thumb|285px|langues romanes orientales :
L’aroumain (endonyme : ou , désigné aussi par l’adverbe /), dit aussi macédo-roumain en Roumanie« Macédo-roumain » est une appellation impropre (puisqu’il y a des Aroumains non seulement en Macédoine historique, mais aussi dans d’autres régions de la Grèce, en Albanie, en Bulgarie, etc., est une langue romane parlée dans le sud des Balkans par les Aroumains, faisant partie du diasystème roman de l'Est.
L’aroumain est considéré par certains linguistesPar exemple George Giuglea, Alexandru Graur, Ion Coteanu. (cf. Sala 1989, ). comme une langue à part, tout comme le daco-roumain (qu’on appelle communément le roumain), le mégléno-roumain et l’istro-roumain.
Toutefois, pour d’autres linguistesPar exemple , Ovid Densusianu, Sextil Pușcariu, Alexandru Rosetti, Theodor Capidan. (cf. Sala 1989, )., il s’agirait d’un dialecte du roumain. La seule certitude sur laquelle tous les linguistes et les toponymistes s’accordent est que ces langues, individualisées à partir du , proviennent d’un tronc commun roman appelé proto-roumain, issu du latin vulgaire parlé dans la péninsule des Balkans et le bassin du Bas-Danube.
Locuteurs
Sur le nombre de locuteurs de l’aroumain, il n’y a que des estimations. La plus fiable semble être celle d’un document du Conseil de l'Europe qui fait état de personnes sur un nombre total de Sur le nombre d’Aroumains par pays, voir l’article Aroumains.. La seule donnée numérique exacte se trouve dans les résultats du recensement de la population de 2011 d’Albanie, où personnes se déclarent de langue maternelle aroumaine sur se déclarant d’ethnie aroumaine Population and Housing Census 2011. Main Results (Recensement de la population de 2011. Principaux résultats), partie, INSTAT. 2012, (consulté le 6 juin 2017)..
La plupart des Aroumains vivent dans les Balkans (en Grèce, Albanie, Serbie, Bulgarie et Macédoine du Nord), et leur diaspora est relativement significative, étant répandue en Roumanie, en Europe occidentale (France, Allemagne), aux États-Unis d'Amérique, au Canada, en Amérique latine et en Australie.
Histoire externe
180px|left|thumb|Le lexique de Daniil Moscopoleanul (Venise, 1794, 1802).
L’histoire externe de l’aroumain est d’habitude divisée en trois périodesSection d’après Sala 1989, , et Caragiu Marioțeanu 1968, ..
La première période, prélittéraire, entre la formation de la langue et le , est pratiquement inconnue et bon nombre de ses aspects sont controversés.
On s’accorde en général à considérer que l’aroumain s’est individualisé au sud du Danube, étant le premier à se détacher du proto-roumain, au au plus tard, mais le territoire de ce processus est discuté. La plupart des linguistes, Ovid Densusianu, Sextil Pușcariu, Alexandru Rosetti. le situent dans la partie est de la région entre le Danube et la chaîne de montagnes du Grand Balkan, d’où les Aroumains auraient migré vers le sud. D’autres linguistesTheodor Capidan, Tache Papahagi. affirment que l’aroumain s’est formé, au moins en partie, dans le Pinde et en Albanie du Sud aussi. La première attestation des Aroumains appartient au chroniqueur byzantin Georgios Kedrenos, qui mentionne leur existence en Macédoine en se rapportant à l’an 976. Au , c’est l’aristocrate byzantin Kékauménos qui les mentionne, en affirmant qu’ils sont arrivés dans le Pinde depuis la région du Danube.
De cette période, il ne reste que des mots aroumains isolés (noms de personnes, dont des surnoms) dans des textes grecs, slaves et turcs. Le plus ancien serait le nom de personne Tsintsilukis, noté par un historien byzantin en 1156. D’après Alexandru Philippide et Theodor Capidan, il provient du syntagme tsintsi luchi « cinq loups ».
Au , le chroniqueur Laonikos Chalkokondylas remarque la parenté entre l’aroumain et le roumain.
thumb|La grammaire de Boiagi, (Vienne, 1813).
