Le vignoble de la vallée du Rhône est une expression désignant la région viticole française s'étendant de part et d'autre du Rhône, de Vienne au nord jusqu'à Avignon au sud, sur un total de .. En sont habituellement exclus les vignobles bordant le fleuve plus en amont, que ce soit en France (Bugey et Savoie) comme en Suisse (Genève, Vaud et Valais).
C'est le deuxième vignoble en FranceVins de la vallée du Rhône : les chiffres.* Les vins de la vallée du Rhône sur le site winealley . quant au volume de production de vins d'appellation d'origine contrôlée, après le vignoble de Bordeaux. Il s'étend sur six départements : Rhône, Loire, Ardèche et Gard, sur la rive droite du Rhône, Drôme et Vaucluse, sur la rive gauche. Ces départements font partie des régions Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Du nord au sud, ce vignoble se divise en deux ensembles d'appellations : d'une part la vallée du Rhône septentrionale, de Vienne jusqu'à Livron-sur-Drôme (appellations côte-rôtieLe nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine., condrieu, saint-Joseph, crozes-Hermitage, hermitage) ; d'autre part la vallée du Rhône méridionale, de Montélimar à Avignon (appellations grignan-les-adhémar, châteauneuf-du-pape, gigondas, beaumes-de-venise muscat de Beaumes-de-Venise, vacqueyras).
S'y rajoutent les vallées des affluents du Rhône, d'abord celle de la Drôme qui forme le Diois (appellations clairette de Die, crémant de Die, coteaux-de-die et châtillon-en-diois), ensuite celle entre le mont Ventoux et la rive droite du Calavon (appellation ventoux), celle entre la rive gauche du Calavon et la rive droite de la Basse-Durance, englobant le massif du Luberon (appellation luberon) et enfin une partie du Gard (appellations costières-de-nîmes et clairette de Bellegarde).
Histoire
Antiquité
Par vocation la vallée du Rhône a toujours été un passage privilégié entre le monde méditerranéen et l'Europe septentrionale ou atlantique. Dès l'Antiquité, les Grecs s'infiltrent au cœur de la Gaule, où ils pratiquent des échanges commerciaux. La culture de la vigne et du vin se poursuit avec l'arrivée des Romains en 125 avant notre ère. Dès le , la concurrence entre les vignes reprend entre l'Italie et la Gaule narbonnaise. C'est dans ce contexte qu'il convient de dater la construction de la villa gallo-romaine du Mollard, à Donzère et les ateliers d'amphores de la région.
vignette|Les quatre tonneaux de Saint-Pierre-de-Colonzelle. La plus importante unité viti-vinicole antique de la région, la villa du Mollard a été mise à jour au sud de Donzère. Elle s’étendait sur deux hectares. L’entrepôt des vins de contenait deux travées abritant 204 dolia disposés en six alignements ayant chacune une contenance de . À chaque extrémité, un grand fouloir de , y étaient adjoints deux pressoirsJacqueline Ponton, Cépages Magazine , juin 1988, .. L’exploitation, qui a été datée entre 50 et 80 de notre ère, produisait de vin par an. Le rendement des vignes romaines ayant été estimé à , le domaine possédait ce qui nécessitait le travail de 150 esclaves. Tout ou partie de sa production était expédiée par le Rhône en tonneaux, à l’exemple de la scène représentée sur la stèle de Saint-Pierre-ès-Liens de Colonzelle () toute proche. Située sur le porche d’un prieuré clunisien, elle représente le levage de quatre tonneaux et leur embarquement sur un navire marchand. Ces amphores fabriquées sur place, servaient au transport des vins et des sauces de poisson. Ces découvertes archéologiques, alliées à une étude historique déjà ancienne, permettent de situer l'origine des Côtes du Rhône comme antérieure à bien d'autres régions viticoles françaises.
Les Romains créent Vienne, puis le vignoble correspondant dont la renommée était grande. Ils mettent en valeur la campagne viennoise avec d'immenses travaux de défonçage, de plantation de la vigne et de construction de murettes protégeant les terrasses. Les coteaux très accidentés de la rive droite séduisent les Romains et s'annexent plus tard ceux de la rive gauche . Ils font de cette région une des plus belles de la Gaule narbonnaise. Dès le ils ont donné l'impulsion d'un vignoble commercial.
