Charles Vanel est un acteur et réalisateur français né le à Rennes et mort le à Cannes.
Sa carrière cinématographique longue et hétéroclite commence en 1910 et s'achève en 1988, durant laquelle il joue dans plus de deux cents films, sur une période de soixante-dix-huit ans, où il incarne une grande variété de rôles : Napoléon pour Karl Grune, Javert pour Raymond Bernard, amoureux éconduit chez Duvivier, vieux policier que rien n'abuse chez Clouzot, banquier pour Melville, truand pour Deray...
Tourneur, Decoin, Carné, Costa-Gavras, Rouffio, Chabrol, parmi de très nombreux autres réalisateurs français, l'ont dirigé, mais aussi plusieurs réalisateurs étrangers, parmi lesquels Anatole Litvak, Pietro Germi, Alberto Lattuada, Luis Buñuel, Ettore Scola et Alfred Hitchcock.
Biographie Enfance et début au cinéma Charles Vanel naît sous le nom de Charles-Marie Vanel en 1892 en Bretagne. Ses parents, Émile Vanel (1857-1939) et Berthe Morice (1863-1954), commerçants, s'installent à Paris, où ils tiennent un commerce de vins et liqueurs au 142, boulevard Montparnasse, lorsqu'il a . Il a un demi-frère, issu d'une première union de son père, Camille (1885-1954), et une sœur, Germaine (1900-1994), épouse de Gaston LouetteJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989. Il est renvoyé de tous les établissements scolaires qu'il fréquente et n'a pas une enfance et une adolescence heureuse, sa mère le battantJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, : "Elle (sa mère) ne m'aimait pas. (...) Il y avait aussi le martinet. Je passais mon temps sous les coups.". Il tente de s'engager dans la marine, ce que sa mauvaise vision des couleurs ne lui permet pas. Finalement, en 1908, il commence à jouer dans des spectacles de théâtre. Il débute au cinéma en 1910 dans Jim Crow de Robert Péguy. Il fréquente les Russes émigrés de la troupe de Iossif Ermoliev et Alexandre Kamenka, nourris de l'enseignement de Stanislavski.
Mobilisé le , il est réformé le suivant pour « troubles mentaux » et renvoyé dans ses foyersRecrutement militaire de la Seine. Classe 1912. Matricule 1764. Archives en ligne de la Ville de Paris, registre matricule de recrutement, bureau. Il avait déjà été réformé pour "confusion mentale aiguë" pendant son service militaire en octobre 1913., ce qui lui permet de faire une tournée théâtrale en 1916 en Amérique du Sud avec Lucien Guitry. Plus tard, surtout dans les années 1930, on lui rappellera ses deux mois, seulement, de mobilisation, surtout chez les nationalistes, dont des adhérents des Croix-de-Feu, ou de la Cagoule, en particulier pour sa participation au film Les Croix de bois, de Raymond Bernard, qui abordait la détresse des Poilus au front. Ses détracteurs l'accusèrent d'être un faux ancien combattant, un déserteur (alors qu'il ne l'était pas), un embusqué, etc. Cette polémique affectera profondément Charles Vanel. En 1917, il entre chez Firmin Gémier, au théâtre Antoine, où il reste deux ansJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, , avant de se consacrer quasi exclusivement au cinéma, après qu'Henry Bataille, qui l'avait engagé pour jouer dans une de ses pièces, mais qui ne supportait pas d'avoir un acteur syndiqué dans sa troupe, lui ait promis, après une altercation, qu'il ne jouerait plus jamais au théâtre à ParisJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, . Il joue dans de nombreux films muets dans les années 1910 et 1920, particulièrement dans des rôles de personnages bourrus et amers et mène une fructueuse carrière de comédien.
Charles Vanel réalise en 1929 son unique long métrage, un film muet, Dans la nuit. En 1931, il tourne encore un court métrage, Affaire classée, avec Pierre Larquey et Gabriel Gabrio, ressorti en 1935 sous le titre Le Coup de minuit.
Le succès vignette|gauche|Charles Vanel en 1934. Lors de l'avènement du parlant, sa voix phonogénique et les inflexions qu'il lui donne consolident sa popularité, et il atteint la consécration. Il travaille souvent pour Maurice Tourneur et Raymond Bernard. Il a souvent Gaby Morlay pour partenaire.