La deuxième période, ancienne, de l’aroumain est le . C’est à cette époque-là que l’aroumain devient la seule langue sud-danubienne écrite, d’abord en alphabet grec. Les premiers textes sont brefs. Ce sont une inscription sur une icône, avec la traduction en grec, en albanais et en latin, attribuée à un moine et prêtre, Nectarie Tărpu, et datée de 1731Trouvé en 1952 dans un monastère d’Albanie., ainsi qu’une inscription non datée sur un récipient appelé « vase de Simota »Trouvé par Pericle Papahagi vers 1900 chez le membre d’une famille aroumaine, les Simota..
Au cours de ce siècle, la ville de Moscopole, en Albanie, devient un centre culturel aroumain important. Des moines et des prêtres y vivant créent surtout une littérature religieuse orthodoxe, mais aussi des ouvrages lexicographiques et pédagogiques. Sont à mentionner : un livre de liturgie non daté et non localisé ; un glossaire grec-aroumain-albanaisDans Theodor Anastas Cavallioti, Protopeiria [« Premier enseignement »], Venise, 1770. ; un lexique de conversation grec-albanais-aroumain-bulgareDaniil Moscopoleanul, Lexikon Tetragloson [« Lexique quadrilingue »], Eisagogiki didaskalia [« Enseignement introductif »], Venise, 1794 ( édition), 1802 ( édition). ; un abécédaireConstantin Ucuta, Nea paidagogia [« Nouvelle pédagogie »], Vienne, 1794. ; un recueil manuscrit de traductions religieuses non daté, connu sous le nom de Codex Dimonie.
Après la destruction de Moscopole par les Turcs, en 1788, de nombreux lettrés aroumains émigrent dans la monarchie de Habsbourg, où ils connaissent les idées des Lumières et commencent à travailler sous l’influence de l’École transylvaine, un mouvement culturel national des lettrés roumains de Transylvanie.
left|thumb|Zones avec des écoles roumaines pour les Aroumains et les Mégléno-roumains dans l’Empire ottoman (en gris) (1886).
La troisième période, moderne, commence au . Les auteurs passent à l’alphabet latin et font paraître des ouvrages philologiques latinisants influencés par la langue roumaineGheorghe Constantin Roja, Măestria ghiovăsirii românești cu litere latinești, care sînt literele Românilor ceale vechi [« L’art de lire en roumain avec des lettres latines, qui sont les lettres anciennes des Roumains »], Buda, 1809 ; Mihail G. Boiagi, Grammatiki romaniki itoi makedonovlachiki [« Grammaire romane ou macédo-valaque »], Vienne, 1813.. À cause de cette influence, leur langage est artificiel, éloigné de la langue parlée.
Dans la deuxième moitié de ce siècle, après qu’en Macédoine on a fondé des écoles roumaines, il apparaît une littérature aroumaine moderne, surtout de la plume d’anciens élèves de ces écoles. À partir de 1864, ils cultivent une littérature artistique et des essais en aroumain, traduisant aussi des ouvrages en cette langue. Les représentants les plus notables de cette littérature sont Mihail Nicolescu, Tashcu Iliescu, Constantin Belimace, Nushi Tulliu, Zicu A. Araia, Nicolae Batzaria et George Murnu.
On publie aussi des contes populaires et des textes de chansons folkloriques, surtout après 1890, dans des recueils réalisés par Die Aromunen. Ethnographisch-philologisch-historische Untersuchungen über das Volk der sogenannten Makedo-Romanen oder Zinzaren [« Les Aroumains. Recherches ethnographiques, philologiques et historiques sur le peuple de ceux qu’on appelle Macédo-roumains ou Zinzares »], vol., Leipzig, Johann Ambrosius Barth (Arthur Meiner), 1894. et Pericle PapahagiPar exemple Din literatura poporană a aromânilor [« Sélection de la littérature folklorique des Aroumains »], Bucarest, Editura Academiei Române, 1900..