Moyen Âge En 611 est fondé le monastère de Prébayon, réservée aux moniales. La charte accordée par Artemius, évêque de Vaison, à l'abbesse Rusticule, de Saint-Césaire d'Arles et compagne de la reine Radegonde, mentionne la présence de vignes dans ses domaines. C'est la plus ancienne trace écrite d'un vignoble lié à une appellation « Sablet » dans la région. À Saint-Péray, le vignoble est attesté depuis 936. Le cartulaire de Saint-Chaffre mentionne la donation à cette abbaye d'une villa et de ses vignes sise sous le castrum de Crussol.
Dès le , installés à Avignon, les papes firent appel aux vignobles de proximité pour leurs besoins. Clément V s’installa au pied du Ventoux, à Malaucène, près de la fontaine du Groseau, où il fit planter le premier vignoble pontificalMichel Brusset, Malaucène, aspects de l'Histoire entre Ventoux et Ouvèze, Ed. Le Nombre d'Or, Carpentras, 1981.. Jean XXII, le deuxième pontife avignonnais, fit bâtir le château de Châteauneuf-du-Pape. Il avait amené avec lui à Avignon des banquiers et des vignerons de Cahors dans le but de renforcer les richesses de la papauté. Les Cadurciens récupérèrent à Châteauneuf d’anciennes parcelles laissées par les templiers chassés par Philippe le Bel et plantèrent les premiers vignobles pontificaux. Au tout début, le vignoble de Châteauneuf ne fournit que quatre puis six tonneaux par an de vin papalin. Dès 1325 la production atteignit douze tonneaux. Trois ans plus tard Jean XXII pouvait partager sa récolte avec son neveu Jacques de Via, le cardinal-évêque d’Avignon. Les spécialistes ont calculé que le vignoble pontifical devait alors couvrir huit hectares. Ce pape fit venir son vin nouveau de Tournon (Hermitage), des Costières (Saint-Gilles, Nîmes, Beaucaire avec son cru renommé de Cante-Perdrix), de la Côte du Rhône (Roquemaure, Saint-Laurent-des-Arbres), du Comtat Venaissin (Carpentras), de l’État d’Avignon (Bédarrides) et de l’Enclave des Papes (Valréas). Son vin vieux provenait de Malaucène dont le vignoble fournissait chaque année sept sauméesUne saumée correspondait à . de vin liquoreux.
Benoît XII, son successeur, ancra encore plus radicalement la papauté en Avignon en décidant la construction du premier palais des papes dominé par la Tour du Trouillas (du pressoir). Homme austère et sévère, il garnit sa table uniquement des vins de la rive droite du Rhône. Ce fut sous le pontificat de Clément VI, en 1344, que le premier terroir connu de Châteauneuf-du-Pape fut répertorié. Il était dit Vieille Vigne (de nos jours Bois de la Vieille). Innocent VI apprécia fort le Châteauneuf autant blanc que rouge comme en témoignent les comptes de la Révérende Chambre Apostolique, au cours de son pontificat. Aux vins de ses prédécesseurs, il ajouta ceux de Pont-Saint-Esprit, Bellegarde, Rochefort-du-Gard, Villeneuve-lès-Avignon et Tavel (Prieuré de Montézargues).
Urbain V donna une nouvelle impulsion au vignoble de Châteauneuf en ordonnant qu’y fut planté du raisin muscat.. Ce qui n’empêcha point le pontife et sa Cour de découvrir et d’apprécier le vin d’Apt lors du concile qui s’y tint en juin 1365Ce fut le que Jean XXII acheta à Giraud Amic de Sabran son vignoble de Séoule (aujourd’hui Sylla), sur le terroir de Saint-Saturnin d’Apt. Après le concile qui se tint à Apt en , Urbain V se rendit dans cette cité où était enterré son parrain Elzéar de Sabran. Le pontife, accompagné des cardinaux limousins Hugues de Saint-Martial et Pierre Roger de Beaufort, découvrit et apprécia le vin de Séoule et les confitures sèches d’Apt.. De plus il donna une nouvelle impulsion au vignoble de Châteauneuf en ordonnant qu’y fut planté du raisin muscat.
