L'Aubrac est un haut plateau volcanique et granitique situé dans le centre-sud du Massif central, dans le nord de l'Occitanie sur les départements de l'Aveyron et de la Lozère, ainsi qu'une petite partie en Auvergne-Rhône-Alpes dans le Cantal, constituant une région naturelle française. Il présente des ressemblances avec le Cézallier et on peut le rattacher comme lui aux hautes terres d'Auvergne.

Il est bordé à l'ouest par la Viadène, au nord-ouest par les monts du Cantal, au nord par la planèze de Saint-Flour, à l'est par la Margeride et au sud par les plateaux calcaires des Grands Causses.

Toponymie Dans la documentation historique, « Aubrac » est mentionné sous les formes Altobraco, Albracum, Albrac et même Auborac en occitan. Le second élément -brac est peut-être issu du gallo-roman BRACO, attesté dans une glose, et qui procèderait lui-même du gaulois *bracu. Il signifie « endroit humide, boueux ». Cf. vieil occitan brac « boue ». Ce mot subsiste encore dans divers dialectes d'oïl (rare) sous la forme brai au sens de « terrain humide » (Piéron), jadis il existait en ancien français au sens de « boue »Site du cnrtl : étymologie de "brai"., ainsi qu'en toponymie sous la forme ou .

Géographie Topographie, géologie vignette|Carte de l'Aubrac. La région de l'Aubrac ou monts d'Aubrac ou aussi plateau de l'Aubrac est une zone située à cheval sur les départements de la Lozère, du Cantal et de l'Aveyron. Elle est délimitée au sud par le Lot, au nord par la Truyère et à l'est par la Colagne. Le massif culmine au sud à au signal de Mailhebiau. C'est un massif volcanique relativement ancien ( d'annéesSelon les travaux les plus récents (Goër et al, 1991), 90 % des laves de l'Aubrac auraient été émises sur un temps très court, de l'ordre de , il y a .) par rapport aux volcans de la chaîne des Puys qui eux, n'ont que quelques milliers à dizaines de milliers d'années. Il prend la forme d'une échine basaltique allongée ( de long), de direction nord-ouest/sud-est, surmontant un socle granitique (laccolite de la Margeride), et issue soit d'un volcanisme de type fissural (rift) soit, selon les auteurs les plus récents, de plusieurs volcans de type hawaïen (volcan rouge) très rapprochés les uns des autres. Les laves émises sont basaltiques ou de composition proche (basanite, trachybasalte, téphrite…). On peut toutefois trouver localement des traces d'éruptions plus violentes, comme des pyroclastites sous forme de tufs ou de brèches, en particulier sur les sommets autour d'Aubrac et à Mailhebiau.

Malgré ces éruptions, les sommets de l'Aubrac sont en général peu marqués car les coulées volcaniques ont été fluides et ont semble-t-il construit peu de volcans bien individualisés (ou alors ceux-ci ont peut-être été érodés lors des phases chaudes de la fin du tertiaire). Quelques hauteurs notables ont été dégagées ensuite par l'action des glaciers quaternaires (mesas) mais beaucoup d'autres ont été rabotées par ces mêmes glaciers, accentuant la mollesse du relief.

Sommets principaux :

Signal de Mailhebiau () PuyLe terme « puy » est employé ici par commodité bien qu'il ne soit pas en usage dans l'Aubrac où l'on emploie à la place le mot occitan « puech ». d'Alteteste (la « haute tête ») () Les Truques d'Aubrac () Puy de Gudette () Coumborio () Puech du Roussillon () Suc de Born () Montagne du Faltre () Mountasset () Montagne de Rabios () Le Drellier () Pic de Mus () Roc du Cayla () Mont Redorte () Puy de la Tuile () Truc del Coucut () La Sentinelle ()

vignette|L'Aubrac (A) entre le massif granitique de la Margeride (M) et de Veinazès (V). vignette|Coupe géologique du plateau de l'Aubrac.

