Rodrigo de Borja, né Roderic Llançol i de Borja le à Xàtiva (royaume de Valence, couronne d'Aragon) et mort à Rome le , devenu Rodrigo Borgia après son arrivée en Italie, est le de l’Église catholique sous le nom d’ de 1492 à 1503.

Il est connu pour ses mœurs dissolues, à l'image des habitudes pontificales de l'époqueFred Bérence, Les Papes de la Renaissance, Éditions du Sud et Albin Michel, Paris, 1966.. Son pontificat est marqué en 1493 par la bulle Inter cætera, qui partage le Nouveau Monde entre l'Espagne et le Portugal.

Biographie

Origines Issu d'une famille noble installée dans le royaume de Valence après avoir participé à sa Reconquista, Rodrigo de Borja est le neveu et fils adoptif du pape (Alphonse de Borja)..

Homme d'Église Alphonse de Borgia donne un premier poste ecclésiastique à Rodrigo en 1445, alors que ce dernier n'a que quatorze ans. Il le fait ensuite venir à Rome, où il lui offre la meilleure éducation, dispensée par l'humaniste Gaspard de Vérone. Rodrigo obtient son doctorat en droit civil et canonique à Bologne..

En 1455, trois semaines après qu'Alphonse de Borgia est devenu pape sous le nom de Calixte III, ce dernier donne une série de bénéfices ecclésiastiques à Rodrigo et le nomme notaire apostolique. Une année plus tard, Rodrigo, âgé de vingt-cinq ans, est nommé archevêque titulaire de Valence et créé cardinal par son oncle au grand scandale du Sacré Collège puis, l'année suivante, fait camerlingue et vice-chancelier de l'Église romaine (le poste le plus élevé du Saint-Siège après le pape, puisqu'il n'y a pas de chancelier) ; il le reste jusqu'à son élévation au souverain pontificat. Au moment de ces nominations en 1456, le poste de vice-chancelier de l'Église romaine et celui d'archevêque de Valence rapportent chacun par année. À la mort de son oncle en 1458, il sait qu'il est encore trop tôt pour ambitionner la succession de celui-ci. En dépit de la colère de la rue et du pillage de sa maison, il maintient sa position et pèse dans l'élection de plusieurs pontifes.

Il représente le pape en qualité de légat en Castille et en Aragon pour arbitrer les différends familiaux au couronnement de d'Aragon. En 1462 il est chargé de rapporter la relique de saint André depuis Patras jusqu'au Saint-Siège. En 1471, il est à nouveau envoyé en Castille et en Aragon pour mettre en garde contre la progression de l'Empire ottoman..

En 1468, douze ans après sa nomination au rang de cardinal, il est ordonné prêtre.

Pontificat

Conclave et élection pontificale de 1492

Le , il est élu pape à la majorité canonique des deux tiers des cardinaux réunis en conclave. Il a acheté certaines voix pour être élu“The” Encyclopaedia Britannica: A Dictionary of Arts, Sciences, and General Literature. A - Ana. (1875). Royaume-Uni: Adam and Charles Black.,p.488Carrasco, Raphaël, éditeur. « Chapitre IV. Alexandre VI, pontifex maximus. Ses dernières amours. Mécénat et propagande ». La famille Borgia, Presses universitaires de la Méditerranée, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pulm.1261.., la simonie demeurant une pratique commune jusqu'à la Contre-Réforme tridentine. Au-delà de la seule question financière, il est établi que Borgia disposait d'un soutien conséquent au sein de la Curie et de différentes cours étrangères, qui voyaient en lui un homme ayant les qualités requises pour gérer les équilibres géopolitiques de son temps et accessoirement protéger les intérêts des familles puissantes ou de leurs alliés. Ses mœurs très dissolues, déjà connues à l'époque, devenaient dans ce cadre une question secondaire.

Il est couronné le de la même année. En tant que pape, il prend le nom d', alors qu', pape de Pise, est aujourd'hui considéré comme un antipape, ce qui crée un hiatus dans la liste officielle des souverains pontifes.

