vignette|Le portail nord du de la Stavkirke d'Urnes a été interprété comme comportant des scènes de serpents et de dragons qui représentent le Ragnarök.

Dans la mythologie nordique, le Ragnarök renvoie à une fin du monde prophétique comprenant une série d'événements dont un hiver de trois ans sans soleil (Fimbulvetr), suivi d'une grande bataille sur la plaine de Vígríd. La majorité des divinités comme Odin, Thor, Freyr, Baldr, Heimdall et Loki, mais aussi les géants et la quasi-totalité des hommes y mourront, une série de désastres naturels verra ensuite le monde submergé par les flots et détruit par les flammes. Une renaissance suivra, où les dieux restants, dont Baldr, Höd et Vidar, rencontreront Líf et Lífþrasir, seul couple humain survivant et appelé à repeupler le monde. Le Ragnarök est un thème important dans la mythologie nordique. Il est principalement relaté dans l’Edda poétique, en section de la Völuspá, probablement écrite par un clerc islandais après l’an mille183, mais aussi dans l’Edda de Snorri, rédigée au par Snorri Sturluson, qui s’est lui-même inspiré de l’Edda poétique.

Le Ragnarök est l'objet de nombreuses études et controverses visant à déterminer l'origine réelle du récit rédigé tardivement, après la christianisation du monde nordique. De nombreux spécialistes soutiennent que les textes faisant référence à la fin du monde prophétique sont inspirés des récits bibliques172121 du jugement dernier37, notamment l'Apocalypse et la fin du monde millénariste179, et de l’Ecclésiaste148La Sagesse du Havamal dans Sagesse et religion, Paris, PUF 1979 L’Islandais des sagas d’après les sagas des contemporains, Paris SEVPEN, op. cit. Certains y trouvent également des comparaisons avec des récits d'autres mythologies indo-européennes, qui pourraient indiquer une origine commune du mythe ou des influences païennes extérieures. Pour de nombreux érudits, ces influences empruntées aux autres cultures et réécrites par des clercs chrétiens sont attribuées à tort à la mythologie viking et ont déformé la connaissance que nous avons de la foi scandinave. Ce texte pourrait également puiser ses sources dans l'observation de catastrophes naturelles en Islande.

Richard Wagner a beaucoup popularisé le thème du Ragnarök avec son opéra Der Ring des Nibelungen, dont la dernière partie a pour titre Götterdämmerung, le crépuscule des Dieux.

Étymologie Le mot en vieux norrois « » est composé de deux mots plus simples. Le premier, , est le génitif pluriel de (« dieux » ou « puissances »), dérivé du proto-germanique ragenō. Le deuxième mot, , a plusieurs significations. L'interprétation traditionnelle est que, préalablement à la fusion de /ö/ et /O/ (vers 1200) le mot est dérivé du proto-germanique rako. Le mot ragnarök dans son ensemble est ensuite généralement interprété comme le ou le selon Rudolf Simek, ou encore par la . En 2007, Haraldur Bernharðsson proposa que la forme originale du mot était rok, conduisant au proto-germanique rekwa et à d'autres possibilités sémantiques.

À la strophe 39 de l’Edda poétique, Lokasenna, et dans l’Edda en prose de Snorri, la forme ragnarök(k)r apparaît, où rok(k)r signifie « crépuscule ». Il a souvent été suggéré que cela indique un malentendu ou une réinterprétation tirés de la forme originale : ragnarök. Haraldur Bernharðsson fait valoir au contraire que les mots ragnarök et ragnarökkr sont étroitement liés, étymologiquement et sémantiquement, et suggère un sens de « renouvellement de la puissance divine ».

Les autres termes utilisés pour désigner les événements entourant Ragnarök dans l'Edda poétique comprennent rök aldar (« fin du monde ») à la strophe 39 de Vafþrúðnismál, tiva Rök des strophes 38 et 42 de , (« quand les dieux meurent ») à partir de la strophe 47 du , (« quand les dieux seront détruits ») de , strophe 52, Lokasenna strophe 41, et strophe 19, Rof aldar (la « destruction du monde ») de strophe 41, (« fin des dieux ») du Hyndluljóð strophe 42, et, dans l' Edda en prose, (« quand le fils de Muspell Se déplace dans la bataille ») peut être trouvé dans les chapitres 18 et 36 du Gylfaginning ».

