La forêt de Rambouillet, aussi appelée forêt d’Yveline ou forêt d'Iveline, est un des principaux massifs forestiers d'Île-de-France, dans le sud du département des Yvelines. Il s'agit d'un espace boisé de , dont de forêt domaniale, qui s'étend sur le territoire de 29 communes. Le peuplement est constitué principalement de chênes, à hauteur de 68 %, et de résineux (pin sylvestre et pin laricio) pour 25 %. Ce massif comporte des étangs, des zones rocheuses, des étendues de sable, des vallons et des cascades. Une partie de la forêt se trouve dans le parc naturel régional Haute Vallée de Chevreuse.
La forêt de Rambouillet faisait autrefois partie d'un ensemble plus vaste, la « forêt de l'Yveline », une vaste forêt unique qui dépassait les frontières du département actuel. Elle s’étendait sur un vaste territoire allant de Paris à Meudon en passant par la vallée de Chevreuse, Dourdan et RambouilletToponymes de notre région. Alain Guyot Bulletin , année 1999.. Après les défrichements du Moyen Âge, il ne subsiste plus que des massifs forestiers disjoints. La forêt de Rambouillet, une des reliques de ce vaste ensemble, est progressivement aménagée pour les chasses royales du . De cette époque date la création du réseau de routes en étoile, la constitution d'un ensemble homogène et la plantation des futaies. La forêt de Rambouillet, qui a hérité de son passé royal de nombreux aménagements, est la deuxième des forêts d'Île-de-France par la fréquentation, après la forêt de Fontainebleau.
Toponymie Cette forêt a été mentionnée anciennement : secus AequalinaBusson (abbé G.) Ledru (abbé A.) Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium (1902), ., (S)equalina silva en 615Brequigny (L. G. de) Porte du Theil (F.) Diplomata chartae, epistolae, leges aliaque instrumenta ad res Gallo… (1843), t.1, Testamentum Bertrannni, episcopi cenomensis (ann. 615), , 202.Fustel de Coulange (Numa) Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. (1889),., Æqualina en 615, Æqualina en 768Felibien(Dom Michel)Histoire de l'Abbaye Royale de Saint-Denys en France: contenant la vie des …(1706), recueil de pièce justificatives p. xxx-xxxi, § XLIV, charte du roy Pepin., foreste… quae vocatur Equalina en 774Bouquet (Dom Martin) Recueil des historiens des Gaules et de la France (1744), t. 5, , 727., in silva Evelina v. 825Guerard Polyptyque Irminon (1844), t. 2, , 62, silva Aquilina en 877Mabillon De re diplomatica libri VI, in quibus... (1681), ., silve que dicitur Eulina en 884Bouquet (Dom Martin) Recueil des historiens des Gaules et de la France (1874), t. 9, Louis le Bègue, ., et 989Grave (E.) Supplément au Nobiliaire et Armorial du Comté de Montfort-l’Amaury. Société archéologique de Rambouillet (1906), t. 19, 215., dicitur Evline 997Tardif (Jules) Cartons du Roi. Inventaires & Docunuments - A.N. (1866), 997 : , ; 1043 : , , col. 2., in silva Aquilina vel potius Ivelina en v.1014Bouquet (Dom Martin) Recueil des historiens des Gaules et de la France… (1760), t. 10, , 726, silve Aquiline en 1043, in Aquilino en 1083Mabillon De Re diplomatica libri VI, in quibus… (1709), ., Equiligna dicitur … in jam dicta silva Equiligne en 1140Moutie (Aug) Dion (A. de) Cartulaires de Saint-Thomas d'Epernon et de Notre-Dame de Maintenon, (1878), ., Evlinie silve en 1158Rhein (André) seigneurie de Montfort. Société archéologique de Rambouillet (1910), t. 21, , 319, in foresta Aquiline en 1212.
