Héphaïstos ou Héphaestos (en ) est, dans la religion grecque antique, puis dans la mythologie grecque, le dieu du feu, de la forge. et de la métallurgie.

Selon les sources, il est le fils d'Héra et de Zeus, ou d'Héra seule. Il est habituellement représenté sous les traits d'un forgeron boiteux, mais il est d'abord un inventeur divin et un créateur d'objets magiques. Dès Homère, son nom est utilisé par métonymie pour désigner le feu.

Selon l'habitude de linterpretatio romana, il est assimilé par les Romains au dieu Vulcain.

Étymologie Les Anciens expliquaient le nom d'Héphaïstos comme « » (apo tou ephtaï), c'est-à-dire « ce(lui) qui brûle, qui est allumé ». Diverses autres hypothèses ont également été avancées, comme un rapprochement avec / , « briller ». En réalité, l'étymologie de son nom est particulièrement obscure, comme c'est souvent le cas des noms de divinités grecques, à l'article ..

Néanmoins, un dérivé de haph- (présent háptō) « attacher » et « enflammer » est vraisemblable..

Mythe Naissance et infirmité Héphaïstos est unanimement présenté comme le fils d'HéraSauf l'épopée Danaïs (frag. 2 PEG) et Pindare (frag. 253) préservés par le lexicographe Harpocration, qui le mentionnent avec Érichthonios comme un autochtone, mais il s'agit probablement d'une confusion. Gantz, ., mais il n'est pas sûr qu'il ait eu un père. Homère en fait le fils de Zeus (, 312) ; mentions plus discutables : (, 577-579 et , 338). Le scholiaste (bT) de L'Iliade , 296 précise qu'Héphaïstos naît de la première union de Zeus et d'Héra, avant leur mariage ; Héra aurait ensuite prétendu que l'enfant n'avait pas de père pour dissimuler sa faute. et Cinéthon celui de Talos, un Géant de bronzePréservé par (, 53, 5)., mais dans la version majoritairePrésente pour la première fois chez (927-929). : Héra, jalouse du fait que Zeus ait engendré seul AthénaUne autre version d'Hésiode préservée par Chrysippe mentionne la conception d'Héphaïstos avant celle d'Athéna ; la colère d'Héra aurait donc une autre cause qui reste inconnue. Frag. 343 MW. Cf. aussi la tradition où Héphaïstos aide Athéna à sortir de la tête de Zeus., et pour lui montrer qu'elle pouvait se passer de lui, engendre seule Héphaïstos (À Apollon, 331-352) mentionne également la colère d'Héra, mais l'enfant qu'elle engendre seule est Typhon et non Héphaïstos., une caractéristique semblable à celles d'autres « feux divins ». C'est originellement un feu « fils de lui-même ».

Lorsque Héra lui donne le jour, elle trouve le nourrisson si laid qu'elle le jette aussitôt en bas de l'Olympe. La chute aurait provoqué une blessure qui le fera boiter toute sa vieIliade (, 394-397) ; (À Aphrodite, , 316-321.. Il tombe alors dans la mer et est recueilli par Thétis et Eurynomé. qui sont des nymphes. Ces dernières l'élèvent pendant neuf ans, à l'insu de tous, dans une grotte de l'île de Lemnos. Là, il fait son apprentissage d'artisan en façonnant des bijouxIliade (, 400-403)..

Pour se venger de sa mère, Héphaïstos fabrique un trône d'or aux bras articulés et l'envoie sur l'Olympe en guise de présentL'épisode semble être mentionné pour la première fois par Alcée de Mytilène (frag. 349 LP) et par Pindare (frag. 283 SM) ; le récit complet se trouve chez Pausanias (, 20, 3), (, 1) et le pseudo-Libanios, Récits (30, 1 Westermann).. Ce trône est destiné à piéger sa mère, et ainsi à se venger de son rejet. En effet, toute personne qui s'installe sur ce siège, reste attaché dessus et ne peut s'en aller. Héra s'y installe imprudemment et se trouve immobilisée, sans que nul ne sache comment la délivrer. Les dieux confient d'abord à Arès le soin d'aller chercher Héphaïstos, en vainAlcée (frag. 349 LP) et le pseudo-Libanios (30, 1 Westermann).. Enivré par Dionysos, Héphaïstos se laisse fléchir et revient sur l'Olympe délivrer sa mère. Zeus, soulagé, propose au dieu forgeron d'exaucer l'un de ses vœux s'il libère sa mère : sur le conseil de Poséidon, Héphaïstos demande la main d'AphroditePseudo-Libanios (30, 1 Westermann). Peut-être faut-il y voir un lien avec la tentative de viol d'Athéna qui donnera naissance à Érichthonios, cf. plus bas. ; de son côté, Dionysos, auréolé de sa réussite, obtient le droit d'entrer dans l'assemblée des dieuxHygin (, 2)..

