « Trois Glorieuses », des , et .

Dix-sept ans à la tête d’un royaume en profondes mutations sociales, économiques et politiques, Louis-Philippe a tenté de pacifier une nation profondément divisée avec les armes de son époque : pérennisation du régime parlementaire esquissé par Louis XVIII, , permettant un essor économique de première importance en France (révolution industrielle).

Une branche cadette des Bourbons, la maison d’Orléans, accède alors au pouvoir. Louis-Philippe n'est pas sacré « roi de France » mais intronisé « roi des Français ». Son règne, commencé avec les barricades de la révolution de 1830, s'achève en 1848 par d'autres barricades, qui le chassent pour instaurer la Deuxième République. La monarchie de Juillet, qui a été celle d’un seul roi, marque en France la fin de la royauté. Elle fait suite à la monarchie dite « conservatrice » que constitue la Restauration entre 1814 et 1815. La monarchie de Juillet est dite « libérale », et le monarque doit renoncer à la monarchie absolue de droit divin (absolutisme). L'idéal du nouveau régime est défini par Louis-Philippe répondant à la fin de à l'adresse que lui envoie la ville de Gaillac : La ville de Gaillac a présenté le une adresse martiale, déclarant s'en remettre au gouvernement du roi . Louis-Philippe répond qu'il faut et qu'ainsi , mais il ajoute : La formule enchanta les caricaturistes et les humoristes et finit par s'identifier complètement au régime. Cet idéal du juste milieu est précisé par Louis-Philippe en , en réponse à un discours du président du tribunal de commerce de Bernay ; après avoir condamné aussi bien (la monarchie absolue) que (la république révolutionnaire), le roi indique : .. Cependant, la chute du régime qu'il a fait naître a pour principales causes d'une part la paupérisation des « classes laborieuses » (paysans et ouvriers) et d'autre part le manque de compréhension de la part des élites de la monarchie de Juillet pour les aspirations de l'ensemble de la société française.

Après , le roi remplace le ministre François Guizot par Adolphe Thiers, qui propose la répression. Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, comme nouveau roi sous le nom de , en confiant la régence à sa belle-fille, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, mais en vain. La Deuxième République est officiellement proclamée dans la foulée.

Louis-Philippe se voulait un « roi citoyen » à l'écoute du pays réel, appelé au trône et lié au pays par un contrat dont il voulait tirer sa légitimité. Cependant, il n'a pas répondu au désir d'élargissement du corps électoral, ni pour les plus conservateurs en baissant le cens, ni pour les plus progressistes en établissant le suffrage universel.

Jeunesse, exil et fortune Naissance et éducation gauche|vignette|Portrait de Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres, à l'âge de seize ans en 1789.

Louis-Philippe d'Orléans est né au Palais-Royal à Paris le et il est ondoyé le même jour par André Gautier, docteur en Sorbonne et aumônier du duc d'Orléans, en présence de Jean-Jacques Poupart, curé de l'église Saint-Eustache à Paris et confesseur du roiLes registres paroissiaux de Paris ayant disparu en 1871 pendant les incendies de la Commune de Paris, cette indication se trouve dans l'acte de baptême du , Registre des baptêmes (1788) de la paroisse Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..

Petit-fils de Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans (lui-même petit-fils de Philippe d'Orléans, « Le Régent »), il est le fils de Louis Philippe Joseph d'Orléans, duc de Chartres (1747-1793), (connu plus tard sous le nom de « Philippe Égalité ») et de Louise Marie-Adélaïde de Bourbon, Mademoiselle de Penthièvre (1753-1821). Il est titré duc de Valois de sa naissance à la mort de son grand-père en 1785, puis, son père ayant relevé le titre de duc d'Orléans, duc de Chartres.

Le Louis-Philippe d'Orléans est baptisé, le même jour que son frère Antoine d'Orléans, dans la chapelle royale du château de Versailles par l'évêque de Metz et grand aumônier de France Louis-Joseph de Montmorency-Laval en présence d'Aphrodise Jacob, curé de l'église Notre-Dame de Versailles : son parrain est le roi et sa marraine est la reine Marie-AntoinetteRegistre des baptêmes (1788) de la paroisse Notre-Dame de Versailles, Archives départementales des Yvelines..

Son éducation est dans un premier temps confiée à la marquise de Rochambeau, nommée gouvernante et à Madame Desroys, sous-gouvernanteGuy Antonetti, Louis-Philippe, Fayard.. À l'âge de cinq ans, le jeune duc de Valois passe entre les mains du Chevalier de Bonnard nommé sous-gouverneur en . À la suite des intrigues de la comtesse de Genlis, proche du duc et de la duchesse de Chartres, Bonnard est congédié au début de l'année 1782, alors que la comtesse de Genlis est nommée gouvernante des enfants royaux. Cette dernière, adepte d'une pédagogie rousseauiste et moralisatrice, subjugue Louis-Philippe qui confie dans ses Mémoires. qu'en dépit de sa sévérité, il a été adolescent quasiment amoureux d'elle..

Partisan de la Révolution vignette|250px|gauche|Le duc de Chartres à Valmy, 1792, Éloi Firmin Féron, 1848, ministère des Armées. Le duc de Chartres (futur roi ) et son frère le duc de Montpensier rendant compte de la bataille de Valmy au maréchal de Rochambeau, près du moulin de Saint-Sauve le .