En 1937, une étymologie a été proposée par P. Lebel à partir de Aequalina, EqualinaLebel (Paul) Où en est le problème d'*Equoranda, *Equaranda?. In- Romania, (1937), t. 63 , . p ; 161 – n.3 ; Aequalina silva. Ce terme parait résulter de l'addition du suffixe gallo-romain -inus, -ina à un terme indigène *Equala. Il serait une dérivation gauloise en -l- du terme *equa. Mais comment traduire ce terme, A. Thomas a conjecturé que Aequilina silva venait du latin aequalis "égal". Si *equa avait eu le sens d'eau, l'appellation *Equala conviendrait parfaitement à cette forêt remarquable par le nombre de ses étangs et de ses ruisseaux. On admet que *equa et Sequana ont été empruntés par les Gaulois à leurs prédécesseurs. C'est la seule façon d'expliquer la conservation de qn qui avait évolué en p chez les Gaulois, avant leur arrivée en Gaule. On remarquera que les termes *Equoranda, Equabona, Sequana désignaient, les deux premiers des stations routières, le troisième un des principaux fleuves de Gaule. Or, les voies terrestres ou fluviales étaient sacrées dans l'Antiquité; d'autre part, les noms des mois du calendrier de Coligny, en particulier equosneuvième mois, vers juillet., appartenaient probablement au vocabulaire religieux. Ces différents termes auraient été conservés rituellement pendant des siècles; c'est une manière d'expliquer qu'ils soient arrivés intacts jusqu'à l'époque historique. Enfin Aqualina a depuis longtemps été rapproché d'un ensemble de noms de lieux exprimant l'idée de limite, Gérard Taverdet qui a fait le point sur cette question aequa, aqua pouvant signifier : - 1 ° aqua, l'eau, mais tous les Equoranda ne sont pas des "limites d'eau". - 2° aequa, aequalis "égalité, justice", c'est-à-dire «la juste limite», résultant d'un traité matérialisé par une borne, un tumulus... - 3° Cheval, du latin equus, est l'ancien nom de "la limite du cheval" (sous-entendu, que l'on change en cet endroit) d'où l'idée de relais aux chevaux souvent dans le voisinage des anciennes frontières, là où passaient les voies antiquesCahiers de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région d'Ile-de-France (1998), t. 120-121, . Mais Taverdet oublie que ce terme equa signifie "jument", equata "petite jument" dont dérive la rivière Yvette. Ces trois significations pourraient bien correspondre aux anciennes déesses celtiques, dont on connait la liaison avec les sources et fontaines, qui sont aussi gardiennes du territoire et de ses limites, et ont un côté chevalin : Epona la (Déesse) JumentBeck (Noémie) Moderne Goddesses in Celtic Religion — Cult and Mythology/ A Comparative Study of Ancient Ireland, Britain and Gaul. Univ. Lyon2 (2009);, , 48, 286, 406.. Cela serait un argument pour faire de Aequalina, Iveline une ancienne forêt sacrée gauloise. Ceci est renforcé par le voisinage : le nom de Jouars, bourgade frontière, signifie en gaulois "L'enclos de la Divinité", Méré, au bord de la forêt d'Iveline, qui pourrait être l'ancien capitale du comté mérovingien de Madrie, qui signifie en gaulois "le Domaine de la (Déesse) Mère".
Il existe une autre possibilité Aequalina pourrait être composé de deux mots Equa- "?" + gaul. -linna "manteau, couverture"Delamarre (X.) Dictionnaire de la langue Gauloise (2003), , 229., ce qui pourrait signifier "Le Manteau d'Equa", allusion à la forêt, on sait que les déesses celtiques incarnaient la Nature, les arbres. À côté de Méré, à Mareil-le-Guyon le lieu-dit "Le Cheval-Mort", pourrait être issu d"une traduction erronée par les scribes médiévaux d'un mot gaulois incompris latinisé *Equamori, formé de Equa "?" + gaul. mori "mer", pouvant signifier "La Mer d'Equa". Comme ces scribes remplaçaient par Haut-Œil, Autouillet par Haut-Œillet et Mormaire par Morte-Mer.