Une autre légende se rattache à l'infirmité du dieu : Héphaïstos prend le parti de sa mère lors d'une querelle entre Zeus et celle-ci ; il reproche à son père de l'avoir laissée suspendue dans les airs, une chaîne d'or au poignet et une enclume à chaque cheville (, 18-30) ; la déesse est punie pour avoir envoyé une tempête qui a détourné Héraclès de son chemin. Le lien entre les deux anecdotes se trouve seulement chez (, 3, 5). Gantz, .. Furieux, Zeus saisit Héphaïstos par un pied et le précipite du haut de l'OlympeIliade ((, 590-594).. La chute du dieu dure une journée entière ; il atterrit sur l'île de Lemnos, dont les habitants, les Sintiens, le recueillent et le soignent. Le récit semble contradictoire avec celui où Héra se débarrasse d'Héphaïstos de la même façonContradiction relevée par une scholie exégétique du Venetus A. G.S. Kirk, The Iliad: a Commentary, Cambridge University Press, 1985, , commentaire de , 586-594., mais il pourrait s'agir de deux incidents séparésSeul le pseudo-Apollodore (, 3, 5) attribue à la chute causée par Zeus l'infirmité d'Héphaïstos. Gantz, ..

vignette|Le retour d'Héphaïstos sur l'Olympe, accompagné de Dionysos et de son thiase, péliké du Peintre de Cléophon, 440-, Collection des Antiquités (Inv. 2361).

Les épithètes traditionnellement attachées à Héphaïstos sont « aux pieds courbes »« / », Iliade , 371. Trad. Louis Bardollet., « boiteux »« / », Iliade , 397. Trad. Louis Bardollet. et « les pieds tournés vers l'arrière »« / », Iliade , 607. Trad. Louis Bardollet.. Homère décrit ainsi son allure et sa démarche :

Cette infirmité suscite la curiosité dès l'Antiquité. Certains mythographes pensent qu'elle se rattache, à l'origine, aux démons chthoniens à l'apparence traditionnellement monstrueusePhilippe Charlier, Les Monstres humains dans l'Antiquité. Analyse paléopathologique, Fayard, 2008, 162.. Pour d'autres, son infirmité trouve sa source en Égypte, où le dieu Ptah-Patèque est représenté comme un nain difforme. Mais, celle-ci se rattache plus probablement au motif hérité du Feu artisan. Lié au feu du foyer souvent décrit comme faible et démuni, sa survie dépend de celui qui l'entretient. Les feux de la forge sont sédentaires et parfois infirmes comme Wieland / Völund.

À l'époque moderne, les commentateurs ont évoqué la possibilité d'une personnalisation de déformations typiques des forgerons et toreutes grecs, dues à leur exposition chronique aux métaux lourds (plomb, arsenic, mercure) contenus dans les matériaux qu'ils travaillentCharlier, 163.. Ainsi, l'intoxication à l'arsenic (élément présent sous forme d'impureté dans le cuivre) donne classiquement lieu à une atteinte nerveuse avec faiblesse musculaire, voire paralysie des muscles inférieursCharlier, 164.. Utilisé pour durcir des métaux, l'arsenic est oxydé, lors de la fonte des minerais métallifères, en trioxyde d'arsenic. Les métallurgistes antiques, exposés à ce composé toxique, devaient probablement développer des neuropathies périphériques à l'origine de difformités et paralysies et ont ainsi associé leur dieu à ce handicap..