Comme son père le duc d'Orléans, Louis-Philippe, devenu duc de Chartres en 1785, est un partisan de la Révolution française. Sous l'influence de sa gouvernante, Madame de Genlis, il entre au club des jacobins et soutient notamment la formation de la Constitution civile du clergé.

Entamant une carrière militaire, le duc de Chartres prend le commandement le , du régiment de dragons avec le grade de colonel. Il est promu maréchal de camp le , puis il participe à la tête de la en tant que lieutenant général aux batailles de Valmy, Jemappes où il joue un rôle non négligeable en évitant la retraite du centre lors du premier assaut, et Neerwinden (son titre de lieutenant-général au service des armées républicaines lui vaut d'ailleurs son inscription sur l’arc de triomphe de l'Étoile).. Neerwinden a cependant été une défaite malgré le talent de stratège du duc de Chartres, dont la cause proviendrait de mesures néfastes décrétées par la Convention qui ont provoqué une désorganisation et une insubordination de l'armée. À la suite de la bataille de Valmy, il est dépêché à Paris pour porter la nouvelle de la victoire. Arrivé le 22 ou , il y est informé de sa nomination comme gouverneur de Strasbourg. Il obtient de Danton, ministre de la Justice et alors de facto premier personnage du régime, son maintien dans l'armée active, que lui avait refusé le ministre de la Guerre Servan, et passe sous le commandement du général Dumouriez.. Le doute sur la République s'installe pour lui-même et son chef le général Dumouriez ; ils pensent à installer une monarchie constitutionnelle.

Durant les batailles de Valmy, il tente de persuader son père de ne pas participer au procès de . Philippe Égalité vote cependant la mort du roi. La responsabilité du régicide de son père lui reste pourtant imputée : il a, par la suite, été regardé avec hostilité par les émigrés royalistes..

En , il rejoint la Belgique à la suite de son chef, le général Dumouriez, après une tentative de putsch contre la Convention qui les mène à se ranger du côté des Autrichiens..

Proscrit Il est proscrit par le gouvernement révolutionnaire, accusé de collusion avec le « traître » Dumouriez. Pendant la Terreur, son père est jugé et exécuté le . Il passe en Suisse où il exerce le métier de professeur au collège de Reichenau dans les Grisons sous le nom de Chabaud-Latour mais sa fausse identité est démasquée, l'obligeant encore à émigrer. Les années suivantes, toujours sous un nom d'emprunt, il visite les pays scandinaves, part pour une expédition en Laponie qui le conduit jusqu'au cap Nord. « Premier Français à gagner le cap Nord, il en garde fierté et envoie en 1838, une frégate porter sur les lieux son buste »Statue détruite en 1944, le général de Gaulle en offre une nouvelle. en bronze.

En 1796, le Directoire consent à la libération des deux jeunes frères de Louis-Philippe à la condition que celui-ci s'embarque aux États-Unis avec eux. Ils s'installent à Philadelphie, puis effectuent un périple de quatre mois au nord-est du pays. Entre le printemps 1798 et l'automne 1799, ils séjournent à La Havane avant d'en être chassés par le gouvernement espagnol, désireux de se rapprocher du Directoire. L’arrivée au pouvoir de Bonaparte ne met pas fin à son exil durant l'Empire, et Louis-Philippe et ses frères s'installent en Angleterre en .

gauche|vignette|Portrait de Louis-Philippe d'Orléans, alors colonel-général des Hussards, pendant la Restauration.

En 1809, Louis-Philippe met fin à de vagues projets de mariage avec la fille du roi , Élisabeth de Hanovre, qui rencontrent de nombreuses difficultésNotamment l'hostilité du roi et l'âge de la princesse.. Il se réfugie en Sicile et épouse le Amélie de Bourbon (1782-1866), princesse des Deux-Siciles et fille du roi (elle est la nièce de Marie-Antoinette, sœur de sa mère et donc cousine de et de Madame Royale, ainsi que de Marie-Louise d'Autriche, impératrice des Français). Le couple s'installe alors à Palerme, au palais d'Orléans, et ils ont dix enfants.

Par deux fois en 1808 et 1810, Louis-Philippe tente de prendre les armes en Espagne contre les armées napoléoniennes mais voit ses projets contrariés par le refus du gouvernement britannique.

Prince du sang (1814-1830) vignette|Louis Philippe d'Orléans en uniforme de colonel des hussards, portant le cordon et la plaque de l'ordre du Saint-Esprit.

Après l’abdication de Napoléon Bonaparte en 1814, Louis-Philippe rentre vivre en France, où il reçoit le titre de duc d’Orléans que portait son père, et se voit restituer le Palais-Royal.

Sous la Restauration, les règnes de et de , la popularité de Louis-Philippe grandit. Il incarne une opposition mesurée à la politique des ultras du royalisme et ne rejette pas l'intégralité de la Révolution française. Opposition qui s'illustre notamment par sa réprobation de la Terreur blanche et son exil volontaire en Angleterre entre 1815 et 1817. Il est nommé par le roi colonel général des hussards.

Louis-Philippe prend garde à se conduire modestement et bourgeoisement, envoyant ses fils au . Néanmoins, cette ne correspond qu’imparfaitement au caractère de Louis-Philippe, qui possède l' et est entiché de sa naissanceEmmanuel de Waresquiel, Talleyrand : Le Prince immobile, Fayard, 2003, .. Au lendemain de la mort de , il obtient ainsi le rang d'altesse royale accordé par .

Reconstitution du patrimoine