Le siège de Misrata est une bataille clé de la guerre civile libyenne de 2011. Elle a débuté le après la révolte d'habitants de la ville le contre le pouvoir de Mouammar Kadhafi. Elle est la plus longue bataille du conflit et a causé des milliers de morts et de lourds dégâts dans la ville. Misrata est la troisième ville de Libye au regard de la population avec près de . Elle est l'une des villes les plus détruites du pays lors du conflit et le plus important centre de résistance contre le régime en Tripolitaine pendant plusieurs semaines.

Le , les forces du dirigeant libyen Mouamar Kadhafi commencent à tirer sur les protestataires mais la ville tombe le entre les mains de l'opposition. Les forces de Kadhafi établissent alors le siège de la ville, la bombardent régulièrement et mènent des contre-offensives. Des tireurs d'élite s’installent sur les toits des immeubles du centre-ville pour tuer les habitants qui se déplacent à découvert. À partir du , les forces de la coalition internationale interviennent ponctuellement pour tenter de réduire les capacités de l'armée à bombarder la ville. Courant avril, les insurgés chassent les forces loyales à Kadhafi des quartiers du centre-ville puis de l'aéroport, tout en conservant le contrôle du port, leur seul moyen de recevoir vivres et munitions. Malgré la reprise de la ville par les rebelles, les bombardements durent encore plusieurs semaines. Fin août, le régime tire plusieurs missiles balistiques scud depuis Syrte en direction de Misrata mais ils ratent la ville ou sont interceptés par l'OTAN.

Début mai, les rebelles de Misrata, auto-organisés, parviennent à reprendre l'offensive hors de la ville, ce qui fait du siège de Misrata une victoire des insurgés. Le , la contre-offensive des insurgés est bloquée depuis trois semaines à à l'ouest de la ville, vers Dafnya. Les rebelles finissent par réussir à avancer vers Zliten à l'ouest ainsi que vers le sud, ouvrant ainsi un nouveau front dans le conflit qui permet la prise de Tripoli et la chute du régime de Kadhafi.

Des manifestations anti-Kadhafi à l’insurrection armée

Le printemps arabe a connu deux évènements retentissants : la fuite du dictateur tunisien Ben Ali le , et la chute du dictateur égyptien Moubarak le . La contestation des dictateurs s’étend alors à tout le monde arabe, Libye incluse.

Les 18 et , quelques centaines de manifestants protestent contre la répression des manifestations commencées le à Benghazi. Malgré la répression sanglante (utilisant les mitrailleuses de ), le mouvement s’amplifie dès l’après-midi du 19, alors que dans le même temps Benghazi (puis tout l'est du pays) tombe sous le contrôle de l’insurrection, et qu'un mouvement de protestations est violemment réprimé à Tripoli.

Le commandant en chef des forces militaires à Misrata promet cependant que ses troupes ne tireront pas sur les manifestants : il est immédiatement arrêté et emprisonné à Tripoli. Le , l’activité de la ville est stoppée.

Jusqu’au , l’opposition repousse les forces de l’ordre hors de la ville, jusqu’à la contrôler entièrement. De 6 à 14 manifestants sont tués, et plus de 200 blessés..

Premiers combats

Le , les forces loyalistes bombardent l’aéroport, aux mains des opposants, au lance-roquettes et au mortier. Les opposants répliquent au canon anti-aérien ZPU-4. Le personnel de l'aéroport et des gardes armés de la région se mutinent. avec les officiers de l'école militaire d'aviation, située près de l'aéroport. Avec les insurgés civils, ils parviennent à prendre le contrôle de la base aérienne et à neutraliser les avions de chasse, afin qu'ils ne servent pas aux forces pro-Kadhafi. Cinq personnes sont tuées dans ces combats : quatre insurgés et un milicien pro-Kadhafi ; il y a également une quarantaine de blessés.

Le soir du , les forces loyalistes, soutenues par des chars, reprennent le contrôle d’une partie de la base aérienne. Les combats font 22 morts.