En 1932 il joue dans Les Croix de bois de Raymond Bernard avec Pierre Blanchar, en 1933 dans Les Misérables du même réalisateur où il incarne le personnage de Javert aux côtés d'Harry Baur, puis, en 1934, Le Grand Jeu de Jacques Feyder avec Pierre Richard-Willm, Marie Bell et Françoise Rosay. En 1936, il tourne avec Jean Gabin pour Julien Duvivier dans La Belle Équipe. L'année suivante, il fait face à Erich von Stroheim dans Les Pirates du rail de Christian-Jaque et, en 1938, à Jules Berry dans Carrefour de Curtis Bernhardt. En 1939 il retrouve Pierre Richard-Willm et Jacques Feyder pour La Piste du Nord.
Sous l'Occupation, il ne cesse de tourner, notamment avec Fernandel dans La Nuit merveilleuse de Jean-Paul Paulin, avec Tino Rossi dans Le soleil a toujours raison de Pierre Billon et Madeleine Renaud dans Le ciel est à vous de Jean Grémillon, mais refuse de tourner pour la Continental Films, malgré les demandes répétées d'Alfred GrevenJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, .
Profitant de son laissez-passer permanent zone libre/zone occupée que lui avait délivré Alfred Greven, il aide la Résistance en transportant notamment dans une mallette à double fond des faux papiers fabriqués à MarseilleJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, . À partir de mars 1943, il entre dans le réseau Mithridate, hébergeant et cachant dans sa résidence secondaire des résistants, des aviateurs anglais et des juifsJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, : "Après, j'en ai eu d'autres, des Anglais aussi. Il y avait un grand lieu désertique du côté de Gap, cela favorisait les parachutages. Et puis quelques amis juifs.".
À la Libération, en 1944, parce qu'il avait reçu la Francisque en , il est inquiété par la Résistance, mais finalement mis hors de cause, son soutien au maréchal Pétain s'expliquant, d'après lui, par ses souvenirs d'ancien combattant de la Première Guerre mondiale alors qu'il n'y avait participé que deux mois. Charles Vanel dénonce les dérives de la France de Vichy, et surtout, étant patriote, ne cautionne pas la collaboration avec les Allemands.
En octobre 1947, il reçoit la croix de guerre pour sa participation à la Résistance : "Entré dans la résistance au service du réseau Mithridate en qualité d'agent de renseignements en mars 1943. Son action a été exemplaire. Toujours sur la brèche, il a été l'auteur de nombreux rapports sur l'activité ennemie et son implantation sur la Côte méditerranéenne. Au mépris de sa sécurité personnelle a hébergé de nombreux agents traqués par la Gestapo. Son dévouement à la cause de la France libre a été constant et sans faiblesse de mars 1943 au débarquement sur la Côte sud auquel il a participé activement. Cette citation comporte l'attribution de la croix de guerre avec étoile d'argent..."
À partir de 1948, il tourne beaucoup en Italie.
Il interprète Jo dans Le Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot, en 1953. Il y incarne un conducteur de camion, dur à cuire qui dévoile au fur et à mesure du film sa fragilité intérieure. Il a pour partenaire Yves Montand. Avec ce film, Vanel obtient le prix du meilleur acteur au festival de Cannes.
En 1951 il joue un juge dans Son dernier verdict de Mario Bonnard. Il est procureur dans L'Affaire Maurizius de Julien Duvivier. Il jouera souvent, désormais, les magistrats.
L'acteur est de nouveau dirigé par Clouzot deux ans plus tard dans Les Diaboliques où il est Alfred Fichet, commissaire à la retraite. La même année, il joue avec Grace Kelly dans La Main au collet d'Alfred Hitchcock. Dans ce film, il interprète le cauteleux et ambigu Bertani, restaurateur niçois, ancien collègue de John Robie (Cary Grant) dans la Résistance.
En 1956, dans La Mort en ce jardin de Luis Buñuel, il est aux côtés de Simone Signoret, Georges Marchal et Michel Piccoli.