La crête basaltique domine au nord-est un haut plateau granitique (altitude moyenne : ) qui a la particularité d'avoir été recouvert d'une grande calotte glaciaire ( de superficie et d'épaisseur) à l'ère quaternaire (pléistocène) et à trois reprises (glaciation de Mindel, de Riss et de Würm). Les glaciers ont laissé des marques visibles un peu partout (vallées en auge en périphérie — comme celle du Bès au nord ou de la Biourière au sud —, moraines, drumlins, blocs erratiques, roches moutonnées) ainsi que des dépôts étendus d'alluvions (sandur, kames, dépôts fluvio-glaciaires divers). Ces dépôts sont parfois exploités (sablières d'Usanges). Quant aux zones de surcreusement glaciaire (ombilic), elles sont souvent occupées par des zones humides, dont un grand nombre de tourbières, et parfois des lacs. Ces derniers ont pu aussi se former en amont de barrages morainiques.

Au sud-ouest (côté aveyronnais), le paysage est caractérisé par de fortes pentes boisées (hêtres) qui contrastent avec les immenses pâturages nus de l'Aubrac lozérien. La crête de l'Aubrac domine ici la vallée du Lot par un abrupt de de dénivelé. C'est le pays des Boraldes, rivières courtes et rapides coulant dans des vallées très encaissées et se jetant dans le Lot. Ces vallées ont entaillé le socle de l'Aubrac qui a la particularité d'être ici métamorphiqueLe socle métamorphique ne se limite toutefois pas à la région des Boraldes et se prolonge assez loin vers l'est jusqu'à Marvejols. (micaschiste, gneiss) alors qu'il est partout ailleurs granitique.

Climat vignette|droite|L'Aubrac en hiver (sont visibles le Bès au premier-plan, puis le village de Marchastel dominé par un piton volcanique et le mont Redorte, bien enneigé, en arrière-plan). Le climat sur l'Aubrac est rude et le plateau est souvent très enneigé l'hiver. Le massif compte plusieurs petites stations de ski (Laguiole, BrameloupBrameloup à Saint-Chély-d'Aubrac est une station de ski qui fonctionne comme celles de Nasbinals, Saint-Urcize et Laguiole, et leurs chalets sont ouverts en période estivale., Nasbinals, Saint-Urcize). Il peut neiger en altitude d'octobre à mai et il peut y geler la nuit presque tous les mois de l'année. Le ventLe terme écir, qui est le nom d'un vent d'hiver dans le Cézallier, et vient d'un verbe occitan qui signifie « souffler », ne désigne pas, en Aubrac, de vent en particulier. En Aubrac, le vent d'ouest, qui est le plus fréquent, est appelé « la traverse », le vent du nord, « la bise » et le vent du sud, tout simplement « le vent » (lou ven en patois). ne rencontre aucun obstacle sur le plateau et balaye la neige, formant des congères parfois énormes qui peuvent rester tard dans la saison (jusqu'en mai-juin). Les précipitations sont abondantes toute l'année et avoisinent les sur les versants exposés. Le vent dominant est celui d'ouest mais le vent de sud apporte parfois aussi brouillard et mauvais temps sur le sud de l'Aubrac (en particulier lors des épisodes cévenols). Les étés peuvent être chauds mais ils sont souvent orageux, les orages pouvant être violents comme dans toutes les zones de montagne.

Hydrographie vignette|gauche|Le ruisseau des Plèches au pont des Nègres. Chaussée de roche basaltique fracturée en prismes. L'effet de barrière qu'oppose l'Aubrac aux perturbations et le niveau élevé des précipitations qui en résulte se conjuguent avec la capacité des roches volcaniques sommitales à emmagasiner l'eau, pour lui faire occuper une position de « château d'eau » naturel. Les nombreuses sources, ruisseaux et rivières qui prennent naissance sur le plateau alimentent le Lot, soit directement par le versant méridional, soit indirectement par l'intermédiaire de la Colagne ou de la Truyère. Par leur capacité de rétention des eaux, les dépôts d'origine glaciaire ou fluvioglaciaire et plus généralement les tourbières Le risque d'inondation, sur aveyron.gouv.fr, p. 20, consulté le 28 février 2015. qui en garnissent les dépressions participent au soutien des débits estivaux des cours d'eau situés en aval.