Bulles vignette|Desiderando nui, 1499. (liste non exhaustive) : Inter cætera qui partage le Nouveau Monde entre l'Espagne et le Portugal. données au cardinal d'Amboise légat en France pour faire réformer les monastères de ProvenceHugues Du Tems, Le Clergé de France, ou tableau historique et chronologique des archevêques…, chez Delalain, Paris, 1774, ..

Politique Avec la mort de Laurent le Magnifique le , le garant de la paix de Lodi disparaît et Jérôme Savonarole prophétise qu'un pape débauché va s'asseoir sur le trône de Pierre. est élu le suivant.

Au lendemain de son élection, doit faire face aux grands seigneurs romains qui tiennent la ville sous leur coupe. Ce qui reste des États pontificaux est mal défendu et attise les envies des voisins napolitains, florentins ou vénitiens. De surcroît demeure le risque d'une « descente » française, les Valois utilisant le prétexte de leurs droits sur Milan ou sur Naples. Il joue néanmoins pour partie la carte française, ce qui lui crée de nouveaux ennemis.

En 1494, profitant des guerres d'Italie, un parti de prélats à la tête duquel se trouve Giuliano Della Rovere, le futur pape , apportent leur soutien au roi de France Charles VIII, dans l'espoir que les Français appuieront leur souhait de déposer le PapePierre Milza, Histoire de l'Italie, Fayard, 2005,p.408. Toutefois, cela ne se produisit pas.

Le , le traité de Tordesillas conclu entre les rois catholiques et confirme, à l'exception de quelques modifications, la bulle Inter cætera qui divise le Nouveau Monde en attribuant le Brésil au Portugal et le reste de l'Amérique latine à l'Espagne, les autres nations ayant été écartées. Cette décision ne sera pas sans conséquence lorsque éclatera la Réforme.

En 1494, progresse vers Naples. Lorsque les troupes françaises pillent Rome sur leur passage, encouragées par la famille Colonna qui prend sa revanche et des condottieres de toute provenance attirés par le sang et les écus, il doit se réfugier avec César dans le château Saint-Ange..

Pour , ces conflits sont l'occasion d'affirmer l'autorité papale face aux puissances séculières. En 1495, pour lutter contre la présence française en Italie, il forme avec Milan, Venise, l'empereur Maximilien et les rois catholiques d'Espagne, la ligue de Venise qui connaît une lourde défaite à la bataille de Fornoue, remportée par grâce à la supériorité de son artillerieChroniques d'Enguerran de Monstrelet (édition de 1603, , )..

, roi de France, cherchant, après son accession au trône, à faire annuler son mariage afin d'épouser Anne de Bretagne, consent à lui rendre ce service, en échange de quoi il obtient pour son fils César le Valentinois, promu duché à cette occasion.

César Borgia, prototype du Prince de Machiavel, conquiert la Romagne, puis Urbino et Camerino. Dépouillant les unes après les autres les grandes familles romaines, les Colonna, les Savelli, les Caetani, les Orsini, il ne vise rien de moins que la royauté sur l'Italie. Pour mener toutes ces guerres, il faut de l'argent. L'année 1500, proclamée année sainte par le souverain pontife, va renforcer les finances avec les revenus du pèlerinage. Et la vente du chapeau de cardinal rapporte de gros revenus au pape et à ses enfants« Offrir la pourpre à un candidat rapportait gros. L'assassiner ensuite encore davantage, tous les biens d'un cardinal revenant de droit au pape. Enfin, il y avait l'apport régulier des indulgences. » (Jean Mathieu-Rosay, La véritable histoire des papes, Paris, Grancher, 1991)..

