Socrate (en / Prononciation en grec ancien retranscrite selon la norme API.) est un philosophe grec du , né vers -470/469 et mort empoisonné en -399 à Athènes. Il est connu comme l'un des « fondateurs » de la philosophie. Socrate n'a laissé aucun écrit, sa pensée et sa réputation se sont transmises par des témoignages indirects. Ses disciples, Platon et Xénophon, ont notablement œuvré à maintenir l'image de leur maître, qui est mis en scène dans leurs œuvres respectives.

Les philosophes Démétrios de Phalère, et Maxime de Tyr dans sa Neuvième Dissertation ont écrit que Socrate est mort à l'âge de Dissertations de Maxime de Tyr, pages 107-108, traduites sur le texte grec avec des notes critiques, historiques et philosophiques, par Jean-Isaac Combes-Dounous, Bossange, Masson et Besson, Paris, 1802. Déjà renommé de son vivant, Socrate est devenu l'un des penseurs les plus illustres de l'histoire de la philosophie. Sa condamnation à mort et sa présence très fréquente dans les dialogues de Platon ont contribué à faire de lui une icône philosophique majeure. La figure Socratique a été discutée, reprise, et réinterprétée jusqu'à l'époque contemporaine. Socrate est ainsi célèbre au-delà de la sphère philosophique, et son personnage est entouré de légendes.

En dépit de cette influence culturelle, très peu de choses sont connues avec certitude sur le Socrate historique et ce qui fait le cœur de sa pensée. Les témoignages sont souvent discordants et la restitution de sa vie ou de sa pensée originelle est une approche sur laquelle les spécialistes ne s'accordent pas.

Biographie vignette|Socrate, ses deux épouses et Alcibiade par Reyer van Blommendael, peinture sur toile, , , Musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

La plupart de nos connaissances sur la vie de Socrate concernent son procès daté de l'année 399 avant notre ère. Socrate naît vers 471 P. E. Easterling - The Cambridge Companion to Greek Tragedyp.352 Cambridge University Press, 1997 Retrieved November 19th, 2017, 470/469 ou 469/468Apollodore (N. D. Smith, P. Woodruff), Reason and Religion in Socratic Philosophy, 154, Oxford University Press, 16th November 2000 Retrieved November 19th, 2017.Apollodorus of Athens Encyclopedia Brittanica Retrieved November 19th, 2017., dans la troisième ou quatrième année de la olympiade, à la fin des guerres médiques, sans doute au mois de mai (6 du mois thargélion), près d'Athènes, dans le dème d'Alopèce, dème de la tribu d'Antiochide. Il est le fils de Sophronisque et de Phénarète. Son père était sculpteur ou tailleur de pierre et sa mère sage-femme. Il est toutefois possible que le nom de sa mère (qui signifie « qui fait apparaître la vertu ») et son métier ne soient qu'une invention destinée à souligner les propos de Socrate sur la maïeutiqueThéétète, 149 a.. Socrate avait un demi-frère, Patroclès, fils de Chérédème, premier mari de sa mèreEuthydème, 297 e..

Les renseignements sur sa vie privée sont peu sûrs, voire contradictoires. La tradition qui vient de Platon et Xénophon, le donne pour marié à Xanthippe, vers 415 avant J.-C. Selon une tradition douteuse anti-socratique remontant à Aristote, Socrate aurait peut-être été bigame, marié à Xanthippe et à Myrto, petite-fille d'Aristide le JusteDiogène Laërce, Livre II, 26 ; , Aristide, 27 ; , Livre XIII XIII.. Il aurait eu trois enfants de Xanthippe, à laquelle la tradition fait une réputation de mégère : Lamproclès, l'aîné selon XénophonXénophon, Mémorables, II, 2., Sophronisque et MénexèneXénophon, Le Banquet, Chapitre II, 10.. En dépit du physique peu avantageux que lui prêtent Platon et Xénophon, Socrate est un séducteur de jeunes gens, au point d'être accompagné par un groupe d'admirateurs imitant son mode de vie.. D'après une autre tradition, mentionnée par Aristoxène, Socrate avait une forte inclination pour les femmesKenneth Dover, Homosexualité grecque, trad. Suzanne Saïd, La Pensée sauvage, « Bibliothèque d'ethnopsychiatrie », 1982, 190.Le sexologue Fritz Klein place Socrate dans une liste de bisexuels célèbres dans l'histoire : The Bisexual Option, Arbor House, 1978, rééd. 1993, 136..