La consécration Charles Vanel a eu l'une des carrières les plus longues et polyvalentes du cinéma français, s'étalant sur huit décennies.
Il remporte un prix spécial au Festival de Cannes en 1970. En 1972, il triomphe en patriarche dans Les Thibault, adaptation du roman de Roger Martin du Gard. Il récidive dans Sept Morts sur ordonnance en 1975.
Il reste très actif durant cette décennie, en particulier dans des rôles de juge comme dans La Plus Belle Soirée de ma vie d'Ettore Scola avec Alberto Sordi, Michel Simon, Pierre Brasseur et Claude Dauphin ou Cadavres exquis de Francesco Rosi avec Lino Ventura.
Un de ses derniers rôles est celui de Trois Frères en 1981, également réalisé par Rosi, où, presque nonagénaire, il joue le personnage d'un vieux fermier de la région des Pouilles, veuf, qui reçoit la visite de ses trois enfants. Il obtient en Italie le David di Donatello du meilleur acteur dans un second rôle.
En 1986, il enregistre la chanson La vie rien ne la vaut en duo avec Mireille Mathieu.
Il apparait une dernière fois au cinéma en 1988, dans le film de Jean-Pierre Mocky Les Saisons du plaisir.
Fin de vie À partir de 1972, même si Charles Vanel souhaite continuer à tourner, il sera freiné par les compagnies d'assurances : venant de dépasser l'âge de , sa présence dans un film pouvait être risquée. Désormais, pour ces nouveaux films et projets, il devra passer des visites médicales obligatoires qui d'ailleurs ne diagnostiqueront rien d'alarmant.
En 1975, Charles Vanel sera très affecté par la mort de son ami comédien Michel Simon, décédé à l'âge de .
Vanel se retire sur la Côte d'Azur, à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), dans une villa appelée la Mouansarde. En 1982, il est victime d'un cambriolage : alors que le cambrioleur, cagoulé, le ceinture et lui réclame de l'argent, il le mène jusqu'à son bureau et se saisit soudainement de son coupe-papier et se jette sur lui, le cambrioleur prend alors la fuiteJacqueline Cartier, Monsieur Vanel. Un siècle de souvenirs. Un an d'entretiens, Robert Laffont, 1989, . C'est dans cette région qu'il meurt et est, conformément à son souhait, incinéré. Une partie de ses cendres a été dispersée au large de Menton, le reste a été placé au cimetière de Mougins ou Mouans-Sartoux.. ., où il vivait avec Arlette Bailly, sa troisième épouse, de trente-six ans sa cadette, morte en 2015 à .
Marié trois fois, Charles Vanel n'a pas eu d'enfant.
En 2002, à la demande du cinéaste Bertrand Tavernier, Louis Sclavis a composé et enregistré une musique pour le seul long métrage, un film muet, réalisé par Charles Vanel : Dans la nuit (1929).
Filmographie Réalisateur 1929 : Dans la nuit (long métrage) 1932 : Affaire classée (court métrage), ressorti en 1935 sous le titre Le Coup de minuit Acteur de théâtre
1908 : Hamlet de William Shakespeare - théâtres Montparnasse, de Grenelle et des Gobelins - rôle : seigneur
? : Exploits d'un titi parisien d'Henri Hubert et Jacques Volnis- rôle : ouvrier, Marny
1908 : Bête féroce de Jules Mary et Emile Rochard, théâtre de l'Ambigu (Paris) - rôle : Garçon de café.
1916 : Tournée théâtrale en Amérique du Sud avec Lucien Guitry
1919 : Tournée théâtrale en Amérique du Sud : La Marche nuptiale d'Henry Bataille (rôle : Roger Lechatellier), L'Élévation d'Henry Bernstein (rôle : le professeur Courtin), L'Arlésienne d'Alphonse Daudet (rôle : Mitifio), La Femme nue d'Henry Bataille (rôle : Pierre Bernier).
Acteur au cinéma Période muette
1910 : Dodoche fait des siennes (court métrage) 1910 : Jim Crow (court métrage, ) de Robert Péguy : le barman 1912 : Les Rivaux d'Arnheim d'Alfred MachinC.Vanel est mentionné dans l'équipe technique 1917 : La P'tite du sixième de Louis Mercanton et René Hervil