Des écoles destinées aux Aroumains, soutenues par l’État roumain et enseignant, il est vrai, surtout en roumain, ont existé jusqu’en 1945, principalement en Grèce. Toujours dans la deuxième moitié de ce siècle, et jusqu’en 1945, il y a eu aussi, dans certaines périodes, des services religieux en aroumain.
Situation au
Dans tous les pays où elle vit, les tendances d’assimilation de la population aroumaine et, par conséquent, de perte de sa langue et de sa culture, ont été puissantes. La langue aroumaine a reculé, mais subsiste, et sa situation s’est même améliorée après 1990.
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a adopté, lors d’une session en 1997, la recommandation 1333 sur la culture et la langue aroumaines, en soulignant le caractère menacé de cette langue. Elle a appelé les gouvernements des États où vivent des Aroumains à faciliter l’utilisation de leur langue dans l’enseignement, le culte et les médiasLangue et culture aroumaines.. Bien que cette recommandation ne soit pas entièrement suivie, on constate un certain progrès dans la préservation de l’aroumain.
La Macédoine du Nord est un pays où les Aroumains ont le statut de minorité nationale et, depuis 2001, l’aroumain est langue officielle dans la ville de KruševoEn vertu de l’amendemant n° V. de la constitution, qui stipule que les langues minoritaires sont officielles à côté du macédonien dans les localités où la minorité en cause atteint 20 % de la population (consulté le 6 juin 2017).. En 2001, le linguiste américain Victor A. Friedman constatait que l’aroumain était enseigné à Skopje, Štip, Bitola, Kruševo, Kumanovo, Struga et Ohrid, et qu’il y avait des émissions de radio et de télévision en cette langueFriedman 2001, ..
Dans ce pays, la vie littéraire aroumaine est relativement active. À côté d’ouvrages littéraires originaux, il est intéressant de mentionner que l’écrivain Dina Cuvata a traduit en aroumain le Cantique des Cantiques, l’Iliade, l’Odyssée, l’Énéide, la Chanson des Nibelungen, la Divine Comédie, etc.Bardu et Grădinaru 2006, . o., et qu’il a publié un dictionnaire des écrivains aroumains Scriitori armãneshtsã [« Écrivains aroumains »], Skopje, Unia ti Culturã-a Armãnjlor dit Machidunii. Biblioteca natsionalã armãneascã (Union culturelle des Aroumains de Macédoine. Bibliothèque nationale aroumaine), 2001 (consulté le 6 juin 2017)..
En Albanie aussi, les Aroumains ont reçu le statut de minorité nationale le Cf. Loi /2017 sur la protection des minorités nationales en république d’Albanie (consulté le 9 mai 2018).. Le chercheur Dorin Lozovanu, de Moldavie, écrivait en 2012 que dans les localités de Korçë, Divjakë, Selenicë et Vlora, il y avait des écoles où l’on enseignait l’aroumain en option. Il mentionnait également qu’à Divjakë et à Vlora, les services religieux se faisaient surtout dans cette langue, ainsi que l’existence d’une presse aroumaineLozovanu 2012, ..
En Roumanie, les Aroumains n’ont aucun statut juridique, mais l’intérêt pour leur langue a pris un certain essor là aussi. Dans l’enseignement public, les établissements peuvent introduire dans leur cursus, à titre optionnel, l’enseignement de la discipline « Culture et traditions aroumaines » comprenant aussi des leçons de langueVoir Ordin privind aprobarea planurilor-cadru de învățământ pentru învățământul gimnazial (Ordre concernant l’approbation des curricula pour les collèges), 2016 (consulté le 6 juin 2017).. Il y a aussi des programmes approuvés par le Ministère de l’éducation, qui prévoient une heure de cours par semaine pour cette disciplineVoir programmes pour les collèges et programmes pour les lycées (consulté le 6 juin 2017).. La langue est enseignée également dans le cadre de projets d’organisations aroumainesPar exemple le projet Anveatsã armãneashti! [« Apprends l’aroumain ! »], de Fara Armãneascã dit Romãnia (Communauté aroumaine de Roumanie) (consulté le 6 juin 2017)..