Socrate est présenté par Platon comme étant pauvre, 23 b., tandis que Xénophon conteste que l'on puisse le dire pauvre au motif que n'ayant que peu de besoins Socrate n'avait pas l'utilité d'une grande fortune. On ne connaît par ailleurs à Socrate pas d'autres activités que la philosophie. Cependant, ayant servi comme hoplite durant la guerre du Péloponnèse, il n'était pas un thète, la plus pauvre des quatre classes, dispensée du service hoplitique (service militaire grec), et sa pauvreté doit sans doute se comprendre relativement aux jeunes gens riches qui formaient son entourage.

Hoplite Il a été hoplite dans trois campagnes militaires pendant la guerre du Péloponnèse : celles de Potidée en -431/430, de Délion en -424 et d'Amphipolis en -422. Ces campagnes semblent d'ailleurs être les seuls déplacements de Socrate hors d'Athènes. Platon le montre comme faisant preuve d'un courage physique hors du commun : <ref group="Note">Le Banquet, 219 e-221 c, trad. Dacier et Grou ; Apologie de Socrate, 28 e, Charmide, 153 a-d, Lachès, 180 b.</ref>.

Le courage dont il fait preuve n'est pas seulement physique, mais aussi politique, quel que soit le régime. En -406, après la bataille des Arginuses, on décide, sous l'influence des démagogues, de juger collectivement les généraux ayant conduit cette bataille, au motif qu'ils n'ont pas recueilli les corps des morts. Le hasard veut que Socrate se trouve être alors prytane et chef de l'assemblée. Il est le seul des cinquante prytanes à s'opposer, au péril de sa vie, à cette procédure illégale : selon la loi athénienne, c'est en effet un à un, et non collectivement, qu'on pouvait condamner ces hommes. Son opposition n'empêche toutefois pas les généraux d'être condamnés à mort. En -404, sous le régime des Trente, il refuse d'obéir à l'ordre qui lui est donné d'arrêter un proscrit, Léon de Salamine, là encore au péril de sa vie, 32 b-c ; , I, VII, 15, Mémorables I, I, 18..

Athènes est au le centre de la vie culturelle et un lieu de passage obligé pour les personnalités du temps : l'historien Hérodote, les physiciens Parménide et Anaxagore, le médecin Hippocrate, les sophistes Protagoras, Gorgias, Hippias et Prodicos, entre autres. On ignore quelle a été la formation de Socrate. Anaxagore et Archélaos de Milet lui ont été donnés comme maîtres par une tradition tardiveDiogène Laërce, II, 16, 19, 23., mais ce n'est peut-être qu'une reprise du passage « autobiographique » du Phédon96 a-99 d. : Socrate y déclare avoir étudié les livres d'Anaxagore. Platon et Xénophon ne donnent en réalité aucun renseignement clair sur d'éventuels maîtres de Socrate, Lucien de Samosate explique tout au plus que Socrate fréquentait les écoles de joueuses de flûte, et qu’il prit quelques leçons chez Aspasie. Plusieurs passages de Platon le présentent comme disciple du sophiste Prodicos de Céos, mais l'ironie dont fait preuve Socrate à ce sujet ne donne aucune certitudeGilbert Romeyer-Dherbey, Les Sophistes, PUF, , ..

Enseignement public Vers -435, il commença à enseigner dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Il parcourait les rues d'Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous.

vignette|redresse|Buste de SocratePhotographie de Domenico Anderson.