L'acception de incombe aussi au fait qu'elle a été retenue par Richard Wagner, qui a fait du Crépuscule des Dieux (Die Götterdämmerung) le titre du dernier opéra de sa tétralogie L'Anneau du Nibelung.

Mentions dans les textes mythologiques Le Ragnarök est expliqué ou mentionné dans plusieurs poèmes rattachés à l'Edda poétique et en particulier dans la Völuspá, ainsi que dans la partie de l'Edda de Snorri appelée Gylfaginning, surtout à partir du chapitre 51.

Edda poétique thumb| ou , dessin de F. W. Heine représentant le Ragnarök.

Völuspá Le poème Völuspá de l'Edda poétique présente les prédictions d'une prophétesse völva. Le Ragnarök y est décrit dans les strophes 40 à 58. La régénération (ou le renouveau) à la suite de la bataille est décrite dans le reste du poème, des strophes 59 à 66.

À la strophe 40, la völva explique qu'un membre de la (le loup) dévorera le Soleil (il s'agit sans doute du loup Sköll). Ainsi on apprend que le Soleil ne brillera plus pendant les étés suivants, et que la terre connaîtra des tempêtes épouvantables. La völva décrit ensuite trois coqs qui chantent le début du Ragnarök, Fjalarr dans les bois à Jötunheimr accompagné du géant Eggthér qui joue joyeusement de la harpe sur un tertre, Gullinkambi chez les Ases, et un autre de nom inconnu, rouge, dans les halles de Hel.

À la strophe 44, on apprend que le chien de Hel, Garmr, et rompt ses chaines. Cette strophe est un refrain répété à quatre reprises. Les événements sur terre sont décrits à la strophe 45 :

45. Brœðr munu berjask ok at bönom verðask, munu systrungar sifjum spilla ; Hart er í heimi, hórdómr mikill, skeggöld, skálmöld, skildir ro klofnir, vindöld, vargöld, áðr veröld steypisk ; mun engi maðr öðrum þyrma..45. Les frères se battront Et se mettront à mort, Les parents souilleront Leur propre couche ; Temps rude dans le monde, Adultère universel, Temps des haches, temps des épées, Les boucliers sont fendus, Temps des tempêtes, temps des loups, Avant que le monde s'effondre ; Personne N'épargnera personne504.

La völva explique ensuite que Heimdall souffle fort dans son cor Gjallarhorn, Odin consulte la tête de Mímir, Yggdrasill tremble, Fenrir se libère de ses chaines, et les flammes de Surt embrasent le monde.

À la strophe 50, on apprend que le géant Hrym arrive de l'est, armé d'un bouclier, le serpent géant Jormungand se retourne en déchainant ainsi les vagues, un aigle lacère les cadavres, et le bateau Naglfar est détaché, puis conduit par le dieu traitre Loki.

thumb|Odin et Fenrir, Freyr et Surt par Emil Doepler (1905). Surt arrive du sud avec son épée qui brille comme le Soleil, 546. À la strophe 53, on apprend qu'Odin meurt contre Fenrir (), et Freyr () contre Surt :

53. Þá kømr Hlínar harmr annarr fram, er Óðinn ferr við úlf vega, en bani Belja, bjartr at Surti ; þá mun Friggjar falla angan.53. Alors arrive à Hlín [ Frigg ] Une douleur nouvelle, Quand Odin se met en marche Contre le loup, Le brillant meurtrier de Beli, Contre Surtr ; Alors de Frigg Périra l'amour.

Un des fils d'Odin, Vidar, venge son père en enfonçant son épée dans le cœur de Fenrir. Thor combat ensuite le serpent Jormungand et le tue, mais périt à son tour, empoisonné par son venin, après avoir effectué neuf pas. Après cela, tous les hommes désertent leur demeure, le Soleil s'obscurcit et la Terre coule dans la mer, les étoiles disparaissent et les flammes touchent le ciel.