La principale rivière du plateau est le Bès qui coule du sud vers le nord et va se jeter dans la Truyère. Il reçoit de nombreux affluents dont le ruisseau des Plèches et le Rioumau. Au sud, les ruisseaux sont plus courts et ont une pente beaucoup plus forte. Ils se jettent directement dans le Lot et sont regroupés sous l'appellation de Boraldes.

Milieu naturel En défrichant la forêt et en élevant du bétail sur de vastes surfaces, l'homme a créé en Aubrac des milieux d'altitude ouverts satisfaisant aux exigences d'espèces végétales et animales plus diversifiées que celles qui peuplaient le milieu primaire originel. Le bon état de préservation des milieux dû au maintien d'activités agropastorales de caractère extensif et le faible niveau de fragmentation écopaysagère lié à un maillage urbain très lâche et à un certain isolement par rapport aux grands axes de communication, en font un espace à haute naturalité offrant des conditions d'habitat particulièrement favorables à l'expression de la biodiversité Synthèse du projet IPAMAC « Trame écologique du Massif central » 2011, sur trame-ecologique-massif-central.com, p. 20-29, 31, 44, 47, consulté le 28 février 2015.. Au sein des communautés caractéristiques des biotopes agropastoraux, aquatiques, tourbeux, forestiers ou rupestres des moyennes montagnes à tendances humides et froides du Massif central, on recense nombre d'espèces rares ou menacées, certaines d'entre elles y trouvant un de leurs derniers refuges en France. Des modifications liées à une certaine intensification des pratiques agropastorales ou à la déprise, à l'assèchement des zones humides, à la surfréquentation, voire à l'apparition d'espèces invasives pourraient remettre en question ces équilibres.

Flore

thumb|left|Exemple type d'une lande à genêt purgatif avec rochers de granite et hêtres rabougris dans le sud de l'Aubrac (altitude : ).vignette|La Ligulaire de Sibérie est une espèce relique des dernières glaciations qui demeure présente dans certaines tourbières ou zones humides de l'Aubrac.

Sur le plan de la végétation, l'Aubrac constitue un milieu varié : grande forêt de hêtres au sud-ouest, petites forêts de résineux au nord et à l'est (essentiellement du pin sylvestre) et au centre de grands pâturages où domine le nard raide (Nardus stricta) et où les arbres sont peu nombreux. Les pâturages les plus riches se situent dans la zone volcanique ; en zone granitique on trouve aussi de bonnes terres mais le sol est en général moins profond et plus pauvre : on trouve fréquemment sur ce type de sol des landes à genêt purgatif (Cytisus purgans), à fougère ou à bruyère callune (Calluna vulgaris) quand le sol est très peu épais. De nombreuses tourbières, milieux naturels exceptionnels, sont également présentes.

Du fait de la grande variété de ces milieux et de leur préservation relativement bonne, la flore est très diversifiée. Les pratiques pastorales traditionnelles accentuent cette richesse en entretenant naturellement les pâturages (fumure, gestion par rotation des pelouses d'estives), ce qui contribue à une plus grande biodiversité. Toutefois, l'intensification de l'agriculture observée depuis quelques années pourrait conduire à une diminution de cette biodiversité (usage d'engrais chimiques dans les prés de fauche et parfois aussi dans certaines pâtures) voire à l'apparition d'espèces invasives comme l'anthrisque sauvage, déjà visible dans certains prés de fauche trop amendés et qui détériore la qualité du foin.

De même, la découverte récente dans certaines tourbières de l'Aubrac d'une sarracénie, plante carnivore originaire d'Amérique du Nord introduite en Europe comme plante d'ornement, a nécessité une intervention par arrachage. et interroge sur le maintien des équilibres de ces milieux fragiles.

Malgré tout, à la belle saison, on trouve un large éventail de fleurs caractéristiques de la moyenne montagne ainsi que quelques raretés. Quelques exemples : dans les bois de hêtres : Lis martagon, calament à grandes fleurs (le fameux « thé d'Aubrac »), prénanthe pourpre, doronic d'Autriche, centaurée des montagnes, bois-joli, maïanthème à deux feuilles, scille à deux feuilles, etc. ;