Histoire thumb|Carte de Cassini de la forêt de Rambouillet vers 1780. thumb|left|upright|Borne du délimitant le domaine royal, à proximité des étangs de Hollande. Le massif forestier de Rambouillet est une relique d'une antique forêt beaucoup plus étendue, la « forêt de l'Yveline », qui ceinturait Paris jusqu'à la Seine au nord, et comprenait les forêts de Laye, de Fontainebleau, d'Orléans et de Dreux.
Rien ne s’oppose à ce que la région comprise entre Houdan, Étampes, Corbeil et Poissy n’ait formé à une époque aussi éloignée qu’incertaine, une seule forêt. En 1358 encore, les prérogatives du concierge du Palais de Paris, "gruyer de l'Yveline et de toutes les apendances et dépendances d'icelle s'étendaient du pont de Saint-Cloud à Poissy, de Saint-Léger-en-Yvelines, à Nogent-le-Roi, Coulombs, Bullion, Saint Arnoult, Chastres-sous-Montlhéry (Arpajon) et à Longjumeau"Janti (Pierre de) Forêt, chasses et château de Rambouillet (1947), ..
Mérovingiens - Carolingiens Cette forêt, qui constitue une marche forestière dont l'origine semble fiscale, est située au point de rencontre de la Madrie, du Pincerais, du Parisis, de l'Étampois, et du Chartrain. En , Pépin le Bref la donne à l'abbaye Saint-DenisLebeuf (Abbé) Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris. (1757), t. 8, (Montreuil), 460 (Mesnil-Saint-Denis).Laborde (de) Musée des Archives (de l'Empire) Nationales, Actes importants de l'histoire (1867), .. Donation confirmé par ses fils, Carloman en 771, puis Charlemagne en 774. En 989, Hugues Capet, pourvu de la forêt d'Yveline domaine royal en donne une partie à l'abbaye Saint-MagloireLorin (F.) Rambouillet : la ville, le château, ses hôtes (1906), t. 19, ., en particulier un groupe de villages autour de Méré, à la limite du Pincerais et de la MadrieBourgeois (L.) L’occupation du sol dans l’ouest parisien du . Thèse, Paris I-Sorbonne (1995), t. 1, , 56-57, 68 et partie, cartes Madrie (Fig. 21), Pincerais (Fig. 15).
Moyen Âge La forêt d’Yveline reste pratiquement intacte jusqu'au début du Moyen Âge : à cette époque, les défrichements se multiplient sous l'impulsion des communautés religieuses. En 1202, la forêt devient la propriété des comtes de Montfort. Ceux-ci organisent l'exploitation rationnelle de la forêt et de nombreux métiers en relation avec la coupe des bois apparaissent à cette époque dans la région, comme les tonneliers et les charbonniers. La guerre de Cent Ans permet à la forêt de se reconstituer en partie. Le mariage d'Anne de Bretagne, héritière des Montfort, avec Charles VIII donne aux rois de France la propriété du massif forestier. Ceux-ci l'utilisent pour la chasse. En 1384, la forêt d'Yveline devient la propriété de la famille d'Angennes. Au , les défrichements font disparaitre la forêt d'Yveline dont il ne subsiste plus que des massifs forestiers isolés les uns des autres..
Une partie du massif forestier, qui correspond aujourd'hui à la forêt de Rambouillet, est transformée pour les chasses royales : un réseau de routes en étoile, facilitant la pratique de la chasse à courre, se met en place à partir de Henri IV et est achevé sous Louis XIV. Le Roi achète des parcelles pour former un ensemble homogène qui préfigure la forêt domaniale actuelle. L’ordonnance de Colbert de 1669 impose un plan de gestion de la forêt et la création de futaies pour satisfaire les besoins de la Marine Royale. Au , des rigoles et une suite d'étangs (dits « étangs de Hollande, ou étang Rompu ») sont creusés pour former une succession de plans d'eau s'alimentant les uns les autres par écoulement gravitaire, afin de remplir les bassins et les fontaines du château de Versailles. Près de hectares de terrains marécageux assainis par ces travaux peuvent être mis en culture.