Alexandre VI s'empare aussi par la force des propriétés de la famille Caetani à Sermoneta, en 1499Williams, George L.. Papal Genealogy: The Families and Descendants of the Popes. Royaume-Uni, McFarland, Incorporated, Publishers, 2004., p.39. Il fait emprisonner Giacomo Caetani, le fils du chef de la famille, au château Saint-Ange et les terres spoliées sont transférées à Lucrèce BorgiaYriarte, Charles, Les Borgia. César Borgia : sa vie, sa captivité, sa mort, d'après de nouveaux documents, France, Rothschild, 1889, p.186.

Mécène et administrateur vignette|droite|210px|Le pape , fresque de Pinturicchio, 1492-1495.

Aimant s'entourer d'œuvres d'art et d'objets précieux, a été un mécène généreux. Il a protégé les artistes (Pinturicchio, notamment, à qui il commande le célèbre décor des appartements Borgia, au Vatican) et montra de grandes capacités dans la remise en ordre de l'administration de l'Église.

Vie privée Homme d'Église sans vocation, Rodrigo Borgia n'observe pas les exigences du célibat sacerdotal. Il ne cache d'ailleurs pas son attirance pour les femmes. Il fut le père de six enfants reconnus (il en aurait eu sept. ou huit de trois ou quatre maîtresses différentes).

Un des témoins les plus crédibles de son inconduite est Johann Burchard (ou Jean Burckhardt) de Strasbourg. Ce prélat, maître des cérémonies de la cour pontificale, a tenu de 1483 à 1508 un journal très précis, jour par jour, parfois même heure par heure, de tous les événements qui se sont déroulés à la Cour pontificaleJournal de Jean Burchard, évêque et cérémoniaire au Vatican, traduction, introduction et notes de Joseph Turmel, Paris, éd. Rieder, 1933..

En 1470, alors qu'il est déjà ordonné prêtre, Rodrigo Borgia fait la connaissance de Vannozza Cattanei, jeune patricienne romaine de dix ans sa cadette, qui va lui donner quatre enfants (Jean ou Juan, César, Lucrèce, et Geoffroi ou Joffre), tout en continuant de mener une vie conjugale avec ses époux successifs qui sont des obligés de Borgia. Geoffroi est promis à Sancia, une fille naturelle d', roi de Naples. Il a déjà eu un fils, Pedro Luis de Borja, légitimé par . Durant son pontificat, il engendre d'autres fils dont la ou les mères restent inconnues : Jean, né en 1498, futur duc de Camerino et de Nepi, et Rodrigue Borgia, né en 1502 ou 1503. Il entretient également une relation avec la jeune Giulia Farnèse (sœur du cardinal Alexandre Farnèse, le futur pape ), mais sans qu'aucun enfant ne naisse manifestement de leur union..

Selon l'historien Ferdinand Gregorovius, il aurait eu également deux autres filles, nées de mères inconnues, Girolama de Borja et Isabelle..

Sa vie privée fait aussi scandale : François Guichardin rapporte un épisode au cours duquel un Borgia aurait attiré au château Saint-Ange le jeune et beau Astorre Manfredi, seigneur de Faenza, qu'il viole et fait jeter dans le TibreGuicciardini relate que le meurtre aurait été commis saziata prima la libidine di qualcuno, mais sans préciser le qualcuno.. Mais il pourrait plutôt s'agir de César Borgia, qui a tenu prisonniers les deux frères Manfredi.

Le népotisme et les scandales suscitent de bruyantes remontrances de la part du moine dominicain Jérôme Savonarole. Le religieux est finalement excommunié le 12 mai 1497, mais il ne reconnaît pas la légitimité de la décision et brave l'autorité du Pape en continuant à prêcher et célébrer des offices religieuxBoutier, J., Landi, S., Rouchon, O. (2015). Florence et la Toscane, XIVe-XIXe siècles: Les dynamiques d'un État italien. France: Presses universitaires de Rennes., p.45. Le conflit s'envenime malgré plusieurs tentatives de trouver une solution, et en février 1498, le Pape finit par demander aux autorités de Florence d'arrêter le moine.. Celles-ci se montrent réticentes mais après différents épisodes, Savonarole est finalement arrêté, torturé et exécuté le .