Il enseignait, ou plus exactement questionnait, gratuitement — contrairement aux sophistes, qui enseignaient la rhétorique moyennant une forte rétribution. L'année -420 est importante, puisque la Pythie de Delphes aurait répondu à son ami d'enfance Chéréphon : « Il n'y a pas d'homme plus sage que Socrate », 21 a ; , II..

On sait que Socrate passait à certaines occasions plusieurs heures debout et immobile. Platon en a fait une description dans Le BanquetPlaton, Le Banquet, 175 a-b, 220 c-d. Voir aussi Favorinus, dans Aulu-Gelle, Nuits attiques, L II, ch. 1.. La philosophie étant un mode de vie, il s'agit ici d'un exercice de méditation, ou « dialogue avec soi-même », pratiqué dans l'Antiquité par les philosophes. Outre Socrate, Pyrrhon ou Cléanthe par exemple s'y adonnaientAu un pionnier de la psychiatrie, Louis Francisque Lélut, interprète ces faits comme symptômes de crise de catalepsie (immobilité) ou d'aliénation mentale (le « démon » de Socrate comme hallucination auditive). Voir Du démon de Socrate : spécimen d’une application de la science psychologique à celle de l'histoire, Paris, 1856 .

Procès

Au printemps -399, cinq ans après la fin de la guerre du Péloponnèse, un procès pour impiété () est intenté à Socrate par trois accusateurs, Anytos, homme politique de premier plan, et deux comparses, Mélétos, un poète, et Lycon, orateur méconnu. Les chefs d'accusation sont les suivants : Xénophon, Apologie de Socrate, 10, trad. Pierre Chambry ; Apologie de Socrate, 24 b-c ; Xénophon, Mémorables, I, 1 ; , II, 40.. Sur les 501 juges, 281 votent en faveur de la condamnation, 220 de l'acquittement. Platon indique que la condamnation s'est faite avec une très faible majorité, à 31 voix près. Invités à proposer une peine, Mélétos demande la peine de mort, Socrate demande à être nourri au Prytanée, honneur réservé aux citoyens les plus méritants. Les juges votent alors en faveur de la peine de mort. Les commentateurs contemporains sont partagés sur l'interprétation à donner à ce procès : les uns pensent que les chefs d'accusation sont les véritables motifs du procès, les autres qu'ils sont un prétexte et que les véritables motifs sont de nature politique.

À propos du premier chef d'accusation, la question s'est posée de savoir ce qu'on reprochait exactement à Socrate : être athée, donc ne pas croire tout court aux dieux, ou être impie, c'est-à-dire ne pas honorer les dieux d'Athènes. Platon, 26 b-28 a. et XénophonXénophon, Mémorables, Livre I, 1, 5. le présentent comme s'il se défendait contre une accusation d'eusébie, ce qui contredirait l'accusation d'introduire de nouvelles divinités. Ses disciples ne présentent jamais Socrate comme un athée, mais, même si Socrate ne croit pas aux fables des poètes sur les dieux, il n'est pas non plus présenté comme un impie, et ce dernier point ne suffit pas à lui seul à comprendre la raison de ce procès pour cette forme d'impiété. La possibilité même d'un procès pour asébie à Athènes à cette date n'est pas assurée. Un décret à ce sujet, datant du début de la guerre du Péloponnèse, est mentionné par Plutarque et aurait visé Périclès à travers Anaxagore, Périclès, XXXII, 2.. Mais son authenticité ou le fait qu'il soit toujours en vigueur en -399 sont discutés.

Le chef d'accusation relatif à l'introduction de nouvelles divinités () est mis en relation par Platon et Xénophon avec le « signe divin » () de Socrate. Dans Les Nuées d'Aristophane, Socrate est présenté comme un « physicien », substituant aux anciens dieux des entités telles que les Nuées, la Langue ou le Vide. Mais le signe divin de Socrate n'apparaît nulle part dans la pièce et il est possible que ce chef d'accusation soit la manifestation d'une certaine jalousie des Athéniens envers ce qui pouvait apparaître comme une faveur des dieux à l'égard de Socrate.