Le , les forces gouvernementales continuent leurs assauts sur la base aérienne, repoussés par les insurgés. Huit soldats sont capturés.

Le , les forces de Kadhafi ont le contrôle complet de la base aérienne et de l’école militaire adjacente.

Siège thumb|Un char de combat de type T-72, similaire à ceux engagés par l'armée libyenne à Misrata. La Libye en possédait 260, dont seule une moitié aurait été opérationnelle faute d'entretien.

Attaques des forces fidèles à Kadhafi Dès que la ville est tombée sous contrôle des opposants, les forces loyalistes tentent de la reprendre. Ils assiègent la ville et la bombardent. Le , les insurgés réussissent à abattre un hélicoptère qui bombardait les bâtiments d'une radio locale de l'opposition. Les insurgés réussissent également à repousser des offensives.

À partir du , l'offensive semble s'amplifier, et des chars entrent dans le centre-ville. À la mi-mars, un raid de 700 hommes et 40 blindés permet aux kadhafistes de s’installer sur Tripoli street, une avenue de qui part du vieux centre-ville en direction de l’ouest. Les kadhafistes appliquent une stratégie de la terreur : des tireurs embusqués, venus d’Italie, de Grèce, de Colombie, de Serbie sont placés sur les toits des bâtiments, notamment sur le Tamina Building, et prennent pour cibles les piétons, combattants ou non, adultes et enfants.. Par exemple, ces tireurs font 150 tués en une semaine sur Tripoli street ; des raids de chars détruisent les moyens des insurgés ; d’autres raids sont menés avec des véhicules rapides, du type pick-up, pendant lesquels des habitants sont enlevés.

Les troupes kadhafistes stationnent en deux lieux principaux, à l’ouest vers Zlitan, et au sud vers Tamina et Jioda ; de ces positions, toute la ville est sous les feux de l’artillerie lourde. Vers le , la centrale électrique de Karsas, située au nord-ouest de Misrata, est détruite par un bombardement.

Le , Kadhafi bombarde à nouveau Misrata. Le , après le vote de la Résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies et l'annonce d'un cessez-le-feu par le gouvernement libyen, des bombardements se poursuivent.. Le , une marche de descend sur Tripoli street pour relever les morts abandonnés sur l’avenue : les tireurs embusqués font quarante morts et 250 blessés.

Organisation des assiégés

Les femmes sont pratiquement absentes des combats et du soutien logistique, sauf en tant qu’infirmières.

Armement et tactiques de combat thumb|Un BM-21 Grad, un lance-roquettes multiples utilisée par les forces pro-Kadhafi. Les insurgés manquent d’armes. Ils disposent surtout d’armes individuelles, saisies à la caserne de la Katiba : kalachnikov et fusils d’assaut belge FAL. Par contre, les moyens antichars modernes leur font défaut : ils n’ont que des roquettes RPG-7.

Le QG est installé dans un ensemble de conteneurs aménagés, puisque tous les lieux pouvant servir aux insurgés à s’organiser sont la cible des bombardements et des tireurs embusqués.

Au départ, les insurgés avaient pour seule arme antichar des cocktails Molotov et des grenades artisanales utilisées pour la pêche (« gélatines » ou joulateena). Puis d’autres tactiques ont été mises au point. Pour gêner la progression des milices de Kadhafi, les insurgés barrent les rues avec des tas de sable pour bloquer la progression de véhicules, puis pour limiter le danger, utilisent des camions-benne et des conteneurs remplis de sable et disposés en barricade. Des couvertures et des matelas imbibées d’essence sont étendues sur le sol aux endroits où des chars sont susceptibles de s’embusquer, afin de les enflammer à distance.

Dépourvus de véhicules blindés, les insurgés en confectionnent en soudant des plaques d’acier sur des pick-up.

Pour débusquer les tireurs, les étages inférieurs des immeubles où ils sont embusqués sont détruits avec des bouteilles de gaz. Ils sont ensuite tués ou capturés lorsqu’ils tentent de quitter le bâtiment.