Afin de préparer son départ à Rome, il fit passer un accord avec Marco Cornaro, le doge de Venise, pour le libre passage des vins pontificaux dans les ports vénitiensLe doge se vit remettre le bref pontifical par le légat Androin de la Roche. Pour préparer le retour du pape, le cardinal demanda à Marco Cornero le libre passage dans tous les ports de la Sérénissime République d’un convoi de deux cents amphores de vin devant transiter par les marches d’Ancône. Les nefs étaient jaugées par amphore et vingt amphores correspondaient à environ douze tonneaux métriques.. Ce qui lui permit, lors de son séjour italien, de 1367 à 1369, d’approvisionner la Cour romaine de vin de Saint-GillesLe vin de Saint-Gilles, à l’égal de celui de Beaune, touchait le cœur des cardinaux, ces oiseaux blancs à large gorge d’Avignon, engloutisseurs de vin. Les archives d’Arles possèdent une commande de la Cour pontificale pour l’année 1369 concernant des vins de Beaune et de Saint-Gilles, des plants de vigne et des… harengs. Cf. L. Stouff, La table provençale : boire et manger en Provence à la fin du Moyen Âge, Avignon, 1996. Le vignoble de Saint-Gilles en Languedoc appartenait alors au Grand Prieuré des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dont Juan Fernandez de Heredia avait la charge. Il devait sa célébrité à un seul cépage, le mourvèdre, dit d’ailleurs plant de Saint-Gilles. Il donnait des vins rouges de qualité équivalente à ceux de Beaune..
Grégoire XI resta fidèle aux muscats de Beaumes-de-Venise, Velorgues et Carpentras, dans le Comtat Venaissin, continua à commander des vins d’Apt, de Saint-Gilles et de la Côte du Rhône (Laudun, Bagnols-sur-Cèze). Et lors de son retour à Rome Cf. L. Mirot, La politique pontificale et le retour du Saint-Siège à Rome en 1376, Le Moyen Âge, Paris, 1899.. Le retour de la papauté à Rome n’empêcha point les différents pontifes qui se succédèrent sur le trône de Saint-Pierre de conserver l’habitude de se fournir en vins de Provence et du Comtat VenaissinEn 1654, Honoré Bouche, dans sa Chorographie de la Provence signalait que parmi les vins bus au Vatican : ..
Période moderne Les marquent le progrès de la viticulture rhodanienne. Au , la « Côte du Rhône » est le nom d'une circonscription administrative de la Viguerie d'Uzès (département du Gard) dont les vins sont réputés. Une réglementation intervient en 1650 pour protéger leur authenticité de provenance et garantir leur qualité.
Un édit du roi de France prescrit, en 1737, que tous les fûts destinés à la vente et au transport doivent être marqués au feu par les lettres « C.D.R. ». Ce n'est qu'au milieu du que la Côte du Rhône devient les Côtes du Rhône en s'étendant aux vignobles situés sur la rive gauche du Rhône. Cette notoriété, acquise au fil des siècles, est validée par les Tribunaux de Grande Instance de Tournon et d'Uzès en 1936.
Période contemporaine vignette|Appellations locales des côtes-du-rhônes septentrionales au Palais du vin de Courthézon. Dans les années 1930, sous l'impulsion du baron Le Roy, cette notoriété s'accentue et prend forme par la reconnaissance comme AOC (appellation d'origine contrôlée) des différents vins. L'AOC, c'est la protection d'un nom, sous conditions : une aire délimitée, un ou plusieurs cépages, un savoir-faire viti-vinicole. Un organisme officiel national, l'INAO, fixe et contrôle les règles qui garantissent que les produits d'AOC sont conformes aux critères de délimitation parcellaire, cépages, méthodes culturales, récoltes et vinification. Pour avoir droit à l'AOC, un vin doit de plus être soumis obligatoirement à une analyse et à une dégustation qui contrôlent sa typicité et sa qualité.