Amours et descendance vignette|Naissance d'Érichthonios : Gaïa tend le nouveau-né à Athéna, sous les yeux d'Héphaïstos, stamnos d'Hermonax, vers 470-, Collection des Antiquités. D'après l’IliadeIliade, , 382 et suiv., Héphaïstos est marié à l'une des Charites (ou Grâces), qui porte simplement le nom de Charis (littéralement « Grâce »)Voir aussi Pausanias, , 35, 4.. Il en va de même dans la Théogonie (vers 907), mais Hésiode cite explicitement le nom d'Aglaé, la plus jeune des Charites. Cependant la tradition la plus populaire en fait le mari d'Aphrodite, cette version étant d'ailleurs déjà attestée dans un épisode fameux de l’Odyssée (), où il tend un piège à sa femme qui le trompe avec Arès, et devient la risée des dieux. Ce rire fut tel qu'il ne devait jamais s'arrêter et Homère le nommera « le rire inextinguible »., on parlera par la suite d'un « rire homérique » afin de désigner un fou rire. Dans les deux cas, le dieu épouse une incarnation de la beauté : il peut s'agir d'un simple contraste comique entre la belle et le boiteux, ou d'une réflexion plus profonde sur le rapport étroit entre l'artisan/artiste et la beautéAnatole Bailly, Dictionnaire grec-français, Hachette, 1950, annexe Mythologie et religion, à l'article , .. Cependant l'union d'un dieu Feu avec Aphrodite qui est originellement une déesse Aurore a d'autres justifications : le feu qu'on allume ou qu'on ranime le matin et le rite de la présentation de la jeune épouse au feu du foyer.

Contrairement à d'autres dieux, Héphaïstos n'est guère renommé pour ses aventures extraconjugales. On sait cependant qu'après avoir été abandonné par Aphrodite, il poursuit de ses avances Athéna : son sperme se répand sur la cuisse de la déesse qui l'essuie avec de la laine ( / ) qu'elle jette à terre ( / ) ; la terre ainsi fécondée donne naissance à Érichthonios qu'Athéna recueille et élèvePremières mentions dans les Catastérismes du pseudo-Ératosthène (13), qui cite Euripide dans une pièce perdue ; ensuite Bibliothèque (, 14, 6) et Hygin, Fables, , 3-4.. De ce fait, on trouve parfois l'expression « enfants d'Héphaïstos » pour désigner les Athéniens, ..

Sa descendance est peu nombreuse. On lui attribue notamment la paternité de : la nymphe Cabeiro , 17 et , 120., dont descendent les Cabires — une autre version fait d'Héphaïstos le père de ces derniers, qu'il a de Cabeiro, et non leur grand-pèrePhérécyde d'Athènes, frag. 3F48 ; Hérodote, , 37. ; l'infirme Palémon, l'un des Argonautes, , 202-204. ; le brigand Périphétès (surnommé Corynétès), tué par Thésée sur la route d'AthènesBibliothèque, , 16, 1 ; Pausanias, , 1, 4..

De ses amours avec Aglaé naissent quatre filles, les « jeunes Kharites » : Philophrosyne, Euphémé, Eukléia et Euthénia..

Hygin mentionne également Philammon, Cécrops, Cercyon (lui aussi tué par Thésée sur la route d'Athènes), Philottos et SpintherFables, ..

Artisan et magicien Très habile dans son art, Héphaïstos est capable de concevoir des objets et automates complexes, précieux et d'une grande beauté.. Ses créations, fruits de « savantes réflexions » plutôt que de magie et fabriquant le vivant plutôt qu'elles ne l'imitent., sont essentiellement de trois ordres : de splendides constructions pour lui-même et les autres dieux de l'Olympe, des automates agissant de leur propre chef — voire sont aptes à se reproduire — et enfin toute une série d'objets, armes, armures, bijoux, parures… pour les dieux et les mortels, qui figurent dans de nombreux mythes.

Néanmoins, il possède les pouvoirs propres d'un magicien dont la magie des liens mise en évidence dans les deux épisodes les mieux attestées de sa légende, celui du piège où se font prendre Aphrodite et Arès et celui du trône magique où le dieu immobilise sa propre mèreHenri Jeanmaire, M. Delcourt. Héphaistos ou la Légende du Magicien compte-rendu, Revue de l'histoire des religions, 1959, 155-1, p. 82-86..

vignette|upright=1.5|Représentation d'Héphaïstos, Relief néo-attique , Musées du Vatican.

Ainsi, Héphaïstos façonne — à la demande de Zeus — la première femme, Pandore, v. 60 ; , 571-572. à partir d'argile et d'eau et lui forge une couronne d'or.. Il façonne également des armes remarquables, comme celles d'Achille. dont le bouclier offre une représentation parfaite du monde, celles de Memnon. M. L. West, Iliad and Æthiopis on the Stage : Aeschylus and Son, dans The Classical Quarterly, nouvelle série, , 2 (2000), ., la cuirasse de Diomède ou encore les cnémides d'Héraclès, 122-123.. Il fabrique aussi : le palais des dieux sur l'OlympeIliade, , 606-608. ; la maison souterraine de Poséidon offerte par ce dernier à Oïnopion. ;