À partir de la strophe 59 et jusqu'à la fin du poème sont expliqués le renouveau et le monde après le Ragnarök. La terre réémerge de la mer et se couvre de verdure, la völva voit l'image d'une cascade et d'un aigle chassant le poisson. Les Ases ayant survécu se réunissent et parlent des événements de la bataille, des runes, et de leurs jeux d'autrefois. Des récoltes de champs vont repousser sans avoir été ensemencés, et les dieux Hödr et Baldr reviennent ensemble de Hel vivre à Asgard. Elle décrit le dieu Hœnir qui fait des prophéties, les fils de deux frères (soit Hödr et Baldr, soit Vili et Vé) rebâtissent le monde. Elle voit à Gimlé une salle couverte d'or où les morts fidèles du Ragnarök iront habiter éternellement dans le bonheur. La strophe 65 témoigne peut être d'une influence chrétienne :

65. Þá kømr inn ríki at regindómi öflugr ofan, sá er öllu ræðr.65. Alors arrive d'en haut Au dernier jugement, Le puissant, le magnifique, Celui qui tout gouverne549.

Enfin, dans la dernière strophe (66), la völva décrit le dragon Nídhögg qui transporte des cadavres dans son plumage au-dessus de la plaine. La dernière phrase : , désigne sans doute par la völva, car tout le long du poème, la völva se désigne à la troisième personne ; c'est chose assez courante dans la poésie scandinave. Ayant fini de parler, elle s'en va.

Vafþrúðnismál Dans le poème Vafþrúðnismál de l'Edda poétique nous sont donnés les noms des survivants, humains comme dieux, et d'autres informations sur le Ragnarök, par le jeu (défi) de questions et réponses entre le géant Vafþrúðnir et le dieu Odin.

Dans la strophe 18, Odin donne le nom de la plaine où se dérouleront les combats du Crépuscule des Dieux (Vigrid) :

18. Vigriþr heitir vollr, er finnaz vigi at Svrtr oc in svaso goð ; hvndraþ rasta hann er a hverian veg, sa er þeim vollr vitaþr..18. Vígrídr s'appelle la plaine Où se rencontreront pour le combat Surtr et les dieux bien-aimés ; Sur cent vingt mille elle s'étend Aux quatre aires du vent. Cette plaine leur est assignée520. thumb|Fenrir et Odin (1895) de Lorenz Frølich.

Ensuite, Odin questionne le géant Vafþrúðnir sur la prophétie. À partir de la strophe 44, on trouve des questions sujettes au Ragnarök. On apprend notamment dans la strophe 45 que seul le couple d'humains Líf et Lífþrasir survivra au (Fimbulvetr) en se cachant dans le bois de Hóddmímir (, c'est-à-dire l'arbre-monde Yggdrasill au pied duquel se trouve la tête de Mímir, source de science, donc de trésor) et se nourrissant de la rosée du matin. Odin demande ensuite à la strophe 46 ce qu'il adviendra du Soleil après que Fenrir l'aura dévoré, et le géant répond que le Soleil aura le temps d'engendrer une fille unique juste avant, celle-ci suivra la même route que sa mère (47).

thumb|left|Víðarr retient la mâchoire de Fenrir (1908) de W. G. Collingwood, inspiré de la croix de Gosforth. Odin demande dans la strophe 50 quels Ases gouverneront après le Ragnarök, et Vafþrúðnir répond dans la strophe 51 :

51. Viþarr oc Vali byggia vé goða, þa er slocnar Svrta logi ; Móþi oc Magni scolo Miollni hafa Vingnis at vigþroti.51. Vidarr et Váli Habiteront les aîtres des dieux Quand la flamme de Surtr se sera éteinte ; Módi et Magni Auront Mjölnir À la fin du combat de Vingnir [ Thor ]528.

Enfin, Odin demande dans la strophe 52 ce que sera la cause de sa mort au Ragnarök, et le géant répond dans la strophe 53 que c'est (comprendre Fenrir) qui le tuera, mais que son fils Vidar le vengera en fendant le loup pendant la bataille.

Autres mentions