Organisation politique vignette|Drapeau des insurgés.

Dès le , la population s’organise en comités spécialisés, sous l’impulsion des membres des professions libérales : santé (présidé par le Khaled Abou Falgah), défense, finances, approvisionnements, communications, de nombreuses décisions étant prises à un niveau plus restreint.

Le comité local envoie deux délégués au conseil national de transition à Benghazi, qui envoie des « cartes de rebelle », devant servir aux check-points, portant la date symbolique du .

Logistique

Avant la guerre civile, des milliers d’immigrés d’origine africaine travaillaient à Misrata, premier port libyen. Au cours des combats, ils se réfugient sur les quais du port, en attendant leur évacuation. Le , ils étaient encore 4000 à camper sur les quais, avec les familles des combattants.

La ville commence à manquer d’eau lorsque la centrale de Karsas est détruite, l’eau de Misrata venant principalement de pompages dans la nappe phréatique. Certains produits alimentaires (le lait pour les bébés) manquent également. La moitié de la ville est privée d’électricité.

Le principal hôpital, l’hôpital Bouchahal, est situé près de Tripoli street. Il a été bombardé deux fois au mois de mars, et ses moyens ont été dispersés entre différents lieux (dont une clinique et des dispensaires) aménagés en hôpitaux de campagne.

L’argent fait défaut : après avoir obligé les banques à ouvrir pour distribuer leur argent, le comité local a commencé d’organiser des distributions gratuites de vivres.

Le port de Misrata, à du centre-ville, est pratiquement le seul lien entre les insurgés et le monde extérieur, et le seul moyen qu’ils ont de recevoir du ravitaillement. Les ONG humanitaires leur font parvenir vivres et médicaments de Malte, tandis que le conseil national de transition leur envoie des munitions depuis Benghazi. Les ONG fournissent les fournitures médicales que leur demande le comité des insurgés de Misrata. C’est également dans la zone portuaire que se trouvent les industries, la seule centrale électrique en état de marche et les dépôts de pétrole qui l’alimentent et qui alimentent les véhicules des chebabs. D’importants entrepôts s’y trouvent aussi, permettant aux insurgés de vivre sur ces réserves.

Intervention de la coalition et poursuite des combats vignette|Un parc dans le centre de Misrata. Le , la coalition internationale commence à intervenir à Misrata, visant des chars de l'armée dans les banlieues de la ville, sans tenter de détruire ceux situés en centre-ville de peur de faire des victimes civiles. Le , l'offensive de Kadhafi s'intensifie avec un renfort de mercenaires étrangers pour tenter de reprendre le contrôle de la ville. Ce même jour, l'armée française détruit au sol cinq avions de combat légers Soko G-2 Galeb et deux hélicoptères d'attaque Mil Mi-24 de l'armée libyenne. En dehors des moments où ils sont en opérations, les blindés des kadhafistes sont abrités dans une forêt à l’ouest de Misrata, ou dans des bâtiments des zones urbaines, ce qui les rend difficile à atteindre.

Malgré ces opérations ponctuelles de la coalition puis de l'OTAN, les forces loyalistes continuent les bombardements de la ville au mortier de et aux lance-roquettes Grad, ce qui leur permet de reprendre le sud et l’ouest de la ville aux insurgés, avec l’aéroport et le secteur de l’université. La rue de Tripoli reste la ligne d’affrontements entre habitants insurgés de la ville et milices de Kadhafi.

Dans la nuit du 28 au , les kadhafistes effectuent une tentative de débarquement sur le port de Quasr Hamad, avec une centaine d’hommes, dix barges et trois vedettes de garde-côtes. Elle est repoussée aux RPG et à la Minta. Le lendemain, tout le quartier portuaire est bombardé. Le , les kadhafistes mènent un nouveau raid, terrestre cette fois-ci, vers la zone portuaire, où se trouvent toutes les ressources logistiques des insurgés.